Jésus et le mariage

2345_xl.jpg

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,1-12. 
En ce temps-là, Jésus arriva dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De nouveau, des foules s’assemblent près de lui, et de nouveau, comme d’habitude, il les enseignait.
Des pharisiens l’abordèrent et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »
Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? »
Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. »
Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle.
Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme.
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair.
Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »
De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question.
Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle.
Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »

COMMENTAIRE

Si nous accueillons les paroles de Jésus aujourd’hui uniquement dans la perspective du divorce ou du remariage, nous risquons de passer à côté d’une dimension fondamentale de son enseignement. Jésus invite plutôt ses interlocuteurs à une réflexion sur le sens du mariage. Quand il dit que Dieu fit l’homme et la femme et, qu’une fois mariés, ils ne forment plus qu’une seule chair, féconde à l’image de Dieu, il ne nous renvoie pas tout simplement à une morale, mais à ce qui fait la spécificité de l’homme et de la femme dans le mariage et, de manière plus large, à ce qu’est la vocation fondamentale de toute personne.

Dieu est un être de communion, c’est ce que nous révèle le mystère de la Trinité. Il y a une communion d’amour en Dieu et de cette communion jaillit un amour fécond qui engendre la vie. L’homme et la femme, nous dit le récit de la Genèse, sont faits à l’image de Dieu, ils sont faits d’amour, ce qui explique la valeur absolue de la vie, puisqu’elle est porteuse de la vie même de Dieu.

C’est tout cela la beauté et la grandeur du mariage que Jésus vient rappeler à ses interlocuteurs, alors que ces derniers semblent plus préoccupés par les contraintes du mariage. Jésus vient nous rappeler que le mariage est avant tout le projet de Dieu, la vocation la plus belle et la plus noble que Dieu puisse confier à l’homme et à la femme, et où Dieu lui-même s’engage dans la réalisation de cette union. Bien mieux, il la réalise lui-même avec les époux, puisque c’est lui qui unit l’homme et la femme : « Ce que Dieu a uni… », dit Jésus, en parlant du mariage.

Bien sûr, l’Église a le devoir de rappeler sans cesse l’appel que Dieu nous fait dans ce mystère d’amour et de fécondité qu’est le couple humain, mais tout en accueillant ceux et celles qui ont connu l’échec dans ce projet de vie. L’on ne saurait encourager les uns sans soutenir les autres, puisque Jésus est venu relever ce qui est faible, pauvre et blessé en nous.

L’échec ne doit pas faire de nous des exclus, du moins ce n’est pas ce que l’Évangile nous enseigne, sinon nous serions tous des exclus. Le radicalisme évangélique est avant tout un radicalisme de la miséricorde, dont nous avons tous besoin sans exception. Et toutes nos belles paroles, tous nos beaux discours ne seront que de pieux bavardages, si la miséricorde de Jésus n’a pas le dernier mot en Église.

Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour la fête de la Sainte Trinité (B)

Holy_Trinity_Andrei_Rublev_Hospitality_of_Abraham_Hand-Painted_Orthodox_Icon_11

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,16-20. 
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

COMMENTAIRE

Un jour un enfant observait un sculpteur qui taillait un énorme bloc de marbre dans son atelier. L’enfant venait l’observer de temps en temps, mais comme le travail ne progressait que très lentement sa curiosité l’amena à jouer ailleurs et pendant des semaines il oublia le sculpteur. Un jour où ses jeux l’avaient ramené près de l’atelier, il se pencha par la fenêtre pour voir où en étaient les travaux. Il poussa un grand cri d’étonnement en voyant un énorme lion au centre de la pièce. Il courut tout agité chez lui, criant à sa mère : « Maman, maman, il y avait un lion de caché dans la pierre ! » Voilà une belle analogie pour aborder le mystère de la Sainte Trinité.

Soyez sans crainte, Dieu n’est pas un lion, mais sans doute nous faut-il un regard d’enfant pour le découvrir au cœur de notre monde. Dans sa liturgie, l’Église joue un peu le rôle de ce sculpteur en s’appuyant sur les Saintes Écritures, invitant les fidèles à découvrir celui qui semble se cacher dans sa création. Parmi tous les dimanches, celui de la Sainte Trinité est sans doute celui qui nous invite le plus à réfléchir à notre relation avec Dieu et à nous demander : « qui est notre Dieu ? »

Un jour, je discutais avec une amie qui, vous allez le comprendre, n’allait pas très bien. Celle-ci m’affirma avec un ton de reproche dans la voix : « Dieu est un égoïste ! Tout n’est fait qu’en fonction de lui et de sa gloire. Tout est dirigé vers lui afin que nous l’aimions. Dieu, insistait-elle, est un égoïste ! » Je dois avouer que je me suis senti provoqué par son affirmation à l’emporte-pièce, que je trouvais trop facile, et surtout injuste, et je n’ai pas su alors lui répondre. Je l’ai tout simplement écouté déverser sa colère.

Dieu un égoïste ? Bien sûr, ni vous ni moi n’avons jamais vu Dieu et pourtant lorsque l’on croit en Dieu, quand nous remettons nos vies entre ses mains, il nous arrive d’être saisis par un amour qui nous dépasse et qui nous surprend. La foi en Dieu, nous le savons, donne un sens profond à nos vies, une direction ferme et assurée. Toutes les grandes religions l’affirment. Avoir foi en Dieu, c’est pressentir qu’il y a une réalité cachée en ce monde, une force créatrice et invisible qui l’anime et qui lui donne vie. Et toute personne sur cette terre est invitée à s’ouvrir à cette réalité, à ce mystère. Mais qui est ce Dieu ? Comment le connaître ?

La foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu, pour elle « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! » Et c’est à la lumière de ce visage que nous comprenons mieux qui est Dieu. Jésus ne disait-il pas à ses disciples : « Qui m’a vu a vu le Père ! »

C’est pourquoi voici ce que j’aimerais dire aujourd’hui à cette amie déçue de Dieu. « Tu te demandes ce qu’il fait ton Dieu, et bien regarde Jésus, lui qui a pleuré devant le tombeau de son ami Lazare ; qui a pleuré sur Jérusalem dont il voyait venir la destruction ; qui a prié dans les larmes au jardin de l’agonie, en offrant librement sa vie pour te sauver ; regarde-le après sa résurrection quand il demande, presque suppliant, à celui qui l’a renié : “Pierre, m’aimes-tu ? Contemple tous ces évènements de la vie de Jésus Christ et dis-moi si c’est là le visage d’un Dieu égoïste qui nous est dévoilé.”

“Qui m’a vu a vu le Père !” dit Jésus. Et c’est pourquoi nous affirmons avec saint Jean que Dieu est amour, et que la plus grande preuve de son amour est qu’il a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils bien-aimé, son unique. Et c’est ainsi que se dévoile peu à peu le véritable visage de Dieu et que nous entrons dans ce mystère de la Trinité, celui d’un seul Dieu en trois personnes.

Car, si Dieu est amour, c’est qu’il y a en Lui communion d’amour, communion de personnes. Dieu n’est pas une solitude. En Dieu, la foi de l’Église nous dit qu’ils sont trois et pourtant qu’ils ne font qu’un. Il y a le Père qui aime le Fils et qui sans cesse, de toute éternité, lui donne sa vie ; il y a le Fils qui aime le Père, par qui tout a été fait, qui est sa Parole, son Verbe, et qui a pour mission de nous le faire connaître ; et il y a l’Esprit Saint qui est l’amour même qui existe entre le Père et le Fils, qui va du Père au Fils et du Fils au Père, et qui nous donne d’entrer dans cette communion d’amour. Ils sont trois et pourtant ils ne forment qu’un seul Dieu ! C’est Jean-Philippe Ferlay dans un livre sur l’Esprit Saint, qui décrit magnifiquement bien cette communion d’amour en Dieu. Voici ce qu’il écrit :

“L’amour du Père pour son Verbe dans l’Esprit est tellement fort et généreux qu’il éclate hors de Dieu. Et voilà que le monde est créé, tout différent de Dieu et pourtant absolument lié à lui. Dieu n’a besoin de rien. Il ne crée ni par hasard ni par caprice, mais par surabondance d’amour, pour faire participer ce qui existe à sa vie et à sa joie.”

Bien loin d’être un Dieu égoïste, comme l’affirmait mon amie désabusée, nous affirmons en Église que Dieu est l’avenir de l’homme et de la femme, que dès notre conception, il nous prend par la main et nous accompagne par monts et par vaux tout au long de nos vies, jusqu’à ce face à face ultime qui nous est promis un jour ! C’est de cet amour que Jésus est venu témoigner, nous donnant de comprendre que s’il y a communion, joie, et amour en Dieu, c’est qu’il y a communion de Personnes en Dieu : Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit. Ils sont trois et pourtant ils ne forment qu’un seul Dieu. Voilà le grand mystère que nous contemplons en ce jour. C’est la fête de la Sainte-Trinité !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Fête de la Pentecôte (B)

BingWallpaper-2018-05-11.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,26-27.16,12-15. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

COMMENTAIRE

Vous êtes-vous déjà demandé ce que serait la fête de Pâques sans la Pentecôte ? Sans le don de l’Esprit Saint ? Ce serait comme si les Apôtres, après la résurrection, s’en étaient allés conduire leur ami Jésus sur les berges de l’éternité, afin de le saluer une dernière fois avant son départ, tout comme l’on dit adieu à un ami qui vient de gagner à la loterie et qui quitte tout pour aller voir le monde. Pâques serait alors la fête de Jésus seul, grand vainqueur de la mort, ne laissant à ses amis que ses enseignements et le souvenir de sa vie avec eux, tout comme l’ont fait des milliers de sages à travers l’histoire.

Mais la foi de l’Église affirme que la vie de Jésus se situe à un tout autre niveau. Nous, ses disciples et amis, nous croyons qu’en Jésus Christ, Dieu a dressé sa tente parmi nous, qu’il s’est fait homme, et qu’il est venu sur terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers tout entier. Nous croyons que sa mort sur la croix n’a pas été le dernier mot de sa vie. Nous affirmons qu’il est ressuscité d’entre les morts, qu’il est monté aux cieux, et qu’il a envoyé à ses disciples l’Esprit de vérité alors que ceux-ci étaient rassemblés à Jérusalem lors de la fête de la Pentecôte. Ce jour-là, l’Esprit Saint a été répandu non seulement sur eux, mais sur toute l’humanité, sur tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. C’est le rappel de cet événement central de l’histoire du salut qui nous rassemble en cette fête de la Pentecôte !

L’Évangile aujourd’hui ravive à notre mémoire la promesse de Jésus de nous donner l’Esprit Saint. Ce dernier est présenté comme un Défenseur qui nous fera nous souvenir de tout ce que Jésus a enseigné, et qui fera entrer les disciples dans la Vérité, qui est de connaître le Père et son envoyé Jésus Christ. C’est là un aspect fondamental de la Pentecôte qui est de nous introduire dans cette connaissance intérieure du Seigneur Jésus, lui qui est désormais auprès du Père.

C’est pourquoi il ne faudrait pas croire que le don de l’Esprit Saint signifie une rupture entre Jésus et ses disciples, comme si ce dernier avait terminé sa tâche et qu’il pouvait tout simplement rentrer dans l’oubli. Car il y a dans le don de l’Esprit Saint le don du Seigneur Jésus lui-même, qui le rend encore plus proche de nous. Rappelez-vous la prière de Jésus à son Père avant sa passion quand il lui disait : « Père je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Quand Jésus parle du don de l’Esprit Saint, il le fait toujours en lien avec la vie intérieure des disciples. Il évoque toujours une forme de connaissance nouvelle et plus profonde de qui il est, de qui est Dieu. L’Esprit de Vérité dont parle Jésus, cet Esprit qui enseigne et qui fait se souvenir les disciples des enseignements du Maître, il poursuit en nous l’action du Christ enseignant. Il réalise la promesse de Jésus de ne pas abandonner ses disciples et de continuer ainsi à les former afin qu’ils deviennent des hommes et des femmes selon son cœur.

Avec la Pentecôte le disciple devient une terre d’accueil à l’action et à la présence du Christ ressuscité, une présence encore plus intérieure et plus personnelle que lorsqu’il sillonnait les routes de la Galilée avec ses amis. C’est là la conséquence incroyable du don de l’Esprit Saint !

La Pentecôte est un événement sans précédent dans l’histoire spirituelle de l’humanité. De cette Terre sainte où Dieu s’est manifesté en Jésus-Christ il y a deux mille ans, jaillit une grâce surabondante pour les hommes et les femmes de tous les temps, de toutes races, langues, peuples et nations : c’est le don de l’Esprit Saint qui vient habiter les cœurs et qui étend au monde entier la mission du Christ qui est de faire connaître le vrai Dieu !

Le Seigneur Jésus Christ désormais n’est plus confiné à un territoire géographique, à une époque, à une culture, ou même aux limites d’un corps humain. Il peut désormais se donner à tous par le don de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour et de Vérité qui nous rend capables d’aimer Dieu, comme Jésus et avec lui, qui nous rend capables d’aimer le prochain, comme Jésus et avec lui.

Voyez-vous, l’Esprit que Jésus nous envoie nous éveille à plus grand que nous, il nous réchauffe le cœur pour un plus grand amour : parce qu’il est lumière, il est vérité, il est amour ! Il fait la paix et la communion entre nous, il fait le pardon ! Il est le fondement même du sérieux de nos vies, car il met en nous le souffle du Ressuscité ! Voilà le grand mystère que nous célébrons en cette fête de la Pentecôte.

Frères et sœurs, demandons au Seigneur en ce dimanche de renouveler en nous le don de l’Esprit Saint.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour la fête de l’Ascension (B)

ascension_by_eddiecalz-d678cy0.jpg

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 16,15-20. 
En ce temps-là, Jésus ressuscité se manifesta aux onze Apôtres et leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création.
Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ;
ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »
Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu.
Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

COMMENTAIRE

La fête de l’Ascension a quelque chose d’énigmatique, alors que Jésus semble se dérober aux yeux de ses disciples. Cette fête est parfois vécue comme le parent pauvre du cycle pascal, alors qu’elle est sans doute celle qui exprime le mieux le sens de notre destinée humaine et la portée incroyable de la victoire du Christ pour nous. Car l’Ascension, avec le don de l’Esprit Saint, est l’achèvement du mystère de l’Incarnation, du pourquoi le Fils de Dieu est venu parmi nous.

D’ailleurs, Jésus a laissé des indices pour nous aider à comprendre l’extraordinaire mystère qui se joue sous nos yeux avec son Ascension. Rappelez-vous au matin de Pâques, Jésus ressuscité avait dit à Marie-Madeleine : « Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Déjà, Jésus avait dit à ses Apôtres avant sa passion : « Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. » (Jn 14, 2-3).

Ce départ est donc d’une importance capitale dans la mission de Jésus. Il doit retourner vers le Père, afin d’accomplir l’inimaginable, le jamais vu auparavant : « Personne, dit Jésus, n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux » (Jn 3, 13 ; cf. Ep 4, 8-10). Et devant les yeux de ses disciples, Jésus est « emporté au ciel ».

La fête de l’Ascension est toute chargée de l’espérance de Dieu en notre faveur et nous rappelle combien nous avons du prix aux yeux de Dieu. L’Ascension de Jésus vient nous dévoiler le grand mystère de notre destinée humaine alors que le Christ nous précède au ciel et qu’il nous y entraîne. Cette fête forme un tout avec la résurrection du Christ et elle nous parle en même temps du sérieux de son Incarnation, du fait que le Fils de Dieu ait pris chair de la Vierge Marie, chair de notre chair. La Résurrection et son pendant qu’est l’Ascension sont le couronnement de l’Incarnation du Fils de Dieu : Jésus ne rejette pas son corps ; il le transfigure, il le divinise en montant au ciel avec son corps glorifié.

Contrairement à ce que me disait un jour une amie, la fête de l’Ascension n’est pas une fête triste. Cette amie disait cela parce que Jésus était parti. Jésus est parti, me disait-elle ! Elle vivait en quelque sorte la peine des disciples. Quel grand amour de Jésus exprimait-elle ainsi en avouant son désarroi devant son départ ! Mais Jésus ne nous abandonne pas. Non seulement il nous précède dans la demeure du Père, mais il nous y prépare une place.

Dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, notre humanité est conduite auprès de Dieu. Jésus nous ouvre le passage, il est comme le chef de cordée lors de l’escalade d’une montagne, arrivé au sommet de sa vie il nous tire vers Lui et nous conduit vers le Père. Car tel est le maître, tels sont les disciples, tous appelés à une même destinée avec lui.

Tout comme nous sommes passés du ventre de notre mère à la vie sur terre, un jour nous passerons du ventre de la terre à la vie en plénitude auprès de Dieu. Par son Ascension, Jésus vient achever la longue histoire de notre salut, qui est de nous ramener vers Dieu. Il ne nous laisse pas seuls. Il nous emporte avec lui, premier-né d’une multitude de frères et de sœurs, alors qu’il monte au ciel avec son corps, réalisant ainsi cette folle espérance du vieux Job, un texte souvent repris lors des funérailles, où Job s’écrie du fond de son malheur : « Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. »

Le trappiste Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine en Algérie, assassiné avec six de ses frères en 1996, restera toute sa vie, fasciné par le mystère de l’Incarnation. Il dira à ses frères moines dans une homélie : « Le plus extraordinaire du mystère de l’Incarnation, ce n’est pas que Dieu se soit fait homme, mais c’est que l’homme soit en Dieu, c’est qu’une humanité semblable à la nôtre, se retrouve en Dieu. […] Désormais, écrit-il, il y a de la fraternité en Dieu. C’est ainsi que nous pouvons nous appeler “petits frères” et “petites sœurs. »

Et cette fraternité s’étend désormais au monde entier. C’est pourquoi la fête de l’Ascension marque aussi le début du temps de l’Église, communauté de foi des disciples du Christ, qui célèbre ce don que Dieu nous fait d’un amour infini, communauté qui est appelée à partager cette joie qui est la sienne. sûr de la promesse que Jésus fait à ses disciples : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Voilà frères et sœurs, la bonne nouvelle qui nous rassemble en ce dimanche de l’Ascension.

YVES BÉRIAULT, O.P.
DOMINICAIN. ORDRE DES PRÊCHEURS

 

Homélie pour le 6e Dimanche de Pâques (B)

all-saints-2887463_960_720.jpg

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,9-17. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.
Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

 

COMMENTAIRE

C’est le théologien Jean Galot qui disait : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes ». Afin d’illustrer cette affirmation, voici une brève catéchèse pascale en trois mouvements. Nous verrons ensuite quelques considérations pastorales du pape François.

Ainsi, il y a deux semaines, Jésus disait à ses disciples qu’il était le bon berger. Par sa parabole, il nous invitait à établir avec lui une relation de confiance et de sécurité, comme si notre vie en dépendait. Il se présentait à nous tel un berger bagarreur, prêt à affronter le loup, allant jusqu’à donner sa vie pour ses brebis. Déjà, un grand amour pour nous se dessinait dans cet évangile.

Dimanche dernier, cette intimité des disciples avec Jésus s’approfondissait encore davantage. Jésus y décrivait le lien qui nous rattache à lui non plus simplement comme une relation de confiance et de protection, mais il comparait ce lien à celui des sarments greffés sur la vigne, image combien évocatrice, où notre communion avec lui devient littéralement organique, vivante, et où en dehors de lui nous ne pouvons vivre ! Par analogie, nous pourrions comparer cette relation à celle de l’enfant dans le sein de sa mère qui doit à tout prix se nourrir de sa vie afin d’atteindre sa pleine stature d’enfant. L’image n’est pas trop forte pour décrire l’intimité extraordinaire qui nous unit au Christ.

Aujourd’hui, dans l’évangile, le regard se porte davantage sur ce que Jésus attend de nous. Il ne nous appelle plus serviteurs mais amis, et il nous partage le grand commandement de son amour. Il nous invite, à demeurer dans son amour, afin que nous en soyons pétris, transformés, et que nous apprenions ainsi à nous aimer les uns les autres en vérité, comme lui nous a aimés. C’est là l’œuvre que Jésus vient accomplir en nous donnant sa vie. Il est à la fois la source et l’artisan de cet élan d’amour qui jaillit en nous, qui est capable de soulever nos cœurs, et ce, jusqu’à donner nos vies COMME lui.

C’est pourquoi afin d’entrer dans cette dynamique de l’amour, Jésus nous prend avec lui dans sa bergerie, il nous attache à sa personne, il nous guide et nous protège, et il nous greffe à sa vie de ressuscité !

Voilà la symphonie dans laquelle nous entraînent tout particulièrement les trois évangiles que j’ai cités. Ces trois mouvements nous sont donnés en ce temps pascal afin de nous rappeler ce que sont les exigences afin de devenir véritablement disciples du Christ. Il s’agit ni plus ni moins d’un appel quotidien à la sainteté, où nos vies greffées sur le Christ, sont marquées par l’amour à cause de lui. Et ceci nous amène maintenant au volet plus pastoral de cette homélie.

Le pape François dans sa dernière exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, c.-à-d. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, propose des pistes toutes simples et remplies de sagesse afin de réaliser ce projet de Dieu sur nos vies de faire de nous des saints et des saintes.

D’entrée de jeu, le pape François ne veut surtout pas que nous pensions uniquement à ceux et celles qui sont déjà béatifiés ou canonisés quand il parle de sainteté. J’aime voir, dit-il, la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les personnes âgées qui continuent de sourire.

Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, dit le pape, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté que le pape appelle la sainteté « de la porte d’à côté », c’est-à-dire de ceux et de celles qui vivent proches de nous et qui sont un reflet de la présence de Dieu. Ainsi, dit le pape, nous sommes tous appelés à être des saints et des saintes en vivant avec amour, et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve.

Es-tu une consacrée ou un consacré, dit le pape François ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église.  Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence, ton travail au service de tes frères et de tes sœurs. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.

À chacun et chacune, dit le pape, de trouver la voie qui lui correspond, sa manière propre de suivre le Christ. Tu as besoin de percevoir la totalité de ta vie comme une mission, dit-il. Essaie de le faire en écoutant Dieu dans la prière, et en reconnaissant les signes qu’il te donne. Demande toujours à l’Esprit ce que Jésus attend de toi à chaque moment de ton existence et dans chaque choix que tu dois faire, pour discerner la place que cela occupe dans ta propre mission. Et permets-lui de forger en toi ce mystère personnel qui reflète Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui. Ainsi, dit le pape François, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

 

Homélie pour le 5e Dimanche de Pâques (B)

semaine29-cycle-vigne-642x459.jpg

Pour l’amour de sa vigne

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,1-8. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

COMMENTAIRE

Aujourd’hui encore l’Évangile nous présente une image bien suggestive. Après la figure sympathique du bon berger, l’image de la vigne n’est pas en reste. Voici cette fois une plante complexe et fragile, étonnamment productive, qui nécessite beaucoup de soins. Avant d’être la fierté du vigneron, elle lui aura demandé beaucoup d’amour et d’énergies. Il aura eu pour elle une attention constante et une véritable passion! Chacun se souvient du jardin familial d’antan. Que d’heures passées pour la mise en route du potager : le temps des semences, de l’arrosage, du sarclage, de la taille et de l’élagage des plants. Tout ça pour s’assurer d’une abondante récolte en temps voulu.

Même si nous sommes moins familiers, chez nous, avec cette plante. Il n’est pas difficile d’imaginer ce que la vigne peut évoquer au plan spirituel. Jésus n’est pas le premier à utiliser cette image. On la retrouve souvent dans les écrits bibliques. Les psaumes et les prophètes s’en servent pour évoquer la longue histoire d’amour et de soins, d’espoir et de larmes, de fierté et de tendresse, de patience et de miséricorde qui caractérise la relation de Dieu avec son peuple. Cette alliance d’amour s’accomplit ultimement dans la personne du Christ lui-même. Le Christ étant la vigne, les disciples les sarments de cette vigne où s’élaborent et se concentrent les fruits attendus, vin nouveau du Royaume.

L’enseignement d’aujourd’hui annonce le mystère de notre branchement à la vigne, de notre rattachement à la vie du Christ. Il nous est dit jusqu’à quel point nous faisons corps avec notre Seigneur, et combien il est important pour nous. Notre foi nous établit dans un lien vital avec le Christ. Elle nous vaut d’être nourris d’une sève nouvelle, celle de l’Esprit, qui passe en nous. C’est ainsi que nous pouvons demeurer dans le Christ. En lui nous avons part à la vie même de Dieu. Notre condition chrétienne pourra, dans cette osmose ou cette symbiose, produire du fruit. C’est le défi et la chance de notre appartenance à la vigne.

Et cette fécondité, elle dépend aussi du vigneron, dont il nous est dit qu’il est à l’œuvre : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il en donne davantage. » La vigne n’est pas laissée à elle-même, en friche. Elle peut compter sur le labeur du vigneron qui s’active à la purifier, à la nettoyer. Non pas pour la mort et la stérilité mais pour plus de vie et plus de fruits. Cet aspect nous invite à revoir le sens des épreuves qui surviennent dans notre vie croyante. Nous sommes en des mains qui nous aiment. Le Père s’offre à nous émonder, à nous libérer, à nous dégager, pour que nous produisions plus de fruit encore.

« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit. » Quelle insistance! De quel fruit s’agit-il donc? Curieusement l’histoire s’arrête là… avec tous ces fruits à produire, dont nous nous demandons ce qu’ils sont en vérité. Quels sont-ils ces fruits, sinon tout ce qui est bon et beau et profitable et nourrissant pour l’homme et la femme d’aujourd’hui. Tout ce qui nous rassemble et tout ce qui nous fait vivre et aimer. Tout ce que nous faisons avec l’élan de l’amour et de l’amitié, de la paix et de la communion. Fruits d’abord de conversion, de pardon, de miséricorde. Fruits d’intelligence et de sagesse, fruits de l’Esprit et de toute charité. De ces fruits-là, le Seigneur et nous, nous n’en aurons jamais assez. Puissions-nous être toujours en mesure d’en produire. Nous en avons le moyen dans le Christ!

Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 4e Dimanche de Pâques (B)

12-770x425.jpg

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10,11-18.
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.
Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse.
Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.
Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau.
Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

 

COMMENTAIRE

Dans les évangiles, Jésus a cette préoccupation constante d’amener ses auditeurs à croire en lui, mais il le fait sans jamais dévoiler pleinement son identité. Ainsi, il ne dit jamais : « Je suis le Verbe » ou encore « Je suis le Fils de Dieu ». Au contraire, Jésus procède par analogies, avec des paraboles et des miracles, qui deviennent des clés d’interprétation afin de nous ouvrir à son mystère.

Jésus emploie aussi beaucoup d’images afin d’expliquer sa personne et sa mission. Il dit de lui-même qu’il est la lumière du monde, le pain vivant, la vraie vigne, le chemin, la vérité, la résurrection et la vie. Mais il y a deux autres attributs que Jésus fait siens et que l’on retrouve dans l’Ancien Testament pour représenter Dieu, soit les titres d’époux et de pasteur. Comme l’époux aime l’épouse, Jésus nous révèle dans l’évangile de ce dimanche qu’il est le Bon pasteur qui aime ses brebis au point de donner sa vie pour elles.

08813d2a6206f2f8c1952199504d65b2.jpg

Cette image du Bon pasteur est l’une des plus anciennes dans l’iconographie chrétienne, et les premiers chrétiens peignaient cette image sur les murs de leurs catacombes. On peut y voir Jésus vêtu en simple berger, un bâton à la main, portant une brebis sur ses épaules. « Voilà notre Dieu ! disaient les premiers chrétiens. Il est le Bon pasteur, le vrai chef des brebis. »

Faut-il se surprendre si Jésus emploie l’image du berger afin d’exprimer jusqu’où va son amour pour nous ? Nous le savons, il ne s’est pas présenté en roi triomphant, imposant son autorité au monde. Pour se dire à nous et nous décrire sa mission, Jésus s’est identifié à l’un des métiers les plus humbles de son époque, soit celui de berger, dont la seule richesse était ses brebis, et pour lesquelles il était prêt à affronter le loup et à donner sa vie pour elles. Jésus agit de même en notre faveur. Il est le Bon pasteur qui connaît ses brebis.

Ce qui est extraordinaire dans la façon dont Jésus décrit cette intimité qu’il vit avec ses brebis, c’est que ces dernières le connaissent elles aussi. Elles reconnaissent sa voix, elles sont dociles à son appel. Elles se tiennent toujours près de lui, et lui les prend sur son cœur, tellement elles lui sont chères. Il veille sur elles et les protège.

Il y a entre Jésus et ses brebis une connaissance réciproque, qui est fondée sur cette intimité qui unit Jésus à son Père. « Qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. Voilà l’intimité dans laquelle le Seigneur nous entraîne quand nous mettons notre foi en lui. Il nous donne de le connaître ainsi que son Père qui est le nôtre.

Ce dimanche est une invitation à entrer plus avant dans cette relation d’amour que le Seigneur veut vivre avec nous. D’où ces quelques questions que j’aimerais proposer à notre réflexion.

Jésus nous dit qu’il est le Bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Est-ce que cette réalité du don que Jésus fait de lui-même nous rejoint personnellement ? Est-ce que nous mesurons à quel point Dieu nous aime et veut nous avoir avec lui, tout près de lui ?

Quand Jésus nous dit que ses brebis entendent sa voix et le reconnaissent, est-ce que nous cherchons à entendre cette voix quand nous faisons face à des épreuves, ou lorsqu’il nous faut prendre des décisions importantes, ou tout simplement quand la vie éclate en bonheurs de toutes sortes autour de nous ? Jésus est-il le confident de nos nuits, de nos peines et de nos joies ? Le complice de nos rêves ?

Par ailleurs, les paroles de Jésus aujourd’hui sont l’occasion pour nous de réfléchir à cette bergerie que nous sommes appelés à former avec lui, et qui s’appelle l’Église. Certains chrétiens vivent leur foi sans l’Église, sans souci ni attachement pour elle. Ils se décrivent comme des personnes spirituelles, mais non pas religieuses, sans appartenance à l’Église. Pourtant, Jésus définit bien son rapport à nous comme celui du berger avec ses brebis qui veut nous rassembler en une seule bergerie.

Un poète a énoncé une grande vérité au sujet de l’Église : « Nul ne va au ciel tout seul ». En tant que chrétiens, nous sommes appelés à aller dans ces verts pâturages où Jésus nous conduits, là où se retrouve l’assemblée chrétienne, à l’écoute de la Parole de Dieu, se ressourçant aux sources vives des sacrements, construisant la fraternité au nom du Christ, y apprenant notre métier d’hommes et de femmes en ce monde, tel que rêvé par Dieu. C’est là le beau et grand mystère de la vie en Église, cette verte prairie où naissent et grandissent les enfants de Dieu.

Aussi différents que nous soyons les uns des autres, nous portons tous les mêmes peines, les mêmes aspirations, le même besoin d’aimer et d’être aimés. C’est cette humanité, avec ses grandeurs et ses misères, que le Bon pasteur prend sur ses épaules, nous invitant à le suivre et à nous faire à la fois brebis et pasteurs du troupeau avec lui. Pour y parvenir, il nous confie son Église.

C’est le cardinal Christoph Schönborn, dominicain et archevêque de Vienne, dans son livre intitulé « Qui a besoin de Dieu », qui écrit : « Même après soixante-deux ans, je ne connais rien de mieux (que l’Église). Je n’ai rien trouvé de plus beau que cette Église. Et c’est une grande chance pour moi qu’elle soit imparfaite parce que j’y ai ainsi ma place.[1] »

Frères et sœurs, le Seigneur nous appelle tous dans sa bergerie. Il n’exclut personne. Et aujourd’hui encore, il dresse la table pour nous et il nous invite dans les verts pâturages de son eucharistie, afin que grâce et bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


[1]Christoph Schönborn. Qui a besoin de Dieu. Entretiens avec Barbara Stöckl. Éditions Parole et Silence, 2008, p. 200-201