Fête de la Croix Glorieuse

« Nous proclamons un Messie crucifié », alors que nous soulignerons la fête de la Croix Glorieuse dimanche prochain. Paradoxalement, cette croix devrait aussi être notre honte, parce que cette Croix est l’expression même de notre péché, mais elle est aussi notre fierté, parce qu’elle est le lieu de notre relèvement.

C’est pourquoi l’église, en cette fête, nous invite à nous rappeler combien il est important de contempler Jésus en croix. On peut avoir passé toute sa vie à prier le Seigneur sans vraiment l’avoir regardé sur sa Croix; je veux dire le regarder de ce regard qui va jusqu’au fond du coeur, jusqu’au fond de sa blessure. Il faut prendre le temps de s’arrêter au pied de la Croix, de s’y agenouiller, afin de contempler Jésus dans son offrande au Père.

La contemplation de la Croix nous donne de comprendre combien nous sommes présents dans la prière du Christ sur la Croix, crucifiés avec lui, offerts par lui comme son bien le plus précieux: « Père, ceux que tu m’as donnés je te les offre, et je m’offre avec eux, pour eux. Notre Père… ».

La Croix est véritablement le lieu par excellence de notre filiation avec le Christ, « car Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique ». C’est sur la Croix qu’il nous saisit dans son mystère d’amour, pour ne plus faire qu’un avec nous. Il est là à cause de nous, pour nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour l’éternité à notre pauvre humanité blessée. Désormais sa vie est notre vie, son Père est notre Père, et il prie avec nous : « Notre Père… ». La Croix devient le coeur de toute prière et il ne nous est plus possible désormais de prier sans passer par la Croix, sans désirer s’unir à elle.

Comme elle est belle cette Croix quand c’est Jésus qui la recouvre de sa présence. C’est la vie même qui est clouée au coeur de la mort; notre humanité peut enfin refleurir. Elle n’est plus orpheline, elle n’est plus seule, car elle peut désormais appeler Dieu « notre Père ».

Voilà la beauté et le mystère de l’église, Corps du Christ, à jamais crucifiée avec lui dans l’offrande de sa vie. Simone Weil a cette réflexion magnifique à propos de la Croix. Elle écrit ceci :

« Le don le plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire. » (Lettre du 16 avril 1942).

Seigneur, donnes-nous de toujours savoir contempler ta Croix glorieuse. C’est la grâce que nous te demandons Ô notre Seigneur crucifié.

Les étonnements du porteur d’or

Voici un très beau texte que Béatrice, une fidèle lectrice du blogue, m’a fait parvenir :
On n’a pas idée de se laisser guider par une étoile! Ce n’est pas fiable. Où est-elle passée ?

Nos maîtres sont savants, mais je me demande s’ils ne sont pas un petit peu innocents. Partir comme ça, à la belle étoile!  Et aller parler d’un nouveau roi à un roi ancien! On ne m’a pas dit que du bien de cet Hérode. Et tout ce surcroît de bagages!

Fatigués. Les nuits sont glacées. Ils n’arrivent plus à nous faire lever le matin. Quitter notre froide couche de neige fondue au profond du sentier? Le chemin est long. Il est long, il est long.

Ça chante là-bas. À cette heure-ci!

Et pendant ce temps, vous vous rendez compte de ce que j’ai à porter? Ça monte.

Toi, tu as pris l’encens. Monsieur porte léger.
Je ne vis pas de fumée, moi!

Un enfant, un enfant, vous me la baillez belle. Par une nuit si calme, on l’entendrait pleurer.

Ça chante là-bas.

Dans mon pays, j’ai connu ça. Un petit qui trotte dans vos pas. Et l’attente… Je connais ça. Et puis il s’éloigne. Il apprend lui aussi à être conduit par un mot dans le creux de l’oreille.

Une nuit si tranquille, où scintille déjà la rosée lumineuse…

Nos maîtres nous montrent une cahute, entourée de moutons silencieux. Je pourrais poser enfin ce sac d’or? Vous croyez, vous croyez?

Cette ligne dorée autour de la porte sombre?
Porte étroite, et au-dessus…Mais oui, l’étoile, je sais. Avançons.
Ne poussez pas, je me baisse comme je peux.
Mais oui, l’étoile. Je sais. La folle et sage étoile.

Laissez-moi voir. Laissez-moi passer mon cou. Je veux voir, moi aussi.

Oh!

Les mains vides.

Les mains pleines.

Voyage de Benoît XVI en Turquie

Le 28 novembre prochain Benoît XVI entreprendra son voyage historique en Turquie, voyage dont le fait saillant sera sans doute sa rencontre avec le Patriarche oecuménique Barthélémy Ier de Constantinople. Un pas de plus dans ce long dialogue qui vise à rapprocher les Églises d’Occident et d’Orient.Le mouvement oecuménique est une réalité toute récente dans l’histoire de l’Église. Non pas qu’à travers les siècles il n’y ait pas eu de tentatives de rapprochement entre les parties divisées du Corps du Christ, mais l’oecuménisme est un mouvement qui s’est développé en-dehors d’une décision d’autorité ou de rencontres entre chefs d’Églises. C’est un mouvement qui a ses racines dans le peuple de Dieu. Il s’est imposé comme une nécessité aux yeux d’un grand nombre de chrétiens et chrétiennes. L’oecuménisme est un fruit de l’Esprit. Ce mouvement vise à rendre actuelle la prière que Jésus faisait à son Père, peu de temps avant sa passion : « Qu’ils soient un comme nous nous sommes un!»

Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et l’idéal de l’unité dans l’Église demeurera toujours un défi, et ce, jusqu’à la fin des temps. Mais Jean-Paul II lui-même avait fixé l’arrivée du troisième millénaire comme un moment privilégié à saisir pour l’Église, afin qu’elle s’engage plus résolument sur la voie de la communion. Et Benoît XVI semble poursuivre le rêve de son prédécesseur.

Cette recherche de l’unité est un devoir moral qui incombe non seulement à toutes les Églises, mais à tous les chrétiens et chrétiennes. Comme le soulignait Mgr Pezeril, « il n’y aura jamais de désaveu plus sévère par Dieu de nos désunions que cette grâce, répandue en nous tous par son Esprit, de l’invoquer, de le chanter, de l’aimer, de nous perdre en lui.»

L’on dit que le plus long des voyages commence par un pas. Puisse ce voyage nous aider à faire un pas de plus sur le chemin de l’unité.

Le grand départ

Je reviens tout juste de prêcher une retraite dans une communauté où se trouvent près de 250 soeurs malades, en fin de parcours après une longue vie missionnaire. Tout d’abord, ce fut le choc, car c’est la première fois que je prêchais littéralement dans un hôpital. La majorité des retraitantes suivaient la retraite de leur chambre. Les soeurs et le personnel pouvaient suivre les entretiens via un interphone. Tout au long de cette semaine très intense, j’ai côtoyé ces soeurs, certaines ayant même plus de cent ans.C’est un contexte de retraite qui m’a mis littéralement face à la mort, prêchant à des soeurs confrontées à ce destin inéluctable qui nous concerne tous. Mais pour plusieurs d’entre elles, la proximité de la mort n’était plus une possibilité, mais une certitude, certaines n’ayant que quelques mois à vivre. J’ai rencontré pendant cette semaine toutes sortes d’attitudes face à la mort : de la hâte de partir vers la maison du Père, au refus le plus total de la mort, en passant par la révolte ou la négation.

Quand j’ai quitté ces soeurs, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un étrange sentiment d’abandon à leur endroit, comme si je les abandonnais à leur sort. Je sais bien qu’il était temps de partir et que je ne pouvais plus rien faire pour elles, mais l’on se sent responsable de ceux et celles que l’on apprivoise, comme le dit le renard au Petit Prince. Je pense bien que nous nous sommes apprivoisés mutuellement pendant cette retraite, dont le thème était « Ce Dieu qui nous cherche ».

Je pense encore à elles et j’espère que mes chères soeurs se laisseront toutes trouvées et apprivoisées à l’heure du grand départ. En attendant, je prie pour elles et je vous les confie.

La leçon de Nickel Mines

Jésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C’est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l’autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s’est égaré.Utopique ? Bien sûr ! Comme tout l’évangile d’ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l’impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S’il nous invite à nous pardonner, s’il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu’à aimer nos ennemis, c’est qu’il nous sait capable d’un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu (capax Dei), nous sommes capableS d’aimer et de pardonner. C’est à cela que nous sommes appelés, c’est le coeur de notre vocation de fils et de filles de Dieu.

Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix. En Jésus nos yeux ont contemplé l’Amour à l’oeuvre et nous savons désormais que seul l’amour qui sait pardonner est vrai et digne de ce nom. C’est dans cette vie imitée et contemplée que le pardon prend tout son sens pour les chrétiens et les chrétiennes, où il apparaît comme la seule force capable de soulever le monde et de transformer les coeurs. Pour moi c’est la leçon de Nickel Mines.

Foi et psychologie

A l’époque où j’ai fait l’expérience de ma conversion je travaillais comme psychologue depuis environ un an et demi. J’avais été formé dans une tradition très séculaire et anti-cléricale, ce qui me semble être encore la situation aujourd’hui. Mon expérience de foi n’a pas été seulement une adhésion à un credo. Je dirais que cette expérience n’a surtout pas été cela. J’ai utilisé le mot expérience et, par définition, cela nous situe au-delà des concepts, des définitions et des dogmes.Mon expérience de foi m’a fait vivre tout d’abord une expérience de rencontre spirituelle qu’il est difficile de décrire, non pas parce que cette expérience serait floue, au contraire, mais par respect, par pudeur devant ce mystère que j’ai appréhendé lors d’un moment de prière. Mais toujours est-il que les mois qui ont fait suite à cette expérience m’ont permis de réaliser que la foi en Dieu était quelque chose de mouvant, de vivant. J’ai fait l’expérience d’une relation, d’une vie en moi m’appelant à redéfinir sans cesse mon rapport avec le monde, les autres, Dieu et moi-même. Je vivais un processus de croissance, ma vie spirituelle s’épanouissait peu à peu, je découvrais la prière, la relation à Dieu, je prenais conscience d’être appellé à redéfinir constamment ma relation à Dieu. De mettre peu à peu de côté la recherche de consolations ou d’exaucements, afin d’entrer davantage dans la gratuité de cette relation et, surtout, de redécouvrir l’autre, le prochain.

Je ne pouvais en douter, la vie spirituelle était quelque chose de vivant, avec ses lois propres. Les vies de saints et des saintes, les traités de spiritualité, ne venaient que confirmer ma propre expérience. Mes rencontres avec d’autres croyants et croyantes me faisaient rencontrer des complices, non pas parce que nous faisions partie d’une même « mouvement » ou « Église », mais parce que nous découvrions chez un semblable la joie d’être habité par un même mystère, une même présence. Je ne pouvais plus en douter: la croissance spirituelle avait ses lois propres, son dynamisme tout comme la croissance psychologique, la croissance psycho-affective. Ses lois d’ailleurs, n’étaient pas tellement différentes, puisqu’elles touchaient elles aussi l’ordre du relationnelle et de l’identité personnelle.

C’est pourquoi je demeure convaincu que la croissance psychologique atteint son plein développement lorsqu’elle est capable d’intégrer la dimension spirituelle, la relation au Tout-Autre, Lui qui est à l’origine de toute vie et de toute croissance.

9/11

La date est sans contredit la plus célèbre dans l’histoire récente de l’humanité. Pourtant il y a eu des événements beaucoup plus sanglants dans notre triste histoire humaine, mais jamais vécus en direct comme le fût cette attaque des tours jumelles de New York il y a cinq ans. D’où son impact très immédiat sur nos vies, son côté spectaculaire.Qui se souvient par exemple de la guerre de la faim contre l’Irak, à la fin des années 90, qui a fait plus de 90,000 morts chez les enfants de ce pays en une seule année. Pas de mausolé pour ces derniers, ni de président ou de premier ministre venant déposer sa gerbe de fleurs. Il faudrait aussi se rappeler de cela aujourd’hui. Mais je ne veux pas jouer le trouble-fête.

