Homélie pour la fête de la Sainte Trinité

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,16-18.
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

COMMENTAIRE

Un jour, un évêque exprima le souhait de rencontrer un groupe d’enfants qui se préparait pour la première communion. Il les recevait l’un après l’autre et les questionnait sur ce qu’ils avaient appris dans leurs cours de catéchèse. Il demanda à une fillette : « Peux-tu me parler de la Sainte Trinité ? » L’enfant commença son boniment, mais après une minute, l’évêque étant un peu sourd se pencha vers elle, et tendant l’oreille, il lui dit : « Je m’excuse mon enfant, mais je ne comprends pas ». La petite fille lui répondit en chuchotant, sur le ton de la confidence : « Moi non plus, monseigneur, je ne comprends pas. C’est un mystère ! »

Un mystère ! C’est ainsi habituellement que l’on nous présente ce qui est le coeur de notre foi, la Sainte Trinité. Ce mystère d’un Dieu en trois personnes, bien des pères de l’Église et des mystiques ont tenté de l’expliquer en usant de métaphores de toutes sortes afin de le rendre intelligible.

Saint Grégoire de Nazianze, disait de la Trinité : « Le Père est la Source, son Verbe est le fleuve, l’Esprit Saint est le courant du fleuve. » Catherine de Sienne, elle, prenait l’analogie du Buisson ardent, le Père étant le feu, le Fils étant la lumière qui se dégage du feu, et l’Esprit Saint la chaleur du feu.

Mais l’exemple dont je garde le souvenir le plus frappant est celui de cette soirée chez mes parents. Nous étions assis au salon ensemble sur un divan. Ma mère était assise entre moi et mon père, heureuse de nous avoir tout près d’elle. Soudain, comme si elle venait de faire une grande découverte, elle s’exclama, en indiquant mon père : « Le père »; ensuite elle se tourna vers moi et dit : « le fils », et, se pointant du doigt, elle eût un moment d’hésitation, et elle dit avec un grand sourire : « et le Saint Esprit ». Ma mère ne parlait jamais de sa foi, et je me demande encore aujourd’hui comment lui est venue une telle idée ? C’était tout à fait spontané, et je garde le souvenir que ma mère venait d’exprimer là une profonde intuition du mystère de la Trinité, qui m’interpelle encore aujourd’hui.

Il n’est pas simple de parler de la Sainte Trinité, et pourtant, cette vérité de notre foi est fondamentale. Elle structure notre Credo, ainsi que toutes nos liturgies. Lorsque nous prions et célébrons ensemble, nous prions toujours le Père, par le Fils, dans le Saint Esprit. Notre foi est décidément trinitaire.

Pourtant, vous conviendrez avec moi qu’il serait tellement plus facile d’affirmer que nous croyons tout simplement en un Dieu, comme toutes les autres grandes religions. On éviterait ainsi beaucoup de querelles et de désaccords. Alors, pourquoi tenons-nous tellement à affirmer cette foi en la Sainte Trinité ?

Poser la question, c’est y répondre. Nous croyons au Dieu trinitaire parce que c’est Dieu lui-même qui nous a donné de le connaître. C’est lui qui s’est révélé à nous. Ce serait tellement plus simple s’il ne nous avait pas légué cet héritage en Jésus Christ. Mais voilà, Jésus est venu, et il nous a dévoilé le vrai visage de Dieu, nous donnant de comprendre que si Dieu est amour, c’est parce qu’il est Trinité.

De la même manière que les astrophysiciens ne cessent de s’émerveiller devant l’infinie grandeur d’un univers, qui ne cesse de se complexifier et de s’étendre au fur et à mesure qu’ils le découvrent, la foi chrétienne est le résultat de cette découverte progressive du Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse et de tous les prophètes, et qui a atteint son point culminant, il y a deux mille ans, alors que Dieu est venu parmi nous, qu’il a pris un visage, et qu’il s’est fait connaître de nous comme un être de communion, en qui se vit une profonde intimité, un mystère d’amour inouï entre le Dieu Père qui envoie son Fils, le Dieu Fils qui est tout donné à son Père, qui vient pour nous ramener vers lui, et le Dieu Saint Esprit, qui est cet amour éternel qui uni le Père et le Fils. Ils sont trois, mais ils ne forment qu’un seul Dieu en trois personnes. On l’appelle la Sainte Trinité et c’est un mystère !

Frères et soeurs, parce que nous mettons notre foi en Jésus-Christ, nous croyons et nous affirmons que Dieu n’est pas une invention, mais une découverte. Nous croyons que Dieu est une rencontre que chacun doit faire en soi-même. Nous croyons que Jésus-Christ est le chemin de cette rencontre, que le Père est celui qui nous appelle à la vie, et que cette vie habite en nous par le don de l’Esprit Saint. Chaque dimanche, quand nous nous rassemblons, nous ne célébrons pas une idée abstraite, mais la vivante réalité de notre Dieu, qui est Père, Fils et Esprit Saint. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour la fête de la Pentecôte (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-23.

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

COMMENTAIRE

Les gens qui vous voient entrer à l’église, s’ils s’interrogent, se disent sans doute que vous croyez en Dieu. Et vous avez sûrement la foi puisque vous êtes ici pour célébrer l’eucharistie. Mais pourquoi vous, et pourquoi pas les autres? Cette question je me la suis souvent posée, et je l’ai retrouvée tout récemment avec bonheur sous la plume d’un théologien canadien, Gregory Baum, qui dans son dernier livre, qui vient de paraître, raconte l’histoire de son parcours théologique. Gregory Baum est un juif allemand converti au catholicisme, et qui, à l’âge de 92 ans, se demande d’entrée de jeu dans son livre : «Pourquoi moi, et pas les autres?»

Étrange question à se poser en cette fête de la Pentecôte, me direz-vous? Mais je sais que cette question ne vous est sans doute pas étrangère et qu’elle a sûrement habité une foule de témoins au fil des siècles parce qu’ils se sentaient tributaires d’un héritage qui leur est tombé dans le cœur sans qu’ils aient rien fait pour le mériter, souvent même, sans l’avoir demandé. Mais le don est là, immensément présent, et dont ils ne pourraient se défaire même s’ils le voulaient. Et voilà qu’ils contemplent ce cadeau incroyable de croire en Dieu, et même d’aimer Dieu, et qui les amène à se demander : «pourquoi moi et pas les autres?»

Alors je vous la pose cette question en cette fête de la Pentecôte : «Pourquoi vous et pas votre frère, ou votre sœur, votre conjoint, ou vos enfants?» Car quand on a la foi, on aimerait tellement la partager avec d’autres, afin qu’ils aient la chance eux aussi de vivre un tel don, d’avoir ce regard différent sur la vie et qui change profondément notre manière d’assumer nos vies. Car c’est là, je crois, le sens premier du don de l’Esprit Saint. Une présence mystérieuse qui part du plus profond de nous-mêmes et qui nous ouvre à plus grand que nous-mêmes.

Un don par lequel Dieu nous appelle à le connaître, à l’aimer et à le faire connaître, et ce, sans aucun mérite de notre part. On l’a bien vu avec Jésus dans le choix qu’il a fait de ses apôtres. Ce dernier n’était pas très regardant quand on considère ceux qu’il a choisis. Il n’y a donc pas de quoi se glorifier que d’avoir la foi. Comme le dit saint Paul, notre seule fierté c’est la croix du Christ, c’est le don qu’il nous fait de lui-même. Quant à nous, nous ne sommes que des vases d’argile, mais combien précieux, en qui Dieu veut mettre sa confiance et tout son amour. Quel don extraordinaire! C’est la fête de la Pentecôte!

C’est pourquoi il importe de nous redire la chance que nous avons en ces temps difficiles pour l’Église et pour notre monde, d’être appelés à vivre une fidélité à Dieu souvent humble et cachée, sans grands éclats, sans grande renommée, goûtant tout simplement les fruits de l’Esprit Saint, tâchant de vivre en paix les uns avec les autres, soucieux de la justice et du bon droit, de la défense des plus pauvres, cherchant sans cesse à être bons, à être meilleurs.

Oui, c’est la fête de la Pentecôte où Dieu se fait tout à tous, même à nous, et pourtant la question demeure entière : «Pourquoi nous et pas les autres?» Sans prétendre sonder le coeur de Dieu, la réponse qui me paraît la plus juste est peut-être parce que nous en avons davantage besoin de cette foi ! Où en serions-nous si Dieu ne nous avait pas appelé à lui ? De toute évidence, il y a là une miséricorde de Dieu qui s’exerce à notre endroit en nous donnant la foi, en nous appelant à son service, et cette miséricorde nous ne pourrons en mesurer la profondeur et le pourquoi qu’une fois au ciel.

En attendant, bonne fête de la Pentecôte frères et soeurs dans le Christ ! En ce jour, nous avons mille et une raisons de nous réjouir et de dire merci !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs