Si je n’ai pas l’amour je ne suis rien

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De la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 12, 31 – 13, 13)

Frères,
recherchez avec ardeur les dons les plus grands.
Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.

J’aurais beau parler toutes les langues
des hommes et des anges,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour,
je ne suis qu’un cuivre qui résonne,
une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète,
avoir toute la science des mystères
et toute la connaissance de Dieu,
j’aurais beau avoir toute la foi
jusqu’à transporter les montagnes,
s’il me manque l’amour,
je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,
j’aurais beau me faire brûler vif,
s’il me manque l’amour,
cela ne me sert à rien.

L’amour prend patience ;
l’amour rend service ;
l’amour ne jalouse pas ;
il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
il ne fait rien d’inconvenant ;
il ne cherche pas son intérêt ;
il ne s’emporte pas ;
il n’entretient pas de rancune ;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste,
mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
il supporte tout, il fait confiance en tout,
il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais.

Les prophéties seront dépassées,
le don des langues cessera,
la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle,
nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement,
ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant,
je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant,
je raisonnais comme un enfant.
Maintenant que je suis un homme,
j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.

Nous voyons actuellement de manière confuse,
comme dans un miroir ;
ce jour-là, nous verrons face à face.
Actuellement, ma connaissance est partielle ;
ce jour-là, je connaîtrai parfaitement,
comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui,
c’est la foi, l’espérance et la charité ;
mais la plus grande des trois,
c’est la charité.

COMMENTAIRE

L’hymne à la charité chez saint Paul est l’un des textes les plus connus et les plus beaux du Nouveau Testament ; un texte que même des non-croyants connaissent et qui est lu parfois lors de mariages civils, là où la dimension religieuse est habituellement absente. Bien sûr ce texte se prête à tous les amalgames sans qu’on n’en saisisse toujours les exigences ou la portée.

Car pour saint Paul l’amour est plus qu’une vertu, c’est une force, c’est la force vivifiante de l’Esprit Saint qui nous entraine vers l’avenir tout en nous appelant à édifier dès maintenant la cité où nous avons la responsabilité les uns des autres. C’est pourquoi l’amour ne peut se contenter du paraître, des artifices ou de la superficialité des sentiments; de plus, il ne supporte ni la haine, la rancœur, la jalousie, l’orgueil ou l’injustice. Et c’est avec des formules-chocs, telle « j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transformer les montagnes », que Paul peut affirmer sans hésitation que « s’il me manque l’amour je ne suis rien. »

Pourtant, après avoir souligné avec force l’importance de l’amour, Paul prend bien peu de mots pour le décrire. Il énonce tout simplement que l’amour est vrai, il est juste, il prend patience, il supporte tout, il fait confiance en tout et il endure tout. Voilà! Tout est dit.

L’amour pour Paul, c’est aller au bout de soi, au bout du don de soi-même, ce qui parfois nous paraît tellement difficile, surtout quand nous ne comptons que sur nous-mêmes et oublions que Dieu est la source de tout amour. Etty Hillesum, une jeune juive morte à Auschwitz à l’âge de 29 ans, notait dans son journal : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. »

« Le remettre au jour », dit-elle, car l’amour a été répandu dans nos cœurs, nous dit saint Paul, il habite au plus profond de nous, car l’amour est la nourriture de l’âme et c’est lui qui fait croire et agir selon le cœur de Dieu. Alors, il nous faut sans cesse le remettre au jour. C’est pourquoi saint Paul rappelle aux Corinthiens que les charismes et les dons ne sont rien sans l’amour, car l’Église ne saurait s’édifier sans être pétrie de cet amour qui vient de Dieu et qui nous a été manifesté en Jésus Christ. Cela vaut pour notre communauté chrétienne ainsi que notre communauté dominicaine.

Frères et sœurs, ce petit joyau paulinien qu’est l’hymne à la charité vient raviver notre espérance ce matin, car il nous rappelle que cet amour qui ne passera jamais et qui sera notre demeure pour l’éternité, cet amour c’est l’Esprit de Dieu versé en nos cœurs, et telle une source d’eau vive, on ne se lassera jamais de venir y boire si nous sommes fidèles à celui qui nous a appelés. Amen.

Fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicains. Ordre des prêcheurs

 

 

Homélie pour le 24e Dimanche T.O. (B)

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SE LAISSER SURPRENDRE PAR DIEU

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 8,27-35. 
En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

COMMENTAIRE

Un jour, une personne m’a demandé ce que les chrétiens faisaient de si exceptionnel? J’avais répondu qu’ils essayaient tout simplement d’assumer le sérieux de leurs vies à la lumière de leur foi en Dieu. L’évangile d’aujourd’hui vient nous rappeler que c’est là une chose exigeante, car être chrétien ce n’est ni une fuite hors du monde, ni une voie de facilité.

Être chrétien, c’est aussi exigeant qu’être un bon père, une bonne mère de famille pour ses enfants. C’est aussi exigeant que d’entourer de soins et de prévenance un proche, ses vieux parents ou un ami malade. C’est aussi exigeant que d’engager sa vie dans la lutte pour la justice, pour les pauvres, pour les blessés de la vie. C’est aussi exigeant que d’avoir le souci de cette planète et de ses ressources. En somme, être chrétien, c’est assumer pleinement cette vie qui est la nôtre. C’est être bon et fidèle, pacifique et miséricordieux, charitable et honnête. C’est se faire le prochain de ceux et celles qui ont besoin de nous, c’est accepter de donner de soi-même, et ce parfois, jusqu’au don de sa vie.

C’est à cet achèvement de nos vies que Dieu nous appelle en son Fils, lui qui nous donne la force de nous réaliser en tant qu’enfants de Dieu. La foi est une grâce, un don, mais c’est une grâce qui coûte. C’est ce que l’apôtre Pierre n’a pas encore saisi quand Jésus lui parle de sa passion à venir, et du don qu’il fera de lui-même jusqu’à donner sa vie. Il est facile de proclamer sa foi bien haut et fort, mais la vivre jusqu’au bout, cela fait appel à un courage et à une lucidité que seul Dieu peut nous donner.

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, dit Jésus, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Cette suite du Christ peut prendre bien des formes dans notre quotidien, mais elle nous demande toujours d’être à l’écoute des signes des temps et des événements. Voici une expérience personnelle que j’aimerais vous partager.

Alors que j’étais responsable d’une troupe de théâtre multidisciplinaire au service de pastorale de l’Université de Montréal, une troupe composée de cinquante à soixante-quinze étudiants selon les années, nous avions créé une pièce qui abordait la problématique des réfugiés illégaux au Canada. C’était le choix des étudiants. La pièce mettait en scène un groupe de jeunes en excursion qui faisaient la rencontre en forêt d’un jeune couple d’Amérique centrale en fuite, cherchant refuge dans notre pays.

La préparation de cette pièce nous avait amenés à méditer l’enseignement de Jésus qui dit à ses disciples : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». Nous ne nous doutions pas alors jusqu’où cette parole de Jésus nous entraînerait.

Pendant la semaine où nous présentions notre spectacle, les médias parlaient abondamment du cas d’une famille de réfugiés somaliens à Montréal, qui avait été refoulée par notre gouvernement fédéral vers Plattsburgh, et qui était condamnée à être déportée par le gouvernement des États-Unis vers la Somalie, là où la guerre sévissait.

Notre spectacle était des plus actuel et il connut un bon succès. Tous les membres de la troupe semblaient satisfaits, sauf une comédienne qui demanda à me voir le lendemain de notre dernière représentation. C’était une jeune juive qui s’appelait Esther. Elle se planta bien droit devant moi et me dit d’un ton assuré : « C’est bien de présenter une pièce sur le drame des réfugiés, mais une famille somalienne, du nom de Guelhes, vient d’être déportée aux États-Unis. Tout le monde en parle. Est-ce que notre troupe a l’intention de faire quelque chose après la pièce de théâtre que nous venons de présenter? »

La famille Guelhes, c’était une jeune somalienne de 21 ans, avec ses deux frères de quatorze et douze ans, qui se retrouvaient complètement laissés à eux-mêmes à la frontière de notre pays. Esther avait raison, il fallait faire quelque chose. Nous nous sommes donc entendus pour réunir les membres de la troupe, et les étudiants acceptèrent avec enthousiasme le défi qu’Esther nous proposait.

Nous avons entrepris une campagne en faveur des Guelhes, sensibilisant familles et amis, approchant des politiciens, les médias, les professeurs de l’école que fréquentaient les deux plus jeunes Somaliens. Nous avons organisé des manifestations, sensibilisé les communautés chrétiennes à la sortie des églises le dimanche, nous avons fait circuler une pétition à l’université. Deux mois plus tard, le gouvernement provincial nous annonçait qu’il donnait enfin son accord et qu’il était prêt à donner le statut d’immigrants reçus aux Guelhes!

Je partis aussitôt pour Plattsburgh afin d’aller les chercher et les amener au consulat canadien de New York afin d’obtenir leurs visas. Trois jours plus tard, nous étions de retour à la frontière canadienne où nous attendaient Esther, une meute de journalistes, ainsi que plusieurs membres de la troupe. Ce soir-là, nous avons fêté cette victoire inespérée, à travers laquelle notre pièce de théâtre trouvait en quelque sorte son véritable dénouement : une victoire où l’évangile nous avait entraînés beaucoup plus loin que nous ne l’aurions imaginé au moment de monter cette pièce : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli. »

Esther nous avait rappelé cette sagesse fondamentale, et dont j’aime bien l’expression anglaise : « To walk the walk, and talk the talk! » Que l’on peut traduire par une expression populaire chez les jeunes d’ici : « Que les bottines suivent les babines ». Ou encore, pour employer un langage un peu plus châtié : De la nécessité d’être congruent avec soi-même.

C’est l’apôtre saint Jacques dans sa lettre qui écrit: « Si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? » C’est dans cette dynamique que nous avons été entraînés au printemps de 1991, alors qu’une jeune juive, un groupe de chrétiens et trois jeunes musulmans vivaient ensemble une page d’évangile.

Et c’est ainsi que la suite du Christ nous entraîne sans cesse sur des chemins de traverse à la fois surprenants et inattendus, où nous faisons l’expérience que l’exigence de l’évangile c’est parfois accepter de se laisser surprendre par Dieu.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 23e Dimanche T.O. (B)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 31-37)

En ce temps-là,
Jésus quitta le territoire de Tyr ;
passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée
et alla en plein territoire de la Décapole.
Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler,
et supplient Jésus de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule,
lui mit les doigts dans les oreilles,
et, avec sa salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel,
il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ;
sa langue se délia,
et il parlait correctement.
Alors Jésus leur ordonna
de n’en rien dire à personne ;
mais plus il leur donnait cet ordre,
plus ceux-ci le proclamaient.
Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses :
il fait entendre les sourds et parler les muets. »

 

COMMENTAIRE

Effata! Ouvre-toi! N’est-ce pas là l’invitation que l’Esprit du Seigneur proclame sans cesse au monde et àson Église ? Effata! Ouvre-toi! Mais s’ouvrir à quoi? Mais à l’accueil de Dieu et son action au coeur de nos vies!

Le prophète Isaïe compare le salut de Dieu à des actions de guérison où le boiteux marche, l’aveugle voit, le sourd entend, le muet parle. Ou encore, ce salut est comparé à la pluie bienfaisante qui tombe du ciel, là oùil y a sécheresse; à des eaux jaillissantes, làoù il y a la soif. Ces promesses de salut trouvent leur accomplissement non seulement dans les miracles de Jésus, mais surtout en sa personne, dans le don qu’il nous fait de lui-même.

Le récit de guérison du sourd-muet est très évocateur. Nous avons ici un récit tout en nuances, empreint d’une grande délicatesse, où Jésus prend à part un sourd-muet, un homme emmuré dans son humanité blessée. Jésus l’entraîne dans l’intimité d’un face à face oùs’opère une oeuvre de recréation. Tout comme dans le récit de la Genèse, où Dieu se penche sur Adam pour le tirer de la glaise, Jésus se penche sur le sourd-muet. Il prend sa tête entre ses mains, signe de bénédiction, il le marque de sa salive, c’est-à-dire du sceau de son humanité, lui qui est la Sagesse de Dieu. Il lui touche l’oreille, comme s’il lui confiait le grand secret de l’amour de Dieu pour lui et, tout comme Dieu le fit pour Adam, Jésus ramène cet homme au monde des vivants en soufflant sur lui.

En cet homme nous voyons l’humanité qui attend son heure de délivrance et qui accueille la puissance de résurrection du Christ, qui n’est pas seulement une promesse pour l’avenir, mais un dynamisme de vie à l’oeuvre dès à présent, afin que nous soyons nous aussi à pied d’oeuvre avec Dieu au coeur de cette humanité qui souffre.

Effata! Ouvre-toi! Cette injonction de Jésus s’adresse à nous en tant que porteurs de la miséricorde de Dieu. Ouvre-toi à mon coeur de miséricorde, nous dit le Seigneur, car mon coeur est capable de transformer le tien et  faire de toi le gardien de tes frères et de tes soeurs qui frappent à ta porte. Car l’égoïsme est une pente sur laquelle il nous est trop facile de glisser, nous repliant sur nos petits bonheurs tranquilles, nos possessions, nos sécurités. La nature humaine est ainsi faite, mais rendons grâce àDieu, car c’est cette dureté de coeur que le Seigneur vient faire éclater.

Qui d’entre nous n’a pas vécu dans sa vie un moment de détresse ou d’impuissance, le besoin d’être secouru ou entendu? Alors, si tu es un disciple du Christ : Effata! Ouvre-toi! Ouvre-toi à tous ceux et celles dont le Seigneur a toujours eu pitié. Dans l’Ancien Testament l’on parle de la veuve et de l’orphelin, de l’étranger, du pauvre, des opprimés, des enchaînés, des accablés. Ce cortège de misère humaine est toujours le même, quelles que soient les époques.

Voyez la grave crise humanitaire que traverse le Moyen-Orient. Si ce flot de réfugiés se trouvait à nos portes, comment réagirions-nous? Ou demandons-nous plutôt : qu’est-ce que Dieu attend de nous? Comme le souligne avec justesse le Pape François, parfois « nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se tiennentà une prudente distance des plaies du Seigneur.[1]» C’est pourquoi nous aussi nous avons besoin d’entendre la parole de guérison du Christ : « Effata! Ouvre-toi ».

Lors d’un repas avec mes frères dominicains où nous discutions de la situation en Méditerranée, l’un d’eux émit le commentaire suivant : « Il ne reste plus que la prière ! » Ce constat donne sans doute la mesure de notre sentiment d’impuissance devant la crise actuelle, mais il nous rappelle aussi notre responsabilité première en tant que disciple du Christ.

Il nous faut prier, prier comme si tout dépendait de Dieu, mais agir aussi comme si tout dépendait de nous.

La prière agit comme un levier dans notre monde et Jésus nous assure qu’elle est capable de soulever les obstacles les plus lourds et les plus insurmontables. Mais elle a aussi ce pouvoir de nous mettre en marche, de nous donner d’entendre le cri d’une humanité emmurée dans sa misère.

Bien des chrétiens et des chrétiennes se demandent quoi faire devant les crises qui sans cesse frappent notre pauvre monde. Tout d’abord il est important de croire en la puissance de la prière. Nous devons nous tenir en présence de Dieu et prier :

  • Prier pour les pays en guerre.
  • Prier pour les belligérants de tous côté
  • Prier pour les populations victimes de la guerre.
  • Prier pour les responsables politiques.
  • Prier pour les personnes et les organismes qui viennent en aide aux réfugié

Mais il nous faut aussi nous tenir en présence de Dieu et agir.

Il nous faut mobiliser nos Églises et nos communautés chrétiennes en faveur des réfugiés, des plus pauvres, des plus démunis, afin de ne pas célébrer notre foi au Christ Ressuscité les bras croisés, ayant toujours en mémoire ces paroles inoubliables de Jésus :

« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir »(Mt 25, 35-36).

Frères et soeurs, voilà la mesure de l’action évangélique à laquelle nous sommes appelés.

[1](Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 270).


Fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 22e Dimanche T.O. (B)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)

En ce temps-là,
les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem,
se réunissent auprès de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas
avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs,
se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,
par attachement à la tradition des anciens ;
et au retour du marché,
ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau,
et ils sont attachés encore par tradition
à beaucoup d’autres pratiques :
lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :
« Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas
la tradition des anciens ?
Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit :
« Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites,
ainsi qu’il est écrit :
Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;
les doctrines qu’ils enseignent
ne sont que des préceptes humains.
Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu,
pour vous attacher à la tradition des hommes. »

Appelant de nouveau la foule, il lui disait :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme
et qui entre en lui
ne peut le rendre impur.
Mais ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui rend l’homme impur. »

Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule :
« C’est du dedans, du cœur de l’homme,
que sortent les pensées perverses :
inconduites, vols, meurtres,
adultères, cupidités, méchancetés,
fraude, débauche, envie,
diffamation, orgueil et démesure.
Tout ce mal vient du dedans,
et rend l’homme impur. »

COMMENTAIRE

Jésus nous rappelle le fondement de toute vie spirituelle en reprenant les paroles d’Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » Jésus nous invite à regarder en nous-mêmes, à bien examiner les forces qui sont à l’œuvre en nous et qui parfois nous entraînent loin de Dieu et loin de nous-mêmes.

Pourtant, les textes de la Parole de Dieu en ce dimanche sont unanimes pour nous rappeler combien Dieu est proche de nous. Il ne s’éloigne jamais de nous. Dans notre première lecture, Moïse en fait le rappel au peuple hébreu en lui disant : « Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? » Au psaume, nous affirmons cette vérité avec ce répons où nous disons : « Tu es proche, Seigneur; fais-nous vivre avec toi. » Dans la deuxième lecture, c’est l’apôtre saint Jacques qui nous fait l’invitation suivante : « Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. » La Parole de Dieu habite en nous et elle est agissante, elle est vivante!

Quant à Jésus, il identifie clairement dans l’évangile le lieu où réside la source du mal qui nous éloigne de Dieu. Il affirme que c’est ce qui sort du cœur de l’homme qui le rend impur, qui le sépare de Dieu, et il illustre sans complaisance comment le mal se démultiplie et prospère dans le monde : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Toutes ces actions, pensées ou attitudes nous rendent complices du mal et nous rendent impurs, nous dit Jésus. Mais alors, qui donc peut être sauvé ? La réponse de la Parole de Dieu en ce dimanche est très claire à ce sujet : en nous attachant fermement à Dieu, et en vivant selon ses commandements.

C’est ce que Jésus vient nous aider à réaliser en nos vies. Il est l’ami fidèle capable d’ouvrir nos cœurs fermés, capable d’effacer la haine et le ressentiment en nous, capable de nous libérer des pulsions qui nous habitent et qui parfois nous obsèdent. Car il est lui cette Parole de Dieu semée en nos cœurs, dont parle saint Jacques, et il a le pouvoir de nous purifier et de renouveler nos vies.

Par ailleurs, le Seigneur Jésus ne vient pas simplement nous indiquer un but à atteindre dans notre vie spirituelle, il nous propose une voie sur laquelle il nous invite à marcher avec lui, lui qui EST le CHEMIN. Cette voie est une voie de MISÉRICORDE, qui prend sa source dans la miséricorde de Dieu pour nous. Jésus nous invite et nous fait participer à la miséricorde de Dieu, lui qui prend le risque, en nous confiant son Fils, de remettre son amour entre nos mains.

L’expérience que nous faisons de la miséricorde du Christ convertit notre indifférence à la misère humaine autour de nous, attendrit notre cœur et nous entraîne à aimer comme lui, afin que nos cœurs soient toujours cette demeure privilégiée de Dieu où son amour prolonge son action. L’Esprit Saint n’est pas chiche et il déploie ses dons avec générosité, partout sur la terre, chez tous ceux et celles dont le cœur reconnaît qu’il est fait pour aimer, que c’est là sa véritable vocation.

En voici un exemple il me semble, en ces temps difficiles et de violences; une histoire qui s’entend comme une parabole évangélique et qui met en scène des chrétiens et des musulmans. C’est le Père Michel Morlet, prêtre et médecin, qui raconte ce qui suit alors qu’il était en Éthiopie auprès des lépreux :

« C’était dans les débuts de mon arrivée à Gambo, où il y a un petit village où l’on garde les lépreux trop mutilés pour retourner chez eux. Ils reçoivent un peu de nourriture chaque jour et ils complètent avec leur jardin et leurs poules. Ils vivent pauvrement et ne mangent de la viande qu’aux grandes fêtes, soit musulmanes, soit chrétiennes. À Noël et à Pâques, on donnait une vache aux chrétiens. La même chose pour les musulmans à la fin du ramadan ou à la naissance du Prophète. Ils ne peuvent pas manger ensemble. Or vers la fin du ramadan, Mohamed, un musulman du village, accompagné des anciens, vint voir le Père italien chargé de la mission. Ce dernier lui demanda : “Tu viens déjà chercher ta vache ?” Mohamed lui répondit : “Non, on a discuté tous ensemble au village. Mes enfants vont rire et manger de la viande pendant que les enfants des chrétiens pleureront parce qu’ils n’en ont pas; alors qu’à Noël c’est le contraire. Comme on est tous les enfants du même Dieu, désormais, tu donneras à chaque fête. Tu nous donneras seulement un mouton. Comme cela, tu pourras pour le même prix en payer un autre aux chrétiens. Ainsi nos enfants riront et mangeront de la viande en même temps. ” (1)

Cette histoire est une histoire prophétique pour notre temps, qui vient nous rappeler combien “Dieu est une rencontre que chacun doit faire en soi ” (2), car lui seul à ce pouvoir de nous rendre meilleurs, bons comme le Christ. Et c’est pourquoi de ce même cœur de l’homme, capable des pires atrocités, Dieu a voulu faire sa demeure d’où jailliraient les fruits de l’Esprit Saint qui sont : charité, joie, paix, bienveillance, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi. Aucune richesse n’est comparable à ces dons en cette vie, car ils nous ouvrent au véritable bonheur.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


 

  • [1]Annales, n. 301, février 1988. pp. 41-42. Dans Cahiers Saint-Dominique. Numéro 319, juin 2015. Article Qui nous fera voir le bonheur? de Soeur Marie-Isabelle Rioux, o.p. pp. 39-43.
  • [2]Zundel, Maurice, L’évangile intérieur, Saint-Augustin, 1997. p. 23