Fête de la Transfiguration du Seigneur

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9.
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

Voici que l’évangile de la transfiguration nous met à nouveau en présence des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean son frère, en compagnie de l’apôtre Pierre. Rappelez-vous : Jacques et Jean sont les deux apôtres qui font intervenir leur mère auprès de Jésus afin d’être assis l’un à sa gauche et l’autre à sa droite quand il établira son Royaume. Ils étaient bien jeunes et n’avaient pas compris grand chose encore, mais Jésus les prend sous son aile en quelque sorte, les accompagne patiemment et sait reconnaître l’authenticité de leur désir d’œuvrer pour Dieu.

Et voilà qu’il les emmène sur la montagne avec l’apôtre Pierre afin de les introduire au grand mystère de sa personne. Une fois sur place, ils sont témoins de ce que l’évangéliste Matthieu appelle une vision, une expérience mystique que l’on pourrait résumer ainsi : le déjà-là et le pas-encore. Expérience au-delà des mots pour dire l’indicible, le divin, et confirmation spectaculaire de leur foi et confiance en ce Jésus de Nazareth dont le secret ne pourra être révélé qu’après sa résurrection. De toute manière, à ce stade-ci de leur cheminement, ces trois apôtres ne sauraient encore comment parler de ce qu’ils ont vu, ni la force d’en témoigner.

Un commentaire sur cet évangile souligne que l’évènement de la transfiguration de Jésus semble se dérouler dans le contexte de la fête des Tentes en Israël, d’où la suggestion que fait Pierre de dresser trois tentes. Cette fête célèbre les fiançailles de Dieu avec son peuple, elle évoque le séjour d’Israël au désert alors que Dieu l’accompagne vers la terre promise. Elle rappelle son alliance avec lui et sa fidélité, et jusqu’à ce jour, pendant huit jours, les Juifs implorent Dieu de faire venir son règne et d’envoyer le Messie. C’est dans cette dynamique lumineuse de salut que vont entrer les trois apôtres avec Jésus.

Remarquez ce détail tout à fait extraordinaire dans le récit, soit la présence de Moïse et du prophète Élie. Pourquoi sont-ils là ? On s’entend pour dire qu’ils représentent à la fois la Loi et les prophètes, et que par leur présence sur le mont de la Transfiguration c’est tout l’Ancien Testament qui parvient à une étape décisive de sa foi avec la venue du Messie. Mais Moïse et Élie sont aussi deux témoins privilégiés d’une rencontre inoubliable avec Dieu. Pour les deux, cette rencontre se fait sur la montagne de l’Horeb, où Dieu se manifeste à Élie dans la brise légère, alors que Moïse demande à Dieu de lui révéler qui il est. « Dis-moi ton nom », lui demande-t-il en se tenant devant le buisson ardent, « montre-moi ta gloire », demande-t-il alors que Dieu lui remet les Tables de la Loi. Témoins privilégiés d’une rencontre avec Dieu le Père, Moïse et Élie se tiennent maintenant en présence du Fils bien-aimé dont la gloire leur est révélée. Une icône très ancienne de la Transfiguration au monastère Saint-Catherine du Sinaï représente d’ailleurs Moïse déchaussé dans cette scène, tout comme devant le buisson ardent.

Ce récit de la transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre disant avoir été, avec Jacques et Jean, les témoins oculaires du resplendissement de la gloire de Jésus. « Et cette voix venant du ciel, écrira-t-il, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. ».

Maintenant, l’épisode de la transfiguration de Jésus survient après la profession de foi de Pierre alors que ce dernier affirme : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Nous assistons alors à une avancée importante dans la relation d’intimité qui se noue entre eux. C’est dans ce contexte que Jésus va inviter Pierre, Jacques et Jean à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore tenus cachés. Ce qui n’empêchera pas ces trois apôtres par ailleurs d’abandonner Jésus lors de sa passion. Mais la semence est jetée dans leur cœur et ils ne comprendront tout le sens de cette vision extraordinaire qu’après la résurrection de Jésus.

Il est important de souligner que l’évènement de la transfiguration survient aussi après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir. C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile à l’horizon et Pierre s’oppose violemment à l’idée que son maître aille vers la défaite dans une mort abjecte. Les disciples sont bouleversés. Ils ont peur, et c’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui ses trois apôtres et les amène sur la montagne afin de leur redonner confiance et courage, et ainsi les préparer à vivre la passion/résurrection à venir.

Alors que retenir de l’enseignement de ce récit qui est d’une richesse incomparable ? Il est bon de savoir que le récit de la transfiguration de Jésus annonce qu’un jour, après sa résurrection, il sera donné à tous les disciples d’entrer avec lui dans la nuée et de goûter à cette intimité qui se vit entre le Père et le Fils dans la communion de l’Esprit Saint. Et je ne retiendrais donc qu’une phrase pour nous aujourd’hui pour décrire ce que devrait être notre attitude suite à l’audition de ce récit : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici !”

C’est là la réaction de l’apôtre Pierre devant cette vision lumineuse et sa réaction devrait aussi être la nôtre quand nous nous rassemblons sur ce sommet de notre foi qu’est l’eucharistie. Car la lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée, et ainsi la bonne nouvelle de la résurrection a poursuivi sa course jusqu’à nous, comme elle le fait dans les cœurs des disciples depuis deux mille ans, balayant nos peurs, triomphant de la mort elle-même. Voilà la foi qui nous rassemble et qui nous fait dire : “Oui, vraiment Seigneur, il est bon que nous soyons ici ce matin !”

Et c’est ainsi qu’au terme de notre célébration, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de la présence du Christ et de sa force au cœur de nos vies. Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 2e dimanche du Carême (A)

Transfiguration Icon

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

Un théologien a déjà dit de Jésus qu’il était « la parole ultime de Dieu et la plus belle » (K. Rahner). Le récit de la transfiguration met cette affirmation en évidence comme aucun autre récit évangélique, alors que le mystère de Jésus nous est dévoilé : il est le Fils bien-aimé du Père !

Par ailleurs, les évangélistes peinent à trouver les mots pour nous décrire ce qui s’est réellement passé sur la montagne. Luc, Matthieu et Marc ne trouvent pas de meilleure comparaison que celle d’une « lumière éclatante » pour parler de la transfiguration. Saint Luc raconte que le visage de Jésus « devint autre, et ses vêtements d’une blancheur fulgurante. » « Son visage resplendit comme le soleil », écrit saint Matthieu. Saint Marc, lui, nous dit que ses vêtements devinrent resplendissants, très blancs, comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. »

Les évangélistes sont à court de mots pour tenter de décrire l’indicible, l’insaisissable. Mais ce qui est évident pour eux, c’est que la transfiguration est la manifestation de la divinité du Christ, de sa gloire tenue cachée, et, pour un instant, dévoilée devant les yeux stupéfaits des trois apôtres.

Mais que vient faire ce récit au cœur de notre Carême, alors que nous montons à Jérusalem avec Jésus ?

Il est bon de se rappeler que la transfiguration de Jésus survient après la première annonce de sa passion. Les disciples sont effrayés. Ils ne comprennent pas et, surtout, ils n’acceptent pas l’éventualité de la fin tragique de leur maître. C’est alors que Jésus amène avec lui trois de ses disciples, et leur donne de contempler sa gloire de Fils de Dieu, avec Moïse et Élie, les grands témoins de la foi d’Israël.

Certains commentateurs ont vu dans la transfiguration une démarche pédagogique de la part de Jésus, afin de préparer les disciples à l’éventualité de sa mort, et ainsi leur redonner courage devant l’épreuve à venir. Mais il faut bien le reconnaître : cela n’a pas suffi.

Tout comme les autres Apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont abandonner leur maître devant le spectacle insoutenable de sa crucifixion, malgré le souvenir de celui-là même qu’ils ont vu transfiguré, et qui sera défiguré sous leurs yeux, méprisé, livré à l’hostilité de la foule.

Il faudra que Jésus ressuscite et que sa gloire les enveloppe à nouveau de sa présence pour qu’ils trouvent le courage de le suivre à nouveau, et ce, jusqu’au don même de leur vie. C’est donc après la résurrection que l’évènement de la transfiguration va dévoiler tout son sens.

Les Apôtres se rappelleront alors que lorsqu’ils montaient vers Jérusalem avec Jésus, sa vie était en parfaite communion avec le Père, que sa gloire et sa passion ne pouvaient être dissociées l’une de l’autre; que l’amour qui va au bout de lui-même est capable de tout donner, car c’est Dieu qui est à la source de cet amour. C’est à la lumière de ce grand mystère que saint Paul, dans la deuxième lecture de ce dimanche, va encourager son fidèle Timothée à prendre sa part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile, car la passion du Christ pour notre monde ne peut s’arrêter avec sa mort en croix. Elle se poursuit dans son corps qui est l’Église.

Le récit de la transfiguration vient nous rappeler à la fois la grandeur, mais aussi l’exigence de notre foi en Jésus-Christ. Non seulement ce récit nous dévoile sa divinité, non seulement il nous donne d’entendre la voix du Père, mais il nous engage à marcher courageusement avec Jésus Christ dans un monde qui cherche toujours à le crucifier. Allons-nous partir nous aussi quand les vents contraires semblent menacer l’Église ? Est-ce que notre foi est capable de contempler le Christ aujourd’hui alors qu’il est souvent rejeté ?

Voilà les questions qu’il nous faut nous poser en ce dimanche, alors que Jésus révèle sa gloire à ses disciples, et que demain il sera crucifié au cœur de la mort. Mais nous, contrairement aux disciples sur la montagne, nous connaissons l’issue de ce combat. L’évangile de la transfiguration, malgré la passion qui s’annonce, nous donne déjà d’anticiper l’aube radieuse du matin de Pâques.

Un détail important dans l’évangile de ce dimanche, c’est celui de l’apôtre Pierre qui propose à Jésus de s’arrêter sur la montagne en y plantant trois tentes, perdu qu’il est dans la contemplation de cette vision merveilleuse qui s’offre à lui. Mais Jésus redescend dans la plaine.

Pour comprendre cette démarche dans laquelle Jésus entraîne ses disciples, la figure d’Abraham nous est proposée comme modèle en ce dimanche. Dans notre première lecture, nous voyons Abraham et Loth quitter leur pays, partir dans la foi vers l’inconnu à la demande de Dieu, alors qu’Abraham se voit promettre un pays, une postérité aussi nombreuse que le sable de la mer.

Nous le savons, tout semblera contredire les promesses de Dieu dans la vie d’Abraham, et pourtant, celui que l’on appelle le père des croyants avancera dans la foi et la confiance à cause des promesses de Dieu. Dans le récit de la transfiguration, la voix du père se fait entendre à nouveau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Redescendez avec lui dans la plaine l’humanité, porteurs de son amour et de son message de salut, car c’est le temps de l’Église qui s’ouvre devant vous.

Frères et sœurs, en ce dimanche de la Transfiguration, le Christ s’offre encore à notre contemplation, nous rassemblant, comme il l’a fait pour les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, afin de nous partager sa vie. C’est la grâce qui nous est faite de pouvoir nous arrêter avec lui sur ce sommet de notre foi qu’est l’eucharistie. Au terme de notre célébration, nous serons invités à retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de la présence de Dieu et de sa force au cœur de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs.

La Transfiguration du Seigneur

Deuxième dimanche du Carême. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. 
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

C’est le théologien Karl Rahner qui dit de Jésus qu’il est « la parole ultime de Dieu et la plus belle. » Le récit de la Transfiguration met cette affirmation en évidence comme aucun autre récit évangélique. Aucune des manifestations de Jésus après sa résurrection n’atteint une telle intensité, un tel éblouissement. Aussi, il n’est pas surprenant que la Transfiguration soit l’un des événements les plus commenté du Nouveau Testament avec la passion et la résurrection du Christ.

Même s’il ne parle pas de l’épisode de la Transfiguration, l’évangéliste Jean y fait sans doute référence quand il écrit : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire » (Jean 1:14). Ailleurs, dans sa première épître, Jean écrira encore : « ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons. » Comment ne pas voir là un rappel de ce que ce disciple a vécu avec Jésus.

L’apôtre Pierre lui, dans sa deuxième épître, fait explicitement référence à l’événement de la Transfiguration en affirmant avec emphase : nous l’avons « vu de nos yeux dans tout son éclat… Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Par ailleurs, les évangélistes peinent à trouver les mots pour nous décrire ce qui s’est réellement passé sur la montagne. Luc, Matthieu et Marc ne trouvent pas de meilleur comparaison que celle d’une « lumière éclatante » pour parler de la Transfiguration. Saint Luc raconte que le visage de Jésus « devint autre, et ses vêtements d’une blancheur fulgurante. » « Son visage resplendit comme le soleil », écrit saint Matthieu. Saint Marc lui, nous dit que ses vêtements devinrent resplendissants, très blancs, comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. » Les évangélistes et les témoins de la Transfiguration de Jésus sont à court de mots pour tenter de décrire l’indicible, l’insaisissable. Mais ce qui est certain, c’est que la Transfiguration est la manifestation de la divinité du Christ, de sa gloire tenue cachée et, pour un instant, dévoilée devant les yeux stupéfaits des trois apôtres.

Mais que vient faire ce récit, au coeur de ce Carême, dans notre montée vers Jérusalem? Il est bon de se rappeler que la Transfiguration de Jésus survient après la première annonce de sa passion. Les disciples sont effrayés. Ils ne comprennent pas et, surtout, ils n’acceptent pas l’éventualité de la fin tragique de leur maître. C’est alors que Jésus amène avec lui trois de ses disciples et leur donne de contempler sa gloire de Fils de Dieu avec Moïse et Élie, les grands témoins de la foi d’Israël.

Certains commentateurs ont vu dans la Transfiguration une démarche pédagogique de la part de Jésus afin de préparer les disciples à l’éventualité de sa mort, et ainsi leur redonner courage devant l’épreuve à venir. Mais il faut bien reconnaître que cela n’a pas suffit. Comme les autres Apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont abandonner Jésus devant le spectacle insoutenable de sa crucifixion, confrontés au souvenir de celui-là même qu’ils ont vu transfiguré, et qui est maintenant défiguré sous leurs yeux, méprisé, livré à l’hostilité de la foule. Il faudra que le Christ ressuscite et que sa gloire les enveloppent à nouveau de sa présence pour que ces disciples trouvent le courage de le suivre, et ce, jusqu’au don même de leur vie. C’est donc après la résurrection que l’événement de la Transfiguration va dévoiler tout son sens.

Les Apôtres se rappelleront que lors de la montée de Jésus à Jérusalem, sa vie était en parfaite communion avec le Père, sa gloire et sa passion ne pouvant être dissociés l’une de l’autre. Il s’agit d’un même mouvement chez Jésus. C’est à la lumière de ce mystère incroyable, que saint Paul pourra encourager son fidèle Timothée à prendre sa part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. Car la passion du Christ ne peut s’arrêter avec sa mort en croix. Elle se poursuit pour tous ceux et celles qui mettent leur foi en lui et qui ont cette conviction que la bonne nouvelle de l’Évangile est le seul chemin proposé à notre humanité dans sa quête du bonheur.

Le récit de la Transfiguration en ce deuxième dimanche du Carême, vient nous rappeler à la fois la grandeur, mais aussi l’exigence de notre foi en Jésus-Christ. Non seulement il nous dévoile sa divinité; non seulement il nous donne d’entendre la voix du Père, mais il nous engage à marcher courageusement avec lui dans un monde qui cherche toujours à le crucifier. Allons-nous partir nous aussi quand les vents contraires semblent menacer l’Église? Est-ce que notre foi est capable de contempler le Christ aujourd’hui alors qu’il est souvent rejeté?

Faut-il le rappeler, nous n’avons pas mis notre foi dans des fables sophistiquées, comme l’affirme l’Apôtre Pierre. Nous le savons, il n’est pas facile de rester au pied de la croix de Jésus quand la foule se moque de lui. Et pourtant, c’est cette croix elle-même qui nous incite à croire et qui vient authentifier la foi des premiers disciples. Car, comment penser que les évangélistes aient pu inventer une telle histoire, qui ne pouvait que les humilier et les discréditer, et qui aurait dû même empêcher la naissance du christianisme? Ils ont voulu rapporter les faits, aussi improbables qu’ils étaient, tels qu’ils les ont vécus, soit la victoire glorieuse du Christ alors qu’il était crucifié au coeur de la mort.

Dans le récit de la Transfiguration, l’apôtre Pierre, ce cher Pierre, veut s’arrêter sur cette montagne en y plantant trois tentes, perdu qu’il est dans la contemplation de cette vision merveilleuse du Père avec le Fils. Mais Jésus nous invite à redescendre dans la plaine avec lui. C’est pourquoi la figure d’Abraham nous est proposée comme modèle en ce dimanche, lui qui quitte son pays et qui part dans la foi vers l’inconnu à la demande de Dieu, et qui se voit promettre une postérité aussi nombreuse que le sable de la mer. Tout semble contredire les promesses de Dieu dans la vie d’Abraham, et pourtant il avance dans la foi et la confiance. C’est à cette audace que nous sommes invités en ce dimanche de la Transfiguration.

Frères et soeurs, aujourd’hui encore, le Christ s’offre à notre contemplation, en nous rassemblant tout comme les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, afin de nous partager sa vie dans cette eucharistie que nous célébrons. C’est la grâce qui nous est faite de pouvoir nous arrêter avec lui sur ce sommet de notre foi, et d’être les témoins éblouis de la gloire de Dieu. Au terme de notre célébration, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de sa présence et de sa force au coeur de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le 2e Dimanche de Carême. La Transfiguration.

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« J’ai un fils de 4 ans à qui j’ai raconté l’histoire de Jésus avec l’aide d’un livre pour enfant. Sa réaction fulgurante m’a prise au dépourvu. Il s’est mis à pleurer de ne pouvoir voir Dieu. Il est alors venu se réfugier dans mes bras et il est demeuré ainsi plusieurs minutes, à pleurer silencieusement. Même si nous lui disions, son père et moi, que nous ne pouvons pas plus voir Dieu que lui, mais que nous le ressentions, que la création était une preuve de sa présence, rien n’y faisait. Nous lui avons donc raconté qu’à Noël, nous ne pouvons voir le Père Noël puisqu’il doit s’occuper de tous en même temps, tout comme Dieu à tous les jours, mais que nous savions qu’il est passé par les cadeaux trouvés au matin, tout comme nous savons que Dieu existe par l’amour et la création. Je me demande ce que je peux faire de plus. Une maman bien dépourvue ».

Voilà une touchante histoire et j’espère que ce petit garçon, quand il sera grand, aura toujours ce profond désir de voir Dieu. Cela peut sembler déraisonnable, mais n’est-ce pas le psalmiste aujourd’hui qui s’écrie : « C’est ta face Seigneur que je cherche, ne me cache pas ta face ». En fait, ce petit garçon exprime du haut de ses quatre ans cette réalité qu’avait déjà pressenti le grand saint Augustin : « Tu nous as fait pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi ».

Le christianisme affirme une chose qui dépasse l’entendement; non seulement Dieu veut-il se faire connaître de nous, mais il s’est fait l’un de nous, et il porte un visage, le visage de Jésus-Christ !

Dans la Bible, Dieu est décrit comme une « lumière inaccessible », et pourtant, c’est ce mystère lumineux qui se présente à nous dans le récit de la transfiguration. Cette scène de l’Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.

Il est important de souligner que l’événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir. C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et Pierre s’y oppose violemment. Les disciples sont bouleversés. Ils ont peur. Leurs certitudes, leur confiance en Jésus, sont mises à l’épreuve, et c’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne afin de les préparer à vivre la passion à venir.

Mais au-delà de cette pédagogie de Jésus à l’endroit des trois apôtres, le récit nous dévoile aussi toute la grandeur du mystère de l’être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême et que nous célébrerons à nouveau à Pâques.

Je vous propose ce matin que nous fassions ensemble l’ascension de cette montagne de la Transfiguration avec Jésus, une montée qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud.

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, jouissant très peu de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité, l’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Et il en est ainsi pour nous.

Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu, afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de nos pauvretés, de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension à laquelle il nous convie. Cette montée est comparable au temps du Carême.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors sous nos yeux. Nous contemplons alors le mystère trinitaire. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire biblique de l’amour de Dieu pour nous, révélée par la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins.

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà préfiguré dans l’A.T. par la figure d’Isaac offert en sacrifice par son père Abraham. Jésus, qui fait en tout la volonté de son Père, s’offre lui-même afin de rétablir l’humanité dans sa pleine dignité. Avec Moïse et Élie, il parle de son exode vers Jérusalem, de la passion à venir.

Au même moment, la gloire de Jésus se manifeste aux trois apôtres, et la scène que nous contemplons devient comme une icône de la Trinité. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint.

Pierre, Jacques et Jean sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. À l’exemple de David, qui voulut construire une maison pour l’Arche d’Alliance, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste Luc. Pierre n’a pas encore compris que c’est Dieu qui est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père nous le déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui que j’ai choisi, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation de l’être même de Jésus, lui le Fils bien-aimé du Père. Nous contemplons son mystère afin d’entrer avec lui dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu. Nous sommes ici au cœur de la fête de Pâques qui est dévoilée aux apôtres par anticipation. Plus tard, ils comprendront.

Saint Pierre affirmera dans sa première lettre : « Cette voix, nous, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte ». Saint Jean lui écrira : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons pour que votre joie soit complète ».

Enfin, nous voici au troisième versant de la montagne, alors que nous nous engageons dans la descente. C’est le versant sud, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de la résurrection, c’est la victoire du Christ sur la mort. Les ténèbres ont disparu!

À la Vigile pascale et au matin de Pâques, l’Église chante aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité. Ils sont illuminés de la joie pascale.  Ils redescendent dans la plaine des activités humaines avec le Christ. C’est le temps de l’Église.

Il peut paraître étonnant de trouver le récit de la Transfiguration au cœur de notre Carême, mais dans notre marche vers Pâques, la liturgie veut nous rappeler l’essentiel, notre destinée, qui est de devenir comme le Christ, « lui, comme nous le dit saint Paul, qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Phil 3, 21). C’est cette transformation qui est à l’œuvre en chacune de nos eucharisties. Elles deviennent pour ainsi dire le mont de la Transfiguration où le Christ nous convie à chaque dimanche. Amen.

Yves Bériault, o.p.

La Transfiguration. Une méditation (2)

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité. L’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l’horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s’inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu’il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l’amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d’Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s’offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l’humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d’hommes serions-nous si le Christ n’était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu’humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l’homme qui n’occulte pas le Mystère de Dieu en s’incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l’icône devient trinitaire. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l’amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l’exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l’une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste. Car c’est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l’annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu’est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d’entrer dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C’est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu’il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie.

La Transfiguration. Une méditation (1)

Dans la Bible Dieu est décrit comme « lumière inaccessible », et c’est ce mystère lumineux, comme l’appelle Jean-Paul II, qui se présente à nous dans notre méditation du récit de la transfiguration. Cette scène de l’Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.Nous parlons beaucoup de conversion dans la vie chrétienne, mais cette conversion est de tous les instants, car elle demande beaucoup de vigilance de notre part. Nous serons toujours tentés de réduire cette conversion à de simples changements d’habitudes ou manières de faire, mais c’est trop peu. Car alors les lois et les règles remplacent la foi, la morale se substitue peu à peu à la mystique. Jésus est alors perdu de vue, oublié. Non pas le Jésus historique de la belle histoire de notre foi chrétienne, mais le Christ personnel et vivant qui nous est plus proche que nous ne le sommes de nous-mêmes, lui qui ne cesse de nous chercher, de nous attendre sur la margelle du puits, lui l’ami silencieux mais combien présent au coeur de l’épreuve.

Je nous invite donc à entreprendre ce matin l’ascension de cette « montagne sainte », qui se dresse devant nous. La montagne n’est-elle pas le lieu par excellence dans la Bible où l’homme fait la rencontre de Dieu ?

Mais avant de commencer cette ascension il nous faut situer notre récit. Nous le savons, le récit de la Transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Les trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre (1:16-18) :

« Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.

Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » Cette voix, nous, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Le récit survient après la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Il y a là une avancée importante quant à la relation d’intimité et de confiance qui se nouent entre eux. Jésus va les inviter à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore secrète.

Il est important aussi de souligner que l’événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir:

« Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 31)

C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et la confiance des disciples en Jésus est mise à l’épreuve. C’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne. Certains Pères de l’Église ont affirmé que cette ascension avait pour but d’affermir la foi des disciples, de leur redonner confiance, et ainsi de les préparer à vivre la passion/résurrection à venir. Mais au-delà de cette visée anticipatrice, le récit nous dévoile aussi, à la manière d’une icône qu’il faut contempler longuement, toute la grandeur du mystère de l’être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême.

Entreprenons maintenant notre montée de la montagne de la transfiguration, qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud. (suite dimanche prochain)