La Transfiguration. Une méditation (2)

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité. L’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l’horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s’inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu’il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l’amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d’Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s’offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l’humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d’hommes serions-nous si le Christ n’était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu’humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l’homme qui n’occulte pas le Mystère de Dieu en s’incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l’icône devient trinitaire. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l’amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l’exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l’une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste. Car c’est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l’annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu’est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d’entrer dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C’est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu’il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie.

Une Réponse

  1. Merci pour votre méditation! Permette-moi quelques remarques dans ce temps de Carême: Le Christ ne montre-il pas aux disciples qu’il ne faut pas rester sur cette montagne, qu’il faut contempler longtemps cet évenément extraordinaire avant de l’expliquer? Il me semble que vous avez donné cet épisode plutôt l’atmosphère du Baptême au Jourdain. La répétition du Ps. 2,7 sonne ici parmi les annonces de la Passion! Ici tout est plus difficile. Bien-sûr la Transfiguration nous donne une prévision de la gloire divine, mais Le Fils bien-aimé de Dieu doit aussi aller un chemin douloureux à Jérusalem, jusqu’au mort, en partagéant les afflictions de la condition humaine, enfin que justement en ce moment de souffrance ultime il montre sa fragilité et le vrai appui de sa foi, sa humilité, son obéissance et sa vraie nature qui n’est pas conforme aux idées humaines de gloire. Le gloire des Pâques me semble la gloire de Christ crucifié et ressuscité des morts. Aller au versant sud de la montagne n’est pas un promenade dans un paysage paisible, sans doutes, erreurs, conflicts… En route ici l’espèrance et la confiance dans la Résurrection sont le confort dans nos devoirs, défis et défaites. Dieu nous invite de vivre une vie transfigurée par sa grâce et miséricorde, par la lumière intérieure et finalement par la joie pascale.

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