Homélie pour le troisième Dimanche de l’Avent 2012

Entre la préparation de cette homélie pour le troisième dimanche de l’Avent et notre rassemblement de ce matin, est survenue la terrible tragédie de Newtown au Connecticut où vingt enfants de six ans tout au plus, ainsi que dix adultes, ont été assassinés. Ils s’ajoutent à la longue liste des crimes contre l’enfance et la jeunesse de la terre. On se souvient de la Norvège l’année dernière, de Beslan en Tchétchénie, de la bande de Gaza, des écoles bombardées en Syrie, à l’attaque d’hier en Chine contre une école. C’est le massacre des saints innocents. Et que l’on ne nous dise pas que cette évocation dans les récits de l’enfance de Jésus n’est que fabulation. Notre actualité est la preuve vivante que de telles horreurs ont toujours existées.

Comprenons-nous maintenant pourquoi nos eucharisties insistent autant sur le péché, sur le pardon? Seigneur prend pitié. Ainsi, commençons-nous chacune de nos eucharisties, car nous sommes aux prises avec le mal et nous sommes engagés dans une lutte à finit avec lui, où nous savons que Dieu aura le dernier mot. Mais comment parler de joie chrétienne ce matin sans tenir compte du contexte où nous la célébrons.

Je ne puis que reprendre les mots que j’adressais aux étudiants et étudiantes rassemblés pour l’eucharistie après la terrible tragédie de Polytechnique (Montréal 1989) où 14 jeunes femmes avaient été assassinées. À leur question : « Mais où était Dieu? », je ne pouvais que répondre qu’en dépit du fait que notre espérance semblait se tenir au-dessus d’un abime, que Dieu était avec nous dans cette épreuve. Qu’il pleurait avec nous comme l’a fait Jésus devant la ruine éminente de Jérusalem, devant le tombeau de son ami Lazare, lors de sa nuit de veille à Gethsémanie. Dieu pleure avec nous quand ses enfants s’entretuent car nous sommes son bien le plus cher.

Et pourtant, malgré cette tragédie de Newtown, il nous faut parler plus que jamais de la joie chrétienne à laquelle nous invite notre liturgie aujourd’hui.

C’est Paul VI dans son encyclique sur la joie chrétienne qui écrivait que la joie chrétienne ce n’est pas de l’insouciance, mais une sagesse alimentée par les trois vertus théologales. Une assurance ferme que Dieu est avec nous et qu’il aura le dernier mot.

La joie chrétienne, c’est le bonheur de croire, parce que cette foi vient changer nos vies. Joseph Ratzinger dans son denier livre L’enfance de Jésus écrit ceci : « Jésus assume en lui toute l’humanité, toute l’histoire de l’humanité, et lui fait prendre un tournant décisif, vers une nouvelle façon d’être une personne humaine. »

Bien plus qu’une philosophie, être « Chrétien », c’est être « Du Christ », c’est appartenir au Christ, et donc être rempli de la joie même du Christ qui est capable de transfigurer une existence humaine jusque dans les situations les plus tragiques. 

Un jour Jésus a dit à ses apôtres après un enseignement : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 11). C’est à cette joie que nous sommes appelés.

La joie chrétienne est de l’ordre d’une présence intime à nos vies qui donne force et courage dans la nuit de l’épreuve, dans la vie de tous les jours, et qui a sa source dans le Christ ressuscité.

C’est Jean-Paul II, moins de trois ans avant sa mort, lors de son Angelus du 14 décembre 2003, qui disait ceci:

« Une caractéristique incomparable de la joie chrétienne est que celle-ci peut coexister avec la souffrance, car elle est entièrement basée sur l’amour. En effet, le Seigneur qui ”est proche” de nous, au point de devenir un homme, vient nous communiquer sa joie, la joie d’aimer. Ce n’est qu’ainsi que l’on comprend la joie sereine des martyrs même dans l’épreuve, ou le sourire des saints de la charité face à celui qui est dans la peine : un sourire qui ne blesse pas, mais qui console. »

Bien sûr il est difficile de parler de joie à ceux et celles qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Pourtant, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile. Elle frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles, et elle nous invite au rendez-vous de Dieu. Cette joie transforme toute vie qui l’accueille.

Cette joie, c’est la foi qui nous fait goûter à l’amour du Père pour nous, qui vient nous redire en Jésus combien notre vie est précieuse et combien elle a du sens. Cette joie en fin de compte, est cette assurance ferme que Dieu aura le dernier mot en dépit des apparences trompeuses, des échecs et des violences subies.

Alors, comment cacherions-nous cette joie qui nous habite? Il faut nous la redire, la chanter, la célébrer, la proclamer; c’est tout le sens de nos liturgies. Et il faut surtout la rendre active, la partager avec tous ceux et celles qui souffrent, ou qui sont accablés parce qu’ils ne trouvent aucun sens à leur vie.

La joie chrétienne s’enracine dans un bonheur profond qui n’a pas peur des combats, qui n’a pas peur de se salir les mains, de se compromettre et de lutter comme l’a fait Jésus. Car tout bonheur n’a de sens que lorsqu’il est partagé.

 Alors relevons la tête, car notre salut est proche, il s’appelle l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Yves Bériault, o.p.

Paroisse Saint-Dominique de Québec

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