Le regard de l’autre

Femme derrière un barbeléJe reviens d’une rencontre avec des jeunes âgés entre 12 et 15 ans. Lors des échanges en groupe et lors des rencontres individuelles la question du regard de l’autre sur soi s’est imposée comme sujet d’échange. L’adolescent est tellement vulnérable à ce regard sur lui. Le regard se fait d’autant plus impitoyable à cet âge parce que le jeune doute de lui-même, de ses capacités, de son « look », et ne peut tolérer de voir sa réflexion chez l’autre qui est faible ou paumé. Ce qui explique pourquoi les jeunes deviennent parfois si cruels entre eux.Le regard de l’autre sur moi. Ne portons-nous pas cette hantise toute notre vie. Bien sûr l’on développe des résistances, un sens de la répartie ou même une certaine indifférence, mais la partie n’est jamais gagnée. Toute notre vie l’on demeure vulnérable au regard de l’autre, comme des adolescents qui ont besoin d’être rassurés, de savoir qu’ils sont toujours extraordinaires et digne d’amour. Il s’agit d’apprendre à vivre avec nos limites et une image de soi qui ne correspondra jamais à cet idéal que nous abritons secrètement en nous. C’est un apprentissage qui durera toute la vie. Et si nous demeurons sensibles au regard posé sur nous, il est en notre pouvoir de soigner notre propre regard sur l’autre. Peut-être que ce regard sur l’autre est le passage obligé par lequel nous apprenons à nous laisser regarder à notre tour. Une pédagogie de notre nature humaine.

Quelle grande responsabilité nous portons dans la manière de nous regarder les uns les autres. Il y a de ces regards qui peuvent blesser comme un coup de couteau, des regards assassins, et d’autres, qui sont comme une soie sur le coeur. Un regard bienveillant posé sur quelqu’un ne coûte rien, il est à la portée de toutes les bourses, des plus riches jusqu’aux plus pauvres, et, pour qui le reçoit, il devient le plus inestimable des biens.

Cette semaine, j’ai reçu deux belles lettres d’amis, comme des bouquets de fleurs inattendus au coeur de l’hiver, dans lesquelles ils me confiaient leur amitié pour moi, leur estime. C’est tout gratuit et tout bon à recevoir. Cela m’a fait chaud au coeur ces regards d’amis. L’une de ces lettres se terminait ainsi : « N’oublies pas de t’appuyer aussi sur les autres quand tu en as besoin. » Oui, il faut aussi savoir ouvrir sa porte à l’autre et faire confiance. C’est alors que nos regards peuvent vraiment se rencontrer et s’aider mutuellement à grandir.

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