La plupart d’entre nous se rappellent sans doute où ils étaient ce matin du 11 septembre 2001. C’est gravé à jamais dans nos mémoires. En voyant le deuxième avion percuter la seconde tour je me souviens de m’être exclamé : « C’est la guerre! »

Il serait trop facile de se cantonner dans une lecture superficielle de l’événement en traçant simplement une ligne entre innocents et coupables. Il faut plutôt regarder le tout dans un enchevêtrement de clair-obscur où la vérité est la première victime de la guerre et de la démagogie, et ce, des deux côtés des barbelés.

Mais le fait demeure: l’horreur, la haine, la mort-en-direct, un goût de cendre dans la bouche. Un incroyable gâchis, un échec monumental de l’Homme, et dont les puissances occidentales ne pourront jamais se laver les mains. Et pourtant elles semblent avoir choisies la voie de tous les grands potentats et autocrates de l’histoire : la fuite en avant. Je ne cherche pas ici à justifier les terroristes. Il est clair que la haine et le démagogie semblent leur avoir fermé à jamais le coeur et les yeux, et nul ne sait quelle sera l’issue de cette guerre. J’ai bien peur que le pire ne soit à venir. Bien sûr, on ne peut refaire l’histoire, mais il y a urgence dans la recherche de solutions viables et justes à ce conflit, qui s’impose de plus en plus comme une lutte entre l’Occident et le monde musulman.

C’est pourquoi ce tragique anniversaire s’élève comme un appel à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Aujourd’hui, ensemble, il nous faut faire mémoire. Il faut prier. Prier beaucoup pour la paix, afin que s’accomplisse dans notre monde, pour tous les frères ennemis, cette parole de Jésus dans l’évangile de Luc : « la sagesse de Dieu a été reconnue juste par tous ses enfants. » (Lc 7, 35) Puisse cette sagesse nous ouvrir la voie vers la paix et la justice.

Soeur Élizabeth de la Trinité

Soeur Élizabeth de la Trinité, du Carmel de Dijon, disait: « C’est toute la Trinité qui repose en nous, tout ce mystère qui sera notre vision dans le ciel. Que ce soit notre joie! »

La fête de la fidélité

Récemment j’ai participé à une messe où l’on soulignait les anniversaires de mariages des paroissiens. Il est intéressant de constater que cette fête se soit appelée la « Fête de la fidélité ». On aurait pu croire qu’une telle fête aurait porté le titre de « Fête de l’amour », et ce serait tout à fait juste. Mais j’aime beaucoup l’expression « fête de la fidélité », car elle nous renvoie à une dimension fondamentale de l’engagement d’un homme et d’une femme l’un envers l’autre.La fidélité! C’est sur ce terreau de la fidélité, sur ce sol fertile, que l’amour peut grandir, que la fleur du mariage peut prendre racine et s’épanouir. Car dans le mariage, l’amour a besoin d’un partenaire qui s’appelle la fidélité et qui lui permet de persévérer, de traverser les orages, les nuits sombres de l’épreuve.

La fidélité est l’allié de l’amour, sa nourriture, son lieu de repos. C’est cette fidélité qui vient au secours de l’amour et qui lui donne la force de pardonner quand le mariage traverse un temps difficile, qui permet au couple de se soutenir dans une épreuve commune où l’on ne voit plus très bien l’avenir.

Il est facile de tomber en amour, mais il est beaucoup plus difficile d’y demeurer. Nous savons combien la vie commune peut être exigeante, peut-être plus encore de nos jours avec le mode de vie que l’on connaît.

Le mariage est un engagement qui coûte. C’est un engagement qui demande du courage ou une certaine naïveté diront certains, car le mariage implique quand même une mise en commun de deux vies, de deux personnes qui acceptent de se lier l’une à l’autre pour toute la vie, « pour le meilleur et pour le pire », comme le veut une formule traditionnelle. Du moins voilà la vision chrétienne du mariage.

L’homme Et la femme qui s’aiment s’engagent en portant chacun dans leur cœur un grand désir de bonheur où, en se disant « oui » l’un à l’autre, ils se disent: « Tes rêves seront mes rêves, tes peines comme tes joies seront les miennes… Parce que je t’aime… Et parce que je t’aime, je te serai fidèle toute ma vie ! »

C’est ainsi que débute habituellement cette folle entreprise qui très rapidement se heurte aux difficultés du quotidien, aux limites de chacun des conjoints, aux épreuves de la vie, aux pertes de toutes sortes. Et c’est alors que le lien d’amour est mis à l’épreuve et qu’il y a un combat à mener.

Toute chose qui nous tient à cœur demande habituellement que l’on se batte pour elle, et c’est au service de ce combat et de cet amour qu’est donné la grâce du mariage, car « il est fidèle Celui qui vous a appelés! »

Le poème et la poignée de main

Citant le poète Paul Celan, Sylvie Germain écrit: « Je ne vois pas de différence entre une poignée de main et un poème ».Elle ajoute: « Les poèmes, les oeuvres d’art, sont des « poignées de main » qui se prolongent au fil du temps, longuement. Toute une vie parfois. Des poignées de main telles qu’elles inscrivent leur chaleur au plus profond de notre paume, et que le feu très claire qu’elles propagent se faufile en douceur dans notre sang, jusqu’à notre coeur où il se love.

Poignées de main à jamais vives – aussi longtemps puissent-elles demeurer dans l’oubli – et qu’un rien suffit à ramener au jour de notre mémoire, à restituer dans toute leur fraîcheur et leur actualité.

Une main qui revient, à son heure, se poser soudain sur notre épaule, nous caresser furtivement la tempe, ou nous faire juste un signe. Un petit signe de beauté, là où on la croyait anéantie, un petit signe de fraternité, là où celle-ci semblait à jamais perdue. Petit dans sa discrétion, infini dans sa générosité.

(Extrait de: Germain, Sylvie. Etty Hillesum, chemins d’éternité. Pygmalion, 1999. pp. 162-163)

L’évangile selon Judas? Ne jetez pas vos évangiles.

Pâques approche et c’est l’occasion pour les médias de se poser l’éternelle question: « Mais qui est donc cet homme? » J’avoue que les motivations des journalistes ne me semblent pas toujours relever d’un grand souci de vérité, car l’approche utilisée est toujours de s’arrêter aux thèses les plus loufoques et, faut-il le dire, offensantes parfois pour le christianisme. Et naturellement ces « découvertes » se font toujours à Noël et à Pâques!Il y a deux ans l’on affirmait avoir découvert le sarcophage de l’apôtre Jacques, pour se rendre compte un an plus tard qu’il s’agissait d’un faux. Il y a une semaine un scientifique nous expliquait le plus sérieusement du monde que Jésus avait probablement marché sur les eaux gelées du lac Tibériade lorsqu’il fut aperçu marchant sur les eaux par ses disciples.

Après l’évangile selon Marie-Madeleine et le Da Vinci Code (voir l’article suivant pour une analyse du roman), voici donc l’évangile selon Judas. Suivront sans doute l’évangile selon Pilate et l’évangile selon Barrabas, à pareille date bien sûr… Le texte appelé « évangile selon judas » semble néanmoins authentique et mérite donc qu’on s’y arrête.

Sans nier l’intérêt scientifique de cette découverte, comme pour tous les documents des premiers siècles de l’église, il faut savoir que cette nouvelle présentation de l’apôtre Judas, comme le souligne le spécialiste de la Bible Rodolphe Kasser, est « une interprétation postérieure, imaginée au IIe siècle ap. J.-C. Vous ne trouverez ici aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas l’Iscariote.  »

Cet évangile se situe dans la mouvance des évangiles gnostiques des premiers siècles de l’église, qui cherchaient à faire contrepoids à l’incarnation du Fils de Dieu, mouvements que l’église qualifiait d’hérétiques à juste titre.

« De petits groupes d’initiés, les gnostiques, inspirés par certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques, réinterprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que le véritable Dieu était inconnaissable et incréé hors de toute matière. »

Comme dans tous les autres documents gnostiques, l' »évangile de Judas » présente une négation de l’incarnation, un mépris du corps. Judas devient donc celui qui libère Jésus de cette enveloppe charnelle en le livrant aux Romains. Il fallait y penser, c’est lui le véritable héros des évangiles…

Les sceptiques feront leurs choux gras de cette « découverte » alors que l’église, elle, se tournera « résolument vers Jérusalem » à compter du Dimanche des Rameaux.

Pour en savoir plus je vous conseille l’excellent article de Sophie LAURANT du journal La Croix.

Bon week-end à vous tous. Je prends congé! Bonne Semaine Sainte!

To blogue or not to blogue…

J’ai peu écrit ces derniers temps. Un temps de « vaches maigres » se disent certains pour le moine ruminant? Pas exactement. Mes occupations m’ont tenu à l’extérieur de la ville et de mon pré, mais le blogue m’habitait. C’est un peu comme un enfant à qui l’on a donné la vie. Il faut ensuite s’en occuper. On s’en souci.C’est mystérieux cette relation avec des lecteurs et des lectrices des quatre coins du monde, avec qui l’on partage sans se connaître. C’est lorsque vous m’écrivez que je prends alors conscience de l’impact d’un blogue. De petites phrases anodines qui parfois viennent éclairer un pan de vie quotidienne.

J’ai eu la chance le week-end dernier de participer à un colloque sur Catherine de Sienne. J’en suis revenu tout plein de ce feu cathérinien. Catherine écrira dans l’Oraison numéro XXII :

« Dans ta nature, Déité éternelle, je connaîtrai ma nature. Et quelle est ma nature, amour inestimable? C’est le feu parce que tu n’es autre que feu d’amour, et c’est de cette nature que tu as donnée à l’homme puisque par feu d’amour tu l’as créé. Et ainsi toutes les autres créatures et toutes les choses créées, tu les as faites par amour. »

Quelle femme! Je comprends qu’elle soit co-patronne de l’Europe, car Catherine était une femme forte et inspirée, une figure prophétique dans une Europe en mutation. De plus, elle est aussi docteur de l’Église, la première à recevoir cette reconnaissance avec Thérèse d’Avila.

Mais le grand mérite de Catherine de Sienne est de nous faire entrer dans l’intimité de l’amour de Dieu à travers son Dialogue, ses Lettres et ses Oraisons. Sa doctrine spirituelle semble inépuisable à qui s’en approche, tellement elle a contemplé Celui qu’elle appelle: « Déité éternelle », « Amour inestimable », « Feu qui sans cesse brûle », la « douce première vérité ». Elle parlait ainsi à Dieu:

« O Trinité éternelle! ô Déité! … vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle… Car j’ai goûté et j’ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j’ai vu que j’étais votre image, et que vous m’avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que l’Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer… O abîme, ô Divinité éternelle! Océan sans fond! » (Oraison 22, 10)

Et les spirituels maintenant…

« L’unité de deux saints qui ne se connaissent pas est plus réelle et plus intime, incommensurablement, que celle d’une branche à une autre branche du même arbre nourrie de la même sève… » (Jules Montchanin, Écrits spirituels, Paris, 1965, p.120). »…la prière personnelle, même accomplie dans les secret, n’est pas un acte purement privé. Cette démarche que personne ne peut faire à ma place, n’est absolument pas celle d’un isolé; elle s’enracine et s’épanouit dans la communion. Quand je dis à Dieu : « Père », je me situe en fils, mais quand je dis : « Notre Père », je me situe aussi et du même coup en frère de tous ceux qui le disent également – et même de ceux qui ne savent peut-être pas le dire. « Il y a beaucoup d’âmes, disait Paul Claudel, mais il n’y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit Pater Noster » (Paul Claudel. Cantique de Palmyre, Conversation dans le Loir-et-Cher, éd. Pléiade, p.9).

« L’on ne se sauve pas tout seul. Nul ne retourne seul à la maison du Père. L’un donne la main à l’autre. Le pécheur tient la main du saint et le saint tient la main de Jésus » (Charles Péguy).

La communion des saints ou le mystère de la Réversibilité

Je vous propose aujourd’hui ce texte décapant de l’écrivain Léon Bloy, qui ne se veut pas une présentation tout à fait orthodoxe ou théologique sur la question de la communion des saints, mais qui a néanmoins beaucoup de souffle et le mérite de nous interroger :

« Notre liberté est solidaire de l’équilibre du monde et c’est là qu’il faut comprendre pour ne pas s’étonner du profond mystère de la Réversibilité qui est le nom philosophique du grand dogme de la Communion des Saints. Tout homme qui produit un acte libre projette sa personnalité dans l’infini. S’il donne de mauvais coeur un sous à un pauvre, ce sous perce la main du pauvre, tombe, perce la terre, troue les soleils, traverse le firmament et compromet l’univers. S’il produit un acte impur, il obscurcit peut-être des milliers de coeurs qu’il ne connaît pas, qui correspondent mystérieusement à lui et qui ont besoin que cet homme soit pur, comme un voyageur mourant de soif a besoin du verre d’eau de l’Évangile. Un acte charitable, un mouvement de vraie pitié chante pour lui les louanges divines, depuis Adam jusqu’à la fin des siècles; il guérit les malades, console les désespérés, apaise les tempêtes, rachète les captifs, convertit les infidèles et protège le genre humain. »

(Léon Bloy: Méditation à l’Office de nuit chez les Chartreux).

La communion des saints… c’est compliqué!

Certains lecteurs peinent avec la communion des saints. C’est normal puisque nous ne sommes pas des saints…

Mais au-delà de cette contingence, la notion échappe à bon nombre de chrétiens et fait même l’objet de divisions entre eux. Pour nous catholiques, c’est là une vérité fondamentale et extraordinaire de notre foi chrétienne. On peut en trouver une brève description sur le beau site de Port Saint-Nicolas.

Je me propose de mettre sur ce blogue, dans les jours qui viennent, différentes propositions, à la fois de théologiens et d’écrivains catholiques sur cette vérité de notre Credo. Merci à Monique de m’avoir lancé sur cette piste. En attendant je vous réfère à cet article paru en 2003 sur le site de Spiritualité 2000. On y reproduit un article de la revue CÉLÉBRER LES HEURES, qui a demandé au Père Pierre JOUNEL, artisan important de la réforme liturgique de Vatican II et éminent spécialiste du Sanctoral, de nous proposer quelques points de repère historiques et théologiques. L’article s’intitule : Mémoire du Christ, mémoire des saints.

La communion des saints

« La communion des saints… lequel d’entre nous est sûr de lui appartenir? Et s’il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent? Que de surprises! […] Oh! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l’Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodiges de libertés, on voudrait presque dire extravagants, de l’Esprit – l’Esprit qui souffle où il veut. »

(Georges Bernanos, Les prédestinés, Paris, Seuil, 1983, p. 99.)

Joseph et l’âne d’Autun

Béatrice, une correspondante d’Autun m’écrit :
« Dans cette ville, que je connais depuis mon enfance, ma grand-mère y habitait, il y a un âne délicieux, digne de vos pâturages virtuels. C’est en contemplant une photo du chapiteau de la cathédrale, « La fuite en Egypte », à un moment où j’étais secouée par deux deuils successifs… et où je prenais une conscience aigüe de la fuite accélérée du temps, que j’ai refait sa connaissance. »

Suit un texte magnifique sur saint Joseph, intitulé : L‘homme de confiance. Avec l’accord de Béatrice, il me fait plaisir de partager avec vous ce texte:

« A Autun, il y a un âne. Il est célèbre parce qu’il marche sur des roues qui ont l’air de tourner très vite. Il porte la Mère et l’Enfant, l’Enfant qui porte le monde ! Ses sabots arrière sont fermes, et devant, il a un pied sur une de ces roues vertigineuses et l’autre levé haut pour le pas suivant. Haut, comme pour une danse ! Il est très bien coiffé et plutôt méditatif. Comme il se laisse conduire, il ne regarde pas ses pieds… (suite fichier Word) fin

Des images accompagnent ce texte :

1- Fuite en Égypte 2. Joseph, méditatif 3. L’âne d’Autun

Annik, une enseignante m’écrit :

Annik enseigne à des petits de 7 ans de différentes races et religions.

« Comment faire pour ouvrir des voies de dialogue avec le monde moderne et l’Islam dans le respect de chacun? J’y oeuvre à ma petite échelle, j’essaie de faire découvrir à ces petites têtes qui ne sont pas blondes qu’ils sont comme les autres enfants, français, avec la chance d’avoir reçu les valeurs d’une religion que souvent ils ne connaissent pas.

J’en suis arrivée pour plus de paix au sein de la classe à faire découvrir les trois religions monothéïstes… J’ai du travail à faire pour découvrir la sagesse chinoise car dans notre école arrive maintenant de plus en plus de chinois. J’ai la chance d’avoir le droit au sein de ma classe de consacrer 10 minutes par jour à cet éveil religieux… Plus il y aura de dialogue entre nous et de respect mutuel… plus nous pourrons vivre dans un climat apaisé.

Autant vous partager d’autres joies : au cours d’un atelier où je me fais aider par des parents je demande puisque c’était le premier jour du ramadan à la maman présente d’en parler aux enfants. Elle ne trouve pas des mots simples pour en parler et me demande de le faire. Je pense que mon explication avait une résonance chrétienne du jeûne mais cette femme m’a remercié de lui avoir fait découvrir la portée spirituelle de ce qu’elle vivait par tradition.

Pour le 2 février un temps de prière était proposé aux enfants qui le désiraient sur un temps de récréation avant la cantine. Je raconte au sein de la classe le récit biblique et insiste sur la lumière qui éclaire toute vie. Un temps d’intériorisation est organisé pour rechercher ce qui nous éclaire et nous rend heureux et Richard un de mes petits chinois me dit aimer que des parents présentent à Dieu leur enfant. Il viendra au temps de prière et redira « je remercie Dieu pour les parents qui offrent à Dieu leur enfant » cela avec un accent délicieux et lui qui a quelquefois du mal à parler français a à ce moment là su trouver ses mots. Voilà pourquoi je n’aime pas trop qu’on caricature la religion des autres… »

Au bord du torrent

En Bretagne se trouve un manoir du XVIIè siècle, qui surplombe l’étang de Beaufort, au coeur d’une forêt. C’est là qu’habitent les moniales dominicaines dans leur monastère de Notre-Dame de Beaufort. Elles intègrent dans leur magnifique chant-choral les influences du monastère de Keur Moussa, une abbaye bénédictine du Sénégal, fondée en 1963. La kora, un instrument de musique d’origine africaine, occupe donc une place importante dans cette liturgie.

Voici comment les moniales décrivent l’endroit où elles habitent :

Situé à la lisière d’une forêt, entre deux étangs, le monastère de Beaufort surplombe un torrent. Il poursuit inexorablement sa course, à travers les marais du pays de Dol et se jette dans la mer en baie du Mont St-Michel. Je vous invite à visiter le site des dominicaines de Beaufort.

L’encyclique Deus caritas est

Une nouvelle encyclique vient de paraître. Elle s’intitule Deus caritas est (Dieu est amour). Il s’agit de la première encyclique de Benoît XVI et déjà elle suscite beaucoup de commentaires.

Traditionnellement la première encyclique d’un pape est de nature dogmatique et morale. Elle donne l’orientation de son pontificat. Je pense ici à la première encyclique de Paul VI, Ecclesiam suam, qui abordait la relation entre Jésus-Christ et l’humanité, et celle de Jean-Paul II, Redemptor hominis, qui traitait des relations entre l’Église et le monde.

L’encyclique de Benoît XVI se veut ouvertement pastorale, laissant même de côté le discours moral habituel d’une encyclique, pour aborder le thème de l’amour au coeur de la vie et de la foi. Bien sûr, Benoît XVI s’en prend au relativisme moral de notre époque, un thème cher à son pontificat, mais le message central de son encyclique est avant tout une invitation à revenir au coeur même de ce qui constitue la foi chrétienne : l’amour de Dieu et l’amour du prochain à travers la rencontre du Christ.

Notons en passant un détail intéressant au sujet de Benoît XVI : sa force d’attraction sur les foules. Ce pape était jugé peu charismatique par la plupart des commentateurs au début de son pontificat, en comparaison d’un Jean-Paul II média star! Selon le journaliste Sandro Magister, du journal italien L’Espresso, les foules se pressaient pour voir Jean-Paul II, alors que maintenant elles se pressent tout autant mais pour entendre Benoît XVI.