Homélie pour le 4e Dimanche de Pâques (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10,11-18.
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.
Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse.
Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.
Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau.
Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

 

COMMENTAIRE

Dans les évangiles, Jésus a cette préoccupation constante d’amener ses auditeurs à croire en lui, mais il le fait sans jamais dévoiler pleinement son identité. Ainsi, il ne dit jamais : « Je suis le Verbe » ou encore « Je suis le Fils de Dieu ». Au contraire, Jésus procède par analogies, avec des paraboles et des miracles, qui deviennent des clés d’interprétation afin de nous ouvrir à son mystère.

Jésus emploie aussi beaucoup d’images afin d’expliquer sa personne et sa mission. Il dit de lui-même qu’il est la lumière du monde, le pain vivant, la vraie vigne, le chemin, la vérité, la résurrection et la vie. Mais il y a deux autres attributs que Jésus fait siens et que l’on retrouve dans l’Ancien Testament pour représenter Dieu, soit les titres d’époux et de pasteur. Comme l’époux aime l’épouse, Jésus nous révèle dans l’évangile de ce dimanche qu’il est le Bon pasteur qui aime ses brebis au point de donner sa vie pour elles.

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Cette image du Bon pasteur est l’une des plus anciennes dans l’iconographie chrétienne, et les premiers chrétiens peignaient cette image sur les murs de leurs catacombes. On peut y voir Jésus vêtu en simple berger, un bâton à la main, portant une brebis sur ses épaules. « Voilà notre Dieu ! disaient les premiers chrétiens. Il est le Bon pasteur, le vrai chef des brebis. »

Faut-il se surprendre si Jésus emploie l’image du berger afin d’exprimer jusqu’où va son amour pour nous ? Nous le savons, il ne s’est pas présenté en roi triomphant, imposant son autorité au monde. Pour se dire à nous et nous décrire sa mission, Jésus s’est identifié à l’un des métiers les plus humbles de son époque, soit celui de berger, dont la seule richesse était ses brebis, et pour lesquelles il était prêt à affronter le loup et à donner sa vie pour elles. Jésus agit de même en notre faveur. Il est le Bon pasteur qui connaît ses brebis.

Ce qui est extraordinaire dans la façon dont Jésus décrit cette intimité qu’il vit avec ses brebis, c’est que ces dernières le connaissent elles aussi. Elles reconnaissent sa voix, elles sont dociles à son appel. Elles se tiennent toujours près de lui, et lui les prend sur son cœur, tellement elles lui sont chères. Il veille sur elles et les protège.

Il y a entre Jésus et ses brebis une connaissance réciproque, qui est fondée sur cette intimité qui unit Jésus à son Père. « Qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. Voilà l’intimité dans laquelle le Seigneur nous entraîne quand nous mettons notre foi en lui. Il nous donne de le connaître ainsi que son Père qui est le nôtre.

Ce dimanche est une invitation à entrer plus avant dans cette relation d’amour que le Seigneur veut vivre avec nous. D’où ces quelques questions que j’aimerais proposer à notre réflexion.

Jésus nous dit qu’il est le Bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Est-ce que cette réalité du don que Jésus fait de lui-même nous rejoint personnellement ? Est-ce que nous mesurons à quel point Dieu nous aime et veut nous avoir avec lui, tout près de lui ?

Quand Jésus nous dit que ses brebis entendent sa voix et le reconnaissent, est-ce que nous cherchons à entendre cette voix quand nous faisons face à des épreuves, ou lorsqu’il nous faut prendre des décisions importantes, ou tout simplement quand la vie éclate en bonheurs de toutes sortes autour de nous ? Jésus est-il le confident de nos nuits, de nos peines et de nos joies ? Le complice de nos rêves ?

Par ailleurs, les paroles de Jésus aujourd’hui sont l’occasion pour nous de réfléchir à cette bergerie que nous sommes appelés à former avec lui, et qui s’appelle l’Église. Certains chrétiens vivent leur foi sans l’Église, sans souci ni attachement pour elle. Ils se décrivent comme des personnes spirituelles, mais non pas religieuses, sans appartenance à l’Église. Pourtant, Jésus définit bien son rapport à nous comme celui du berger avec ses brebis qui veut nous rassembler en une seule bergerie.

Un poète a énoncé une grande vérité au sujet de l’Église : « Nul ne va au ciel tout seul ». En tant que chrétiens, nous sommes appelés à aller dans ces verts pâturages où Jésus nous conduits, là où se retrouve l’assemblée chrétienne, à l’écoute de la Parole de Dieu, se ressourçant aux sources vives des sacrements, construisant la fraternité au nom du Christ, y apprenant notre métier d’hommes et de femmes en ce monde, tel que rêvé par Dieu. C’est là le beau et grand mystère de la vie en Église, cette verte prairie où naissent et grandissent les enfants de Dieu.

Aussi différents que nous soyons les uns des autres, nous portons tous les mêmes peines, les mêmes aspirations, le même besoin d’aimer et d’être aimés. C’est cette humanité, avec ses grandeurs et ses misères, que le Bon pasteur prend sur ses épaules, nous invitant à le suivre et à nous faire à la fois brebis et pasteurs du troupeau avec lui. Pour y parvenir, il nous confie son Église.

C’est le cardinal Christoph Schönborn, dominicain et archevêque de Vienne, dans son livre intitulé « Qui a besoin de Dieu », qui écrit : « Même après soixante-deux ans, je ne connais rien de mieux (que l’Église). Je n’ai rien trouvé de plus beau que cette Église. Et c’est une grande chance pour moi qu’elle soit imparfaite parce que j’y ai ainsi ma place.[1] »

Frères et sœurs, le Seigneur nous appelle tous dans sa bergerie. Il n’exclut personne. Et aujourd’hui encore, il dresse la table pour nous et il nous invite dans les verts pâturages de son eucharistie, afin que grâce et bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


[1]Christoph Schönborn. Qui a besoin de Dieu. Entretiens avec Barbara Stöckl. Éditions Parole et Silence, 2008, p. 200-201

Homélie pour le 3e Dimanche de Pâques (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24,35-48.
En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

 

COMMENTAIRE

Ce récit d’apparition de Jésus à ses disciples est sans doute le récit le plus détaillé que nous ayons, où l’évangéliste Luc nous décrit à la fois la nouvelle réalité corporelle de Jésus, tout en nous laissant entrevoir sa profonde humanité. Même au-delà de la mort, Jésus ressuscité est plus vrai que jamais.

Il apparaît de façon si réellement incarnée à ses disciples, que ces derniers n’ont d’autre choix que de s’incliner et de le reconnaître. « Quand leurs yeux et leurs oreilles ne suffisent pas, ils doivent encore le toucher; quand le toucher ne suffit pas pour réveiller leur foi, ils doivent présenter à Jésus nourriture et boisson qu’il consomme devant leurs yeux.[1] » Décidément, ils n’ont pas affaire à un fantôme. Jésus est bel et bien vivant, plus vivant que jamais!

D’ailleurs, Jésus apparaît à ses disciples dès le premier jour de sa résurrection, comme si les liens noués ici-bas étaient de la plus grande importance pour lui. Malgré qu’ils l’aient abandonné, renié et trahi, Jésus ne se détourne pas de ses disciples. Au contraire, il vient vers eux avec empressement, et il traverse les murs de leurs peurs, et de leurs doutes afin de les ramener vers lui, et de les établir fermement dans cet amour sans limites qu’il a pour eux. À travers ses apparitions, Jésus nous révèle combien nous avons du prix aux yeux de Dieu. C’est cet amour qui l’a conduit à sa passion et dont il porte encore les marques dans son corps glorifié.

