Journal (25)

MES PARENTS

Est-ce que la foi en Dieu nous change? Voilà une question importante, car si l’on veut annoncer Jésus-Christ, il faut être tout aussi conscient de ce que peut accomplir en nous l’action de l’Esprit Saint, que des limites inévitables de notre nature humaine à porter patiemment avec l’aide du Christ.

Ces limites concernent surtout l’être que nous sommes avec sa personnalité, son caractère, ses forces ses faiblesses et ses talents. Dieu va agir en nous, bien sûr, à travers ces médiations, mais il n’agira pas sans nous, ni à côté de ce que nous sommes. Le salut doit s’opérer dans l’humus même de notre vie. La vie spirituelle ne sera jamais une fuite de nous-mêmes, bien au contraire. Elle sera toujours un appel à la plus grande des lucidité sur nous-mêmes et sur les autres. Je voudrais donner un exemple concret de ce que j’avance et cet exemple concerne ma relation avec mes parents, surtout avec mon père.

Après ma conversion, j’ai bien sûr parlé à mes parents de ce qui m’arrivait. Je souhaitais qu’ils puissent vivre, comme moi, de cette vie nouvelle, et j’ai beaucoup prié afin que cette grâce leur soit accordée. Ils accueillirent avec respect, comme ils l’ont toujours fait, ce que je vivais, mais je sentais bien chez eux, à la fois un intérêt mitigé pour la question « Dieu », ainsi qu’un peu d’inquiétude face à mon cheminement. Ils se demandaient bien ce qui arrivait à leur garçon. Déjà, j’avais vécu une séparation amoureuse, sur laquelle ils n’avaient jamais soufflé mot, et maintenant ils me voyaient m’enthousiasmer pour Dieu et même parler de devenir prêtre!

De mon côté, je prenais conscience d’une certaine distance qui s’était établie entre eux et moi, par ma faute. Je prenais conscience tout à coup que je n’embrassais jamais ma mère quand je venais à la maison ou quand je partais. Je ne donnais pas la main à mon père, coutume qui est davantage dans notre tradition familiale que la bise. Et je me sentais poussé par cette foi retrouvée, de leur manifester plus de tendresse, de reprendre peut-être la relation avec mon père, là où elle s’était arrêtée à l’adolescence, et d’aller plus loin avec lui. Avec surprise au début, je commençai à embrasser ma mère lorsque je venais à la maison, à donner la main à mon père, à jouer aux cartes avec lui, à prendre plus de temps avec eux lors de mes visites. Et je sentais bien que ces petits gestes solidifiaient le tissu familial.

J’étais plus proche de mes parents, je sentais bien le bonheur qu’ils éprouvaient lorsque je leur rendais visite, et c’était réciproque. Je comprenais maintenant ce que voulait dire le psychologue E. Erickson, lorsqu’il affirmait que l’on devient vraiment adulte lorsque l’on est capable d’être un parent pour ses parents. L’Évangile, tout en me donnant une paix nouvelle, une joie de vivre, me rendait capable d’assumer les blessures familiales du passé, et d’avoir à coeur le bonheur de mon père et de ma mère, de prendre le temps de penser à eux et d’être avec eux. Les blessures de ma jeunesse, mes ressentiments, s’apaisèrent peu à peu.

Laissez un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :