Comment prier

Un jour, alors que je priais dans ma chambre, j’ai eu cette vive conscience que je n’avais pas à chercher Dieu dans la prière, i.e. à rechercher sa présence « satisfaisante », comme trop souvent est vécue la prière dite « contemplative » ou la méditation.Je prenais conscience que je devais plutôt me laisser trouver par Dieu et entrer dans son désir sur moi et pour le monde. Je réalisais que l’un des buts fondamentaux de la prière n’est pas « la prière satisfaisante » (pourtant je le savais), mais la prière où l’on se tient devant Dieu pour le monde, où l’on veille avec Dieu dans cette longue gestation de l’humanité qui, trop souvent, ressemble à l’agonie du Christ en croix. C’est à cette prière que nous invite cette Semaine Sainte qui commence.

Déjà vendredi

Déjà vendredi et je n’ai rien écrit de la semaine… Plusieurs projets qui mijotent et qui laissent peu de temps au temps. Hier soir, c’était le groupe biblique, un groupe que j’anime depuis septembre dernier et où je m’émerveille toujours devant la foi des gens. Une foi simple, entière et tenace, qui ne se paye pas de mots ou de formules. Qui est! tout simplement. Qui endure, qui assume sans avoir toutes les réponses. C’est une foi têtue, qui espère parfois contre toute espérance, et qui est belle à voir.

C’est ma grâce que d’être le témoin de la foi des gens et qui chaque fois me fait dire: « Oh! Comme j’aimerais donner la foi si c’était en mon pouvoir! » Un peu comme l’on donne de son sang à la Croix-Rouge. Il me reste mon désir et ma prière. Et Dieu, bien sûr, qui s’arrange avec tout cela.

Et pourquoi ne pas finir la semaine avec ce beau texte de Charles Péguy:

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.
La foi ça ne m’étonne pas
Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans la création.
Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles.
Dans toutes mes créatures.
Dans les astres du firmament et dans les poissons de la mer.
Dans l’univers de mes créatures…
La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.

Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne
Moi-même.
ça, c’est étonnant

La Foi est une épouse fidèle
La Charité est une mère…
L’espérance est une petite fille de rien du tout…
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes,
Cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

(Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu)

Le problème du mal

Maurice ZundelDans son magnifique volume « L’évangile intérieur » Maurice Zundel aborde la question du mal. Il a ces paroles belles et profondes:

« Il y a des douleurs si grandes qu’elles vous laissent sans paroles. On éprouve devant elles une sorte de honte de sa propre sécurité. On voudrait oublier tout ce qui n’est pas en harmonie avec la détresse dont on est témoin, on voudrait se cacher dans l’ombre d’une prière silencieuse, pour envelopper les êtres qui souffrent de la seule Présence qui n’est jamais étrangère. »

Le Noël des marchands

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Villes et villages, un peu partout dans le monde, soulignent l’événement. Mais il faut bien l’avouer, trop souvent le sens de la fête est perdu. Et le tourbillon du temps des fêtes en vient même à lasser les chrétiens et les chrétiennes pour qui cette fête marque pourtant la naissance de leur Seigneur et Sauveur. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine humain. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes chrétiennes. Un enfant dans un berceau c’est tout de même plus fascinant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres.Pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a le vin triste.

Il y a aussi le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu. Même dans cette catégorie il y en a qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Il y a enfin le Noël pour tous, le Noël démocratisé qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux et, à l’occasion, lorsque le temps le permet, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint l’être humain dans ses aspirations les plus profondes par certaines de ses facettes. Il ne faudrait pas oublier que ce dernier-né des manifestations de la fête de Noël est marqué profondément par le christianisme. Il ne faudrait pas le renier trop facilement et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé, celui que nous connaissons tous, est souvent un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre et le don de soi. Quoi qu’il en paraisse, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve près de la crèche.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là une preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécu, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église.

Et pourquoi ne pas faire de ce Noël 2011 un vrai Noël de marchands, un Noël de marchands de bonheur accueillant dans leurs maisons ceux qui sont seuls, donnant un peu de nos tables à ceux qui ont faim, ouvrant nos cours à la réconciliation et au partage. Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable du sens de cette fête. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se doivent d’être habités de sa générosité à Lui, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous! C’est Dieu-avec-nous et pour le monde : l’Emmanuel!

Yves Bériaut, o.p.

Qu’est-ce que l’année liturgique?

Déjà se profile à l’horizon la fin de l’année liturgique avec la fête du Christ-Roi. La fête du Christ-Roi est assez récente puisqu’elle fut instituée par Pie XI à l’occasion de l’année sainte en 1925. Une fête qui a donc moins de cent ans. Mais la question de la royauté du Christ remonte à l’époque même de Jésus. Rappelez-vous quand Jésus devait se cacher parce que la foule voulait s’emparer de lui et le proclamer roi. Ou encore lorsque Pilate lui-même posait la question à Jésus : « Es-tu le roi des Juifs? » Jésus lui répondit que sa royauté ne venait pas de ce monde.Étrangement, l’année liturgique ne correspond pas à l’année civile. L’année liturgique commence quatre dimanches avant Noël et dure douze mois. Pendant cette période, l’Église dans sa liturgie dominicale, nous fait cheminer à travers les grandes étapes du salut, révélées en la personne de Jésus-Christ. L’année liturgique est bâtie autour de notre foi au Christ et son but est de nous aider à approfondir de dimanche en dimanche, l’extraordinaire mystère de l’incarnation du Fils de Dieu.

L’année liturgique commence donc avec l’Avent qui nous prépare à la fête de la Noël. De là, on chemine vers la fête des Rois et l’Épiphanie. Quelques semaines plus tard, vient le Carême, qui nous prépare à la fête centrale de notre foi, la fête de Pâques. Cette fête est suivie d’une période de cinquante jours, que l’on appelle le temps pascal, et qui nous mène à l’Ascension et qui culmine avec la fête de la Pentecôte. Entre ces périodes fastes de la liturgie se vit le temps de l’Église, le temps que l’on appelle ordinaire, qui reprend après la Pentecôte, du printemps jusqu’à l’automne, et qui nous conduit jusqu’à la fête du Christ-Roi, qui est le dernier dimanche de l’année liturgique. À chaque année, ce cycle liturgique recommence et pourtant on ne finit jamais d’en découvrir la nouveauté, car notre vie évolue et nous-mêmes nous changeons. Nous sommes donc invités sans cesse, en tant que chrétiens et chrétiennes, à revivre le parcours de notre foi à travers ses mystères et la vie de Jésus-Christ. Voilà ce qu’il nous est donné de contempler tout au long de l’année liturgique.

Le saut dans l’inconnu

Un correspondant me demande : « Pourquoi certaines personnes n’ont-elles pas le don de la foi? » La question comporte déjà sa propre réponse. Il s’agit bel et bien d’un don et l’homme est bien impuissant à se donner la foi. Je parle de la foi qui fait vivre et aimer, celle qui nous dépasse. La foi chrétienne affirme que Dieu ne fait pas de distinction entre les personnes. Toutes sont appelées à le connaître et à l’aimer. Dieu n’est pas chiche et il n’a pas de préférés. Ou s’il en a, comme nous le voyons dans les évangiles, ce sont toujours ceux et celles qui sont les plus loin de lui.

Jésus montre une attention toute particulière pour les pauvres et les exclus, pour ceux et celles que l’on considère perdus. Mais la démarche de foi implique un saut dans l’inconnu. Tous ne le vivent pas ainsi. Certaines personnes semblent être tombées dans le « bénitier » dès leur tendre enfance et la foi ne semble jamais leur avoir fait défaut.

D’autres doivent chercher de manière plus laborieuse et je ne doute pas que ce soit parce que Dieu les attend ailleurs. Non pas que Dieu se refuse à eux, mais parfois notre histoire personnelle nous a fait fermer la porte à Dieu. Mais comme le dit Jésus au livre de l’Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, celui qui m’ouvrira, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Ailleurs dans les évangiles Jésus dit : « Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez. »

Le don de la foi et la plus belle demande qu’une personne puisse faire, car la foi illumine tout notre existence et lui donne une direction assurée. Et c’est ici qu’intervient la notion de l’amour. Car la foi, c’est vouloir entrer dans l’amour de Dieu. C’est accepter de se laisser aimer par lui, de remettre entre ses mains toute notre vie, tous nos espoirs, nos peines et nos projets. Il y a là une dimension de confiance. Si quelqu’un veut croire en Dieu, il doit tout d’abord lui faire confiance, le prier et lui demander cette foi. La quémander! C’est cela le saut dans l’inconnu, mais dont on ne revient jamais les mains vides.

Priez pour le pauvre prédicateur

J’ai toujours aimé prêcher depuis mon appel à ce ministère par le Seigneur. C’est ma plus grande joie, bien que l’enfantement soit toujours douloureux, et ce après des années de prédication. C’est là un signe qui me rassure. Je ne voudrais pas qu’il en soit autrement.

Quand il se donne vraiment à sa mission, le prédicateur fait l’expérience à la fois de sa pauvreté et du don de Dieu. C’est pourquoi, même après des années, il peut toujours tirer du neuf de ce vieux trésor qui lui est confié. C’est là le défi. Et à chaque fois c’est l’étonnement, l’émerveillement devant ce que peuvent receler des textes lus et relus des milliers de fois.

Le prédicateur est appelé à puiser à cette source de la Parole et à s’en abreuver, afin de pouvoir la partager aux autres. Il doit se laisser toucher lui-même s’il espère toucher les autres. Heureusement, Dieu est plus grand que nous et ne saurait se restreindre à nos seules capacités. Dieu veut avoir besoin de nous, d’où l’importance d’être fidèle à sa grâce et de prendre au sérieux son appel. Et là on se tient devant un grand mystère qui nous laisse bouche bée.

Le prédicateur est appelé à faire cette expérience de plus grand que lui dans cette expérience de communication. C’est parfois bouleversant, c’est toujours une grâce.

Il faut donc prier pour le pauvre prédicateur afin qu’il soit toujours un instrument docile entre les mains du Seigneur. C’est sans doute là la première tâche de ceux et celles qui l’écoutent.