Journal (6)

UNE FAMILLE CATHOLIQUE
Comme la plupart des Québécois de l’époque, je suis né dans une famille catholique, baptisé à la chapelle de l’hôpital le lendemain de ma naissance, en l’absence de ma mère. C’était la façon de faire, afin d’éviter les décès sans baptême qui envoyaient alors les enfants aux limbes de saint Augustin! Je n’ai pas de souvenir d’une éducation religieuse à la maison. Tout se faisait à l’école, mais ma famille était « pratiquante « . C’était là le signe d’une bonne famille chrétienne, et tous les dimanches nous nous retrouvions à la messe. C’était ce qui était socialement bien. Il faut dire toutefois que la nouvelle banlieue que j’habitais annonçait déjà la sécularisation, déjà commencée avec la fin de la guerre et le retour des soldats. Ils avaient vu autre chose, d’autres pays et d’autres cultures. Cette ouverture au monde rendait plus intolérable le contrôle des consciences par l’Église, et ses normes n’étaient plus vues comme les seules manières de vivre. Le ressac ne faisait que commencer.

À la maison l’on ne parlait pas de Dieu ou de religion. Non par défi ou refus, mais c’était là chose réservée au dimanche et à l’église. La prière n’était pas une pratique familiale non plus. Je me souviens, inspiré sans doute par les conseils du curé qui venait visiter nos classes à l’occasion, d’avoir invité ma soeur et mes parents à dire le chapelet en famille avec le Cardinal Léger à la radio. Ma mère s’est dite occupée, mon père, fatigué de sa journée de travail, m’a tout simplement invité à prier pour la famille. Ma soeur, qui n’avait que quatre ans, me suivit au salon où l’on s’agenouilla devant la radio comme devant un tabernacle! Après deux ou trois « Je vous salue Marie » elle s’en retourna à la cuisine avec mes parents, ce jeu manquant décidément d’intérêt. Par orgueil, je pense avoir persévéré jusqu’à la fin, mais je ne soulevai plus le sujet les autres jours et ce fut la fin du chapelet en famille et de mes premières ferveurs spirituelles!

 

Néanmoins, j’avais une âme sensible, je crois, à toutes ces questions de ciel et de Bon Dieu. Pourtant, je fréquentais une école laïque, bien que catholique, car aucun religieux ou religieuse n’y enseignait. C’était sûrement révolutionnaire pour l’époque. Naturellement, les missionnaires ou le curé venaient nous voir régulièrement, soit pour nous parler de vocation religieuse ou encore pour nous vendre des « petits Chinois « . Une communauté de soeurs (je ne me souviens plus laquelle, mais sans doute des Missionnaires de l’Immaculée Conception) envoyait assez régulièrement de ses soeurs pour nous parler de leur mission en Chine et nous inviter (c.-à-d. nos parents) à donner des sous pour leur mission. Ainsi, si l’on donnait un sou, on avait droit de colorier une brique sur le mur de la future école à construire en Chine, 25 sous une fenêtre, un dollar une porte, etc. On pouvait même acheter un petit Chinois si l’on y mettait le prix. Je revois toujours la « joie  » de mes parents quand je revenais de l’école, tout feu tout flamme, leur demandant de l’argent pour acheter un « petit Chinois « , comme s’il s’était agi d’un caniche à l’animalerie!

J’ai un souvenir très agréable de ma vie familiale quand j’étais petit. On riait beaucoup à la maison, car mon père a toujours été un blagueur. L’éducation était ferme, mais sans excès, bien que mon père se plaisait bien à affirmer, surtout quand il avait bu un peu trop, de qui relevait l’autorité à la maison. Il aimait toujours dire sur un ton solennel, en anglais: « I am the king and this is my castel…, et si çà ne fait pas votre affaire vous n’avez qu’à aller ailleurs! » Naturellement, c’était dit sans malice. Mais c’était la mentalité de l’époque où le père était le maître de la maison, du moins dans certaines familles! Et c’était le cas chez moi. Ma mère a toujours été d’un naturel discret, mais aimante, d’une patience d’ange. Je me souviens que ma grand-mère paternelle disait de ma mère : « Une vraie Sainte Vierge!  » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire alors. Ce n’est qu’à l’adolescence, quand mon père est devenu de plus en plus insupportable à cause de l’alcool, que j’ai compris.

À l’école, la religion était très présente. Je faisais partie des croisés, comme tous les enfants. A tous les jours, il y avait la prière, le catéchisme. En plus des fêtes mariales, des journées de confessions, du mois de Marie, des processions au Saint-Sacrement. Les garçons avaient aussi la possibilité d’être servants de messe et je me souviens que c’était là pour moi un idéal extraordinaire. Je m’exercais à ma chambre à servir la messe, me faisant un petit autel. Mais je ne suis jamais arrivé à me rappeler les prières latines et donc je n’ai jamais été promu au grade de servant de messe. Je n’ai servi ma première messe qu’à l’âge de 28 ans. Vous voyez que le latin et moi c’est une très vieille histoire!

Une Réponse

  1. J’ai eu une enfance qui ressemblait à la vôtre en plusieurs points…
    Belle soirée !

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