Benoît XVI a exprimé cela de manière magnifique dans une homélie pour le deuxième dimanche de Pâques : « Le Seigneur a apporté avec lui ses blessures dans l’éternité, dit-il. C’est un Dieu blessé; il s’est laissé blesser par l’amour pour nous. » Dans ses blessures, Jésus porte la marque de notre péché. Car si le péché nous blesse dans nos vies personnelles, Jésus nous fait découvrir que le péché s’adresse avant tout à Dieu. « C’est la mort du Christ en croix qui nous renvoie l’image de notre péché.[2] » Il est mort pour nos péchés et il en porte les blessures jusque dans sa résurrection. Et pourtant, les premiers mots du ressuscités à ses apôtres réunis sont tout empreint de tendresse et de miséricorde quand il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Tout comme pour les Apôtres, le Christ ressuscité vient jusqu’à nous et il nous offre sa paix. Il nous invite à porter avec lui les blessures du monde et à nous laisser blesser à notre tour pour lui; à faire oeuvre de miséricorde, de paix et de justice avec lui, et ainsi devenir des témoins de sa résurrection.

Le ministère visible du Christ, alors qu’il foulait le sol de la terre d’Israël, se poursuit désormais de manière invisible, mais encore plus personnelle et intérieure par l’action de l’Esprit Saint. C’est cet Esprit de Jésus qui nous donne de comprendre les Écritures, ainsi que le dessein de Dieu pour nous.

Et si parfois nous sommes tentés par le découragement, dépassés par le mal dont nous sommes témoins, à perte de moyens et de solutions, n’oublions jamais Celui en qui nous avons mis notre foi, car c’est lui le Sauveur du monde, le Chef des vivants !


[1]Urs von Balthasar. La gloire et la croix. p.263

[2]Sesboüé, Bernard. L’homme, merveille de Dieu. Salvator, 2015. p. 216

Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

COMMENTAIRE

Si l’évangile de Jean occupe une place de premier plan dans la Semaine sainte et le temps pascal, c’est que l’évangéliste nous livre une méditation d’une profondeur incomparable sur le mystère du Christ. L’objectif de Jean est bien précisé quand il écrit à la fin de son évangile que les signes dont il a témoigné « ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » 

Pour que nous croyions et que nous ayons la vie ! Voilà le but de l’évangéliste, et c’est ainsi qu’il nous met en présence de trois personnages à la fin de son évangile, qui ont pour but de nous aider à comprendre à quel acte de foi nous sommes appelés. J’ai nommé le disciple bien-aimé, Marie-Madeleine, et bien sûr l’Apôtre Thomas.

Commençons tout d’abord par Marie-Madeleine, elle qui occupe une position privilégiée le matin de Pâque, et qui est tellement émouvante dans son amour pour le Seigneur. Toutefois, Jésus doit corriger ses attentes lorsqu’il lui apparaît, car elle semble vouloir le retenir, ne saisissant pas encore la nouvelle réalité dont vit Jésus. Elle ne peut plus le connaître comme auparavant alors qu’elle marchait avec lui et ses disciples. Le Ressuscité l’invite à un lâcher-prise afin de le connaître autrement. « Ne me retiens pas, lui dit-il, car je ne suis pas encore monté vers le Père. »

Quant à l’apôtre Thomas, on ne peut douter de son attachement à Jésus. Ainsi, quand Jésus est appelé au chevet de son ami Lazare, voyage qui va impliquer un retour en Judée où sa vie est menacée, Thomas dira alors aux autres disciples : « Allons nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Aucun doute, Thomas aime Jésus, mais c’est aussi un homme des plus réaliste, et cela explique sans doute pourquoi il ne peut accueillir le témoignage des autres Apôtres à qui Jésus est apparu, alors que lui-même était absent. Il a beau aimer Jésus, mais il ne faut quand même pas forcer la note ! D’où, sa vive réaction : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » 

Comme un défi lancé à ses amis, Thomas exige de voir Jésus dans toute sa réalité humaine. Mais ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est que le Ressuscité va répondre aux attentes de Thomas, au point de le confondre dans son incroyance. Le Seigneur Jésus le prend au mot et l’accompagne dans son acte de foi, comme il le fait pour Marie-Madeleine. Il va répondre à la demande de Thomas de voir ses plaies, de le toucher, et cette rencontre va amener Thomas à la plus belle expression de foi de tous les évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » 

Et c’est alors que Jésus va corriger Thomas pour lui révéler ce que c’est que d’être véritablement croyant : « Parce que tu m’as vu, tu crois, lui dit Jésus. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » En disant cela, le Ressuscité se tourne vers nous et nous regarde., car cette invitation nous concerne en premier lieu, nous qui avons mis notre foi en lui sans le voir.

C’est pourquoi l’évangéliste Jean nous livre le témoignage du disciple bien-aimé, qui représente le vrai disciple du Christ, celui qui croit sans avoir vu! Entre Marie-Madeleine, qui cherche à retenir Jésus, et l’Apôtre Thomas qui a besoin d’une certitude tangible pour croire, l’évangéliste Jean nous laisse le témoignage de celui qui court avec l’Apôtre Pierre le matin de Pâque. Se tenant devant le tombeau vide, l’évangéliste a cette formule laconique au sujet du disciple bien-aimé : « il vit et il crut. »

Pourtant, on peut comprendre les doutes de Thomas. Ses amis se cachent depuis trois jours suite à la crucifixion de Jésus. Ils sont terrorisés. Ne seraient-ils pas l’objet d’une hallucination collective quand ils disent avoir vu Jésus vivant? « Je veux des preuves », dit Thomas. N’est-ce pas là ce que nous objecte le monde qui ne peut accueillir cette bonne nouvelle de la résurrection ? Quelles preuves avons-nous à offrir? Un tombeau vide? Mais ne sommes-nous pas alors dans le registre d’une foi naïve et sans fondement. Sur quoi allons-nous donc fonder notre foi?

L’expérience que nous rapporte l’évangéliste à propos du disciple bien-aimé va bien au-delà de la foi en un absent. Ce qu’il veut nous dire c’est que le cœur de la foi chrétienne est avant tout la reconnaissance d’une présence intérieure à nos vies, d’un appel au plus profond de nous-mêmes, une présence d’amour devant laquelle la foi se prosterne et adore.

En fait, c’est l’amour qui fait croire le disciple bien-aimé ! Comme s’il se disait en regardant le tombeau vide : « Je le savais ! » Cette brise légère au cœur de notre vie de foi, cet amour qui nous dépasse, c’est la rencontre du regard aimant du Ressuscité, qui nous fait entendre son appel au plus profond de nous-mêmes.

Lorsque Thomas fait la rencontre du Seigneur, il ne s’est pas encore arrêté à cette présence nouvelle au cœur de sa vie, trop occupé à chercher des preuves en dehors de lui-même. Mais Jésus ne l’abandonne pas, bien au contraire. Il l’accompagne dans son doute, tout comme il aide Marie-Madeleine à purifier son désir afin de mieux s’attacher à lui, tout comme il nous prend par la main, chacun et chacune de nous.

Et voilà que Thomas nous livre l’expression la plus achevée de qui est Jésus, « mon Seigneur et mon Dieu », et que Marie-Madeleine devient la première à annoncer la résurrection du Christ aux premières lueurs de Pâque. C’est cette bonne nouvelle parvenue jusqu’à nous et qui nous fait vivre !

En terminant, écoutons une méditation du poète Patrice de La Tour du Pin, qui a inspiré bien des hymnes de l’Église au XXe siècle, et dont l’hymne Lumière du monde, ô Jésus, exprime bien ce que c’est que de vivre en tant que chrétiens et chrétiennes. Écoutons :


HYMNE : LUMIÈRE DU MONDE, Ô JÉSUS

La Tour du Pin — CNPL

Lumière du monde, ô Jésus,
Bien que nous n’ayons jamais vu
Ta tombe ouverte,
D’où vient en nous cette clarté,
Ce jour de fête entre les fêtes
Sinon de toi, ressuscité ?

Quand sur nos chemins on nous dit :
Où est votre Christ aujourd’hui
Et son miracle ?
Nous répondons : D’où vient l’Esprit
Qui nous ramène vers sa Pâque,
Sur son chemin, sinon de lui ?

Nous avons le cœur tout brûlant
Lorsque son amour y descend
Et nous murmure :
L’amour venu, le jour viendra
Au cœur de toute créature,
Et le Seigneur apparaîtra.

Et si l’on nous dit : Maintenant
Montrez-nous un signe éclatant
Hors de vous-mêmes !
Le signe est là qu’à son retour
Nous devons faire ce qu’il aime
Pour témoigner qu’il est amour.


fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs