Une petite fille dit à sa mère…

Une petit fille dit à sa mère: « Maman, j’ai envie de dessiner Dieu ». Sa mère lui dit « Prends tes crayons de couleurs, du papier et dessine ». La petite fille s’installe la table et réfléchit à ce qu’elle va faire. Elle revient trouver sa mère et demande: « Maman, est-ce qu’il est grand, Dieu ? ». « Oui, ma fille, Dieu est très grand », lui dit la mère. La petite fille revient s’asseoir, prend un crayon et s’arrête encore. Elle revient trouver sa mère: « Maman, Dieu, est-ce qu’il est beau ? ». « Oui, lui dit sa mère, Dieu est très beau ». La petite fille revient table , réfléchit encore devant son papier et revient trouver sa mère: « Maman, j’ai décidé de ne pas dessiner Dieu, j’ai trop peur de l’abîmer ».

La difficulté de croire

Marc Donzé, le biographe de Maurice Zundel, un prêtre suisse, grand spirituel du XXe siècle, disait ceci à son sujet : « Il voudrait pouvoir parler de Dieu, à pas de silence et de respect, au coeur de ce qui importe le plus à l’homme. Il voudrait pouvoir dire sans violence, mais en prenant chaque homme par la main, que Dieu est l’accomplissement de l’homme. » (Donzé, Marc. La pauvreté comme don de soi. Cerf/Saint-Augustin,1997. pp. 36-37).

La foi ne s’impose pas, elle ne se démontre pas. Elle échappe aux raisonnements logiques qui en donnerait une preuve définitive. La foi, on ne peut ni la donner, ni la prêter, ni la transmettre comme un bien qui nous appartiendrait. On peut tout au plus en parler, en témoigner et surtout en vivre. En vivre, ce sera de l’insérer au plus intime de nos journées, de nos faits et de nos gestes. Y puiser force et courage, goûter à cette joie secrète de celui qui accueille en sa vie la présence de Dieu. Pour nous chrétiens et chrétiennes, c’est cela vivre notre en Jésus-Christ.

Quand je suis appelé à parler de la foi, je ne puis m’empêcher d’en parler comme si je m’adressais à des curieux de la foi, à des distants, à des personnes qui ignorent même tout de la personne du Christ. Car le danger nous guette toujours, nous les croyants, de surestimer le chemin parcouru depuis que nous avons commencé à croire. L’homme aime bien domestiquer son existence, l’enfermer dans un monde de sécurité et d’habitudes. Et parfois il agit ainsi avec Dieu. Il en fait son bien, sa chose, au point de ne plus vraiment avoir besoin de lui. Dieu devient une commodité que l’on range dans le grenier de nos surplus.

D’autre part, même si nous pensons accorder une juste place à Dieu dans nos vies, je suis convaincu qu’il nous faut toujours entendre parler de la foi avec la ferveur des amoureux lorsqu’ils entendent parler de l’amour. Car parler de la foi en Dieu c’est toucher à la fibre la plus intime et la plus personnelle de notre existence, au-delà de toutes nos amitiés, de tous nos amours. Comme le dit Maurice Zundel : « Dieu est l’accomplissement de l’homme » et l’enjeu qui se cache derrière l’expérience de la foi est celui de la réalisation même de mon être en tant que personne. Nous sommes donc loin ici de définitions abstraites, de doctrines, de choses à retenir. Quand nous abordons en Église la question de la foi, nous parlons avant tout de notre bonheur.

Quand on aborde la question de la foi nous sommes souvent renvoyés par les non-croyants aux nombreux scandales qui entoure les religions, toutes espèces confondues. Au nom de la religion des hommes et des femmes exploitent, dominent, excluent et tuent leurs semblables. La religion est vécu par certains comme un pouvoir, une vérité qu’il faut imposer aux autres ou encore au nom de laquelle il faut exclure les autres, quitte à les exterminer. Toutes les religions ont connu ces excès et encore aujourd’hui nous sommes témoins d’actes intolérances commis au nom de la différence religieuse. Certains voient là la preuve que les religions ne servent à rien et par le fait même ils trouvent là la justification leur permettant de disqualifier tout discours sur Dieu.

Par ailleurs, si l’on veut aborder sérieusement la question de l’intolérance, de l’exclusion ou de l’anéantissement pur et simple de l’autre, il faut être honnête et se rappeler que le XXe siècle, entre tous les siècles, a connu les pires des guerres, utilisant des armes de destructions massives; il faut aussi se rappeler que le XXe siècle a connu les pires mouvements d’exclusion et d’extermination sous divers régimes athées : le communisme en Union Soviétique et en Chine, le nazisme en Allemagne, les Khmers Rouge dans le Kamputchéa de Pol Pot (Cambodge), les massacres raciaux il y a seize ans au Rwanda… Dans aucun de ces cas la religion n’a joué un rôle. « L’homme est un loup pour l’homme », dit le dicton, et son instinct de violence et de domination s’affirme partout là où il exerce son emprise, même au nom de la religion. Les grandes religions, en dépit de leurs messages de paix et de concorde, peuvent aussi tomber entre les mains de mercenaires, et alors l’on confond le message et le messager.

Mais est-ce là une raison pour évacuer Dieu de notre horizon? Alors il faudrait non seulement cesser de croire mais aussi cesser d’aimer, car il y a tellement de crimes commis au nom de l’amour qu’il faudrait tenir tout attachement à un autre comme suspect, sinon dangereux. Ne pourrait-on pas trouver dans toutes ces violences quotidiennes que traversent de nombreux couples et familles la justification au bannissement de l’amour dans nos sociétés. Ainsi on pourrait lire sur des panneaux : « Interdiction d’aimer car l’amour ne conduit qu’à la violence ». « L’amour opium du peuple! » N’est-ce pas là le raisonnement que font ceux et celles qui mettent Dieu en-dehors de leur vie à cause des excès commis au nom de la religion.

Plus fondamentalement, la raison pour laquelle Dieu est ignoré par tant de personnes ne réside pas dans une explication unique mais, en même temps, elles se rejoignent toutes. Ainsi certains ressemblent aux Athéniens dont parle l’Apôtre Paul, et qui n’ont jamais vraiment entendu parler de lui. D’autres n’en ressentent tout simplement pas le besoin. Ils semblent satisfaits de n’avoir aucune explication au sens de la vie. Tandis que d’autres encore refusent de croire parce que l’idée d’un Dieu créateur leur semble absurde. Ils ont l’impression que croire en Dieu veut dire perdre son autonomie, sa liberté. Ils se font des représentations assez fragmentaires de la foi, pour ne pas dire caricaturales, d’où leur refus de croire. Mais dans tous ces cas Dieu est méconnu. Comme le disait sainte Marguerite : « L’amour n’est pas aimé. » La source même de nos vies est ignorée. Mais le mystère est tellement immense, tellement incroyable que l’on peut comprendre qu’il soit si difficile de croire.

Dieu et le barbier

Un homme entra dans un salon pour se faire couper les cheveux et tailler la barbe. Avec le barbier, il discuta de sujets nombreux et variés. Soudain, ils abordèrent celui de Dieu. Le barbier dit : « Écoute, je ne crois pas que Dieu existe, comme tu le dis. – Pourquoi donc? continua le client.
– C’est évident. Tu n’as qu’à sortir dans la rue pour comprendre. Dis-moi, si Dieu existait, y aurait-il tant de gens malades? Y aurait-il tant d’enfants abandonnés? Si Dieu existait vraiment, il n’y aurait ni souffrance ni peine. Comment Dieu pourrait-il permettre tout ça?  »

Le client réfléchit et ne répondit rien. Lorsque le barbier termina son travail, le client sortit. Aussitôt, sur la rue, il vit un homme aux cheveux longs et à la barbe négligée. Le client retourna alors au salon et dit au barbier :  » Tu sais quoi? Les barbiers n’existent pas.

– Comment ça, les barbiers n’existent pas? demanda le barbier, amusé. Ne suis-je pas ici et ne suis-je pas un barbier moi-même?
– Non! s’écria le client. Ils n’existent pas parce que s’ils existaient, il n’y aurait pas des gens avec des cheveux longs et une barbe négligée, comme cet homme qui marche dans la rue.
– Les barbiers existent. Mais ce qui arrive, c’est que les gens ne viennent pas à moi.
– Exactement! affirma le client. Dieu existe. Mais comme les gens ne vont pas vers LUI, il y a dans le monde beaucoup de souffrances et de peines.

Lettre à Dieu

Parce que tu as aimé cette terre Seigneur, voilà qui me donne d’espérer quand je sens ma foi vacillante. À voir vivre tes enfants rieurs, comment ne pas sentir la tendresse de ton regard posé tout doucement sur chacun d’eux. Tu es là ! Je le crois. Et je devine ta joie, car c’est ma joie. Et je connais ta peine lorsqu’ils souffrent, car c’est la mienne, et elle ne peut venir que de Toi.

Et du plus profond de mon impuissance, monte en moi cet appel à les consoler avec toi ! À prendre avec toi ce poids de douleur qui accable notre terre jusqu’à plus soif. Mais je te découvre plus pauvre que moi. Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance. Et ton amour n’en finit plus d’attendre les deux mains clouées sur le bois. Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix? Faut-il être entré dans ta gloire pour mesurer le poids infini de ta souffrance et trouver la force de l’assumer avec toi?

Pourquoi te cacher derrière ce silence qui enveloppe l’univers, comme si, sur le point de parler, tu retenais ton souffle, l’espace d’un instant. Un instant d’éternité où l’Homme attend les yeux tournés vers le Ciel…

Pourtant, tout dans l’univers ne s’écrie-t-il pas :  » Gloire! Des astres créés, aux rires des enfants. Contemplez Celui qui vient! Celui qui Est! Contemplez! Il est là, aux portes du monde, et vous êtes chez Lui. L’univers est son jardin et l’Homme, un promeneur solitaire qui cherche son chemin. N’entendez-vous pas sa voix?  »

Et l’Homme, reste là, hébété au cœur du jardin, soûlé par le poids de sa vie, ne sachant plus où regarder quand tout, autour de lui, l’appel vers Toi. Nous aurais-tu donc créés aveugles?

Pourtant, un jour, mes yeux ont vu. C’était de nuit. C’est bien connu, tous les saints le disent, tu ne viens que de nuit. Tu es venu vers moi parce que je t’avais appelé, je t’avais supplié… Il y a de çà longtemps, et c’est maintenant, tellement le souvenir en est vivace. Ton Nom alors s’est gravé en ma mémoire, en moi qui ne suis rien, une passion inutile d’après certains. Tu es venu au cœur de ma faiblesse et de ma peur. Tu as dit les mots qui seuls pouvaient me relever : j’étais aimé de toi!

fr. Yves Bériault, o.p.

L’impuissance de Dieu

« Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mc 15, 34) ! Le Dieu qui nous laisse vivre dans le monde, sans l’hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous nous tenons constamment. Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide […] Voilà la différence décisive d’avec toutes les autres religions. La religiosité de l’homme le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la souffrance et à la faiblesse de Dieu; … L’évolution du monde vers l’âge adulte dont nous avons parlé, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui accomplit sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance. »

(Dietrich Bonhoeffer. Résistance et soumission, Lettres et notes de captivité. Lettre du 16 juillet 1944, Genève 1967, p. 162-163.)

Lettre de captivité de Dietrich Bonhoeffer

« Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mc 15, 34) ! Le Dieu qui nous laisse vivre dans le monde, sans l’hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous nous tenons constamment. Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide […] Voilà la différence décisive d’avec toutes les autres religions. La religiosité de l’homme le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la souffrance et à la faiblesse de Dieu; … L’évolution du monde vers l’âge adulte dont nous avons parlé, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui accomplit sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance. » (D. Bonhoeffer, Dietrich. Résistance et soumission, Lettres et notes de captivité. Lettre du 16 juillet 1944, Genève 1967, p. 162-163.)


Qui est Dietrich Bonhoeffer?

D. Bonhoeffer« Né à Breslau en 1906, fils de la haute bourgeoisie allemande, docteur en théologie à 23 ans après de brillantes études, tout semble destiner Dietrich Bonhoeffer à une haute position dans la société. Il voyage en Europe et aux Etats-Unis et est ordonné pasteur en 1931.

Le 30 janvier 1933, Hitler arrive au pouvoir. Dès le 1er février, Bonhoeffer dénonce, dans une allocution à la radio, la prétention de souveraineté totale du Führer. Son émission est immédiatement interrompue. Il publie ensuite un article contre l’antisémitisme et participe à l’organisation de l’Eglise confessante, avec Karl Barth et Niemöller. Chez ce « théologien de la réalité » (selon André Dumas), la vie, l’oeuvre, la foi, sont indissolublement liées.

En 1935, il est responsable du séminaire de Finkenwalde dont les activités sont rapidement interdites, et se poursuivent dans la clandestinité.

« Nachfolge » (Le prix de la Grâce) – 1937 – « Gemeinsames Leben » (De la vie communautaire) – 1939 – Ethique – paru en 1949 – Résistance et soumission, lettres de prison publiées en 1951 : l’oeuvre de Bonhoeffer a marqué son époque. Comment être croyant dans un monde qui semble ne pas avoir besoin de Dieu, quelle peut être l’action de l’Eglise dans le monde ?

En 1940, Bonhoeffer s’engage dans la conjuration contre Hitler. Arrêté par la Gestapo le lendemain de l’attentat manqué de 1943, il est condamné à mort et pendu le 9 avril 1945 sur l’ordre personnel de Hitler. » (Source)


Une biographie récente de D. Bonhoeffer

Schlingenspien, Ferdinand. Dietrich Bonhoeffer 1906-1945. Salvator, 2005. 438 pp.

« Sur la base de nouvelles sources (oeuvres complètes, correspondances diverses), l’auteur nous décrit l’itinéraire exemplaire et courageux du pasteur luthérien allemand, Dietrich Bonhoeffer. Dans cet ouvrage, il fait preuve d’une très grande maîtrise pour présenter en Dietrich Bonhoeffer l’homme, l’écrivain, le résistant à Hitler, le théologien d’exception qui ouvre de nouvelles voies au christianisme contemporain. Après une longue période – puisque le livre de Ebehard Bethge remonte à 1967 – cette biographie devient l’ouvrage de référence sur Dietrich Bonhoeffer. »

Le saut dans l’inconnu

Un correspondant me demande : « Pourquoi certaines personnes n’ont-elles pas le don de la foi? » La question comporte déjà sa propre réponse. Il s’agit bel et bien d’un don et l’homme est bien impuissant à se donner la foi. Je parle de la foi qui fait vivre et aimer, celle qui nous dépasse. La foi chrétienne affirme que Dieu ne fait pas de distinction entre les personnes. Toutes sont appelées à le connaître et à l’aimer. Dieu n’est pas chiche et il n’a pas de préférés. Ou s’il en a, comme nous le voyons dans les évangiles, ce sont toujours ceux et celles qui sont les plus loin de lui.

Jésus montre une attention toute particulière pour les pauvres et les exclus, pour ceux et celles que l’on considère perdus. Mais la démarche de foi implique un saut dans l’inconnu. Tous ne le vivent pas ainsi. Certaines personnes semblent être tombées dans le « bénitier » dès leur tendre enfance et la foi ne semble jamais leur avoir fait défaut.

D’autres doivent chercher de manière plus laborieuse et je ne doute pas que ce soit parce que Dieu les attend ailleurs. Non pas que Dieu se refuse à eux, mais parfois notre histoire personnelle nous a fait fermer la porte à Dieu. Mais comme le dit Jésus au livre de l’Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, celui qui m’ouvrira, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Ailleurs dans les évangiles Jésus dit : « Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez. »

Le don de la foi et la plus belle demande qu’une personne puisse faire, car la foi illumine tout notre existence et lui donne une direction assurée. Et c’est ici qu’intervient la notion de l’amour. Car la foi, c’est vouloir entrer dans l’amour de Dieu. C’est accepter de se laisser aimer par lui, de remettre entre ses mains toute notre vie, tous nos espoirs, nos peines et nos projets. Il y a là une dimension de confiance. Si quelqu’un veut croire en Dieu, il doit tout d’abord lui faire confiance, le prier et lui demander cette foi. La quémander! C’est cela le saut dans l’inconnu, mais dont on ne revient jamais les mains vides.