L’ami de l’époux. Homélie pour le samedi 10 janvier 2025

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3, 22-30

En ce temps-là,
Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ;
il y séjourna avec eux, et il baptisait.
Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim,
où l’eau était abondante.
On venait là pour se faire baptiser.
En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison.
Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif
au sujet des bains de purification.
Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
« Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain,
celui à qui tu as rendu témoignage,
le voilà qui baptise,
et tous vont à lui ! »
Jean répondit :
« Un homme ne peut rien s’attribuer,
sinon ce qui lui est donné du Ciel.
Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit :
Moi, je ne suis pas le Christ,
mais j’ai été envoyé devant lui.
Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ;
quant à l’ami de l’époux, il se tient là,
il entend la voix de l’époux,
et il en est tout joyeux.
Telle est ma joie : elle est parfaite.
Lui, il faut qu’il grandisse ;
et moi, que je diminue. »

COMMENTAIRE

L’Évangile de ce matin nous met en présence de Jean-Baptiste qui se dit l’ami de l’époux. Nous le savons, et tout particulièrement ceux d’entre nous qui ont à bénir des mariages, combien l’ami de l’époux et de l’épouse, garçons et filles d‘honneur, témoins, combien ces amis ont un lien des plus étroit et des plus intime avec l’époux et l’épouse. 

Jean Baptiste se situe dans cette dynamique d’intimité et d’attachement à Jésus. Quand il affirme être l’ami de l’époux et non le Christ, il y là non seulement une parole audacieuse, mais aussi profondément provocante, car Jean-Baptiste reconnaît et désigne explicitement en Jésus le Messie attendu, l’Époux. Un thème omniprésent chez les prophètes que celui de l’Époux qui désigne explicitement Dieu et son lien d’amour avec son peuple. Voilà pourquoi Jean-Baptiste peut dire que sa joie est complète, parfaite. Puisque l’Époux, il est là, c’est Jésus lui-même, Dieu parmi nous.

Ainsi, nous achevons ce temps de Noël avec cette même tonalité de la joie qui nous accompagne depuis le début de l’Avent et qui traverse toute l’histoire du salut. Car il faut le souligner, la joie est particulièrement présente dans les Évangiles. Dès le début de l’évangile de Luc, l’ange Gabriel salue Marie en lui disant « Réjouis-toi » (Lc 1, 28). La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41). Dans son cantique, le Magnificat, Marie proclame : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29). Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint » (Lc 10, 21).  Son message est source de joie : « Je vous dis cela, dit-il à ses apôtres, pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). Il promet aux disciples : « Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn 16, 20). 

Oui, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile et Jean-Baptiste en est l’annonciateur. Cette joie frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles, et elle nous invite au rendez-vous de Dieu, qui est d’accueillir le Christ dans nos vies. 

C’est le pape Benoît XVI qui affirmait dans son encyclique Deus caritas : « À l’origine de l’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un évènement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. »[1]

Cet évènement, frères et sœurs, cette Personne, c’est Dieu lui-même qui s’offre à nous, et c’est pourquoi il n’y a pas de plus grande joie. Cette joie transforme toute vie qui l’accueille. Cette joie, c’est l’amour du Père qui vient nous redire en son Fils combien notre vie est précieuse et combien nous sommes destinés à un bonheur sans fin. 

C’est pourquoi cette joie n’est ni superficielle, ni naïve. Au contraire, elle nous engage pleinement dans le sérieux de l’existence et nous permet de rester debout au cœur des épreuves et des tempêtes de la vie, car sa source est en Dieu lui-même. Dieu parmi nous. Que ce soit là notre joie, et puissions-nous toujours la reconnaître à l’exemple de Jean le Baptiste.

Fr. Yves Bériault, o.p.

[1] Benoît XVI. Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 1 : AAS 98 (2006), 217. 

Laissez un commentaire