Suivez la retraite de carême à SJB Ottawa

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Homélie pour le 1er Dimanche du Carême. Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 1-13) 
En ce temps-là,
après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là,
et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut
et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir
et la gloire de ces royaumes,
car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi,
tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit :
« Il est écrit :
C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi, à ses anges,
l’ordre de te garder
 ;
et encore :
Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »
Jésus lui fit cette réponse :
« Il est dit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,
le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

COMMENTAIRE

J’aimerais aborder ce carême qui commence avec un passage du livre du Petit Princede Saint-Exupéry. Dans ce conte, le Petit Prince, seul sur son astre, s’est lié d’amitié avec un renard. Il vient lui rendre visite un jour, mais sans le prévenir. Le renard lui en fait alors le reproche :

Il eût mieux valu, revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites. 

Il faut des rites ! Voilà qui décrit bien la démarche dans laquelle nous nous engageons en Église, année après année, et qui s’appelle le carême. Il faut des rites pour s’habiller le cœur, afin de redécouvrir et affirmer encore une fois, combien notre foi en Jésus Christ nous importe, combien elle a ce pouvoir de transformer nos vies. Il nous faut des rites pour nous préparer à la grande fête de l’amour, la fête de Pâques, où Dieu donne sa dernière et sa plus belle parole pour notre monde en son Fils Jésus-Christ.

Il y a deux ans décédait le dominicain français Claude Geffré, un théologien de grande envergure, qui décrivait avec des mots tout simples, le mystère d’amour au cœur de sa vie de croyant : « Désirer Dieu, disait-il, c’est désirer d’abord que Dieu soit Dieu dans ma vie, parce qu’il est mon tout, mon bonheur et ma fin ».

Frères et sœurs, c’est en marche vers ce bonheur que le temps du carême nous entraîne, et nous invite à nous habiller le cœur. Mais, n’en doutons pas, il s’agit aussi d’un combat à mener, car il nous arrive de perdre ce désir que Dieu soit Dieu dans nos vies. Et c’est ainsi que le rite du carême vient nous inviter à nous remettre en marche et à prendre au sérieux, le sérieux de notre foi, ainsi que le sérieux de nos vies.

L’évangile de ce premier dimanche du carême illustre bien le combat qui doit être le nôtre. Nous y voyons Jésus entrer dans le drame de l’existence humaine, alors qu’il est tenté par Satan. Les trois tentations que Jésus doit affronter sont l’expression de la tentation d’un monde sans Dieu, qui ne croit qu’en lui-même, qui se construit en dehors de tout principe de vie capable de fonder son existence, et de lui donner sens. De là, toutes les dérives, tous les abus qui deviennent possibles, quand l’homme devient la mesure absolue de son emprise sur le monde.

L’attitude de Jésus devant ces tentations nous entraîne dans une autre direction et sa victoire s’affirmera définitivement le matin de Pâques. Mais il nous faut nous préparer le cœur à ce rendez-vous de notre foi. C’est pourquoi pendant quarante jours, évocation du séjour de Jésus au désert, l’Église nous propose un itinéraire de foi où nous sommes invités à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, à nous reconnaître dans le cheminement du peuple hébreu au désert, dans celui d’Abraham qui renonça à ses certitudes pour avancer dans la foi en réponse à l’appel de ce Dieu unique, dont le visage demeurait encore caché, et qui invitait Abraham à tout quitter pour un pays nouveau, d’où coulent le lait et le miel selon la belle formule biblique. C’est là, la surabondance qui nous est promise au terme de ce voyage, mais nous savons désormais qu’il ne s’agit plus d’un pays, ni d’une terre bénie comme destination, mais d’un Royaume où Dieu sera tout en tous, et ce, dès maintenant.

Il s’agit bien sûr d’un voyage vers la vie éternelle, le plus beau et le plus grand des voyages, mais ce voyage ne saurait se vivre en-dehors de nos vies d’hommes et de femmes, créés à l’image de Dieu, appelés à aimer comme Lui. C’est pourquoi le récit de la tentation de Jésus au désert récapitule tous ces voyages dans la foi que nous sommes appelés à vivre alors qu’il est souvent si facile de se perdre de vue, de perdre de vue le prochain, d’oublier Dieu et ses promesses de bonheur pour nous.

Le carême est donc une invitation à entrer dans le combat de Jésus, à marcher avec lui dans ce désert d’un monde sans Dieu où l’amour est si souvent bafoué. Car nous pouvons bien prétendre aimer Dieu de tout notre cœur, mais nos vies chrétiennes n’ont de sens que dans la mesure où elles nous font ressentir comme des blessures personnelles les malheurs de ce monde, les souffrances et les injustices que les humains se font subir, car c’est là la douleur même de Dieu que Jésus prendra sur ses épaules afin de nous ouvrir le chemin du véritable bonheur.

Je revois cette jeune infirmière, de retour d’un stage en Haïti, me confiant les larmes aux yeux, suite à la misère qu’elle y avait vue : « Il me semble que le Bon Dieu doit avoir honte de nous, disait-elle. » Et je me disais en me rappelant son indignation, « voilà bien la fille de son Père, son Père des cieux. » N’est-ce pas là la passion même du Christ pour notre monde qui doit nous animer ?

Alors, frères et sœurs, habillons-nous le cœur en ce temps de Carême qui s’ouvre devant nous, puisque le Christ nous y attend et nous entraîne à sa suite. Notre combat, ce sera celui de la disponibilité du cœur, afin d’accueillir les fruits de sa victoire en nos vies. Voilà le mouvement de conversion dans lequel nous nous engageons et qui nous conduira jusqu’au matin de Pâques, le cœur à la joie ! Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le Mercredi des Cendres

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En entrant en carême, nous sommes invités à aller au désert. Ce désert pour le peuple hébreu va devenir le lieu de l’épreuve, de la tentation, mais avant tout le lieu de la présence de Dieu. Un temps de passage où Dieu accompagne, nourrit, désaltère, conduit. Le désert est un lieu où l’on vit l’expérience de se situer devant Dieu comme seul guide, c’est le temps de la confiance et de la fidélité, c’est un retour à l’essentiel, d’où l’importance de ce temps de dépouillement qu’est le carême.

Entrer au désert, c’est se rappeler chaque année que l’essence même de la vie de foi se vit dans abandon entre les mains de Dieu, dans cette attitude du Fils, qu’est Jésus, qui se laisse conduire par l’Esprit Saint. Ce désert évoque aussi la tentation, la présence de forces adverses en nous qui veulent nous faire renoncer à notre vie d’enfant de Dieu. Et souvent nous tombons, nous cédons… C’est pourquoi le désert est aussi une expérience de conversion, un appel à renoncer à nos façons de faire qui sont parfois un refus de l’amour de Dieu et un refus de l’autre.

Le carême est un appel à la conversion qui vient nous rappeler qu’il nous il faut coopérer à la grâce que Dieu nous donne afin d’être des signes lumineux dans le monde. L’Église, fidèle à l’évangile, nous propose trois chemins de conversion en cette montée vers Pâques : la prière, l’aumône et le jeûne.

Ces trois observances viennent mettre l’accent sur trois lieux de rencontre en nos vies : Dieu et la prière, l’aumône et le prochain, le jeûne et nous-mêmes.

Le carême nous invite à un renouvellement de notre vie de prière afin de renouer avec cette intimité, cette proximité que Dieu veut établir avec nous à travers notre quotidien.

Le carême nous invite aussi à redécouvrir l’importance du prochain, car l’on ne peut aimer Dieu sans aimer le prochain, car le prochain est le seul chemin vers Dieu. L’Église nous propose d’adopter le prochain comme une part de nous-mêmes en ce temps de conversion.

Enfin, le jeûne et nous-mêmes. Il est là pour creuser la faim et la soif en nous, et ainsi comprendre que seul Dieu peut véritablement nous rassasier.

Frères et soeurs, ne doutons pas que ce Carême qui s’ouvre devant nous, le Christ nous y précède. Et nous n’avons pas à avoir peur de le suivre puisqu’il est déjà vainqueur. Notre combat, ce sera celui de la disponibilité du coeur afin de pouvoir accueillir les fruits de sa victoire. Voilà le mouvement de conversion dans lequel nous nous engageons à l’aube de ce Carême qui nous conduira jusqu’au matin de Pâques.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 8e Dimanche T.O. Année C

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Prendre soin de soi

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 39-45)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur. »

 

COMMENTAIRE

« L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon. »

Nous sommes chanceux, cette année, que le Carême vienne plus tard, avec Pâques le 21 avril. Cela nous vaut quelques dimanches de plus, dans le Temps Ordinaire, avec l’Évangile de Luc qui nous plonge dans le concret de notre vie de disciples du Christ.

Et c’est la sagesse du Christ qui encore nous interpelle. Une sagesse liée à son mystère de salut pour l’homme et la femme de tous les temps. La sagesse du Christ reliée à son mystère pascal, mystère de restauration, de rédemption pour nous tous.

Et ce dont il nous est parlé aujourd’hui, c’est d’intériorité, de ces ressources intérieures, inépuisables qui alimentent, dirigent, soutiennent notre action, qu’elle soit paroles, écritures, gestes physiques ou spirituels. Tout ce qui vient de nous prend la couleur de ce que nous sommes. Nous parlons de ce que nous sommes. L’agir suit l’être. Nous agissons comme nous sommes. De là notre originalité foncière. Chacun de nous est unique au monde. Chacun, chacune a le droit et même le devoir d’être soi-même.

C’est pourquoi on peut dire que nous sommes pareils à nous-même en tout ce que nous faisons. Et si nous changeons vraiment quelque part, nous changeons partout. C’est alors quelque chose comme une vrai conversion qui passe d’abord par le dedans.

Et qui est notre maître à penser, à exister, à agir, si ce n’est le Christ Seigneur. Il est notre modèle. Le Père,lui, est le potier qui nous façonne avec amour, dans l’esprit, à l’image de son Fils. Laissons-nous donc travailler au-dedans par cette influence « trinitaire ». Mettons en pratique ce qu’elle nous inspire et nous communique.

De fait, nous sommes tous un peu sur les traces de quelqu’un. Nous imitons volontiers nos parents, notre grand frère, notre grande sœur, un ami, un professeur. Nous avons tous, peut-être en secret, un héros qui nous fascine. Ce rapport avec notre modèle nous façonne tranquillement au-dedans.

Dans la dynamique familiale, il y a aussi le jeu des gènes et des autres transmissions biologiques qui déjà nous configurent pour des traits qui nous font nous ressembler tant au plan psychologique que physique. Et c’est aussi un fait que nous nous conformons ou nous résistons à l’exemple, au modeling suggéré par les gens de la famille ou de notre entourage.

La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à nous conformer surtout au maître intérieur qui nous inspire pour une œuvre à produire d’abord en notre intérieur. Un travail de libération, de purification. Pour que soit dégagée en nous la source toujours nouvelle qui s’alimente à l’infini de Dieu.

Il ne s’agit pas là d’une prise de contrôle de Dieu qui serait comme une force extérieure qui pèserait sur nous. Dieu le premier nous laisse libres. Il est honoré par toute liberté bien assumée. Nous ne sommes donc pas des robots, comme si notre avion était pilotée à partir d’un autre avion ou d’une base quelconque éloignée de nous. Non, le rapport personnel à Dieu dont il est ici question fait que nous sommes encore plus libres et à notre meilleur quand nous entrons sous cette influence divine qui souffle au-dedans de nous. Dieu est à l’aise avec nous. Ce qu’il fait essentiellement, c’est de nous rétablir à notre meilleur pour que nous devenions plus nous-mêmes comme si nous en revenions au plan originel qu’il avait d’abord voulu pour nous.

fr. Jacques Marcotte, o.p.

 

Message important aux fidèles lecteurs et lectrices de Spiritualité 2000

Chers amis,

Le site Spiritualité 2000 est hors-ligne depuis samedi dernier. Il semblerait que les frais d’hébergement n’aie pas été payés. La compagnie qui gère ce dossier pour nous a été vendue sans donner les informations concernant notre site à la nouvelle compagnie. Ce qui fait que je n’ai pas les informations qui me permettraient de payer les frais d’hébergement (mot de passe, numéro de carte de crédit, PIN, numéro de facture, etc).

J’ai fait beaucoup de démarches depuis samedi et j’attends des réponses à ce sujet. Prions…

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le 7e Dimanche T.O. Année C

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Risquer l’amour : une vie généreuse!

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 27-38)

En ce temps-là,
Jésus déclarait à ses disciples :
« Je vous le dis, à vous qui m’écoutez :
Aimez vos ennemis,
faites du bien à ceux qui vous haïssent.
Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent,
priez pour ceux qui vous calomnient.
À celui qui te frappe sur une joue,
présente l’autre joue.
À celui qui te prend ton manteau,
ne refuse pas ta tunique.
Donne à quiconque te demande,
et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.
Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous,
faites-le aussi pour eux.
Si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
Si vous faites du bien à ceux qui vous en font,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs en font autant.
Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs prêtent aux pécheurs
pour qu’on leur rende l’équivalent.
Au contraire, aimez vos ennemis,
faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour.
Alors votre récompense sera grande,
et vous serez les fils du Très-Haut,
car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;
ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez, et vous serez pardonnés.
Donnez, et l’on vous donnera :
c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante,
qui sera versée dans le pan de votre vêtement ;
car la mesure dont vous vous servez pour les autres
servira de mesure aussi pour vous. »

COMMENTAIRE

Nous en sommes, pour quelques dimanches encore, à réfléchir sur le genre de vie que nous devons mener si nous voulons demeurer dans l’esprit de l’Évangile. Quelle est la proposition du Christ à ses disciples?

Nous sommes peut-être étonnés du ton et de la netteté avec lesquels Jésus nous parle des attitudes que nous devons mettre en place dans nos vies. Ce n’est pas pour mettre une pression indue sur nous. Il s’agit d’une invitation, d’un appel qu’il nous fait. Il voudrait tellement que nous ayons les mœurs de Dieu, les attitudes divines, celles qui sont aussi les siennes.

Notre monde est souvent un lieu de luttes et d’affrontements. Nous sommes tous en quête de possession et d’autorité. Nous cherchons à nous imposer aux autres, à les dominer, à posséder au-delà de ce dont nous avons besoin. Cette tendance ne concerne pas seulement les autres, nos gouvernants municipaux, provinciaux et fédéraux. C’est une affaire éminemment personnelle que de prendre option pour la douceur, la miséricorde, le pardon, les valeurs de paix et d’amour.

Bien sûr, il y a en chacun de nous un instinct de vengeance. « Nous sommes vite sur la gâchette » Nous avons tous une réaction vive devant les affronts et la douleur. Comment résister à l’envie de riposter et de rendre à la pareille à qui nous fait du mal et du tort? Et pourtant, comment désamorcer autrement la violence, l’escalade de la violence? Une vengeance immédiate ne risque-t-elle pas de nous engager dans quelque guerre interminable?

« À cochon, cochon et demi », disons-nous. Et nous sommes dès lors convaincus que notre guerre est juste, que c’est là la meilleure façon de prendre notre place dans la vie et de nous faire respecter. Mais où est donc la vraie grandeur? N’est-elle pas dans l’humilité et le service? N’y a-t-il pas de la petitesse à vouloir absolument être meilleur que les autres, à chercher la grandeur comme si elle n’était pas déjà cachée en dedans de nous? Grandeur de l’humilité, du service, de l’amour fraternel… Il y a là quelque chose de divin, de béni et de sanctifié par Jésus lui-même qui a voulu vivre au milieu de nous comme un pauvre, un petit, le serviteur de tous. Comme une graine jetée en terre dans un champ.

Savons-nous bien que nous sommes riches et comblés en dedans de nous? Nous n’avons pas à envier les autres, à être jaloux, prétentieux, en compétition et rivalité avec tous et chacun. C’est que d’abord nous devons prendre conscience de notre monde intérieur et de sa richesse, de la vie qui palpite en nous; de cette force divine qui nous habite, qui nous est prêtée.

Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette ressemblance, nous l’avons hélas abimée et perdue. N’ayons donc de cesse que d’accepter d’être restaurés par le Christ en cette image. Et misons sur cette restauration spirituelle en nous pour croire davantage en notre jardin intérieur. Dieu est amour. Le premier, il nous a aimés.

Nous avons en nous tout ce qu’il faut pour avoir confiance, pour aller vers les autres avec assurance. Prenons donc l’initiative de donner, d’être en service, de respecter les autres. Comment ne pas les voir, eux aussi, comme aimés de Dieu, voulus par lui. Ils me sont confiés pour que je les aime et les aide au nom de notre Dieu et Père.

Résistons donc absolument à la tentation de la méfiance envers les autres, du jugement à leur égard, de la condamnation qui les stigmatise. Soyons plutôt proactifs en travaillant pour construire un monde meilleur, de justice et de paix pour autant qu’il dépende de nous. Nous ferons alors advenir le Royaume de Dieu. Toute cette bonté, cet amour, cette miséricorde investie par nous pour les autres débordera sur nous en retour à la fin. Dieu nous l’a promis en son Fils bien-aimé Jésus. Que son mystère pascal nous en soi la preuve et nous en rappelle la promesse infaillible!

fr. Jacques Marcotte, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 5e Dimanche T.O. Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc  (Lc 5, 1-11)

En ce temps-là,
la foule se pressait autour de Jésus
pour écouter la parole de Dieu,
tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon,
et lui demanda de s’écarter un peu du rivage.
Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon :
« Avance au large,
et jetez vos filets pour la pêche. »
Simon lui répondit :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;
mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »
Et l’ayant fait,
ils capturèrent une telle quantité de poissons
que leurs filets allaient se déchirer.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque
de venir les aider.
Ceux-ci vinrent,
et ils remplirent les deux barques,
à tel point qu’elles enfonçaient.
à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus,
en disant :
« Éloigne-toi de moi, Seigneur,
car je suis un homme pécheur. »
En effet, un grand effroi l’avait saisi,
lui et tous ceux qui étaient avec lui,
devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée,
les associés de Simon.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte,
désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage
et, laissant tout, ils le suivirent.

COMMENTAIRE

Frères et sœurs, j’aimerais vous raconter une histoire de pêche. Cela se passe au Rwanda, où j’ai habité en 2009 pendant près d’une année. Alors que je me promenais avec des frères au bord du lac Kivu, un lac qui fait un peu plus de cent kilomètres de long par cinquante de large, je vis une flottille de bateaux de pêche se diriger vers le large à la queue leu leu. Il s’agissait de petits chalutiers artisanaux, des pirogues à deux coques, propulsées par une bonne demi-douzaine de pêcheurs, maniant des pagaies au rythme d’un chant à la fois profond et cadencé, quasi-religieux.

C’était à la brunante et la petite flottille composée de quinze bateaux environ appareillait pour la nuit. Chacune des pirogues avait une lampe allumée à sa proue et toutes les dix ou quinze minutes, une nouvelle pirogue quittait le petit port de pêche sous l’acclamation de la foule venue les saluer. Comme dans un ballet bien synchronisé, les petits bateaux s’en allaient tous dans la même direction afin d’y tendre leurs filets. Un spectacle vraiment impressionnant me parlant de ces hommes partant de nuit afin de gagner leur vie. C’est là que j’appris que la pêche au filet devait se faire de nuit pour être fructueuse.

Dans le récit évangélique de ce dimanche, nous retrouvons Simon Pierre et ses compagnons qui eux rentrent bredouilles de leur nuit de pêche. L’évangéliste Luc nous décrit la scène. Pierre et ses compagnons sont là sur la plage au petit matin nettoyant leurs filets, sûrement déçus. Et voilà que Jésus se tient sur le rivage, entouré par la foule qui le suit. Nous sommes près de Capharnaüm, là où Jésus a expulsé un démon d’un possédé à la synagogue, là où il a guéri la belle-mère de Pierre, ainsi qu’un grand nombre de malades. Le texte précise que la foule est là pour écouter Jésus commenter la Parole de Dieu. Et c’est là un élément clé du récit de l’évangéliste qui veut nous fait voir combien Jésus lui-même est Parole de Dieu, puisque la création elle-même lui obéit.

Toujours est-il qu’une fois sa prédication terminée, Jésus invite Pierre à s’avancer au large et à lancer les filets malgré l’échec de la nuit. Bien qu’il fasse jour, Pierre obéit à Jésus : « Puisque tu me le demandes, dit-il, je vais lancer les filets ». Le résultat ne se fait pas attendre. C’est la pêche miraculeuse ! Les filets sont pleins à tout rompre et le sens du miracle est dévoilé quand Jésus affirme à Simon-Pierre : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras ».

Frères et sœurs, ces paroles s’adressent tout autant à Simon-Pierre qu’à nous. Une mission est confiée, bien sûr, mais il faut y voir aussi une promesse qui nous est faite : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. » Comme si Jésus disait à Simon-Pierre et à nous-mêmes : « N’en doute pas, je saurai rendre efficace tes paroles et tes actions, car je serai avec toi ».

La mission de l’Église trouve son fondement dans ce récit et, sans cesse, elle est invitée à lancer les filets afin de conduire les hommes et les femmes de ce monde à la pleine lumière de qui est Jésus Christ. Que nous soyons missionnaires, catéchètes, théologiens, parents, ou tout simplement disciples, nous sommes tous et toutes appelés à proclamer que Jésus Christ est Seigneur, qu’il est vivant, que le Père l’a ressuscité d’entre les morts.

Mais nous savons aussi qu’il n’est pas toujours facile ou opportun de partager notre foi, car il n’y a pas pire sourd que celui ou celle qui ne veut pas nous entendre. C’est pourquoi l’expression « lancer les filets » nous engage en tout premier lieu dans une présence au monde faite de respect et de douceur, de patience et d’amour, présence qui a source dans les gestes, les enseignements et la vie même de Jésus Christ. Et cette présence au monde s’articule autour de deux pôles majeurs: la prière et le don de soi.

Je me souviens, après un séjour d’un mois chez les Trappistes à Oka, j’avais fait le constat suivant : me retrouvant à l’église pour la prière de la nuit, qu’on appelle les vigiles, et qui sont célébrées vers 4 h du matin, j’avais alors eu cette intuition que l’église abbatiale était leur véritable demeure. Non pas leur chambre, ni le réfectoire ou les lieux de travail, mais l’église, la chambre n’étant qu’une sorte de salle de repos, en attendant de se retrouver dans le seul lieu qui compte vraiment pour les moines : leur église où ils se retrouvent plusieurs fois par jour. Cette nef m’apparut alors comme le navire du moine, ce marin de la vie spirituelle, dont tout le quotidien est tendu vers ce lieu de la prière communautaire où, ensemble, les moines prennent la mer afin d’aller y tendre leurs filets au nom de Dieu, priant, intercédant pour l’Église ainsi que l’humanité toute entière. Sans être aussi intense et centrale, cette vie de prière est aussi à notre portée.

Maintenant, si les moines vivent leur mission dans leur monastère, notre mission à nous se vit dans la cité, là où nous levons les voiles chaque matin et prenons la mer nous aussi. C’est là que la réponse confiante de Simon-Pierre devient l’expression la plus achevée de toute remise de soi entre les mains de Dieu: « Maître, sur ton ordre, je vais jeter les filets encore aujourd’hui ». Chaque parole bienveillante, chaque mot d’encouragement, chaque marque de tendresse et de réconfort, le moindre petit service, le travail quotidien fait consciencieusement, le temps donné gratuitement, l’écoute généreuse et attentive de celui ou celle qui souffre, ce sont là mille et une manières de signifier ce trop-plein d’amour que l’esprit du Christ déverse en nos cœurs, et c’est cela aussi lancer les filets.

Frères et sœurs, l’Évangile de ce jour nous invite donc à avancer vers le large avec Jésus, acceptant de partir de nuit comme de jour, avec nos lampes bien allumées, la prière chevillée au cœur, assumant avec courage chacune des journées qui nous sont confiées, nous donnant à ceux et celles qui en ont le plus besoin, à cause du Christ. Et c’est cela aussi évangéliser.

Voilà frères et sœurs. À nous maintenant après une semaine en mer depuis notre dernier rassemblement dominical, de tirer nos filets vers le rivage de notre eucharistie, là où le Christ nous attend. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs