L’Annonciation à la Vierge Marie

L'Annonciation à la Vierge Marie

L’Archange Gabriel et la Vierge Marie

Osez espérer! Le printemps est arrivé!

Imperceptiblement, la vie se fraie un chemin au coeur du long hiver qui s’achève. Nous le savons, et c’est même une certitude, la vie est plus forte que tout. Plus forte que ces glaces qui nous emmurent, plus forte que ce froid qui trop souvent nous paralyse. Cette expérience des saisons dans notre pays nordique est à la fois  exigeante et exaltante. De la canicule de juillet aux bancs de neige de janvier, des vergers  fleuris aux érablières flamboyantes de nos automnes, la vie s’offre à nous comme un immense livre à colorier. La nature se fait pédagogue et elle enseigne à ses enfants à lire les signes des temps. Imperceptiblement, elle renouvelle sans cesse notre regard sur le monde que nous habitons. A quiconque sait tendre l’oreille, comme un chant séculaire, elle murmure ces paroles qui sont au coeur même de l’acte de création : Osez espérer ! 

Il y a plusieurs années, la communauté chrétienne de l’Annonciation à laquelle j’appartenais avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles en plein mois de janvier, les ramenant de leur « hôtel refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux. Le père, devant le regard insistant de sa femme, osa enfin me questionner. Il  me demanda ce qui avait bien pu arriver aux arbres pour qu’ils soient tous morts. Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient toutes leurs feuilles en automne pour s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous poursuivîmes notre route jusqu’à l’Annonciation. Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent, et l’été venu mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru en mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux même cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie. Chaque année maintenant ils entendent eux aussi cet appel des saisons qui leur dit: Osez espérer !

La  fête de Pâques, n’est-elle pas le lieu par excellence où les chrétiens et les chrétiennes enracinent leur espérance, au-delà des saisons  qui passent. Nous espérons parce que Dieu a cru en nous. Parce que dans un élan d’amour sans égal, Il nous a donné son Fils en partage. Nous espérons parce que Jésus a vaincu la mort et que sa vie s’offre à nous comme un printemps toujours renouvelé. Osez espérer ! C’est le printemps! 

Yves Bériault, o.p.

Homélie : Jésus et la Samaritaine

Troisième dimanche du Carême. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (4, 5-42)

Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient — et c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »

COMMENTAIRE

Le lieu où Jésus fait la rencontre de la Samaritaine n’est pas un lieu commun dans l’histoire d’Israël, c’est le puits de Jacob que les Samaritains ont toujours vénéré et que l’on peut encore voir aujourd’hui. Il s’agit d’un puits très profond qui, selon la tradition, aurait été remis à Joseph par son père Jacob. Au retour d’Égypte, les frères de Joseph l’aurait inhumé tout près de ce puits.

Par ailleurs, il y a un détail des plus intrigant dans ce récit évangélique qui, en fait, en constitue la clé et qui va lui donner toute sa profondeur. On le sait. Le puits est sans doute l’un des lieux les plus importants pour la vie des habitants d’un village. Il suffit d’être allé dans ces régions du monde où l’on puise encore l’eau à un puits pour s’en convaincre. On fait habituellement la file afin d’y puiser son eau et parfois il faut attendre de longues heures.

Ce qui est surprenant dans notre évangile, c’est que Jésus semble se retrouver seul avec cette femme samaritaine. Même les apôtres sont absents, puisqu’ils sont allés au village se procurer de la nourriture. Jésus, lui, est resté assis près du puits à les attendre ou, plutôt, n’attend-il pas cette femme qui vient puiser sur l’heure de midi ?

Il y a un caractère d’intimité indéniable qui se dégage de cette scène, comparable à celle où Jésus reçoit, de nuit, la visite de Nicodème ou, encore, après sa résurrection, lorsqu’il s’assoit avec Pierre sur le bord du lac pour lui demander s’il l’aime.

