Ces chrétiens qu’on assassine de René Guitton

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En Orient, les persécutions croissantes poussent les Chrétiens à fuir les pays où est né le christianisme. Au Maghreb, en Afrique subsaharienne et jusqu’en Extrême-Orient, parce que chrétiens, ils sont contraints au silence et parfois assassinés par centaines. Des églises, des habitations sont saccagées, des cimetières profanés. À nos portes, des fatwas sont édictées, des Chrétiens condamnés. Et ces agressions insoutenables se heurtent au silence de la communauté internationale, oublieuse de ce que « la liberté de pensée, de conscience et de religion » est inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme.

Juifs et Musulmans sont aussi persécutés. Mais la reconnaissance de leurs souffrances ne doit pas se faire au prix de la négation de celle des Chrétiens. Y aurait-il de bonnes et de mauvaises victimes? Des victimes dont on doit parler et d’autres qu’il faut passer sous silence?

Avec Ces Chrétiens qu’on assassine, René Guitton dresse le « livre noir de la christianophobie « , cri de révolte, appel à la mobilisation de tous et leçon de fraternité: qu’il soit juif, chrétien ou musulman, quand un groupe est menacé, c’est le signal que d’autres pourront l’être à leur tour.

Taire les douleurs du présent, c’est s’exposer à les banaliser quand elles doivent interpeller l’humanité tout entière. Ce livre nous oblige à rompre avec l’indifférence qui comble d’aise les bourreaux et tue une seconde fois leurs victimes.

Biographie de l’auteur

Passeur infatigable entre l’Orient et l’Occident, René Guitton milite pour le dialogue des cultures et des civilisations, contre le racisme et l’antisémitisme. Il est l’auteur, entre autres livres, de Si nous nous taisons, le martyre des moines de Tibhirine qui a obtenu plusieurs prix. Il est membre du réseau d’experts de l’Alliance des civilisations des Nations Unies.

Pour conclure la Semaine de l’unité des chrétiens

Jésus disait à ses Apôtres : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. »

Nous sommes de ceux-là. Nous sommes les héritiers de la prédication des Apôtres de Jésus. Nous croyons à cause de leurs paroles, à cause du témoignage de leurs vies, ainsi que de tous ceux qui leur ont succédé. Nous croyons surtout parce que l’Esprit de vérité a été répandu dans nos cœurs à notre baptême, et il nous a amenés à reconnaître que Jésus a vraiment les paroles de la vie éternelle.

Jésus est le parfait adorateur du Père et seul le Fils de Dieu pouvait nous montrer ce qu’est le cœur de la véritable prière, le sens profond de l’amour de Dieu et du prochain. C’est pourquoi nous proclamons sans cesse en Église, et à la face du monde, que Jésus est véritablement le « resplendissement de la gloire du Père, l’expression parfaite de son être. » Vrai homme, mais aussi vrai Dieu, son amour pour nous ne pouvait pas être un amour de demi-mesure. C’est pourquoi il demande pour nous au Père : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. »

Voilà de désir profond de Jésus, et qui est le désir profond du Père. Jésus est allé au bout du don de lui-même afin que les enfants du Père soient un avec Lui et le Père, uni dans une même communion, uni dans un même amour, uni dans un même Esprit. Comme il est grand le don que Jésus nous fait de lui-même dans son obéissance au Père. Comme il est beau!

C’est pourquoi saint Augustin célèbre le Christ en disant de lui : « Il est beau, le Verbe auprès de Dieu […]. Il est beau dans le ciel, beau sur la terre […]; beau dans ses miracles, beau dans le supplice; beau quand il appelle à la vie et beau quand il ne s’inquiète pas de la mort […]; beau sur la Croix, beau dans le tombeau, beau dans le ciel […].» Oui, le Père se complaît en son Fils, lui en qui il a mis tout son amour, lui qu’il a glorifié en le ressuscitant des morts.

Cette gloire de Jésus, les Apôtres en ont été les témoins privilégiés le matin de Pâques, afin qu’ils parviennent ainsi à cette unité dans la foi et la charité, et qu’ils vivent ainsi dans cette communion qui existe entre le Père et le Fils, et ce pour l’éternité. C’est là l’héritage que Jésus vient nous léguer au nom du Père. L’unité des disciples rend témoignage à cette action puissante de Jésus sur les cœurs, et atteste ainsi qu’il est vraiment l’envoyé de Dieu. « Que leur unité soit parfaite, demande Jésus; ainsi, le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »

Voilà le rêve de Dieu pour nous, un rêve qui comporte bien sûr des exigences, mais surtout une grande joie, car c’est là que se trouve la véritable liberté, puisque cet amour de Dieu est la source de toutes les joies et sur cet amour nous pouvons construire nos vies avec assurance, puisque Jésus lui-même nous y invite. Il nous invite à être un reflet de sa gloire pour notre monde. Comme l’écrivait l’auteur Jacques Breault : « Vivre jusqu’au bout l’Évangile. Rien n’apparaît aujourd’hui plus généreux, et plus inventif ». 

Les chrétiens de France au service des chrétiens d’Orient

Fondée en 1856 par des laïcs, professeurs en Sorbonne, l’Œuvre d’Orient est la seule association française entièrement consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient. Œuvre d’Église, elle est placée sous la protection de l’Archevêque de Paris.

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Grâce à ses 100 000 donateurs, elle soutient l’action des évêques et des prêtres d’une douzaine d’Églises orientales catholiques et de plus de60 congrégations religieuses qui interviennent auprès de tous, sans considération d’appartenance religieuse.

L’Œuvre  se concentre sur 3 missions — éducation, soins et aide sociale, action pastorale — dans 22 pays, notamment au Moyen-Orient. Son action s’inscrit dans la durée mais son organisation et ses contacts sur le terrain lui permettent une très grande réactivité en cas d’événements dramatiques.

Faire mieux connaître les chrétiens d’Orient, témoigner de leurs difficultés auprès de tous est également au cœur de ses missions. Son rôle est essentiel dans ces régions du monde où les chrétiens sont souvent considérés comme des « citoyens de seconde classe ».

Site internet de l’Oeuvre de l’Orient

Mon ami Clovis

L’amitié est un thème important chez les saints et les mystiques. Et s’ils n’en ont pas tous parlé, ils en ont certainement vécu la réalité. Pensons à Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, Catherine de Sienne et Raymond de Capoue, Claire et François d’Assise… Bien sûr, il s’agit ici de l’amitié qui trouve sa profondeur dans un amour commun pour le Christ, pour Dieu, où deux amis trouvent leur joie à partager ensemble sur ce bonheur de connaître Dieu, de l’aimer et d’être aimés de Lui. J’ai été comblé dans ma vie chrétienne jusqu’à ce jour en amitiés chrétiennes des plus diverses, c’est l’une de mes plus grandes joies. C’est pourquoi j’aimerais maintenant vous parler d’un homme qui a joué un rôle très important dans ma vie de foi. Il fut un véritable guide spirituel pour moi. Il s’appelait Clovis. Il était le père de Pierre, mon meilleur ami depuis maintenant 27 ans. Une amitié sans faille, et qui dure toujours, parce qu’une foi commune donne sa plénitude à notre relation.

J’ai connu Clovis à peu près au même moment où j’ai connu Pierre. Mais notre amitié spirituelle a véritablement commencé avec ma conversion. Il en était enthousiasmé et avec sa bonne mine d’un Jean XXIII, il m’inspirait confiance. Clovis avait été admis chez les Franciscains à l’âge de vingt ans, mais les rigueurs de la vie religieuse à cette époque, et sa santé, plutôt fragile, ne lui avaient pas permis de poursuivre cet engagement. Il était alors sorti de communauté. Il s’était marié. Et de ce mariage étaient nés trois enfants. Tout au long de sa vie il a été animé d’une soif spirituelle constante, intense, qui a fait de lui, à la fois un homme de prière, un sage et un chrétien très cultivé, car il lisait beaucoup.

