Homélie pour le jour de Noël

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Les textes bibliques que nous proclamons en ce jour sont tellement évocateur en ce sens : « Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu », nous dit le prophète Isaïe ; et dans la lettre aux Hébreux : « En ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils »; et que dire de cette déclaration inoubliable de l’évangéliste Jean : « et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »

Aujourd’hui, sur tous les continents, l’événement est souligné. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes pour nous. Mais un enfant dans un berceau c’est toujours plus séduisant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres ; où la bonne nouvelle qui est célébrée en ce jour semble complètement perdue de vue.

Ainsi, pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a « le vin triste ».

Il y a bien sûr le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu, un Dieu qui prend sur lui notre humanité afin de la conduire à son plein épanouissement. Mais même dans ce Noël, il y en a aussi qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Ce Noël, quoiqu’on en dise, c’est un peu le Noël pour tous, le Noël démocratisé, le Noël des centres d’achats qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux, et à l’occasion, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint quand même l’être humain dans ses aspirations les plus profondes. Il ne faudrait pas oublier que le Noël des marchands, dernier-né des manifestations de la fête de Noël, est néanmoins marqué profondément par la naissance de Jésus à Bethléem. Il ne faudrait pas renier trop facilement ce Noël et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé que nous connaissons trop bien, reste néanmoins dans les familles et entre amis, un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre, le don de soi.

Quoiqu’il en semble, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve sans le savoir près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église aujourd’hui ?

Quant à nous, frères et soeurs, nous proclamons qu’un Sauveur nous est né et qu’il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans les nuits de ce monde. Car le secret de Noël le voici : c’est celui d’un Dieu qui se confie à nous tel un nouveau-né fragile, blotti entre nos mains, et dont on a désormais la garde et la responsabilité. Tout ce qu’il nous demande, c’est qu’on le laisse grandir et s’épanouir au coeur même de nos vies, nous entraînant à faire de sa fête, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux qui ont faim, faim véritable, faim d’amitié, faim de reconnaissance ; ouvrant nos cœurs à la justice, à la réconciliation et au partage.

Car n’est-ce pas là une des conséquences inévitables de la fête de Noël ? Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu ne doivent-ils pas se laisser habiter de sa générosité à Lui et se laisser revêtir de son amour, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu ! C’est Dieu qui se donne à nous et qui donne tout de lui-même : l’Emmanuel ! Dieu fait chair ! Dieu parmi nous !

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour la Nativité du Seigneur. Année A

Joie de Noël, joie de croire

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre — ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. —
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

COMMENTAIRE

Ce soir, nos églises, nos cathédrales et nos basiliques, de la Baie James à lac Mégantic, de Kuujjuaq à l’Abitibi, se remplissent comme à aucun autre moment de l’année, en cette nuit où nous célébrons la naissance de Jésus de Nazareth, il y a deux mille ans. Nous appelons cette fête la Nativité du Seigneur, c.-à-d. la venue de Dieu parmi nous. Quant au mot Noël, c’est l’expression populaire pour désigner la fête, un mot dérivé du latin natale qui veut dire naissance. Cette fête fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité et aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande de toutes les fêtes.

Le temps de Noël évoque à la fois une ambiance festive et familiale, où on se surprend à vouloir décorer nos villes et nos villages. Cette joie du temps des fêtes semble indissociable d’une fête de la lumière, comme si au coeur de nos nuits, on attendait la venue de quelqu’un, de quelque chose d’extrêmement précieux. Les gens aiment se mettre le coeur en fête en ce temps de l’année, comme si un appel lointain retentissait même dans les coeurs les plus indifférents. Noël est une fête qui éveille le goût de donner, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes d’entraide, et où les réunions de familles et d’amis deviennent l’occasion de revoir tous ceux et celles qui comptent beaucoup dans nos vies. C’est avec raison que nous parlons de Noël comme d’une fête de l’amour.

Tout comme les bergers répondant à l’appel de l’ange, nous voici rassemblés autour de la crèche. Bien des raisons nous ont sans doute amené ici ce soir : les amis, la famille, le hasard, la tradition, l’appartenance et la foi, le goût de célébrer. Mais quelques soient les chemins qui nous ont amenés ici, nous témoignons par notre rassemblement d’une recherche commune, malgré tout ce qui peu nous différencier les uns des autres, d’où que nous soyons.

Bien plus que par tradition ou par amour des cantiques de Noël, il est bon de reconnaître que la décision de venir à la messe de la nuit de Noël relève aussi d’une quête spirituelle, d’un profond désir de se rapprocher du mystère de la vie. Comment expliquer sinon qu’en pleine nuit, au cœur de l’hiver, autant de gens se déplacent et convergent vers une église comme d’un commun accord? Les églises demeurent les lieux privilégiés de cette recherche spirituelle, avec tout ce qu’elles portent de tradition et de la vie de prière de tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi.

Cette nuit de Noël, nous fait communier à une longue histoire, qui se perpétue au fil des siècles, et tout comme l’ont fait nos ancêtres, nous somme privilégiés d’être ici ce soir avec ceux et celles que nous aimons, en communion avec ceux et celles qui sont absents, portant chacun et chacune de nous des rêves, des personnes, des besoins, que nous présentons à l’Enfant-Dieu de la crèche. En fait, nous sommes engagés ensemble dans une démarche de foi alors que nous fêtons la naissance du Sauveur.

Mais que célébrons-nous au juste? Quel est le sens profond de cette fête qui rassemble des millions de croyants en cette nuit bénie, de la Terre de Feu jusqu’au Pôle Nord; de l’Europe occidentale jusqu’au cœur de la Chine, en passant par l’Afrique et les îles du Pacifique? Il nous suffit de réentendre l’annonce de l’ange aux bergers : « Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur… Il est le Messie, le Seigneur. »

Un Sauveur nous est né, nous dit l’ange, mais de quoi vient-il nous sauver au juste? À cette question que posait un journaliste à une jeune femme dans la vingtaine, cette dernière avait répondu : « Jésus vient nous sauver de l’insignifiance ». C’est-à-dire qu’il vient offrir son message de paix et d’amour à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche un but dans la nuit de ce monde, un bonheur qui dure, la joie qui vient d’en haut. Cet enfant qui naît, c’est Dieu lui-même qui nous visite, qui se fait l’un des nôtres, qui se donne à nous afin de nous apprendre à vivre et à être heureux. De quoi Jésus vient-il nous sauver? Jésus est venu libérer l’amour en nous et ainsi il nous sauve de nous-mêmes.  Il nous sauve de nos égoïsmes, de nos duretés de cœur, de nos violences, car lui seul est capable de transformer nos cœurs puisqu’il est Dieu.

Dans sa catéchèse de l’Avent sur la Nativité du Seigneur, le pape François affirmait ce qui suit : « Noël est une fête de la foi et de l’espérance, qui surpasse l’incertitude et le pessimisme. Notre espérance réside dans le fait que Dieu est avec nous et qu’il a encore confiance en nous. Il vient parmi les hommes, et choisit la terre comme demeure pour vivre parmi nous et partager nos joies et nos peines. »

Frères et sœurs, nous voulons aimer et être aimés, nous voulons de tout cœur être heureux et réussir nos vies. Mais pour cela, il nous faut construire sur du solide, bâtir la maison de nos vies sur celui qui est l’auteur de la vie, par qui tout l’univers a été créé et qui avec un infini respect s’approche de nous avec l’humilité d’un enfant, l’enfant de Bethléem.

Oui, réjouissons-nous en cette nuit, car c’est une grande nouvelle qui nous est annoncée. Elle a changé la face du monde et de l’histoire, et elle poursuit sa course jour après jour au cœur de nos vies, et tout particulièrement en cette nuit bénie. Alors, n’hésitons pas à faire nôtre la louange des anges devant la crèche en cette nuit de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes et aux femmes qu’il aime. »

Chers amis, je vous souhaite un très joyeux Noël, à vous et à tous vos proches!

Yves Bériault, o.p.