Homélie pour lundi le 29 juin,. 13e semaine T.O.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16, 13-19

En ce temps-là,
Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe,
demandait à ses disciples :
« Au dire des gens,
qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent :
« Pour les uns, Jean le Baptiste ;
pour d’autres, Élie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda :
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit :
« Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela,
mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon Église ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux :
tout ce que tu auras lié sur la terre
sera lié dans les cieux,
et tout ce que tu auras délié sur la terre
sera délié dans les cieux. »

COMMENTAIRE

Elle est quand même extraordinaire la question que Jésus pose à ses apôtres : « Qui suis-je au dire des gens ? » Cette question est unique dans l’histoire de la Bible. Aucun prophète, aucun des patriarches ne l’a posé avant Jésus. Pourquoi alors cette question ? Un rabbin juif va nous éclairer à ce sujet. 

Il y a quelques années, Jacob Neusner a écrit un livre intitulé : « Un rabbin parle avec Jésus ». On dit de cet homme qu’il était le théologien juif préféré du pape Benoît XVI, un rabbin avec lequel il a eu plusieurs échanges alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.  

Dans son livre, Jacob Neusner amorce un dialogue avec Jésus à partir de l’évangile de Matthieu, sans doute l’évangile ayant le plus d’affinité avec le judaïsme, car la communauté de Matthieu était surtout composée de Juifs convertis au christianisme. 

Dans son récit, Jacob Neusner se place au cœur de la foule entourant Jésus à l’occasion de son sermon sur la montagne. Il commente alors l’enseignement de Jésus. Il réagit à ses affirmations et cherche à montrer comment un Juif fidèle à sa foi pouvait entendre les enseignements de Jésus. D’une part, il est assez élogieux à l’égard de Jésus. Il le compare à un maître qui sait tirer du neuf de l’ancien, qui élargit les perspectives de la Torah, qui élargit la haie protectrice qui l’entoure par ses enseignements, ce que tout sage en Israël est appelé à faire.

Mais là où ce rabbin s’oppose, ce n’est pas tant à cause des enseignements de Jésus ou de sa sagesse, mais parce qu’il se place au centre de son enseignement, il en est le cœur. 

Il parle même avec autorité, une autorité qui semble surpasser celle de Moïse lorsqu’il dit, par exemple, en citant la loi mosaïque : « Et moi, je vous dis… » C’est là où ce rabbin décide de s’éloigner de la foule aux pieds de Jésus, car l’autorité dont il s’arroge est inacceptable pour un Juif fidèle à la Loi. 

Notre rabbin demandera aux disciples de Jésus qui l’entourent : « Votre maître est-il Dieu pour parler ainsi ? » Et nous, nous ne pouvons que répondre avec l’apôtre Pierre, ce qui est au coeur de notre foi : « Oui, il est le Messie, le fils de Dieu ! »

En guise d’explication nous pourrions dire à ce rabbin que notre foi ne fait pas que s’attacher aux commandements de Dieu ou encore à la révélation qu’Il fait de lui-même dans l’Ancien Testament. Notre foi, se fonde avant tout sur celle des Apôtres, qui nous donne de reconnaître cette chose incroyable : que l’Absolu s’est incarné dans notre histoire humaine, et qu’Il a pris un visage, celui de Jésus Christ ! Ou encore, comme l’écrivait le théologien Karl Rahner : « Dieu nous a livré sa dernière et sa plus belle parole en son fils Jésus » Telle est notre foi! 

D’ailleurs, frères et sœurs, tous nos rassemblements en Église, et tout particulièrement l’eucharistie, sont le témoignage vivant et indéfectible de cette réalité qui donne sens à notre foi et marque profondément nos vies d’hommes et de femmes.

C’est donc avec cette ferme assurance que nous sommes invités à marcher avec le Christ à la suite des Apôtres Pierre et Paul, sans cesse invités à faire nôtre la réponse de Pierre à la question de Jésus : « Et toi qui dis-tu que je suis. Qui suis-je pour toi ? » Et à nous de répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Fr. Yves Bériault, o.p. Dominicain

Homélie pour le 13e dimanche T.O.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 37-41

En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
    « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
n’est pas digne de moi ;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
n’est pas digne de moi ;
    celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
n’est pas digne de moi.
    Qui a trouvé sa vie
la perdra ;
qui a perdu sa vie à cause de moi
la gardera.
    Qui vous accueille
m’accueille ;
et qui m’accueille
accueille Celui qui m’a envoyé.
    Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
recevra une récompense de prophète ;
qui accueille un homme juste en sa qualité de juste
recevra une récompense de juste.
    Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

COMMENTAIRE

L’Évangile de ce dimanche fait partie de ces passages difficiles que nous propose le Nouveau Testament quand Jésus dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » Comment concilier la tendresse de Dieu et la dureté apparente de cet évangile ?

Jésus n’est-il pas le porte-parole et l’expression même du souci de Dieu pour les petits, les pauvres ? N’est-ce pas lui qui souligne l’importance ailleurs dans les évangiles de venir en aide à ses parents, qui affirme qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ? Comment concilier cette bonté de Jésus avec un texte qui semble évoquer un certain sectarisme, où nous serions invités à nous couper du monde ? C’est là bien sûr un premier niveau de lecture que pourrait faire une personne qui ne connaît pas bien les évangiles.

Pour concilier ces contradictions apparentes, nous avons besoin de comprendre ce que cela veut dire marcher à la suite du Christ. En dépit des paroles-chocs de Jésus, nous le savons, cette suite est libératrice et le passage d’aujourd’hui est extrêmement révélateur en ce qu’il nous dit au sujet de notre vie chrétienne. Elle implique des choix, des renoncements, et un attachement indéfectible à la personne de Jésus et de son évangile.

Un jour, j’ai vu dans un magazine une photo extraordinaire qui date de 1936. Elle a été prise à Berlin à la veille de la dernière guerre mondiale. On y voit une grande foule qui accueille Adolph Hitler et qui fait le salut nazi, le salut au chef ! Au milieu de cette foule, il y a un homme qui se tient debout les bras croisés. C’est le seul que l’on voit ainsi, alors que tout autour de lui les bras sont tous levés bien haut pour acclamer Hitler. Cet homme seul dans la foule a une mine très résolue, le visage défiant, et l’on devine qu’il s’agit d’une personne courageuse, prenant un risque énorme par sa non-conformité. J’ai vu dans l’image de cet homme une belle analogie avec notre suite du Christ.

Le disciple du Christ est appelé à marcher sur les mêmes routes que son Maître. Son engagement en ce monde au nom de l’évangile est fait de risques, d’audace et de courage. Son combat est souvent solitaire, et il doit être prêt à y engager toute sa vie comme son maître. Même seuls au cœur de la masse humaine, nous sommes appelés à nous ouvrir sans cesse au désir de Dieu sur nous, comme Jésus lui-même en a donné l’exemple. Le véritable bonheur est à ce prix, mais il est souvent fait de luttes, de renoncements et de refus, même lorsque des proches, des intimes cherchent à nous entraîner sur d’autres chemins que celui de l’évangile. D’où la première place qu’il nous faut accorder au Christ dans nos vies,

Jésus, aujourd’hui, nous parle de radicalisme, et, pourtant, il était loin d’être un révolutionnaire violent et anarchiste. Certains l’appelaient un prophète, ce qu’il était certainement. Mais pour nous, chrétiens, il est avant tout le Fils de Dieu, qui connait si bien le cœur de l’Homme. Et il est venu nous dire que le plus grand combat qui se livre en ce monde est un combat pour l’amour. Il est venu s’engager au cœur de cette lutte que nous menons, nous invitant à le suivre et à aimer comme lui.

Alors, comment concilier cet amour de Jésus avec l’amour de nos proches ? Tout d’abord, il est important de souligner qu’il n’y a aucune contradiction entre ces deux amours, puisqu’ils n’en forment qu’un seul, mais l’un de ces deux amours a préséance sur l’autre, car c’est en demeurant dans l’amour de Dieu que nous apprenons à aimer le prochain en vérité. Et cette vérité de l’amour nous oblige parfois à reprendre le prochain quand ses paroles ou ses actions sont en contradiction avec l’évangile. C’est en ce sens que l’amour de Dieu l’emporte sur l’autre. N’est-ce pas cette logique que vivent les parents lorsqu’ils corrigent leurs enfants qui se montrent égoïstes, violents ou rancuniers. Leur amour pour leurs enfants n’a de sens que s’ils leur apprennent à devenir de véritables adultes. Et il en serait autrement dans notre rapport les uns avec les autres, alors que nous sommes tous et toutes appelés à grandir et à nous épanouir en tant qu’enfants de Dieu ?

Frères et sœurs, l’évangile de ce dimanche nous rappelle que c’est en aimant Jésus le premier que l’amour sera toujours le premier servi dans nos vies, et qu’il pourra alors se déployer tout autour de nous en nous mettant au service les uns des autres, nous donnant d’aimer davantage, mais en vérité, père, mère, fils et fille, époux et épouse, au nom même de cet amour qui a sa source en Dieu.

Yves Bériault, o.p. Dominicain

Homélie pour samedi le 27 juin 2026. 12e semaine T.O.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8, 5-17

    En ce temps-là,
    comme Jésus était entré à Capharnaüm,
un centurion s’approcha de lui et le supplia :
    « Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé,
et il souffre terriblement. »
    Jésus lui dit :
« Je vais aller moi-même le guérir. »
    Le centurion reprit :
« Seigneur, je ne suis pas digne
que tu entres sous mon toit,
mais dis seulement une parole
et mon serviteur sera guéri.
    Moi-même qui suis soumis à une autorité,
j’ai des soldats sous mes ordres ;
à l’un, je dis : “Va”, et il va ;
à un autre : “Viens”, et il vient,
et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. »
    À ces mots, Jésus fut dans l’admiration
et dit à ceux qui le suivaient :
« Amen, je vous le déclare,
chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi.
    Aussi je vous le dis :
Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident
et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob
au festin du royaume des Cieux,
    mais les fils du Royaume seront jetés
dans les ténèbres du dehors ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
    Et Jésus dit au centurion :
« Rentre chez toi,
que tout se passe pour toi selon ta foi. »
Et, à l’heure même, le serviteur fut guéri.

    Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison,
il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre.
    Il lui toucha la main,
et la fièvre la quitta.
Elle se leva,
et elle le servait.

    Le soir venu, on présenta à Jésus beaucoup de possédés.
D’une parole, il expulsa les esprits
et, tous ceux qui étaient atteints d’un mal, il les guérit,
    pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
Il a pris nos souffrances,
il a porté nos maladies.

COMMENTAIRE

Frères et sœurs, vous conviendrez avec moi que la foi de ce centurion est véritablement remarquable. Ce qui nous surprend d’abord, c’est qu’un officier de l’armée romaine, probablement païen, manifeste une confiance en Jésus aussi profonde. C’est pourquoi Jésus déclare avec admiration : « Amen, je vous le dis, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. » Par cette affirmation, Jésus laisse déjà entrevoir que sa mission ne se limitera pas au peuple d’Israël. La foi de ce centurion annonce l’ouverture du salut à toutes les nations.

Mais comment ce centurion connaissait-il Jésus ? Il faut savoir que Capharnaüm était le principal centre du ministère de Jésus en Galilée. C’est en Galilée que sa réputation s’était rapidement répandue à la suite de son enseignement et de ses nombreux miracles. Et Jésus séjournait fréquemment à Capharnaüm, notamment dans la maison de l’apôtre Pierre. Il est donc tout à fait vraisemblable que le centurion ait entendu parler de lui, voire qu’il l’ait déjà vu à l’œuvre.

De plus, nous lisons chez l’évangéliste Luc que les anciens des Juifs disaient de ce centurion qu’il aimait la nation juive et qu’il avait même contribué à la construction de leur synagogue. Cela suggère donc un homme ouvert à la foi d’Israël, et qui avait sans doute compris dans son cœur que ce Jésus ne pouvait venir que de Dieu.

Encore une fois, ce récit met en évidence ceux et celles que l’on peut appeler les anonymes de l’Évangile. Des hommes et des femmes qui n’apparaissent qu’une seule fois à l’occasion d’une rencontre décisive avec le Christ, et dont les noms nous sont habituellement inconnus.

Ces anonymes ont tous et toutes fait l’expérience, à leur manière, de la sollicitude et de la compassion de Jésus, et sont ressortis de cette rencontre marqués à jamais. Qu’il s’agisse de la Syro-Phénicienne, de l’aveugle-né, de la veuve de Naïm, de la Samaritaine au puits, du lépreux qui ne demande qu’à être purifié, de la femme hémorroïsse guérie de ses pertes de sang, ou encore du centurion cherchant à tout prix à sauver son enfant.

Tous ont vécu une rencontre transformatrice avec le Christ, mais on ignore la suite de leur histoire. Toutefois, dans la finale de l’évangile de ce matin, soit la guérison de la belle-mère de Pierre, Mathieu semble nous livrer une clé de lecture afin de nous aider à comprendre ce qui survient dans la vie de ceux et celles qui rencontrent le Christ en vérité.

De prime abord, la guérison de la belle-mère de Pierre semble superflue dans ce récit, c’est comme une note de bas de page, un ajout sans réelle portée avec ce qui précède.

Pourtant, contrairement aux évangélistes Marc et Luc, qui racontent cette même guérison de la belle-mère de Pierre, Mathieu prend une tout autre approche avec son récit et il y a vraiment une visée théologique chez lui en ajoutant ce petit épisode à l’histoire du centurion. Car chez Mathieu, quand il est dit de la belle-mère de Pierre qu’elle se leva, il est le seul des trois évangélistes à employer le verbe qui est utilisé pour désigner la résurrection de Jésus : elle se leva, nous dit Mathieu, elle se tint debout, tout comme le Christ se tint debout le matin de Pâques. C’est le même verbe employé.

Une autre particularité dans le récit de Mathieu, la belle-mère de Pierre, une fois guérie, elle se lève, mais non pas pour servir tout l’équipage qui accompagne Jésus, comme chez les deux autres évangélistes, mais elle se lève uniquement pour le servir lui. Matthieu veut nous faire comprendre quelque chose d’essentiel ici : celui que le Christ touche dans son cœur et dans son corps découvre désormais que sa vie est entièrement tournée vers lui dans une vie de service.

Frères et sœurs, nous ne savons pas comment la vie de ce centurion a pu être transformée après la guérison de son enfant et quelle direction elle a prise, ni celle de la belle-mère de Pierre. Nous ignorons même leur nom, mais le Christ connaît le nôtre. Et s’il nous relève aujourd’hui par sa parole et sa présence à nos vies, c’est pour que, nous aussi, nous nous mettions à son service, comme tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi. Amen.

Fr. Yves Bériault, o.p. Dominicain

Homélie pour le 12e dimanche T.O. (A)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 26-33

    En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
    « Ne craignez pas les hommes ;
rien n’est voilé qui ne sera dévoilé,
rien n’est caché qui ne sera connu.
    Ce que je vous dis dans les ténèbres,
dites-le en pleine lumière ;
ce que vous entendez au creux de l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
    Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
sans pouvoir tuer l’âme ;
craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne
l’âme aussi bien que le corps.
    Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ?
Or, pas un seul ne tombe à terre
sans que votre Père le veuille.
    Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
    Soyez donc sans crainte :
vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
    Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes,
moi aussi je me déclarerai pour lui
devant mon Père qui est aux cieux.
    Mais celui qui me reniera devant les hommes,
moi aussi je le renierai
devant mon Père qui est aux cieux. »

COMMENTAIRE

Pendant l’été, beaucoup de personnes s’arrêtent pour visiter notre église Saint-Dominique de Québec. Alors que j’y étais vicaire, j’ai fait ici la rencontre un jour de semaine d’une dame avec sa petite-fille âgée de huit ans. Elles sont entrées dans l’église, et après avoir fait leur génuflexion, elles se sont tout d’abord dirigées vers le bénitier. Après avoir chuchoté une explication à sa petite-fille, la dame s’est signée avec l’eau bénite, invitant la petite à faire comme elle. Elles se sont ensuite dirigées vers l’autel de la Vierge, où elles ont allumé ensemble un lampion pour ensuite aller s’agenouiller quelques minutes. Elles ont ensuite quitté l’église en silence main dans la main. Cette scène m’a beaucoup interpellée en prévision de cette méditation sur l’évangile de ce dimanche, où Jésus invite ses disciples à ne pas avoir peur de témoigner, leur confiant les paroles suivantes :

Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi, je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.

Jésus nous invite à nous déclarer pour lui devant les hommes, à agir de telle manière que l’on sache que nous sommes du Christ, que nous croyons en lui. C’est ce témoignage que cette inconnue avec sa petite fille a laissé dans cette église. Mais cette invitation à se déclarer pour le Christ fait naître en moi les questions suivantes : de quoi voulons-nous témoigner au juste quand nous parlons de notre foi en Jésus Christ, quand nous nous disons chrétiens et chrétiennes ?  Pourquoi souhaitons-nous que davantage de personnes nous rejoignent ici dans cette église pour célébrer avec nous notre foi ? Pourquoi des parents et des grands-parents se désolent-ils que leurs enfants et leurs petits-enfants soient indifférents à la question de Dieu ? Après tout, on n’en fait pas une maladie si des proches ne partagent pas notre amour pour la musique classique ou l’opéra, le bridge ou la cuisine asiatique. Mais la foi en Jésus Christ, c’est bien autre chose, nous le savons bien.

Quand Jésus nous invite à nous déclarer pour lui devant les hommes, nous touchons ici à quelque chose de fondamental dans nos vies de chrétiens et de chrétiennes, une manière de voir le monde qui définit le sens même de nos vies. Et c’est pourquoi la démarche de cette grand-maman avec sa petite-fille a quelque chose de profondément sacré, puisqu’elle voulait lui parler de Dieu, comme ces parents qui amènent parfois leurs enfants à l’église en leur disant : « Viens, on va aller voir le Bon Dieu. »

Il y a de ces vérités, de ces valeurs fondamentales dans l’existence, qui nous font nous lever et nous tenir bien droits debout, envers et contre tous parfois. Jésus nous le rappelle dans l’évangile, parce que ces valeurs représentent un bien que l’on ne saurait négliger impunément sans remettre en question notre humanité et le sens même de nos vies. Et c’est ainsi que nous nous insurgeons quand il  y a des injustices, des violences, de la tricherie, de la malhonnêteté. Il y a alors en nous comme un réflexe qui s’active d’instinct, et qui nous fait protester ou encore témoigner de certaines valeurs qui nous tiennent à cœur. 

Jésus évoque de telles situations quand il parle à ses disciples de l’importance de témoigner de ce qu’ils ont vu, de cette vie qui désormais les habite. Jésus parle ouvertement de danger, de violence, et de persécutions dont seront victimes ses amis. Et il les invite à prendre courageusement la route avec lui, à ne pas avoir peur, car il n’y a pas d’autre chemin que celui que nous indique Jésus quand la vie humaine nous tient à cœur, quand il nous paraît essentiel de défendre l’amour et la dignité humaine, quand il nous faut parler de Dieu. Tous ne seront pas martyrs, bien sûr, mais nous sommes tous appelés à porter ce profond désir du bonheur de tous et qui a sa source en Dieu.

C’est pourquoi nous ne sommes pas indifférents quand Dieu est méconnu, oublié. En effet, nous sommes les premiers à bénéficier de cette foi en Dieu qui change notre regard sur le monde, qui fonde nos valeurs et notre amour de la vie, qui donne un sens à tous nos efforts, à toutes nos épreuves et à toutes nos joies. Car il existe en nous une source profonde et limpide où nous puisons l’eau vive et qui s’appelle Dieu. 

Alors, pourquoi témoigner ?  Parce que nous étant abreuvés à cette source intarissable, nous aimerions tellement la partager quand nous voyons tant d’hommes et de femmes s’avancer dans le désert de l’existence en quête d’un lieu où s’abreuver et donner sens à leur vie, et qui ne savent où trouver. On ne voudrait jamais laisser quelqu’un mourir de soif. C’est pourquoi témoigner du Christ, c’est offrir un peu de cette eau vive, comme l’a fait cette grand-maman puisant au bénitier pour offrir de cette eau à sa petite-fille. 

Tous les gestes qui parlent du Christ sont porteurs d’une promesse, d’où l’importance de témoigner, de partager avec les autres ce regard de l’âme sur le secret des choses que nous donne notre foi en Dieu. N’est-ce pas ce que font les musiciens et les chanteurs, mais aussi les peintres, les cinéastes et tous les artistes qui s’adonnent à un art ? 

Frères et sœurs, Dieu fait de nous des artistes en quelque sorte, appelés à témoigner de cette vie intérieure qui nous habite, cette vie qui nous est si précieuse et que l’on appelle la foi en Dieu, la foi en Jésus Christ. 

Fr. Yves Bériault, o.p. Dominicain.