Homélie pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

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Rencontre entre le pape François et le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople

 

Il est bon de rappeler en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens que dès les tout débuts de l’Église, cette dernière a souffert de conflits et de divisions internes. On le voit déjà dans les Actes des Apôtres et dans les lettres de Paul. Mais les plus grandes divisions remontent vers l’an mille de notre ère avec le grand schisme d’Orient, soit les divergences théologiques entre l’Église romaine et les orthodoxes de Byzance, et qui conduisirent à une première rupture. Le XVIe siècle lui sera le témoin du grand schisme de l’Occident, avec Luther et la réforme protestante, affrontement qui blessera profondément l’Église. Ce schisme sera suivi quelques années plus tard par celui de l’anglicanisme, sous Henri VIII, qui marquera la séparation de l’Église d’Angleterre avec de celle de Rome.

Voilà, en quelques lignes, un bref survol de l’histoire des divisions dans l’Église, divisions qui se poursuivent encore aujourd’hui. C’est pourquoi, il nous faut toujours prier pour l’unité des chrétiens. Mais je serais tenté d’appeler cette semaine de prière, la Semaine de prière pour l’unité des théologiens et des chefs d’Église, car l’on pourrait très bien dire que nous n’y sommes pour rien si les Églises sont divisées. C’est en haut lieu que ces questions se sont décidées, entre chefs d’Églises, entre les rois et les chefs de guerre. Les peuples ne faisant que suivre leurs chefs religieux ou leurs princes.

Certains pourraient dire que nous ressemblons aux enfants du divorce qui, sans être responsables de la séparation de leurs parents, se retrouvent à vivre avec l’un des deux, et qui, aujourd’hui, prient afin qu’ils se rapprochent et se réconcilient. Bien sûr, en rester à une telle vision des choses serait certainement réducteur, car nous avons notre part de responsabilité face à l’avenir, et il faut bien avouer que les germes de divisions qui déchirent l’Église, sont aussi en nous, divisions à plus petite échelle bien sûr, mais qui n’en blessent pas moins nos Églises locales et nos communautés chrétiennes.

La semaine de prière pour l’unité des chrétiens n’est pas tout à fait une fête, vous en conviendrez. On ne peut quand même pas célébrer une blessure, surtout lorsqu’elle atteint le Corps du Christ, et devient un scandale aux yeux de tous. Cette semaine n’a de sens que si elle est vécue en quelque sorte comme un mini-carême, un temps de pénitence, de prière et de réconciliation, une semaine où l’on prend le temps de se reconnaitre divisés et blessés, car l’avenir de l’Église doit nous tenir à cœur.

C’est le bienheureux pape Paul VI qui disait : « L’on ne peut aimer le Christ si l’on n’aime pas l’Église ». Cette semaine de prière est une occasion idéale pour réfléchir non seulement à notre attitude à l’endroit des chrétiens des autres confessions, mais aussi à notre propre attachement à l’Église. Est-ce que par notre attitude les gens qui nous entourent sentent chez nous un amour réel de l’Église, un attachement à sa Tradition, un souci affectueux pour ses difficultés, une solidarité avec les défis auxquels elle doit faire face, ou profitons-nous de la moindre occasion pour la critiquer?

Il n’est pas question ici de remettre en question de droit de critiquer. C’est un droit fondamental dans nos sociétés, et il faut bien reconnaître que les catholiques n’ont pas toujours eu le sentiment d’être entendus dans leur Église. Il y a certainement des progrès à faire sur ce point. Mais cela ne peut justifier le manque d’amour dans les critiques que l’on entend parfois, sinon l’hostilité, qui laissent croire que ce ne sont pas là des sentiments animés par l’Esprit Saint.

Qui de nous n’a pas été complice de telles attitudes à l’occasion? Rappelons-nous, comme l’écrit saint Paul, que l’Esprit de Dieu n’est pas un Esprit de rancune, de jalousie ou de haine, car c’est par de telles attitudes que commencent les schismes et les divisions qui déchirent le Corps du Christ.

Cette semaine vient nous rappeler l’importance d’aimer l’Église et son mystère, car on ne peut aimer l’Église uniquement dans ses institutions. Le grand Corps de l’Église, ce sont avant tout ses membres, présents et passés, qu’il s’agisse d’un saint Paul, d’un saint François, d’une sainte Thérèse de Lisieux, de nos défunts, de vous et de moi. Nous sommes tous unis dans une même communion, grâce à l’Esprit Saint qui nous fait vivre de la vie même du Christ.

Quand je dis qu’il nous faut aimer l’Église et son mystère, c’est de toute cette réalité que je veux parler. J’englobe à la fois le présent, le passé, et l’avenir de l’Église. Je pense à tous ceux et celles qui ont mis leur foi en Dieu, depuis notre père Abraham, jusqu’aux plus modestes témoins d’aujourd’hui, dont la vie et les actions sont marquées par l’évangile.

