Journal (10)

UN DRAME FAMILIAL

J’aborde ici une des pages les plus douloureuses de notre histoire familiale. Le décès tragique de ma soeur Johanne. Notre famille en porte encore une cicatrice profonde et à chaque fois que son nom est évoqué, je vois combien la cicatrice de la perte est encore sensible chez mon père et ma mère. L’amour des parents pour un enfant est d’une profondeur insoupçonnable et d’autant plus le souvenir d’un enfant que l’on a aimé, chéri et perdu. C’est une perte dont la souffrance s’atténue avec les années, mais l’on n’oublie jamais. Comment ne pas voir dans cet amour, le plus beau qui soit, l’image même de Dieu notre Père qui aime chacun et chacune de nous, et qui nous redit sans cesse : « Tu as du prix à mes yeux. »

À l’époque des événements que je vais raconter, j’avais 22 ans. J’aimais, à l’occasion, aller à Québec pour y passer une fin de semaine. C’était le début du mois de novembre et, au retour du voyage, j’étais rentré chez mes parents, chez qui j’habitais encore. C’était le dimanche soir.

Je me souviens que ma mère était seule à la cuisine. En rentrant, je vis son visage empreint d’une grande douleur, au bord des larmes, m’annonçant que ma soeur Johanne avait eu un accident d’automobile le samedi soir. Elle était à l’urgence de l’hôpital de Saint-Jérôme et son état semblait grave, mais on n’en savait pas plus. Un jeune couple de dix-sept ans, des amis à Johanne, mariés depuis six mois, étaient assis sur la banquette avant de la voiture, et ils étaient morts sur le coup. Dans la nuit de samedi à dimanche, l’auto avait quitté l’autoroute, sans raison apparente, et était tombée dans un petit ravin.

Comme d’habitude, ma mère restait digne dans la situation, sans effusion excessive, toujours aussi discrète quant à sa vie intérieure, à ses secrets. Elle me fit savoir que mon père était au salon avec Roger, un voisin et un très bon ami à lui. Il me salua distraitement tout en continuant à parler à Roger et je vis immédiatement qu’il avait bu. J’appelai tout de suite à l’hôpital afin d’avoir des renseignements et l’infirmière me dit tout simplement que ma soeur était inconsciente et que ses chances de survie étaient 50/50. Il ne m’était pas possible pour l’instant de la voir, mais elle m’invita à passer le lendemain.

À l’hôpital, j’appris alors par le médecin que l’impact de l’accident avait très violent et que ma soeur était décérébrée, et que si elle survivait à l’accident elle serait « légume » toute sa vie. J’entrai dans la chambre pour la voir. Je craignais de la voir abîmée, méconnaissable, mais c’était toujours elle. Elle semblait intacte, aucune blessure apparente. Ce fut le début d’une longue vigile qui dura toute la semaine. Au début, j’ai refusé de prier pour sa guérison, même si j’espérais toujours un miracle, une erreur de diagnostic. J’allais la voir tous les jours, mais je refusais de prier pour elle, me disant que je n’étais pas pour commencer à prier Dieu maintenant dans une épreuve, alors que je ne le faisais jamais quand ça allait bien. C’était ma logique agnostique, mon orgueil.

Mais après quatre ou cinq jours, Johanne étant toujours dans le coma, soutenue par un respirateur artificiel, je sentais bien que la partie était perdue. Je n’avais jamais été très affectueux avec elle. Nous commencions à peine à vivre une certaine amitié, moi le grand frère de 22 ans avec sa petite soeur de 18 ans. Elle avait commencé à me demander des conseils, elle avait un copain. Nous étions en train de devenir tous les deux de jeunes adultes et nos querelles d’adolescents étaient sur le point de passer derrière nous. Ce dernier soir où je la vis vivante, je l’embrassai dans son lit et je me suis mis à pleurer comme je n’avais pas pleuré depuis longtemps. Je réalisais que j’étais sur le point de perdre ma petite soeur. À suivre…

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