Journal (11)

UN DRAME FAMILIAL (2)

Je quittai l’hôpital en larmes et arrivai à la maison je me mis à genoux dans ma chambre, suppliant Dieu de faire quelque chose, de faire un miracle, de la sauver. Le lendemain je crois, l’hôpital nous appela pour nous dire que Johanne était décédée.

La préparation des funérailles fut pénible naturellement. Je n’ai aucun souvenir de la cérémonie à l’église, seulement les veillées funéraires, mon père effondré qu’il fallait constamment soutenir. Ceci me rendait agressif à son endroit, car je trouvais qu’il se comportait d’une manière égoïste, comme si lui seul avait de la douleur. Je n’acceptais pas la faiblesse de mon père. Ma mère pleurait silencieusement. Un océan de douleur, mais sans un mot. Je me souviens après les funérailles, une fois revenu à la maison, je suis allé voir ma mère à sa chambre. Je lui ai peut-être dit un mot, je ne sais plus, et alors elle s’est effondrée sur le lit en pleurant, ne pouvant plus retenir sa douleur et s’écriant : « Ma petite fille, ma petite fille! » Je pense que c’est là le souvenir le plus douloureux de tout cet épisode que je garde. Le souvenir en est terrible.

Les jours qui suivirent mes parents donnèrent les vêtements de Johanne à une voisine, qui était sa meilleure amie, et je me souviens de la bonté de mes parents dans ce geste. Ce désir de continuer à partager plutôt qu’à vouloir garder pour eux. Un épais silence régna dans la maison pendant plusieurs semaines. Mon père continua à boire, allant parfois jusqu’à blâmer ma mère pour le décès de ma soeur, sous prétexte qu’elle n’aurait pas dû lui donner la permission de sortir, etc. Période extrêmement difficile où je ne souhaitais plus que quitter la maison. Au printemps, je parlai à ma mère de mon projet d’aller vivre avec Suzanne à l’été et alors elle se mit à pleurer. Je sentais que c’était trop pour elle de perdre ses deux enfants en si peu de temps. Je mis donc un terme à ce projet, qui ne se réalisa qu’un an plus tard.

C’est un épisode douloureux et j’aurais aimé le taire, car il est très personnel. Mais, en même temps, il est important dans mon cheminement spirituel. Car quelques jours après les funérailles, ma colère éclata contre Dieu. J’avais gardé dans ma chambre, dans un coin à l’écart, un crucifix et une statue de la vierge, souvenirs de mon enfance. En les voyants, je me mis à invectiver Dieu, lui le responsable de tous mes malheurs, comme on le ferait à l’endroit de son pire ennemi. Injures, blasphèmes, cris! Et au paroxysme de ma colère, je pris un marteau et avec rage, je réduisis en morceaux le crucifix et la statue, et je mis le tout aux poubelles! C’était fini! C’était vraiment comme tuer quelqu’un que l’on déteste énormément. Si jusqu’à ce jour, la question de Dieu me laissait plutôt indifférent, sans position arrêtée, je devins alors un anticlérical virulent et un athée pur et dur, ne manquant plus une occasion pour ridiculiser la foi en Dieu. Ma rage était à la mesure de ma blessure.

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