Le mystère de l’Église s’exprime tout autant dans les familles chrétiennes que chez les moines et les ermites, il se vit chez les veufs et les veuves, chez les célibataires et les couples chrétiens. Ce mystère de l’Église s’exprime tout autant dans la vie des grands saints que dans la vie de tous ces hommes et ces femmes anonymes, qui n’ont cessé de se mettre au service de leurs frères et de leurs sœurs en humanité, à cause de cette vie du ressuscité qui les appelle et qui les fait vivre, et ce, dans toutes les Églises.

L’Église du Christ est tout aussi présente dans les grandes cathédrales et les monastères du monde, que dans les soupes populaires de nos villes ou dans les taudis de Calcutta ou du Nunavut. Partout nous trouvons des chrétiens et des chrétiennes engagées au nom de leur foi, et ce, indépendamment de leurs confessions chrétiennes.

C’est toute cette Église qu’il nous faut aimer et faire nôtre, tout autant celle de la place Saint-Pierre de Rome que la plus petite des églises de nos villages, tout comme celle qui est à l’œuvre chez nos frères et nos sœurs dans la foi, et que nous désignons avec la formule maladroite « nos frères et nos soeurs séparés ». Chez eux, comme chez nous, il y a ce même mystère d’une présence d’amour qui laboure cette terre et qui nous interpelle. Il y a cette même présence de Jésus Christ et de son Esprit, car il est fidèle à sa promesse d’être présent à ses disciples, au fil du temps et des siècles, lui le cœur battant de cette grande maison que nous appelons l’Église universelle.

Frères et sœurs, demandons à Dieu, en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, de nous rapprocher les uns des autres, d’aplanir nos différences, et de nous aider à grandir dans notre amour de l’Église, car comment pourrions-nous prétendre aimer le Christ, si nous ne portons pas le souci de l’Église et de son unité? N’a-t-il pas donné sa vie pour elle?

Yves Bériault, o.p.

Dominicain. Ordre des prêcheurs

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2 Réponses

  1. Il faut de l’amour pour aller vers l’unité, qui seul donne la vraie volonté de dépasser les différences ou qui ne les voit pas, tout simplement.

    « Il n’y a qu’une seule Vierge Marie, la même pour tous. Tout comme il n’y a qu’un seul Christ, le même pour tous. Et nous faisons tous le même baptême qui nous rend tous chrétiens. Ca suffit avec les différences : rapprochons-nous par les ‘actes’. Voilà la voie qui s’offre à nous. Il n’y en a pas d’autre… Le seul chemin possible est celui de l’amour et de la charité, et l’amour et la charité imposent la voie de l’union. » Patriarche Athénagoras

    « Que devons-nous attendre ? Que les théologiens se mettent d’accord? Ce jour n’arrivera jamais, je vous l’assure, je suis sceptique. Ils travaillent bien, les théologiens, mais je me rappelle de ce qu’on disait à propos de ce qu’avait dit Athénagoras à Paul VI : ‘Nous, avançons seuls ; et mettons tous les théologiens sur une île, qu’ils réfléchissent !’. …On ne peut pas attendre : l’unité est un chemin, un chemin que l’on doit faire, que l’on doit faire ensemble. Et c’est cela l’œcuménisme spirituel : prier ensemble, travailler ensemble, il y a beaucoup d’œuvres de charité, beaucoup de travail… Enseigner ensemble… Aller de l’avant ensemble. C’est l’œcuménisme spirituel. Puis, il y a l’œcuménisme du sang, quand on tue les chrétiens ; nous avons tant de martyrs.
    …Nos martyrs crient : ‘Nous sommes un ! Déjà nous avons une unité, dans l’esprit et aussi dans le sang’. […] C’est l’œcuménisme de sang, qui nous aide beaucoup, qui nous dit beaucoup. Et je crois que nous devons aller courageusement sur ce chemin. Oui, partager les chaires universitaires, il le faut, mais de l’avant, de l’avant… ». Pape François dans l’avion de retour de Turquie le 30 novembre 2014

    Merci de cette homélie, cher frère. Aimer l’Eglise. Si l’amour du coeur vient à disparaître pour elle, alors il faut l’aimer avec sa volonté. Mais l’aimer. Par le coeur ou par principe. Elle est le corps dont le Christ est la tête. Même cabossée, elle est sienne. Même trop humaine et trop mondaine. Elle si grande et contient en elle, une telle variété, une telle richesse d’expressions et de manifestations différentes du divin, tant de saints et tant d’humbles. Comment ne pas aimer l’Eglise, la rejeter tout d’un bloc? Ne pas aimer l’Eglise serait oublier de contempler son mystère. Autrement dit, passer à côté de l’essentiel. Ce mystère, on n’en finit jamais de le découvrir. Et plus on le découvre, plus on aime l’Eglise.

    J’ai été très bousculée ces derniers temps, je vais lire en mon temps les merveilles que vous avez écrites et que je n’ai pas pu lire.

  2. Bonjour Marie. C’est toujours un plaisir que de vous lire. Merci d’apporter vos réflexions à ce blogue. J’en profite pour vous souhaiter une Sainte année 2018. Que le seigneur vous bénisse et vous garde !

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