Il est midi quand la femme se présente au puits. C’est l’heure de la grande chaleur au Moyen-Orient, et c’est habituellement l’heure où l’on ne va pas au puits. C’est ainsi que cette femme se retrouve seule à puiser son eau. Mais pourquoi y va-t-elle à midi? Ce détail de l’évangile de Jean n’est sûrement pas fortuit. L’on peut penser, et c’est l’interprétation que je retiens, qu’elle y va parce qu’elle est certaine d’être seule. Mais elle ne se doute pas que Dieu, Lui, l’attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience et de la miséricorde.

C’est bien connu, pour les gens du village et selon la Loi mosaïque, cette femme est une pécheresse. Elle a eût plusieurs maris et l’homme avec qui elle habite n’est pas son mari. L’anonymat d’une grande ville l’aurait sans doute protégée, mais elle habite un petit village et dans un village tout le monde se connaît, s’épie et jacasse. Notre Samaritaine ne passe pas inaperçue. L’on murmure à son sujet et l’on connaît sa réputation. Jésus lui l’attend au bord du puits et quand il la voit il lui demande à boire.

Maintenant, notre Samaritaine a du caractère. Elle ne se laisse pas intimider facilement par cet étranger. Non seulement elle ose lui parler, mais il y a même une pointe de défi dans sa réplique à Jésus quand elle lui répond :  « Toi, un Juif, tu me demandes de l’eau à boire, à moi, une Samaritaine? » Elle est fière de son appartenance au peuple de Samarie, d’autant plus que sa situation de vie est souvent l’occasion d’humiliation et de rejet. Elle en souffre sûrement, ce qui semble rendre d’autant plus combative et déterminée dans la vie, car elle n’a pas peur d’interpeller ce Juif, cet étranger. Elle est sur son terrain près de ce puits. Après tout, c’est le puits des Samaritains et non des Juifs.

C’est alors qu’un retournement de situation se produit à la grande surprise de cette femme. Alors que Jésus vient de lui demander à boire, c’est lui qui lui offre de l’eau. C’est Jésus qui amorce le dialogue, qui vient au-devant d’elle, car il la connaît, comme Dieu seul peut nous connaître. Jésus sait bien qu’il y a en elle une grande soif de bonheur qui a besoin d’être étanchée. Il lui offre donc son eau vive.

Remarquez que cette femme ne fuit pas à la vue de cet étranger; elle ne refuse pas d’échanger avec lui, ce qui est quand même surprenant dans cette société traditionnelle où une femme ne devait jamais se retrouver seule à parler avec un homme, surtout un étranger, un Juif par-dessus le marché!

Pour les Juifs, comme pour les Samaritains, l’évocation de l’eau fait appel à un puissant symbole dans les Écritures. L’on pourrait évoquer ici le rocher de Massa et Mériba dont Moïse a fait couler de l’eau alors que le peuple se mourrait de soif au désert. Ou encore le passage du livre du prophète Ézéchiel (ch. 47) qui annonce, lors l’Exil à Babylone, l’avènement d’un Temple nouveau, dont il voit couler de son côté une source d’eau vive qui bientôt va devenir un fleuve puissant, qui va s’épandre partout dans le désert et assainir tout ce qu’elle touche. Les psaumes aussi reviennent souvent sur l’image de l’eau. Pensons ici au psalmiste qui s’écrie : « Mon âme a soif de toi mon Dieu. » Ou encore : « Tu me fais reposer près des sources vives. » C’est cette eau annonciatrice de la venue des temps messianiques que Jésus propose à la Samaritaine.

L’on comprend que la proposition de Jésus ne peut qu’éveiller l’intérêt de cette femme qui, comme la suite du récit va nous le révéler, ne demande qu’à boire de cette eau vive que lui offre Jésus, afin de retrouver sa dignité, un sens à sa vie, alors que secrètement l’appel de Dieu se fait sans doute sentir en elle depuis bien des années.

Et c’est ainsi qu’ayant acquiescé à l’offre que lui fait Jésus, elle court vers le village et n’hésite plus à se faire voir au grand jour, à s’exprimer sur la place publique, à se tenir debout, parce qu’elle a rencontré le Messie et que ce dernier s’est penché sur sa misère. C’est elle qui venait puiser de l’eau, mais c’est Jésus qui lui offre de dégager en elle ce puits obstrué où Dieu semble enfoui.

À travers la Samaritaine, près du puits de Jacob, Jésus s’adresse en même temps à toute pécheresse, à tout pécheur. Il nous fait la même demande qu’il a faite à la Samaritaine : « Donne-moi ta soif et moi je l’étancherai. Je te donnerai l’eau vive. »

Nous ne pouvons que faire nôtre la réponse de la Samaritaine : « Seigneur, donne-la-nous, cette eau et que nous n’ayons plus jamais soif. »

 

Yves Bériault, o.p.

 

En la fête de saint Patrick

04b-st-patrickMoi Patrick
J’avance sur ma route
Avec la force de Dieu comme appui
La puissance de Dieu pour me protéger
La sagesse de Dieu pour me diriger
L’oeill de Dieu pour me guider
L’oreille de Dieu témoin de mon langage

Que la parole de Dieu soit sur mes lèvres
Que la main de Dieu me garde
Que le chemin qui mène à Dieu
s’étende devant moi
Que le bouclier de Dieu me protège
que l’armée invisible de Dieu me sauve
De toute embûche du démon
De tout vice qui pourrait me réduire en esclavage
Et de tous ceux qui me veulent du mal
Au cours de mon rapide ou long voyage
Seul ou avec la multitude
Que le Christ sur ma route
Me garde
Afin qu’une moisson fructueuse
Puisse accompagner ma mission

Christ devant moi, derrière moi
Christ sous moi, sur moi
Christ en moi et à mes côtés
Christ autour et alentour
Christ à ma gauche et Christ à ma droite
Christ avec moi le matin et avec moi le soir
Christ dans chaque coeur qui pensera à moi
Christ sur chaque lèvre qui parlera de moi
Christ dans chaque regard qui se posera sur moi
Christ dans chaque oreille qui m’écoutera…

Sur ma route…
Me conduisant vers le roi d’Irlande
et sa colère
J’invoque le pouvoir de la Trinité Sainte
Par ma foi dans le Père.
Et en Dieu Créateur.

Saint Patrick d’Irlande

La Transfiguration du Seigneur

Deuxième dimanche du Carême. Année A

metamorfosis

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. 
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

C’est le théologien Karl Rahner qui dit de Jésus qu’il est « la parole ultime de Dieu et la plus belle. » Le récit de la Transfiguration met cette affirmation en évidence comme aucun autre récit évangélique. Aucune des manifestations de Jésus après sa résurrection n’atteint une telle intensité, un tel éblouissement. Aussi, il n’est pas surprenant que la Transfiguration soit l’un des événements les plus commenté du Nouveau Testament avec la passion et la résurrection du Christ.

Même s’il ne parle pas de l’épisode de la Transfiguration, l’évangéliste Jean y fait sans doute référence quand il écrit : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire » (Jean 1:14). Ailleurs, dans sa première épître, Jean écrira encore : « ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons. » Comment ne pas voir là un rappel de ce que ce disciple a vécu avec Jésus.

L’apôtre Pierre lui, dans sa deuxième épître, fait explicitement référence à l’événement de la Transfiguration en affirmant avec emphase : nous l’avons « vu de nos yeux dans tout son éclat… Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Par ailleurs, les évangélistes peinent à trouver les mots pour nous décrire ce qui s’est réellement passé sur la montagne. Luc, Matthieu et Marc ne trouvent pas de meilleur comparaison que celle d’une « lumière éclatante » pour parler de la Transfiguration. Saint Luc raconte que le visage de Jésus « devint autre, et ses vêtements d’une blancheur fulgurante. » « Son visage resplendit comme le soleil », écrit saint Matthieu. Saint Marc lui, nous dit que ses vêtements devinrent resplendissants, très blancs, comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. » Les évangélistes et les témoins de la Transfiguration de Jésus sont à court de mots pour tenter de décrire l’indicible, l’insaisissable. Mais ce qui est certain, c’est que la Transfiguration est la manifestation de la divinité du Christ, de sa gloire tenue cachée et, pour un instant, dévoilée devant les yeux stupéfaits des trois apôtres.