Clovis a été pour moi un père spirituel et je me souviens avec plaisir et nostalgie, de ces longues heures passées en sa compagnie, soit dans la cuisine familiale ou dans son beau jardin, qu’il entretenait avec tant de soin, et où, tous les étés, une place d’honneur était réservée à une statue de la Vierge Marie. Nous discutions de théologie, de l’histoire de l’Église, de la vie des saints et des saintes, qui étaient des familiers pour lui. Et jamais je ne me lassais de ces heures passées ensemble.

À 78 ans, Clovis a été hospitalisé. Son diabète devenait incontrôlable. Il lui restait peu de temps à vivre. J’étais allé le voir à l’hôpital à Joliette. Je vis là, un homme diminué, épuisé par la maladie, mais toujours aussi lucide. Un homme qui savait qu’il ne pourrait pas retourner dans sa maison, qu’il ne reverrait plus son beau jardin, où il passait la plus belle partie de ses étés. Sa santé ne lui permettait plus de vivre seul à la maison. Et dès qu’il aurait reçu son congé de l’hôpital, il irait rejoindre « sa » Thérèse qui vivait dans un Centre d’accueil depuis plus d’un an, maman Thérèse que j’aimais beaucoup.

Clovis était un homme de foi, et lorsque je suis allé lui rendre visite, il est vite allé à l’essentiel. Il m’a parlé de Dieu, de sa foi en ce moment d’épreuve. Il m’a parlé de la mort, de sa mort prochaine, me disant que sans vouloir être prétentieux, cette mort ne lui faisait pas vraiment peur. Que l’idée de rencontrer Dieu n’éveillait pas vraiment de crainte en lui. « Je n’ai pas peur de Dieu » me dit-il. « Peut-être devrai-je avoir une certaine crainte », a-t-il poursuivi, « mais Dieu est avant tout un ami pour moi. Je me sens en confiance, il va m’accueillir tel que je suis « .

En écoutant mon ami Clovis, il me venait en mémoire ce passage de la seconde lettre de Paul à Timothée où il lui dit : « Me voici déjà offert en sacrifice, le moment est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire « . Tout en me remémorant ce texte, je voyais en cet homme alité, la figure du vieil apôtre Paul, terminant sa course, et moi, j’étais Timothée, poursuivant sa course, écoutant les réflexions et les recommandations d’un homme au terme de sa vie, contemplant déjà le destin qui serait le mien. Je me sentais rassuré de me tenir auprès d’un homme qui semblait aussi serein à l’idée de la mort. Avant de le quitter, il me demanda de le bénir, car j’étais alors prêtre. Il était d’ailleurs venu à mon ordination ainsi qu’à ma profession religieuse. Je le bénis avec émotion, et je sortis de la chambre, jetant un dernier regard vers lui et il m’envoya tout simplement la main, comme un voyageur sur le quai d’une gare qui s’apprête à prendre le train. Le train pour l’éternité…

Une semaine plus tard avaient lieu les funérailles et la famille me demanda de prêcher à cette occasion. Je rappelai essentiellement ce qu’avait été ma relation avec Clovis, sa grande dignité, sa grande paix face à la mort et je me souviens que j’avais partagé un sentiment qui m’habitait avec l’assemblée, en leur disant que, pour la première fois de ma vie, j’avais vraiment l’impression d’assister aux funérailles d’un chrétien. Non pas que je n’aie vécu cette expérience auparavant. Mais c’était la première fois que je perdais un ami dans la foi, et où j’étais convaincu de l’attachement profond du défunt pour le Christ. Un chrétien venait de mourir et nous célébrions son départ vers la maison du Père en l’accompagnant de nos prières.

À la fin de la célébration, après l’aspersion de l’eau bénite sur le cercueil, les porteurs s’avancèrent, prirent le cercueil et se dirigèrent vers la sortie de la cathédrale, alors que tous les participants demeuraient dans leurs bancs. J’étais donc l’un des seuls à voir s’éloigner la dépouille de mon ami Clovis, me tenant debout face à l’allée centrale. Nous étions au mois de janvier, je crois, et je me souviens que l’intérieur de la cathédrale était plus ou moins bien éclairé à cause du peu de fenêtres. Lorsque les porteurs arrivèrent à l’arrière de la cathédrale, ils ouvrirent les portes et là, une lumière aveuglante m’éblouit et envahit tout le hall arrière de la cathédrale. C’était le soleil d’hiver sur une neige fraîchement tombée qui brillait de tous ses feux. Je vis alors le cercueil disparaître dans cette blancheur éclatante. Mon ami Clovis était parti. Il ne restait plus que ce puits de lumière ouvert sur l’infini…

La conversion

Quand l’Esprit fait un don, il l’enracine. Il nous fait passer dans le feu de son attraction puissante, en nous laissant pressentir, mais le mot est sûrement trop fort, la Lumière souveraine de la Trinité. Comme le pensait Joubert : « La lumière et le feu seront notre éternel partage : la lumière de Dieu, le feu de son amour ». Nous sommes tous destinés à la lumière et au feu. Appelés à devenir des êtres de lumière et de feu. En somme, la conversion nous fait changer de champ de gravitation. Conversio veut bien dire « action de se tourner». Prendre une autre direction. Être déraciné pour mieux être ré enraciné. Décoller d’un passé sans présence, des pièges du sommeil. Soumettre son âme aux repeints patients, dirait un peintre. Entrer dans l’attraction puissante de l’Astre unique… On a dit que la conversion religieuse est « une chute dans l’autre monde de l’amour». Ce n’est plus l’heure de tergiverser, c’est l’heure d’une réponse, d’un fiat profond, d’un début d’exode, d’un abandon, d’un don total : « Que Ta volonté soit faite! » C’est ce que Thérèse de Lisieux avait ressenti au moment de sa propre conversion. Elle avait retrouvé sa force et s’était donnée entièrement à Jésus Christ.

Il n’est plus question dès lors du danger de la conversion, mais du risque terrible de ne pas l’accepter, de ne pas correspondre au don de Dieu, c’est-à-dire au don de Celui qui par essence pardonne et se donne. « Si tu savais le don de Dieu » ». Fin du texte

Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 119-120

Lettre à Dieu de l’abbé Pierre

Abbé Pierre

«Père, je vous aime plus que tout. Je ne supporte de vivre si longtemps que par cette certitude en moi : mourir est, qu’on le croit ou non, Rencontre. (…) Trop de mes frères humains restent au bord de vous aimer. Pitié pour eux et pitié pour l’Univers. Père, j’attends depuis si longtemps de vivre dans votre totale présence qui est, malgré tout, Amour.»

Pour en savoir plus sur l’Abbé Pierre

« Qu’ils soient un! »

Le mouvement oecuménique, est une réalité toute récente dans l’histoire de l’Église. Non pas qu’à travers les siècles, il n’y ait pas eu de tentatives de rapprochement entre les parties divisées du Corps du Christ, mais l’oecuménisme est un mouvement qui s’est développé en-dehors d’une décision d’autorité ou de rencontres entre chefs d’Églises. C’est un mouvement qui a ses racines dans le peuple de Dieu. Il s’est imposé comme une nécessité aux yeux d’un grand nombre de chrétiens et de chrétiennes, pour qui l’oecuménisme est un fruit de l’Esprit. Ce mouvement vise à rendre actuelle la prière que Jésus faisait à son Père, peu de temps avant sa passion :  » Qu’ils soient un comme nous nous sommes un ! »Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et l’idéal de l’unité dans l’Église demeurera toujours un défi, et ce, jusqu’à la fin des temps. Mais Jean-Paul II lui-même a fixé l’arrivée du troisième millénaire comme un moment privilégié à saisir pour l’Église, afin qu’elle s’engage plus résolument sur la voie de la communion. Cette recherche est un devoir moral qui incombe non seulement à toutes les Églises, mais à tous les chrétiens et chrétiennes. Comme le soulignait Mgr Pezeril :  » Il n’y aura jamais de désaveu plus sévère par Dieu de nos désunions que cette grâce, répandue en nous tous par son Esprit, de l’invoquer, de le chanter, de l’aimer, de nous perdre en lui.  » (tiré de Congar, Yves. Je crois en l’Esprit Saint. Tome II. Cerf, 1979. p. 261).

L’on dit que le plus long des voyages commence par un pas.