P. Escalié : La ronde des jours

renoir_jardinLe printemps de la vie et son innocence, l’été de la vie et ses combats, l’automne de la vie et son apaisement, une femme-poète a chanté « la ronde des jours », —jusqu’au dernier, le jour du retour à la maison. «Ouvre donc. Seigneur, nous voici», avec la guirlande de nos souvenirs.

Parmi bruyères et genêts,…
Voilà bien longtemps, je suis née.
Je croyais,
petite innocente,
Sans fin la ronde des jours…
Que jamais n’en ferais le tour!
Croyais pure entre les roseaux
L’eau murmurante des ruisseaux.
Croyais les mots faits de musique,
Chargés de joie, chargés d’amour,
Et tous les chemins de velours…
Croyais l’oiseau roi de l’azur,
Ayant en l’homme un ami sûr.
Croyais les chiens doux et fidèles,
Léchant les mains si tendrement
Qu’endormaient la peur doucement.
Croyais tous les enfants heureux,
Avec du soleil plein les yeux
Et la tendresse de leur mère…
Beau comme la rosé d’un jour,
Et éternel croyais l’amour.
J’ai vu des amants déchirés
Et leurs beaux serments bafoués.
J’ai vu, des enfants, la tristesse :
Pour eux, ni soleil, ni jardin ;
Pour eux las! faim, peur et dédain…
Ah ! vraiment n’y comprends plus rien
A mordre, on a dressé les chiens…
Le maître aimé les abandonne…
Et, pour l’oiseau, l’homme a choisi
La cage étroite ou le fusil !
Durs, tortueux et incertains,
Pleins de dangers sont les chemins
Où la pierre côtoie l’ornière.
Il est des mots laids et méchants :
Comme la lame ils sont tranchants.
Dans l’eau meurt le poisson d’argent ;
L’eau n’a plus de reflets changeants
Mais de grises franges d’écume.
File, file, file le temps…
Rides au front et cheveux blancs !
Là-bas, bruyères et genêts,
Dans la campagne où je suis née,
A leur saison encor fleurissent.
Continue la ronde des jours,
Et j’en ai fait presque le tour.
Le soleil baisse à l’horizon
Dorant le toit de ma maison…
Le soir tamise la lumière,
Adoucit couleurs et contours :
C’est l’heure d’un plus grand amour.
Ma main s’apaise entre tes mains,
Je rêve encor de lendemains
Où la joie paisible a sa place.
Mon Aimé, voici le déclin,
Notre course touche à sa fin.
Déposons là tous nos fardeaux,
C’est le moment du grand repos.
Conviés à la même fête,
Oublions larmes et soucis.
« Ouvre donc, Seigneur, nous voici ! »
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Source : Célébrer la mort et les funérailles, Desclée, 1980.

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