Mais que vient faire ce récit, au coeur de ce Carême, dans notre montée vers Jérusalem? Il est bon de se rappeler que la Transfiguration de Jésus survient après la première annonce de sa passion. Les disciples sont effrayés. Ils ne comprennent pas et, surtout, ils n’acceptent pas l’éventualité de la fin tragique de leur maître. C’est alors que Jésus amène avec lui trois de ses disciples et leur donne de contempler sa gloire de Fils de Dieu avec Moïse et Élie, les grands témoins de la foi d’Israël.

Certains commentateurs ont vu dans la Transfiguration une démarche pédagogique de la part de Jésus afin de préparer les disciples à l’éventualité de sa mort, et ainsi leur redonner courage devant l’épreuve à venir. Mais il faut bien reconnaître que cela n’a pas suffit. Comme les autres Apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont abandonner Jésus devant le spectacle insoutenable de sa crucifixion, confrontés au souvenir de celui-là même qu’ils ont vu transfiguré, et qui est maintenant défiguré sous leurs yeux, méprisé, livré à l’hostilité de la foule. Il faudra que le Christ ressuscite et que sa gloire les enveloppent à nouveau de sa présence pour que ces disciples trouvent le courage de le suivre, et ce, jusqu’au don même de leur vie. C’est donc après la résurrection que l’événement de la Transfiguration va dévoiler tout son sens.

Les Apôtres se rappelleront que lors de la montée de Jésus à Jérusalem, sa vie était en parfaite communion avec le Père, sa gloire et sa passion ne pouvant être dissociés l’une de l’autre. Il s’agit d’un même mouvement chez Jésus. C’est à la lumière de ce mystère incroyable, que saint Paul pourra encourager son fidèle Timothée à prendre sa part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. Car la passion du Christ ne peut s’arrêter avec sa mort en croix. Elle se poursuit pour tous ceux et celles qui mettent leur foi en lui et qui ont cette conviction que la bonne nouvelle de l’Évangile est le seul chemin proposé à notre humanité dans sa quête du bonheur.

Le récit de la Transfiguration en ce deuxième dimanche du Carême, vient nous rappeler à la fois la grandeur, mais aussi l’exigence de notre foi en Jésus-Christ. Non seulement il nous dévoile sa divinité; non seulement il nous donne d’entendre la voix du Père, mais il nous engage à marcher courageusement avec lui dans un monde qui cherche toujours à le crucifier. Allons-nous partir nous aussi quand les vents contraires semblent menacer l’Église? Est-ce que notre foi est capable de contempler le Christ aujourd’hui alors qu’il est souvent rejeté?

Faut-il le rappeler, nous n’avons pas mis notre foi dans des fables sophistiquées, comme l’affirme l’Apôtre Pierre. Nous le savons, il n’est pas facile de rester au pied de la croix de Jésus quand la foule se moque de lui. Et pourtant, c’est cette croix elle-même qui nous incite à croire et qui vient authentifier la foi des premiers disciples. Car, comment penser que les évangélistes aient pu inventer une telle histoire, qui ne pouvait que les humilier et les discréditer, et qui aurait dû même empêcher la naissance du christianisme? Ils ont voulu rapporter les faits, aussi improbables qu’ils étaient, tels qu’ils les ont vécus, soit la victoire glorieuse du Christ alors qu’il était crucifié au coeur de la mort.

Dans le récit de la Transfiguration, l’apôtre Pierre, ce cher Pierre, veut s’arrêter sur cette montagne en y plantant trois tentes, perdu qu’il est dans la contemplation de cette vision merveilleuse du Père avec le Fils. Mais Jésus nous invite à redescendre dans la plaine avec lui.

C’est pourquoi Abraham nous est proposé comme modèle en ce dimanche, lui qui quitte son pays et qui part dans la foi vers l’inconnu à la demande de Dieu. Alors que sa femme Sarah est stérile et qu’il est devenu apatride, il se voit promettre une postérité aussi nombreuse que le sable de la mer. Tout semble contredire les promesses de Dieu dans la vie d’Abraham, et pourtant il avance dans la foi et la confiance. C’est à cette audace que nous invite ce dimanche de la Transfiguration.

Frères et soeurs, aujourd’hui encore, le Christ s’offre à notre contemplation, en nous rassemblant tout comme les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, afin de nous partager sa vie dans cette eucharistie que nous célébrons. C’est la grâce qui nous est faite de pouvoir nous arrêter avec lui sur ce sommet de notre foi, et d’être les témoins éblouis de la gloire de Dieu. Au terme de notre célébration, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de sa présence et de sa force au coeur de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.

Les plus beaux gestes du pape François

La prière est la lumière de l’âme (Homélie du Ve siècle)

Le bien suprême, c’est la prière, l’entretien familier avec Dieu. Elle est communication avec Dieu et union avec lui. De même que les yeux du corps sont éclairés quand ils voient la lumière, ainsi l’âme tendue vers Dieu est illuminée par son inexprimable lumière. La prière n’est donc pas l’effet d’une attitude extérieure, mais elle vient du cœur. Elle ne se limite pas à des heures ou à des moments déterminés, mais elle déploie son activité sans relâche, nuit et jour.En effet, il ne convient pas seulement que la pensée se porte rapidement vers Dieu lorsqu’elle s’applique à la prière ; il faut aussi, même lorsqu’elle est absorbée par d’autres occupations — comme le soin des pauvres ou d’autres soucis de bienfaisance —, y mêler le désir et le souvenir de Dieu, afin que tout demeure comme une nourriture très savoureuse, assaisonnée par l’amour de Dieu, à offrir au Seigneur de l’univers. Et nous pouvons en retirer un grand avantage, tout au long de notre vie, si nous y consacrons une bonne part de notre temps.La prière est la lumière de l’âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes.

Par elle, l’âme s’élève vers le ciel, et embrasse Dieu dans une étreinte inexprimable ; assoiffée du lait divin, comme un nourrisson, elle crie avec larmes vers sa mère. Elle exprime ses volontés profondes et elle reçoit des présents qui dépassent toute la nature visible.

Car la prière se présente comme une puissante ambassadrice, elle réjouit, elle apaise l’âme.

Lorsque je parle de prière, ne t’imagine pas qu’il s’agisse de paroles. Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible qui ne vient pas des hommes et dont l’Apôtre parle ainsi : Nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.

Une telle prière, si Dieu en fait la grâce à quelqu’un, est pour lui une richesse inaliénable, un aliment céleste qui rassasie l’âme. Celui qui l’a goûté est saisi pour le Seigneur d’un désir éternel, comme d’un feu dévorant qui embrase son cœur.

Lorsque tu la pratiques dans sa pureté originelle, orne ta maison de douceur et d’humilité, illumine-la par la justice ; orne-la de bonnes actions comme d’un revêtement précieux ; décore ta maison, au lieu de pierres de taille et de mosaïques, par la foi et la patience. Au-dessus de tout cela, place la prière au sommet de l’édifice pour porter ta maison à son achèvement. Ainsi tu te prépareras pour le Seigneur comme une demeure parfaite. Tu pourras l’y accueillir comme dans un palais royal et resplendissant, toi qui, par la grâce, le possède déjà dans le temple de ton âme.