Homélie pour le 21e Dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,13-20.

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

COMMENTAIRE

Elle est quand même extraordinaire la question que Jésus pose à ses apôtres : « Qui suis-je au dire des gens ? » Cette question est unique dans l’histoire de la Bible. Aucun prophète, aucun des patriarches ne l’a posé avant Jésus. Pourquoi alors cette question ? Un rabbin juif va nous éclairer à ce sujet.

Il y a quelques années, Jacob Neusner a écrit un livre intitulé « Un rabbin parle avec Jésus ». On présente cet homme comme le théologien juif préféré du pape émérite Benoît XVI, un rabbin avec lequel il a eu des échanges alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Dans son livre, Jacob Neusner amorce un dialogue avec Jésus à partir de l’évangile de Matthieu, sans doute l’évangile ayant le plus d’affinité avec le judaïsme, car la communauté de Matthieu était surtout composée de Juifs convertis au christianisme.

Dans son récit, Jacob Neusner se place au cœur de la foule entourant Jésus à l’occasion de son sermon sur la montagne. Il commente alors l’enseignement de Jésus. Il réagit à ses affirmations et cherche à montrer comment un Juif fidèle à sa foi pouvait entendre les enseignements de Jésus. D’une part, il est assez élogieux à son égard. Il le compare à un maître qui sait tirer du neuf de l’ancien, qui élargit les perspectives de la Torah, ce que tout sage en Israël est appelé à faire.

Mais là où ce rabbin s’oppose, ce n’est pas tant à cause des enseignements de Jésus ou de sa sagesse, mais parce qu’il se place au centre de son enseignement, il en est le cœur. Il parle même avec autorité, une autorité qui semble surpasser celle de Moïse lorsqu’il dit par exemple, en citant la loi mosaïque : « Et moi je vous dis… » C’est là où ce rabbin décide de s’éloigner de la foule aux pieds de Jésus, car l’autorité dont il s’arroge est inacceptable pour un Juif fidèle à la Loi. Notre rabbin demandera aux disciples de Jésus qui l’entourent : « Votre maître est-il Dieu  pour parler ainsi ? » Et nous, nous répondons avec l’apôtre Pierre : « Il est le Messie, le fils de Dieu ! »

Notre foi ne fait pas que s’attacher aux commandements de Dieu ou à la révélation qu’Il fait de lui-même dans l’Ancien Testament. Notre foi, fondée sur celle des apôtres, nous donne de reconnaître cette chose incroyable : que l’Absolu s’est incarné, et qu’il a pris un visage, celui de Jésus Christ ! Ou encore, comme l’écrivait le théologien Karl Rahner : « que Dieu nous a livré sa dernière et sa plus belle parole en son fils Jésus ». C’est pourquoi notre foi s’attache à la personne même de ce dernier et non seulement à ses enseignements.

Par ailleurs, Jésus a bien raison de répondre à Pierre devant sa profession de foi « que ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » La foi est un don, elle est l’action de Dieu en nos cœurs qui nous donne de communier au mystère de sa présence à nos vies, présence qui se fait d’autant plus proche avec cette manifestation en notre monde du Verbe de vie. D’où la question de Jésus : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Car cette foi que nous professons en Église est avant tout de l’ordre d’une rencontre personnelle avec le Christ ressuscité.

Maintenant, ce mystère de la rencontre se vit avant tout en Église, et c’est cette Église que Jésus confie Pierre. Mais de quoi Jésus parle-t-il au juste ? Dans l’Ancien Testament cette notion à laquelle Jésus fait référence désigne la communauté du peuple élu qui prend naissance au moment de l’Exode au désert, peuple choisi en marche vers la Terre promise. L’Église, la communauté de Jésus poursuit cette marche vers le Royaume; elle est l’assemblée des temps nouveaux ayant le Christ à sa tête qui lui confie les clés du Royaume, l’appelant à rassembler tous les peuples.

Alors que Jésus reprochait aux scribes et aux pharisiens d’avoir fermé à clé le Royaume des cieux, voilà qu’il confie à son Église la mission d’introduire toute l’humanité auprès du Père, lui donnant d’ouvrir les cœurs par la proclamation de l’évangile, le pouvoir de libérer ceux et celles qui sont enchaînés ou qui ploient sous le fardeau de leur existence ou du péché.

Frères et sœurs, cet évangile nous invite à contempler le mystère de l’Église. Il nous invite à regarder plus loin que les simples bâtiments où nous célébrons notre foi, à regarder plus loin que les embûches ou l’indifférence que rencontre l’annonce du Christ ressuscité, plus loin même que les persécutions, car Jésus nous fait cette promesse solennelle : c’est lui qui bâtira son Église ! Il en est l’artisan, le maître d’œuvre, et il nous promet que « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle », car il est lui le Maître de la vie, le grand vainqueur de la mort.

C’est donc avec cette ferme assurance que nous sommes invités à marcher avec le Christ, appuyant notre foi sur celle des apôtres, sans cesse invités à faire nôtre la réponse de Pierre à la question de Jésus  : « Et toi qui dis-tu que je suis. Qui suis-je pour toi ?  » Et à nous de répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 20e Dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,21-28.
En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

COMMENTAIRE

Voici une belle et provocante histoire que cette rencontre entre Jésus et la Cananéenne. Tout d’abord, il y a l’irruption de cette femme païenne au milieu du groupe des disciples, alors que le judaïsme de l’époque jugeait sévèrement les contacts entre juifs et non-juifs. Il y a aussi l’attitude provocante de cette femme qui tient tête à Jésus afin de lui arracher la guérison de sa fille. Sans oublier la réaction incompréhensible de Jésus à première vue, lui l’ami des pauvres et des exclus, qui traite cette femme de « petit chien », titre méprisant dont les Juifs affublaient les païens. Mais que se passe-t-il donc dans ce récit ? On aurait raison de ne pas y reconnaître Jésus si l’on en restait à un premier niveau de lecture. Mais en réalité dans cette histoire, nous voyons à l’œuvre le doux maître de ces face-à-face inoubliables dans les évangiles, qui livre à ses disciples une parabole vivante sur le Royaume de Dieu et l’accueil de l’étranger.

Car en provoquant volontairement cette femme, Jésus l’amène à professer une foi que ses apôtres n’auraient jamais soupçonnée chez une païenne. En lui accordant ce qu’elle demande, Jésus amène ses disciples à changer leur regard sur elle. Ce n’est plus une Cananéenne, une femme à proscrire qui se tient devant eux, mais une sœur en humanité, une mère qui souffre et qui ne veut que le meilleur pour son enfant. Jésus lui ouvre alors grand son cœur et il élargit ainsi nos horizons, il nous oblige à porter un regard neuf sur l’autre, là où les frontières et les exclusions que nous dressons entre nous n’ont plus leur place.

Comme l’écrivait un journaliste dans le journal La Croix, « le but de l’Évangile n’est pas de faire des chrétiens, mais des humains au sens plénier du terme. Et le but de l’Église n’est pas de faire des catholiques, mais de construire le Corps du Christ, c’est-à-dire tendre vers une humanité solidaire, libre, responsable, attentive aux pauvres. »

C’est pourquoi les discours qui ne cherchent qu’à marginaliser ou à exclure n’ont pas leur place parmi nous. Ça, ce n’est pas Jésus ! Et si nous savons ouvrir les yeux et nos cœurs à ce que portent les autres en termes d’humanité, d’amour et de valeurs évangéliques, nous ne pourrons qu’être enrichis à leur contact.

Il y a quelques années, j’ai fait la rencontre d’un survivant de la Shoah du nom de Benzion. La Shoah, c’est le processus d’extermination de tous les Juifs de l’Europe par les nazis d’Adolph Hitler, vous savez cet homme politique dont certains groupes d’extrême droite se réclament pour faire la chasse aux Juifs, aux réfugiés et aux Noirs. Benzion avait connu l’internement dans le camp d’extermination d’Auschwitz alors qu’il n’avait que quinze ans. Il en avait quatre-vingts lors de notre rencontre. Benzion était un juif roumain dont toute la famille avait été exterminée. Nous nous étions donné rendez-vous sans ne nous être jamais rencontrés auparavant. Il m’avait tout simplement été recommandé afin de donner une conférence dans le cadre d’une session que je devais donner.

 

Quelle rencontre! Benzion m’a parlé pendant une heure et demie, sans interruption, pleurant parfois devant l’intensité de ses souvenirs douloureux. Très vite un climat de confiance et d’intimité s’est tissé entre nous, nous prenant parfois les mains en signe de soutien, une façon de porter ensemble la douleur qu’il me partageait. Je me suis alors retrouvé avec un frère en humanité qui ne comprenait toujours pas pourquoi son peuple était sans cesse persécuté. Il était arrivé au Canada au début des années 50 à titre de réfugié, retrouvant parfois ici les mêmes préjugés qu’il avait fuis en quittant l’Europe.

