Homélie pour le jour de Noël

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Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Les textes bibliques que nous proclamons en ce jour sont tellement évocateur en ce sens : « Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu », nous dit le prophète Isaïe ; et dans la lettre aux Hébreux : « En ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils »; et que dire de cette déclaration inoubliable de l’évangéliste Jean : « et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »

Aujourd’hui, sur tous les continents, l’événement est souligné. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes pour nous. Mais un enfant dans un berceau c’est toujours plus séduisant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres ; où la bonne nouvelle qui est célébrée en ce jour semble complètement perdue de vue.

Ainsi, pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a « le vin triste ».

Il y a bien sûr le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu, un Dieu qui prend sur lui notre humanité afin de la conduire à son plein épanouissement. Mais même dans ce Noël, il y en a aussi qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Ce Noël, quoiqu’on en dise, c’est un peu le Noël pour tous, le Noël démocratisé, le Noël des centres d’achats qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux, et à l’occasion, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint quand même l’être humain dans ses aspirations les plus profondes. Il ne faudrait pas oublier que le Noël des marchands, dernier-né des manifestations de la fête de Noël, est néanmoins marqué profondément par la naissance de Jésus à Bethléem. Il ne faudrait pas renier trop facilement ce Noël et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé que nous connaissons trop bien, reste néanmoins dans les familles et entre amis, un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre, le don de soi.

Quoiqu’il en semble, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve sans le savoir près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église aujourd’hui ?

Quant à nous, frères et soeurs, nous proclamons qu’un Sauveur nous est né et qu’il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans les nuits de ce monde. Car le secret de Noël le voici : c’est celui d’un Dieu qui se confie à nous tel un nouveau-né fragile, blotti entre nos mains, et dont on a désormais la garde et la responsabilité. Tout ce qu’il nous demande, c’est qu’on le laisse grandir et s’épanouir au coeur même de nos vies, nous entraînant à faire de sa fête, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux qui ont faim, faim véritable, faim d’amitié, faim de reconnaissance ; ouvrant nos cœurs à la justice, à la réconciliation et au partage.

Car n’est-ce pas là une des conséquences inévitables de la fête de Noël ? Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu ne doivent-ils pas se laisser habiter de sa générosité à Lui et se laisser revêtir de son amour, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu ! C’est Dieu qui se donne à nous et qui donne tout de lui-même : l’Emmanuel ! Dieu fait chair ! Dieu parmi nous !

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le jour de Noël

Il était une fois une crèche à Bethléem

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,1-18. 
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;
car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

COMMENTAIRE

À Noël, bien peu de personnes demeurent insensibles à ce que cette fête peut évoquer avec son cortège de souvenirs familiaux, ses chants, ses lumières, et son histoire fantastique qui semble sortir tout droit d’un conte pour enfants : il était une fois une crèche à Bethléem…

Cette fête, comme aucune autre dans nos sociétés, a ce pouvoir de réveiller chez les gens une aspiration à la joie et au bonheur, et ce, même chez les non-croyants, les plus distants de notre foi. Noël a le don de mettre le doigt sur cette quête intérieure qui habite tout être humain: une quête de sens et de vérité, la soif d’un bonheur durable.

Nous le savons, nous sommes sans cesse confrontés à la fragilité de nos existences, et à la fragilité de nos amours. Noël à travers l’enfant de la crèche évoque à la fois cette fragilité et représente en même temps l’aube d’une promesse inouïe qui se lève sur l’humanité. Tous les luminaires de cette fête qui décorent nos villes et nos villages ne sont en fait qu’un pâle reflet de ce soleil qui se lève sur notre monde, l’Emmanuel, Dieu avec nous. C’est Zacharie, le père de Jean Baptiste, qui le chante dans son cantique le Benedictus. Il dit de Jésus qu’il est venu « illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

Le commencement de l’évangile de saint Jean nous introduit au coeur même de ce mystère. C’est un texte très dense, magnifique! Il a la force d’un mouvement symphonique, grave et solennel, comme le début de la cinquième de Beethoven! Tout est dit ici par l’évangéliste Jean : « Au commencement était le Verbe… et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. »

Nous sommes loin du conte pour enfants, malgré tout le merveilleux de Noël. Cette bonne nouvelle dépasse l’entendement. Si nous avions eu a inventer une foi en Dieu de toute pièce, nous aurions sûrement opté pour quelque chose de plus simple et de plus raisonnable qu’un Dieu qui naît d’une vierge, dans une étable, pauvre parmi les pauvres, couché dans une mangeoire, pour ultimement finir ses jours couché sur une croix, abandonné de tous.

Mais le Verbe s’est fait chair, proclame l’évangéliste Jean, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire!

C’est à cette contemplation du mystère de Dieu, qui se fait l’un de nous, tout petit parmi nous, que nous sommes invités en cette fête, chantant avec les anges : Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime!

La fête de Noël nous donne de contempler le mystère de l’incarnation, c’est-à-dire Dieu qui se fait homme. C’est une nouvelle incroyable! Mais pourquoi se donne-t-il ainsi à nous? Pourquoi se fait-il connaître dans un tel abandon, dans une telle impuissance? On en reste tout étonné, bouche bée, comme Joseph et Marie, comme les bergers.

C’est le théologien Jean Galot qui écrit : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes. » Et, j’ajouterais qu’il s’attache à nous afin que nous devenions solidaires du mystère qui l’habite, afin que nous lui devenions semblables, et qu’ainsi nous nous attachions à nos frères et sœurs en humanité, comme le Christ l’a fait et continue de le faire. C’est là la contrepartie de cette fête de l’incarnation. Dieu se fait l’un des nôtres afin que tous et toutes soient des nôtres, où qu’ils soient sur cette terre.

En terminant, j’aimerais vous partager cette réflexion toute personnelle au sujet de ce que l’on appelle le Noël des marchands, fruit d’une société  de consommation à outrance, où les pauvres sont souvent mis à l’écart sans ménagement. Mais il ne faudrait pas oublier que ce Noël des marchands, est marqué profondément par le christianisme. Il ne faudrait pas le renier trop facilement et l’envoyer coucher à l’étable.

Ce Noël sécularisé, celui que nous connaissons tous, est souvent un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre et le don de soi. Quoi qu’il en paraisse, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes.

En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église ce matin.

Un Sauveur nous est né et il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans la nuit de ce monde.

Alors, pourquoi ne pas faire de ce Noël 2016 un véritable Noël de marchands, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux et celles qui ont faim, ouvrant nos cœurs à la réconciliation et au partage, nous faisant proche de tous ceux et celles qui connaissent l’exil et qui sont en recherche d’une terre d’accueil.

Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable de la fête de Noël. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se doivent d’être habités de sa générosité à Lui, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous! C’est Dieu-avec-nous et pour tout le monde : l’Emmanuel! Le Verbe fait chair!

Yves Bériault, o.p.

Noël, un chemin d’humilité

christmas-mangerIl est bon de se rappeler qu’il y a dans l’année liturgique une pédagogie de la foi, un cheminement qui est proposée à toute l’Église. Elle nous propose tout d’abord une démarche annuelle, où se déploie le grand mystère de la foi de l’Église, et qui va de l’Avent à la fête du Christ-Roi que nous avons célébrée la semaine dernière. L’année liturgique nous propose aussi une approche cyclique sur trois années, qui nous amène, année après année, à repasser par les mêmes sentiers de foi, nous laissant ainsi apprivoiser par Dieu.

Si l’on tente maintenant de décortiquer l’année liturgique, l’on y discerne spontanément trois grands mouvements qui correspondent aux temps de Noël, de Pâques et du Temps Ordinaire. Mais quand on y regarde de plus près, ces trois temps de l’année liturgique semblent correspondre, à s’y méprendre, aux trois vertus théologales de la foi, l’espérance et la charité. Non pas que toutes ces vertus ne soient pas mises en évidence tout au long de l’année liturgique, mais les grands temps de l’année liturgique semblent insister davantage sur l’une ou sur l’autre de ces vertus, toutes étant bien sûr nécessaires pour entrer pleinement dans le mystère de la vie chrétienne.

Le temps ordinaire, celui qui occupe la plus large part de l’année liturgique, est loin d’être « ordinaire ». Je le dirais consacré à la charité, à la mise en oeuvre quotidienne de l’amour, manifestée par les paroles, les gestes et la personne même de Jésus, Lui qui accomplit les œuvres du Père et qui nous révèle son visage : « Qui m’a vu a vu le Père » , dit Jésus. Le temps ordinaire de la liturgie est une invitation à faire nôtre sa mission, afin que par nos gestes et nos paroles, l’amour et la tendresse du Père soient à nouveau manifestés en notre monde. Le temps ordinaire, c’est l’aujourd’hui de Dieu, l’aujourd’hui de l’Évangile et de l’Église.

Le Carême et le temps pascal eux me semblent davantage consacrés à la vertu de foi. C’est un temps qui invite à croire, à croire sans réserve. Une invitation à suivre le Christ dans sa mort-résurrection et à proclamer avec les Apôtres que ce Jésus qui a été crucifié, Dieu l’a ressuscité des morts. Carême et temps pascal sont ces temps de l’année où nous retournons aux sources de notre foi et où, à la fête de Pâques, sommet de l’année liturgique, nous proclamons que ce Jésus, Dieu l’a fait Christ et Seigneur. « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu! » dit Jésus. C’est à cette foi audacieuse que nous invitent le Carême et le temps pascal.

Le temps de l’Avent lui, ce temps que nous inaugurons aujourd’hui, est tout entier consacré, il me semble, à l’espérance. Cette vertu que le poète Péguy appelait la plus petite des trois vertus, mais dont il disait aussi que c’est elle qui entraîne ses deux grandes soeurs, la foi et la charité, et qui, sans l’espérance, ne seraient rien. Car c’est l’espérance qui mène le monde et qui rend les humains capables de s’ouvrir au Mystère de leur existence. C’est le philosophe Héraclite d’Éphèse qui disait « Sans l’espérance jamais vous ne rencontrerez l’inespéré ».

C’est pourquoi le temps de l’Avent, première halte dans l’année liturgique, vient dresser sur l’horizon de nos attentes humaines une toute petite lueur. Elle a les dimensions d’un berceau, mais elle est capable d’embraser tout l’univers. Et pourtant, elle est toute contenue dans le mystère de cette étable de Bethléem vers laquelle nous nous mettons en marche aujourd’hui. Mystère de l’humilité et de la petitesse de Dieu qui se donne sans jamais s’imposer à nous. C’est le jésuite Jean-François Varillon qui écrivait : « L’humilité, est vraiment l’aspect le plus radical de l’amour. »

Et c’est quand l’être humain est capable de reconnaître sa fragilité qu’il peut s’ouvrir au mystère de la vie qui l’entoure. Car, nous le savons, notre chair est humiliée. Humiliée parce que la vie est éphémère, sans cesse menacée dans ses bonheurs fragiles, ses bonheurs d’occasions. Menacée par la haine, par les guerres et la violence, par la maladie et par la mort. Et pourtant la vie est le don le plus précieux que nous ayons, et parfois on voudrait pleurer de joie tellement la vie est belle, tellement son soleil est radieux. Certains moments de la vie, nous font parfois entrevoir, l’espace d’un instant, comme un sentiment d’éternel printemps, dans lequel on voudrait s’arrêter pour toujours. Des poètes en ont parlé, des mystiques aussi…

La vie appelle vers un ailleurs, qui semble caché au plus profond d’elle-même. C’est ce que le Père a voulu nous révéler en nous envoyant son Fils. Que Dieu se soit fait homme en son Fils, qu’il ait prit notre chair afin de marcher sur nos routes, endurant comme nous la chaleur du jour, ne jouant pas à l’homme, mais assumant pleinement notre condition humaine jusque dans ses derniers retranchements, la mort, tout cela annonce une nouvelle présence de Dieu à notre monde. C’est le mystère de Noël.

Le mystère de Noël, c’est Dieu déjà qui se livre une première fois entre nos mains. En attendant la croix, il est couché dans une mangeoire, emmailloté, offert à notre contemplation. Et là, dans cette vie humaine naissante, fragile et vulnérable, s’offre à nous l’espérance du monde présent et à venir, le Christ, le Fils de Dieu, Dieu lui-même, qui vient allumer au coeur de notre nuit une soif d’infini et qui nous ouvre le chemin qui y conduit.

Pas étonnant qu’en ce temps de l’année, plus qu’à n’importe quel autre, les gens aient le goût de décorer, de revêtir les villes et les villages de lumières et de couleurs flamboyantes. Ils ont envie de donner d’eux-mêmes sans compter, d’être une fois pour toutes, bonté et générosité, comme si leur coeur saisissait à l’approche de Noël sa véritable vocation. Non, les indices ne trompent pas. C’est la petite vertu espérance qui fraie son chemin depuis cette étable de Bethléem et qui illumine la nuit des temps et qui nous rassemble aujourd’hui en cette église.

Écoutons Charles Péguy :

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son boeuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1917, Paris, Gallimard, 1929

La joie de Noël

Le temps de Noël nous sollicite de bien des manières, comme aucune autre période de l’année. Noël a marqué l’imaginaire des peuples, partout où le christianisme est passé, même là où la foi au Christ ne semble être qu’un vague souvenir. Les gens aiment se mettre le coeur en fête en ce temps de l’année, comme si un appel lointain retentissait même dans les cœurs les plus endurcis, comme si le temps de Noël nous appelait à nous ouvrir à un don venant du ciel.

Le temps de Noël évoque à la fois une ambiance festive et joyeuse, où l’on se surprend à vouloir décorer nos villes et nos villages. Cette joie des fêtes semble indissociable d’une fête de la lumière, comme si au coeur de nos nuits, l’on attendait la venue de quelqu’un, de quelque chose d’extrêmement précieux.

Le temps de Noël évoque aussi un sentiment assez unanime d’entraide à l’endroit des plus démunis. Comme si la joie et la charité se donnaient rendez-vous à l’occasion de la naissance du sauveur. Il ne faut pas avoir peur de ce mot charité, qui vient du mot latin caritas qui désigne ce qui est « cher », ce qui coûte. La charité c’est l’amour parfait qui vient de Dieu et que nous sommes appelés à imiter, à faire preuve d’un amour qui coûte. Et cela nous le constatons autour de nous, en tout temps de l’année, mais le temps de Noël semble susciter encore plus cet élan du coeur qui se veut sensible au prochain.

Pour nous chrétiens, que joie et charité se conjuguent n’est pas quelque chose de surprenant. Bien sûr l’on pourrait reprendre la parole de Jésus qui dit qu’il y a beaucoup plus de joie à donner qu’à recevoir. Mais la joie chrétienne qui est intimement liée à la fête de Noël nous entraîne infiniment plus loin.

Bien sûr, il est difficile de parler de joie à ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme et pourtant voilà ce que nous apporte l’Emmanuel. Nous sommes invités à entrer dans sa joie. Jésus est venu parmi nous afin que l’amour de Dieu habite en nous. N’a-t-il pas dit : « Père, je leur ai révélé ton nom… afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. » Jésus nous engage sur le sentier de la joie évangélique en mettant l’amour de Dieu au coeur de nos vies par le don de l’Esprit Saint. Et cette joie qui nous fait demeurer dans l’amour de Dieu commence dès ici bas. N’est-ce pas la Vierge Marie qui répond à la bonne nouvelle de l’Ange en s’écriant : « J’exulte de joie en Dieu mon Sauveur! »

Oui, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile. Elle frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles et elle nous invite au rendez-vous de Dieu, l’Emmanuel parmi nous!

Le Noël des marchands

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Villes et villages, un peu partout dans le monde, soulignent l’événement. Mais il faut bien l’avouer, trop souvent le sens de la fête est perdu. Et le tourbillon du temps des fêtes en vient même à lasser les chrétiens et les chrétiennes pour qui cette fête marque pourtant la naissance de leur Seigneur et Sauveur. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine humain. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes chrétiennes. Un enfant dans un berceau c’est tout de même plus fascinant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres.Pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a le vin triste.

Il y a aussi le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu. Même dans cette catégorie il y en a qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Il y a enfin le Noël pour tous, le Noël démocratisé qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux et, à l’occasion, lorsque le temps le permet, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint l’être humain dans ses aspirations les plus profondes par certaines de ses facettes. Il ne faudrait pas oublier que ce dernier-né des manifestations de la fête de Noël est marqué profondément par le christianisme. Il ne faudrait pas le renier trop facilement et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé, celui que nous connaissons tous, est souvent un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre et le don de soi. Quoi qu’il en paraisse, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve près de la crèche.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là une preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécu, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église.

Et pourquoi ne pas faire de ce Noël 2011 un vrai Noël de marchands, un Noël de marchands de bonheur accueillant dans leurs maisons ceux qui sont seuls, donnant un peu de nos tables à ceux qui ont faim, ouvrant nos cours à la réconciliation et au partage. Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable du sens de cette fête. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se doivent d’être habités de sa générosité à Lui, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous! C’est Dieu-avec-nous et pour le monde : l’Emmanuel!

Yves Bériaut, o.p.

Marie, celle qui écoute

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« L’être qui écoute, absolument parlant, est la vierge qui devient enceinte du Verbe et l’engendre comme son fils et comme le Fils du Père. Elle-même, aussi comme mère, reste servante; le Père seul est le Maître, avec le Fils qui est la vie de Marie et modèle de cette vie. Marie est fonction du fruit de son sein.Même après l’avoir engendré, elle le porte en elle; elle n’a qu’à regarder dans son coeur qui est plein de lui, pour le trouver. Mais elle ne néglige pas de regarder constamment l’enfant qui grandit à côté d’elle, le jeune homme, l’homme, dont les sentiments et les actes lui apparaissent sans cesse imprévus et surprenants, au point que, de plus en plus, elle « ne comprend pas » ce qu’il a dans l’esprit, lorsqu’il la laisse dans le Temple sans l’avertir, ou ne la reçoit pas quand elle vient lui rendre visite, ou cache sa puissance dans sa vie publique et sacrifie sa vie, et lorsque finalement il lui échappe encore au pied de la croix, en lui donnant un fils étranger, Jean, à sa place. Elle écoute, de toutes les forces de son corps, le Verbe qui retentit d’une manière toujours plus forte, toujours plus divine et apparemment toujours plus étrangère, le Verbe dont les dimensions la déchirent presque, et auquel elle a pourtant d’avance et radicalement donné son oui pour tout.

Elle se laisse conduire « où elle ne veut pas », tant la Parole qu’elle suit est peu sa propre sagesse. Mais elle est d’accord avec cette conduite, tant la Parole qu’elle aime est « ensemencée » dans son coeur. (Jc. 1, 21). » p.20

Source : Balthasar, Urs von. La prière contemplative. Fayard, 1972.

Heureuse celle qui a cru !

Marie, la mère de Jésus, occupe une place centrale dans la foi de l’Église. Elle est celle qui a cru. Mais quand on dit de Marie qu’elle est celle qui a cru, l’on ne veut pas dire par là qu’elle fait simplement partie d’une longue lignée de témoins de la foi, bien que cela soit vrai. Mais l’on veut plutôt affirmer que toute l’expérience de la foi chrétienne, qui consiste à croire que le Fils de Dieu s’est incarné, a comme point de départ la foi de Marie. Elle est celle qui a cru non seulement à la réalisation des promesses de Dieu, à sa venue en notre monde, mais à son incarnation dans sa chair même. Marie accomplit ainsi la première et la plus grande des béatitudes, celle qui requiert une confiance absolue en Dieu, celle de la foi.

Quand l’Évangile nous dit :  » Heureuse celle qui a cru « , cette exclamation n’est pas seulement un cri d’admiration, mais avant tout une invitation qui nous est lancée à vivre cette béatitude de la foi à l’exemple de Marie. C’est pourquoi, à quelques jours de la fête de Noël, la liturgie nous invite à contempler la mère de Jésus, car en elle se trouve résumé tout le sens de l’Avent. En Marie se retrouve toute l’attente de l’humanité qui espère, et qui a besoin d’être libérée des forces du mal. Et en Marie se retrouve l’expression la plus parfaite de l’accueil qu’une femme, qu’un homme puisse donner au don précieux que Dieu nous offre en Jésus, son Fils, son Unique.