Journal (19)

DIEU EST QUELQU’UN

C’est là l’autre point, à mon avis, qui joue un rôle déterminant dans l’agnosticisme ou l’athéisme : je réalisais soudainement que Dieu est quelqu’un. Comment avais-je pu ne jamais réaliser cette chose, en dépit de mon éducation chrétienne à la maison et à l’école. Je ne savais pas que Dieu était quelqu’un! Qu’il était en quelque sorte une personne, bien que plus qu’une personne, car il pouvait se faire proche de nous, tout proche, habiter en en nous. Je n’avais jamais pensé que Dieu pouvait nous parler secrètement, de mille et une manières, qui son amour pouvait nous soulever comme aucun autre amour en ce monde.

Je découvrais que le Dieu des chrétiens voulait tellement se faire proche de nous qu’il était même venu parmi nous. En même temps, je prenais conscience de son extraordinaire grandeur, de sa manière à lui de nous parler à travers sa création, par chacun et chacune de nous. Je découvrais Dieu au coeur même de la vie et je réalisais en même temps qu’il en était à la fois la source et le but ultime de la vie. J’étais en amour avec Dieu, lui qui venait de faire irruption dans ma vie, sans violence, mais avec tellement de puissance. Sans s’imposer, respectueux de moi, mais présent maintenant au plus profond de moi, parce que je l’avais appelé, je l’avais supplié et qu’il avait entendu ma voix.

Nous n’affirmerons jamais assez en Église à quel point Dieu est quelqu’un, et qu’il est présent à chacun de nous. Il est un Dieu personnel, qui nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Il est un Dieu de relation qui nous aime d’un amour tellement fort, qu’aucune créature ne saura jamais nous aimer comme lui. Il est un Dieu vivant! Plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes, car il est à la source même de notre vie. Il est le souffle en nous, la vie qui circule en nos veines. Il est à la source même de tout signe de tendresse ou de toute bonté que nous posons. Il inspire le rire des enfants, il essuie nos pleurs, il nous donne d’entrer dans sa compassion pour le monde. Il suscite nos élans d’amour gratuits, désintéressés. Il appelle nos pardons et il nous apprend à aimer.

Voilà le Dieu que je découvrais et qui me parlait de lui comme l’on ne m’en avait jamais parlé auparavant. Cette expérience de Dieu m’amena, dans les mois qui suivirent, à fréquenter régulièrement la chapelle des pentecôtistes, à prier sans cesse et à lire avec passion tous les livres de spiritualité qui me tombaient sous la main. Naturellement, j’apprenais à me familiariser avec la Bible, mais mon premier livre de chevet fut le livre d’un missionnaire protestant, Watchman Nee, « La vie chrétienne normale ». Un livre portant sur rien de moins que l’épître de saint Paul aux Romains! L’auteur y décortiquait l’épître et j’étais émerveillé de ce que saint Paul disait sur Dieu et sur le salut accompli en Jésus Christ. J’ai encore ce livre à la maison et j’y revois encore tous ces passages soulignés par ma ferveur et mon émerveillement de jeune chrétien.