 

En tant que prêtre, j’éprouvais un malaise à écouter les humiliations subies par cet homme de la part de bons catholiques ici même au Québec. Ainsi, le refus d’une religieuse de le soigner parce qu’il était juif, ou encore un hôtelier affichant à l’entrée de son commerce : « Pas de chiens, pas de Juifs ». Pourtant, rien dans son récit n’était porteur de rancœur ou de reproches. Il m’avoua même qu’il n’avait jamais voulu raconter son histoire à ses enfants afin de ne pas mettre la haine des Allemands dans leur cœur.

Ce jour-là, j’ai fait la rencontre d’un homme bon, un homme qui portait une grande blessure et pour qui je me disais qu’il fallait prier, mais me disant aussi que c’était peut-être nous qui avions davantage besoin de sa prière.

En réponse aux incidents violents de la semaine dernière aux États-Unis, opposant des groupes racistes et extrémistes à des protestataires indignés, le président Obama a fait circuler une citation de Nelson Mandela, figure emblématique de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Le texte disait ceci :

« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion. La haine est quelque chose qui est inculqué, et si les gens peuvent apprendre à haïr, ils peuvent aussi apprendre à aimer, car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé ».

C’est à l’apprentissage de cet amour que nous invite Jésus aujourd’hui, ainsi que l’histoire de Benzion qui n’a pas voulu inculquer la haine de l’autre à ses enfants. L’histoire de cet homme et de la Cananéenne évoque pour moi toutes ces Cananéennes de notre monde, tous les réfugiés, les méprisés, les humiliés, qui attendent que tombent de la table de la fraternité humaine ces miettes dont parle l’évangile et que Jésus a si libéralement distribuées. À nous, il est demandé de faire comme lui et de revêtir le tablier du service et de l’amitié au nom même du Royaume de Dieu. C’est là, je crois, la leçon qu’il nous faut tirer aujourd’hui de notre page d’évangile.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


  1.  MOUNIER, Frédéric. Le printemps du Vatican. Vu de Rome. Bayard, 2014. p. 277

Le pardon évangélique

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Jésus invite Pierre à pardonner à son prochain soixante-dix fois sept fois, soit autant de fois que celui-ci viendra demander pardon. Non seulement cet enseignement de Jésus est-il radical par rapport aux enseignements antérieurs de l’Ancien Testament, mais pour Jésus notre volonté de pardonner à notre prochain et la miséricorde de Dieu à notre endroit, sont intimement liées. Si tu ne pardonnes pas à ton frère ou à ta sœur de tout cœur, à toi non plus il ne sera pas fait miséricorde, nous dit Jésus.

Pour Jésus, celui qui ne pardonne pas ne peut espérer être pardonné en retour. Il devra rembourser jusqu’au dernier sou sa dette. Mais à celui qui pardonne, il sera fait pardon. À celui qui fait miséricorde, il sera fait miséricorde. Cet enseignement jette un nouvel éclairage sur les enjeux de notre salut. Bien que la suite de Jésus soit une voie de perfection, ce n’est pas tant sur les œuvres que nous serons jugés que sur l’amour. Saint Paul le rappelle bien dans son hymne à l’amour : « Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. »

Jésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la sœur qui se dresse en ennemi. C’est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission, ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de nous faire porter un regard lucide à la fois sur nous-mêmes et sur l’autre, qui nous donne de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la sœur qui s’est égaré.

Quel défi et quelle exigence! Mais en même temps, il y a dans cet enseignement de Jésus un souffle libérateur qui nous rappelle que Dieu nous accueille tels que nous sommes, avec nos grandeurs et nos misères. Et tout ce qu’il nous demande en retour, c’est d’agir les uns à l’endroit des autres comme lui même agit envers nous.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour l’Assomption de la Vierge Marie

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Les Pères de l’Église, en accord avec toute la Tradition, ont toujours vu en Marie la « figure de l’Église », celle qui nous précède, qui est là au tout début, porteuse d’un mystère qui la dépasse, en même temps qu’elle nous devance et nous entraîne dans le mystère de la vie et la mort de Celui qui nous aima jusqu’au bout. Elle est à la fois derrière nous et elle est devant de nous. La Vierge Marie est, par excellence, « figure de l’Église », expression de son mystère le plus profond et c’est ce que la fête de son Assomption nous donner d’entrevoir dans la foi.

