Jean Delumeau : Je m’abandonne à toi

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N.B. Dernier article dans cette série sur la mort et le deuil

Agrégé d’histoire, professeur au Collège de France, Jean Delumeau est un catholique engagé. Face à la mort, il exprime sa foi. Ce scientifique de 77 ans exprime aussi son désir de pouvoir s’abandonner entre les mains de son Sauveur, le jour de sa mort. Cette prière est comme un credo où l’on retrouve la dimension de la communion en Eglise. Un soutien pour renouveler sa foi dans la Résurrection.

J’aimerais être assez conscient
pour redire la parole du Sauveur :
«Père, entre tes mains je remets ma vie.»
Elle a eu ses peines et ses joies,
ses échecs et ses succès,
ses ombres et ses lumières,
ses fautes, ses erreurs et ses insuffisances,
et aussi ses enthousiasmes, ses élans et ses espérances.

J’ai terminé ma course.
Que je m’endorme dans ta paix et dans ton pardon!
Sois mon refuge et ma lumière.
Je m’abandonne à toi.
Je vais entrer dans la terre.
Mais que mon ultime pensée soit celle de la confiance.
Puissè-je alors me rappeler le verset cité par saint Paul :
«éveille-toi, ô toi qui dors, lève-toi d’entre les morts,
et sur toi luira le Christ !»

Sûr de ta Parole, Seigneur,
je crois que je revivrai avec tous les miens
et avec la multitude de ceux
pour qui tu as donné ta vie.
Alors la Terre sera rénovée, réhabilitée,
et il n’y aura plus ni mort, ni peur, ni larme…

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Sources : Prière extraite du hors-série «Les funérailles chrétiennes», Fêtes & Saisons. Prier n°226 – novembre 2000

Homélie pour le premier dimanche de l’Avent (B)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 13,33-37.
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment.
Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller.
Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin.
Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

COMMENTAIRE

Péguy dans un poème sur la fête de Noël, met en scène trois personnages, qu’il appelle les filles de Dieu, et qui sont la foi, l’espérance et la charité. Il compare la Charité à une mère ou à une soeur aînée; la foi à une épouse fidèle; et l’espérance, à une toute petite fille. Le poète Péguy a là une intuition des plus intéressante, car les saints et les saintes sont surtout reconnus à cause de leur foi à déplacer les montagnes, de leur charité à toute épreuve, mais l’espérance… Qui a déjà été canonisé parce qu’il ou elle avait espéré? Et pourtant, nous dit Péguy, c’est la petite fille espérance qui entraîne par la main ses deux soeurs la foi et la charité. Cette vision du poète nous introduit dans une belle compréhension de l’année liturgique que nous inaugurons aujourd’hui.

Faut-il le rappeler, l’année liturgique qui commence avec le premier dimanche de l’Avent, et qui se termine avec la fête du Christ-Roi, est marquée par trois grands mouvements, comme une vaste symphonie, qui correspondent au temps de Noël, de Pâques, et du temps « ordinaire », à défaut d’un qualificatif plus poétique. Quand on y regarde de plus près, chacun de ces trois temps de l’année liturgique semble davantage orienté vers l’une des trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. Non pas que toutes ces vertus ne soient pas évoquées tout au long de l’année liturgique, à travers les lectures bibliques qui nous sont proposées, mais c’est comme s’il y avait une insistance plus soutenue à l’endroit de l’une ou l’autre de ces vertus, selon les grands moments de l’année.

Tout d’abord, le temps ordinaire, celui qui occupe la plus large part de l’année liturgique, est loin d’être « ordinaire ». Je le dirais surtout consacré à la vertu de charité, à la mise en oeuvre quotidienne de l’amour, manifesté par les paroles, les gestes et la personne même de Jésus. Le temps ordinaire de la liturgie est une invitation à faire nôtre sa mission, afin que par nos gestes et nos paroles, l’amour et la tendresse du Père soient à nouveau manifestés à notre monde par nos oeuvres de justice et de miséricorde. Le temps ordinaire, c’est l’aujourd’hui de Dieu, l’aujourd’hui de l’Évangile et de l’Église. On pourrait l’appeler le temps de la charité de l’Église.

Le Carême et le temps pascal me semblent davantage consacrés à la vertu de foi. C’est un temps qui invite à croire, à croire sans réserve. Une invitation nous y est faite à suivre le Christ dans sa mort-résurrection et à proclamer avec les Apôtres que ce Jésus qui a été crucifié, Dieu l’a ressuscité des morts. Carême et temps pascal sont ces temps de l’année où nous retournons aux sources de notre foi et où, à la fête de Pâques, sommet de l’année liturgique, nous proclamons que ce Jésus, Dieu l’a fait Christ et Seigneur. Et nous faisons nôtre cette béatitude promise par Jésus à ses disciples : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu! » C’est à cette foi audacieuse que nous invitent le Carême et le temps pascal.

Vous l’aurez deviné, le temps de l’Avent lui me semble tout orienté vers l’espérance. L’Avent, première halte dans l’année liturgique, vient dresser sur l’horizon de nos attentes humaines une toute petite lueur. Elle a les dimensions d’un berceau, mais elle est capable d’embraser tout l’univers. Pourtant, elle est toute contenue dans le mystère de cette étable de Bethléem. Mystère de l’humilité et de la petitesse de Dieu, qui se donne sans s’imposer à nous.

Noël, c’est Dieu qui déjà se livre une première fois entre nos mains. En attendant la croix, il est couché dans une mangeoire, emmailloté, offert à notre contemplation. Et là, dans cette vie humaine naissante, gît, impuissant, donné à nous, l’espérance du monde, le Christ, le Fils de Dieu. C’est Dieu lui-même qui vient allumer au coeur de notre nuit une soif d’infini et qui nous ouvre le chemin qui y conduit.

Pas étonnant qu’en ce temps de l’année, plus qu’à n’importe quel autre, les gens aient le goût de décorer, de revêtir les villes et les villages de lumières et de couleurs flamboyantes. Ils ont envie de donner d’eux-mêmes sans compter, d’être une fois pour toutes bonté et générosité, comme si leur coeur saisissait à l’approche de Noël, comme l’espace d’un instant, sa véritable vocation, même dans les sociétés les plus sécularisées. Non, les indices ne trompent pas. C’est la petite vertu espérance qui se fraie son chemin depuis cette étable de Bethléem et qui illumine la nuit des temps.

En tant que chrétiens et chrétiennes, il nous faut profiter de ce temps de l’Avent pour accueillir encore une fois cette lumière d’espérance qui vient vers nous. Si nous entrons de tout coeur dans l’Avent, sûrement nous deviendrons de meilleurs croyants et croyantes, les porteurs crédibles d’une Parole capable de redonner espoir à ces hommes et à ces femmes qui trop souvent cherchent sans trouver.

Car annoncer l’Évangile, c’est avant tout être habité soi-même par cette espérance qui espère au-delà de tout. C’est veiller avec le Christ comme il nous demande de le faire dans l’évangile aujourd’hui. C’est attendre activement dans la confiance et la fidélité, sa victoire finale, puisqu’il a « a donné tout pouvoir à ses serviteurs », lui qui est avec nous jusqu’à la fin des temps. Oui, l’espérance nous entraîne à sa suite afin que nous devenions de véritables ferments de justice, de paix et d’amour en notre monde.

Frères et soeurs, en ce temps de l’Avent, demandons à nouveau au Prince de la paix, au Christ de la Nativité de venir vers nous, de telle sorte que cette espérance qui nous habite puisse soulever le monde avec lui.

En terminant, je vous propose le texte de Charles Péguy, qui à sa manière, nous invite à contempler cette petite fille espérance :

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles, mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son boeuf et son âne en bois d’Allemagne. Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.

C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Yves Bériault, o.p.

1.  Charles PÉGUY, tiré de «Le porche du mystère de la deuxième vertu. pp. 26-27

John Henry Newman : Conduis-moi, douce lumière

monet_seineConduis-moi,
douce lumière,
A travers les ténèbres qui m’encerclent.
Conduis-moi, toi,
toujours plus avant!
Garde mes pas:
je ne demande pas à voir déjà
Ce qu’on doit voir là-bas :un seul pas à la fois
C’est bien assez pour moi.
Je n’ai pas toujours été ainsi
Et je n’ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J’aimais choisir et voir mon sentier;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!
Si longuement ta puissance m’a béni!
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée…
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant!

Denise Gingras-Gosselin :

monet_la_piePoème pour Yves, décédé par assassinat à l’âge de 27ans.

Et maintenant s’en vient Noël
Qui ne sera plus jamais pareil
Trois croix remplacent le sapin
Celle que je porte et celle du Divin

La troisième était sur le cercueil
De mon enfant dans un linceul
Après les prières d’usage
On m’a remis cet héritage

Je l’ai glissé dans un tiroir
Folle de rage et de désespoir
Puis l’évolution de mon chagrin
Me l’a fait reprendre en main

J’en ai orné mon salon
Suivi d’une étrange réaction
Comme la douée présence
De mon fils en permanence

NON, ce ne sera plus jamais pareil
Pour mes préparatifs de Noël
C’est la fête d’un Enfant
Qui renaît tous les ans

Mais moi je vis le vendredi saint
Qui s’est avéré mon destin
0 Jésus de la crèche
Sois fidèle à ta promesse

J’attends la résurrection
Qui me fait tenir bon
Celle qui à la fin des temps
Me fera retrouver mon enfant

Puisqu’on ne fête pas une mort
Qu’on n’exige pas de moi d’autre décor
Que cet emblème de vie éternelle
Qui symbolise mon espérance du ciel

20 octobre 1986

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Source : Parents orphelins. Louise Courteau éditrice, 1990.

Mourir avec le Christ

monet_nuagesJe suis gêné pour respirer. Je ne pensais pas que ça viendrait si vite. Sans doute que je n’arriverai plus à dormir aucune nuit.

Jésus, dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, je te contemple. Tu sais que ce sera fini pour 15 heures. Tu sais par quoi il te faudra encore passer avant d’arriver ver à la fin et au but. Moi, je ne sais ni l’heure ni ce par quoi il me faudra encore passer.

J’ai peur. Et, tout à l’heure, en essayant encore de me rendormir, j’étais dans l’angoisse, et des rêves d’étouffement hantaient mon imagination. Veux-tu m’aider. Donne-moi la main.

Permets que je m’unisse aux derniers moments de ta vie, que les derniers moments de mon existence unis aux tiens servent à réparer mes péchés et les péchés de ton église; qu’ils soient source de salut pour tous mes frères et qu’ils permettent à tous de te mieux connaître et mieux aimer.

Donne-moi ta paix. Que l’angoisse et la souffrance n’empêchent pas la joie. Que ma solitude éclairée par la solitude de ta nuit du Jeudi au Vendredi Saint, soit remplie de ta présence et de ton amour.

Un prêtre (anonyme)
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Source : Célébrer la mort et les funérailles, Desclée, 1980.

Papa et maman : Lettre à la petite Josianne

monet_printempsNous offrons à tous les parents qui comme nous ont vécu la perte d’un enfant, ou à ceux qui éventuellement auront à y faire face un jour, cette lettre d’espoir et d’amour. Josianne est décédée à l’âge de deux ans et quatre mois.

Il y a déjà trois ans que tu n’es plus de ce monde, même si dans nos cœurs tu existes toujours. C’est avec grande émotion mais avec tellement de conviction que je t’écris cette lettre, sachant même que tu n’as pas à la lire, car c’est toi mon inspiration à présent.

Il y a eu et il y a encore des moments très difficiles à traverser ; et, de toute évidence, il y en aura toujours. Certes, ta présence physique est ce qui nous manque le plus ; ta beauté, ton sourire, ta démarche, ton intelligence, bref, tout ce qui faisait de toi ce petit être que tous chérissions.

Ton séjour fut très court sur cette terre, mais combien fut-il rempli ! Tu fus de passage tel un petit ange venu pour apporter la bonne nouvelle… Il est très difficile de comprendre toutes ces choses. On se pose des tas de questions, sans aucune réponse concrète, mais je conserve un grand espoir qu’il y a une suite à tout cela. Depuis cette grande épreuve, j’ai acquis une sérénité jusqu’ici inconnue en moi-même.

Je vois la vie sous un nouveau jour ; je mords à belles dents dans tout ce qui avait plus ou moins d’importance à mes yeux ; un rien m’éblouit ; le chant d’un oiseau, la pluie, la neige, les enfants, les vieillards, finalement tout ce que j’ai manqué de si merveilleux auparavant et qui semblait faire partie du quotidien. Il suffît malheureusement d’avoir traversé une telle épreuve pour se rendre compte que tout ce qui existe autour de nous est si vulnérable et éphémère, et en même temps tellement précieux pour ceux qui savent être à l’écoute et attentifs à tout ce qui respire et transpire cette promesse d’éternité dans sa moindre parcelle.

Il m’arrive souvent de revivre les derniers instants de ta vie jusqu’au moment où tu fus revêtue d’un linceul de neige. Ce sont des événements qui arrivent si soudainement et l’on doit agir si précipitamment qu’il nous semble vivre un mauvais rêve. L’on se doit défaire le point à un moment donné ; c’est très difficile de ressasser ces moments, mais je crois que c’est nécessaire pour pouvoir apprendre à continuer de vivre face à cette vérité. C’est comme si je visionnais un film où je ne serais pas du tout concernée; évidemment, c’est le film le plus triste que j’aie jamais vu. Je me demande comment cette mère, très lucidement d’ailleurs, fait pour être capable de bercer sa petite en lui chantant ses berceuses préférées pour la dernière fois, alors qu’elle vient de rendre le dernier soupir. Elle va même jusqu’à bricoler avec son garçon de 8 ans un petit ange de soie et de dentelle qu il veut offrir à sa petite sœur pour décorer son cercueil blanc.

Aujourd’hui, alors que je revois ces images plus sereinement, je me surprends à me plaire dans cette vision, allant même jusqu’à avoir trouvé la cérémonie des funérailles très belle. Je me rappelle avoir tout préparé avec soin, tout comme je l’aurais fait le jour de ton mariage : tes petits bijoux, tes barrettes, ta plus belle robe bien pressée. Toi qui étais déjà si coquette, je suis certaine que tu as bien apprécié. Lorsque nous sommes arrivés le premier jour au salon funéraire, c’est avec le cœur rempli d’émoi, malgré tout le chagrin qui nous habitait, sans oublier toute l’amertume encore non extériorisée, que nous nous sommes avancés, papa, Yann et moi, vers la plus belle de tous les anges. Nous étions très fiers de présenter à nos amis, qui sont venus sympathiser avec nous, notre petite poupée, parmi ce jardin des merveilles des plus fleuris qui semblait faire partie d’un conte de fées.

Toi qui aimais les rondes et les fêtes, tu as été des plus choyées. Je n’avais jamais vu un aussi beau cortège. Les quatre petits copains de Yann, escortant ton «berceau», affichaient une fière allure en te berçant une dernière fois.. Même la petite réception que nous avons donnée pour recevoir parents et amis intimes fut très bien réussie. Tes petits cousins et cousines fêtaient avec toi ce qui devait être la plus belle journée de ta courte vie. Je sais que tu y es pour quelque chose, autrement je n’aurais pu m’en sortir de cette façon. Je suis convaincue que tu revis, non pas près de nous, mais en nous.

Tu te fais encore bercer, mais au gré de nos sentiments, tantôt d’une manière paisible, mais tantôt avec un peu de colère. Excuse-nous pour ce rythme saccadé, toi qui marquais si bien la cadence… C’est probablement ce que tu as fait grandir en nous qui nous chavire tant, nous qui faisions tout notre possible pour t’aider à grandir en sagesse et en beauté ; voilà que les rôles semblent inversés. Pour ce qui est de grandir en beauté, je dois te dire que tu avais bien débuté ; tu étais d’une beauté indescriptible. Je peux encore admirer tes beaux yeux noirs, car tu possédais les mêmes yeux que papa, ces derniers reflétant encore quelquefois les mêmes larmes que les tiens, et, vois-tu, je continue à les essuyer. Pour ce qui est de ta sagesse, tu y es parvenue avant nous ; mais en acceptant de te voir mener une vie autre que sur terre, je pense être sur le point d’atteindre une partie de ta sagesse et je t’en remercie.

Sache bien que malgré ces deux courtes années, lesquelles ont été nos plus belles, tout ce que nous avons bâti ensemble, pour toi et avec toi, fut fondé sur ce qu’il y avait de plus grand. Les joies que tu nous a apportées sont immenses et elles alimenteront tous nos jours à venir, jusqu’à ce que nous nous réunissions tous dans le petit nid d’amour que tu es sûrement en train de nous tisser dans un coin du paradis.

En attendant, aime-nous comme nous t’aimons, intensément et du plus profond de notre cœur ! Pense à nous comme nous pensons si souvent à toi, à chaque instant, seconde et minute de notre vie! écoute-nous comme nous saurons être à l’écoute de nos instincts guidés par la voix de Dieu en toi ! Attends-nous patiemment comme nous avons si bien su t’attendre, si bien su préparer ton arrivée durant neuf mois tant prémédités ! Je ne sais comment te remercier, ma chérie, pour tout ce que tu as su nous léguer en héritage : ton amour, lequel je sens déborder avec tous ceux qui m’entourent et que j’aime ; la force et l’espoir que tu nous donnes ; merci pour la vie que tu as permis de donner à un autre enfant, par le second souffle de vie que tu lui as offert !

Merci pour le courage que tu nous a donné quand nous avons pris la décision de donner à Yann un petit frère que tu as sans doute croisé sur ta route céleste. Sois bien assurée, mon amour, que cet enfant ne te remplacera jamais, mais tout ce que nous souhaitons, c’est de pouvoir lui procurer autant de joie et d’amour que nous t’avions prodigués et que tu nous rendais si bien.

Merci finalement à Dieu qui nous donne la chance de sortir grandis de cette lourde épreuve et surtout de m’avoir permis d’exprimer des sentiments tellement profonds et difficiles à mettre sur papier, car j’ai dû m’interrompre d’écrire à plusieurs reprises, quelques larmes étant venues s’ajouter à ce tableau…

Au revoir, notre petit ange !

Maman et papa.

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Source : Parents orphelins. Louise Courteau éditrice, 1990.

Jacques Fesch : Une mort acceptée

monet_nympheas2Un mois avant son exécution, un jeune homme, condamné à mort, écrit à sa famille. Sa réclusion après un crime ,a été l’occasion d’une extraordinaire montée spirituelle. Dernière joie humaine et préoccupation de partager sa foi.

J’ai reçu la petite mèche de Véronique… Quels beaux cheveux elle a! Si fins, si blonds, si doux à toucher! J’ai réellement l’impression d’avoir ma petite fille dans la cellule. Il y a quelque chose d’elle de vivant que je puis maintenant toucher…

Si tu savais la gravité de la mort… Il n’y a aucune interprétation à donner. Les clous dans les mains sont réels et les clous acceptés. Vois-tu, je vais certainement passer une drôle d’agonie et la préparation de cette mascarade sanglante est horrible; eh bien! si j’en tremble, ce n’est pas par peur physique, mais parce que je comprends mieux toute la pureté du Christ opposée à mon abjection. Malgré tout ce qui va m’arriver, je ne serai sauvé que par grâce et uniquement par grâce…

Je vois dans ta lettre que tu as mal interprété ce que je t’ai écrit. Ce n’est pas par lassitude que je veux m’en aller. Mais c’est afin que la volonté du Père soit faite; et parce que j’accepte de tout cœur cette Volonté, je reçois joies sur joies. Comprends-tu mieux, maintenant ?… et Celui qui s’abandonne ainsi à Dieu, ce n’est plus un coeur de chair qu’il a dans la poitrine, mais un globe de feu…
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Source : Célébrer la mort et les funérailles, Desclée, 1980.