En Jésus, l’humanité apporte un oui définitif à l’œuvre de salut inaugurée par le Père en notre faveur, mais celui-ci voulait que le don de son Fils soit aussi accueilli par le « oui » humain d’une créature humaine. » (Raniero Cantalamessa, p. 56) C’est le fiat de Marie.

On a volontiers comparé Marie à la nouvelle Ève, car il lui est donné par la conception du Verbe fait chair, de donner à l’humanité celui qui serait capable de la relever de la chute originelle. Le théologien Karl Rahner dira de Marie :

« En un instant qui n’aura jamais plus de couchant et qui reste valable pour toute l’éternité, la parole de Marie fut la parole de l’humanité, et son “oui” l’amen de toute la création au “oui” de Dieu ».

« Amen », « oui », « fiat », tous ces mots ne font plus qu’un dans la bouche de Marie. Et son oui occupe une place unique dans l’histoire du salut. Il fait office de charnière indispensable entre l’Ancien et le Nouveau Testament, car Dieu ne voulait et ne pouvait nous sauver sans notre libre adhésion à son plan de salut. Par son oui, Marie rend possible le Verbe fait chair. Et parce qu’elle est tout ouverte à l’action de la grâce en elle, Marie devient la « pleine de grâce », la nouvelle Ève par qui le retour vers le Père va pouvoir s’opérer grâce à son fils Jésus.

C’est Dieu le Père qui accomplit tout en son Fils, bien sûr, mais Dieu veut avoir besoin de nous et c’est Marie qui en notre nom dira : « Me voici, je suis la servante du Seigneur. »

En notre nom, au nom de notre humanité, Marie a dit oui à cette présence infinie de Dieu en notre chair et de par sa mission et son état de Mère du Sauveur, elle est la première d’une multitude à être entraînée corps et âme à la suite de son fils ressuscité.
« L’Assomption de Marie, affirme Benoît XVI (dans une homélie pour l’Assomption de la Vierge Marie en 2009), est un évènement unique et extraordinaire destiné à combler d’espérance et de bonheur le cœur de chaque être humain ». Il y a un climat de « joie pascale qui émane de la fête de l’Assomption. “Marie, ajoute-t-il, est la prémisse de l’humanité nouvelle, la créature dans laquelle le mystère du Christ a déjà eu un plein effet en la rachetant de la mort. Marie constitue le signe sûr de l’espérance et de la consolation.”

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 19e Dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14,22-33.
Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.
En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier.
Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

COMMENTAIRE

Ce récit fait suite à la multiplication des pains alors que Jésus envoie ses disciples vers l’autre rive. Lui-même se retire dans la montagne pour prier. Ce double mouvement de Jésus et des disciples sert de prélude au miracle de la marche sur les eaux, où se joue devant nos yeux l’intime communion qui unit Jésus à ses disciples, malgré son absence apparente.

Cet évangile est une allégorie de la vie du disciple du Christ, où souvent notre foi est mise à l’épreuve, alors que nous crions vers Dieu. Du cœur de cette nuit se fait entendre la parole du Christ : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

Nous sommes sans cesse confrontés dans nos vies à des situations qui semblent sans issues, qui nous désespèrent ou qui nous révoltent, où les solutions nous échappent, où la peur nous empêche d’avancer, et où nous ne pouvons que crier comme le fait Pierre : « Seigneur, sauve-moi! »

Que ce soit la violence qui s’abat sur des innocents, la mort d’enfants, la maladie cruelle et sans issue, la souffrance, le deuil, le vieillissement, ou simplement la difficulté à assumer les défis de notre vie quotidienne… Toutes ces situations nous font mesurer combien nos vies sont fragiles et elles soulèvent inévitablement la question de notre confiance en Dieu. L’attitude de Pierre dans cet évangile en est une belle illustration. Fort de son courage, il avance sur les eaux à l’invitation de Jésus, mais dès qu’il détourne son regard du Maître, il commence à s’enfoncer. « Homme de peu de foi, lui dit Jésus, pourquoi as-tu douté. »

L’évangile d’aujourd’hui nous offre une clé de lecture fondamentale pour affronter les défis et les épreuves dans la fragilité de nos existences, car nous le savons, ce monde est marqué par des échecs et des vents contraires, qui menacent à tout moment la quiétude de nos vies et celle de l’Église. Parfois, nous sommes en manque d’espérance, et c’est pourquoi il nous faut regarder vers le Christ.

Cette image de Jésus tendant la main à Pierre nous parle de notre condition de disciples, de cette amitié qui nous unit au Christ, de ce soutien indéfectible qu’il nous offre quand nous lui tendons la main, car c’est pour aujourd’hui que le Christ nous dit : « Viens, n’aie pas peur ! » C’est à nous que s’adresse cette invitation pressante.

Voyez comment se termine le récit de Matthieu : alors que Jésus saisit la main de Pierre pour le sauver, le vent tombe et nous retrouvons Jésus au milieu de la barque avec ses disciples, car il ne les avait jamais vraiment quittés, ni des yeux ni du cœur, malgré son absence au moment de sa prière solitaire.

Le récit de Matthieu nous enseigne que Jésus est avec nous dans la barque de nos vies, nous invitant à avancer avec lui vers l’autre rive de nos engagements et de nos défis, nous appelant à vivre dans la confiance, sûrs de l’amour de Dieu pour nous, de cet amour qui est capable de nous guider à travers tous les obstacles de cette vie, au-delà de la mort même.

Un chrétien en Iraq faisait le commentaire suivant au sujet de la situation des chrétiens de sa ville : « Nous sommes confiants dans le Seigneur, disait-il. Il continue de nous murmurer à l’oreille : N’aie pas peur. » N’aie pas peur, même quand la mort semble inévitable, n’aie pas peur même quand tous tes repères te sont enlevés, n’aie pas peur, nous dit Jésus. Car la remise de nos vies entre ses mains nous donne de nous tenir debout en ce monde, malgré les épreuves et les vents contraires. Notre foi en Jésus Christ nous donne de communier à sa puissance de résurrection, alors qu’il nous conduit vers l’autre rive de nos vies.

En terminant, je laisse la parole à une correspondante parvenue au terme de sa vie et qui m’a partagé un jour comment Dieu lui venait en aide. Elle m’a écrit ce qui suit :

Dieu me vient en aide par la foi : Jésus toujours à mes côtés pour me soutenir et me redonner courage quand j’ai envie de baisser les bras.

Dieu me vient en aide par la charité : c’est elle qui me permet de servir et accompagner la fin de vie de mon époux de 86 ans atteint de la maladie d’Alzheimer, avec amour après plus de 56 ans de vie commune.

Enfin, écrit-elle, Dieu me vient en aide par l’espérance : elle me fait espérer l’accueil miséricordieux de ce Dieu plein d’amour auquel je crois, et où nous serons définitivement réunis dans la paix.

Frères et sœurs, comme l’écrivait le biographe Jourdain de Saxe au sujet de saint Dominique dont c’était la fête mardi dernier, nous avons planté l’ancre de notre espérance au ciel avec le Christ, qui seul peut nous mener à bon port, car il est lui le Seigneur, et il tient précieusement nos vies entre ses mains.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Les paroles de Dieu

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« Même si tous les arbres de la terre étaient des calames, si tous les océans étaient de l’encre, alimentés par sept autres océans, les Paroles de Dieu ne pourraient pas être épuisées. »


Abû Zayd cite les passages coraniques 18, 109 et 31, 27 qui mettent l’accent sur le fait que les paroles d’Allah sont infinies et inépuisables, dans BENZINE, Rachid. Les nouveaux penseurs de l’Islam. Albin Michel, 2004 (Format de poche 2008), p. 200.

Fête de la Transfiguration du Seigneur

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9.
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

Voici que l’évangile de la transfiguration nous met à nouveau en présence des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean son frère, en compagnie de l’apôtre Pierre. Rappelez-vous : Jacques et Jean sont les deux apôtres qui font intervenir leur mère auprès de Jésus afin d’être assis l’un à sa gauche et l’autre à sa droite quand il établira son Royaume. Ils étaient bien jeunes et n’avaient pas compris grand chose encore, mais Jésus les prend sous son aile en quelque sorte, les accompagne patiemment et sait reconnaître l’authenticité de leur désir d’œuvrer pour Dieu.

Et voilà qu’il les emmène sur la montagne avec l’apôtre Pierre afin de les introduire au grand mystère de sa personne. Une fois sur place, ils sont témoins de ce que l’évangéliste Matthieu appelle une vision, une expérience mystique que l’on pourrait résumer ainsi : le déjà-là et le pas-encore. Expérience au-delà des mots pour dire l’indicible, le divin, et confirmation spectaculaire de leur foi et confiance en ce Jésus de Nazareth dont le secret ne pourra être révélé qu’après sa résurrection. De toute manière, à ce stade-ci de leur cheminement, ces trois apôtres ne sauraient encore comment parler de ce qu’ils ont vu, ni la force d’en témoigner.

Un commentaire sur cet évangile souligne que l’évènement de la transfiguration de Jésus semble se dérouler dans le contexte de la fête des Tentes en Israël, d’où la suggestion que fait Pierre de dresser trois tentes. Cette fête célèbre les fiançailles de Dieu avec son peuple, elle évoque le séjour d’Israël au désert alors que Dieu l’accompagne vers la terre promise. Elle rappelle son alliance avec lui et sa fidélité, et jusqu’à ce jour, pendant huit jours, les Juifs implorent Dieu de faire venir son règne et d’envoyer le Messie. C’est dans cette dynamique lumineuse de salut que vont entrer les trois apôtres avec Jésus.

Remarquez ce détail tout à fait extraordinaire dans le récit, soit la présence de Moïse et du prophète Élie. Pourquoi sont-ils là ? On s’entend pour dire qu’ils représentent à la fois la Loi et les prophètes, et que par leur présence sur le mont de la Transfiguration c’est tout l’Ancien Testament qui parvient à une étape décisive de sa foi avec la venue du Messie. Mais Moïse et Élie sont aussi deux témoins privilégiés d’une rencontre inoubliable avec Dieu. Pour les deux, cette rencontre se fait sur la montagne de l’Horeb, où Dieu se manifeste à Élie dans la brise légère, alors que Moïse demande à Dieu de lui révéler qui il est. « Dis-moi ton nom », lui demande-t-il en se tenant devant le buisson ardent, « montre-moi ta gloire », demande-t-il alors que Dieu lui remet les Tables de la Loi. Témoins privilégiés d’une rencontre avec Dieu le Père, Moïse et Élie se tiennent maintenant en présence du Fils bien-aimé dont la gloire leur est révélée. Une icône très ancienne de la Transfiguration au monastère Saint-Catherine du Sinaï représente d’ailleurs Moïse déchaussé dans cette scène, tout comme devant le buisson ardent.

Ce récit de la transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre disant avoir été, avec Jacques et Jean, les témoins oculaires du resplendissement de la gloire de Jésus. « Et cette voix venant du ciel, écrira-t-il, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. ».

Maintenant, l’épisode de la transfiguration de Jésus survient après la profession de foi de Pierre alors que ce dernier affirme : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Nous assistons alors à une avancée importante dans la relation d’intimité qui se noue entre eux. C’est dans ce contexte que Jésus va inviter Pierre, Jacques et Jean à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore tenus cachés. Ce qui n’empêchera pas ces trois apôtres par ailleurs d’abandonner Jésus lors de sa passion. Mais la semence est jetée dans leur cœur et ils ne comprendront tout le sens de cette vision extraordinaire qu’après la résurrection de Jésus.

Il est important de souligner que l’évènement de la transfiguration survient aussi après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir. C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile à l’horizon et Pierre s’oppose violemment à l’idée que son maître aille vers la défaite dans une mort abjecte. Les disciples sont bouleversés. Ils ont peur, et c’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui ses trois apôtres et les amène sur la montagne afin de leur redonner confiance et courage, et ainsi les préparer à vivre la passion/résurrection à venir.

Alors que retenir de l’enseignement de ce récit qui est d’une richesse incomparable ? Il est bon de savoir que le récit de la transfiguration de Jésus annonce qu’un jour, après sa résurrection, il sera donné à tous les disciples d’entrer avec lui dans la nuée et de goûter à cette intimité qui se vit entre le Père et le Fils dans la communion de l’Esprit Saint. Et je ne retiendrais donc qu’une phrase pour nous aujourd’hui pour décrire ce que devrait être notre attitude suite à l’audition de ce récit : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici !”

C’est là la réaction de l’apôtre Pierre devant cette vision lumineuse et sa réaction devrait aussi être la nôtre quand nous nous rassemblons sur ce sommet de notre foi qu’est l’eucharistie. Car la lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée, et ainsi la bonne nouvelle de la résurrection a poursuivi sa course jusqu’à nous, comme elle le fait dans les cœurs des disciples depuis deux mille ans, balayant nos peurs, triomphant de la mort elle-même. Voilà la foi qui nous rassemble et qui nous fait dire : “Oui, vraiment Seigneur, il est bon que nous soyons ici ce matin !”

Et c’est ainsi qu’au terme de notre célébration, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de la présence du Christ et de sa force au cœur de nos vies. Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs