Homélie pour le troisième dimanche de Pâques. Année A

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L’apparition de Jésus aux disciples d’Emmaüs

Les deux disciples dont il est question dans cet évangile ne font pas partie du groupe des Apôtres. Ce sont de simples disciples, comme vous et moi, et dont l’évangéliste Luc nous rappelle la merveilleuse histoire. Une histoire actuelle puisque nous sommes aussi des disciples d’Emmaüs. Nous sommes en marche avec eux avec nos doutes, nos manques de foi. Dans ce récit, le Ressuscité semble nous prendre par la main afin de nous amener à une meilleure intelligence du mystère de sa mort et de sa résurrection. Il nous faut toujours reprendre le chemin d’Emmaüs là où le Christ nous attend.

Quand je prêche à une assemblée comme la nôtre, je suis toujours animé de ce désir d’approfondir avec vous cet extraordinaire mystère de notre foi. Certains me diront que c’est là mon métier, mais je répondrais que je suis avant tout disciple du Christ avec vous et que c’est ensemble que nous cherchons à mieux comprendre et à mieux vivre cette foi qui est la nôtre.

Les prédications sont comme des variations sur un même thème, soit l’amour de Dieu pour nous et ses conséquences dans nos vies. Je vous vois de dimanche en dimanche venir en Église célébrer votre foi, et pour moi c’est toujours un privilège que de pouvoir méditer avec vous les Écritures, contempler et accueillir ensemble celui qui se donne à nous dans l’Eucharistie. Quand on a la foi, on ne peut qu’acquiescer à cette affirmation de Maurice Zundel : « Le bonheur, c’est Dieu. Dieu c’est le bonheur. » C’est ainsi que nos deux disciples d’Emmaüs, après leur rencontre avec le Ressuscité, peuvent s’exclamer : « Notre coeur n’était-il pas tout brûlant en nous tandis qu’Il nous parlait sur la route. »

Chaque dimanche, partout dans le monde, les chrétiens et les chrétiennes se rassemblent afin de se laisser rejoindre sur la route par le Ressuscité, pour se mettre à nouveau à l’écoute des Écritures, qui nous parlent de Lui, et qui nous préparent à communier à sa vie donnée, à recevoir ce supplément de grâce à chacune de nos eucharisties, afin que nous puissions repartir avec cette paix et cette joie du Christ, et que nous avons pour mission de porter au monde.

Mais pour être habité par cette passion qui change véritablement une vie, il faut rencontrer le Christ, et surtout vouloir le rencontrer sans cesse; ne jamais hésiter à lui dire, quand le jour baisse et que le soir approche :  « Reste avec nous! »

Remarquez que nos deux disciples d’Emmaüs ne reconnaissent pas le Ressuscité quand il se fait voir à leurs yeux. Ce n’est que lorsqu’il disparaît, à la fraction du pain, qu’ils le reconnaissent. Nous ne croyons pas au Christ à cause d’une preuve extérieure évidente ou parce que son tombeau a été trouvé vide le matin de Pâques, ou même parce que des témoins nous disent l’avoir vu après sa mort. Bien sûr, ce sont là des éléments de preuve qui peuvent nous mettre sur le chemin de la foi, mais comme l’écrivait Maurice Zundel : « Je ne crois pas en Dieu, disait-il, je le vis. » Dieu ne se réduit pas à une formule ou un credo, il est une rencontre. Il n’est pas une simple connaissance, il est une re-connaissance au plus intime de nos vies.

La foi chrétienne, c’est le coeur qui s’ouvre à plus grand que lui, à la source même de sa vie, qui expérimente cette rencontre du Christ dont parlait l’Apôtre Pierre dans sa première lettre aux chrétiens de Rome et qui leur disait : « Vous qui l’aimez sans l’avoir vu. » Est-ce possible d’aimer le Christ sans l’avoir vu? Certainement, nous en sommes convaincus. L’Église vit de cette réalité depuis près de deux mille ans. Il suffit de regarder la vie de cette foule de témoins qui nous ont précédés pour s’en convaincre, jusqu’au coeur même de norte communauté chrétienne.

Pour prendre une image que nous comprenons bien au Québec, cette présence du Ressuscité à nos vies est comparable à l’irruption du printemps au coeur de nos hivers. Nous le savons, et c’est même une certitude, la vie est plus forte que tout. Plus forte que ces glaces qui nous emmurent en janvier, plus forte que ce froid qui trop souvent nous paralyse en février. Cette expérience des saisons dans notre pays nordique est à la fois exigeante, mais aussi exaltante. La nature se fait pédagogue dans notre pays et elle nous enseigne à lire les signes des temps, qui ne sauraient nous tromper. À quiconque sait tendre l’oreille, en ce temps de l’année, la nature semble murmurer ces paroles qui sont au coeur même de l’acte de création : Osez espérer! Osez croire! Ne soyez pas incrédules. Tout va changer. C’est l’invitation que nous fait le Ressuscité à travers ce récit des disciples d’Emmaüs.

Petite anecdote personnelle pour concrétiser mon propos. Il y a plusieurs années, la communauté chrétienne de l’Annonciation, à laquelle j’appartenais, avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles, les ramenant de leur « hôtel refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Nous étions en plein mois de janvier et pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux.

Le père, devant le regard insistant de son épouse, osa enfin me questionner. Il me demanda ce qui avait bien pu arriver à notre forêt pour que les arbres soient tous morts. Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient toutes leurs feuilles en automne pour ensuite s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous avons poursuivi notre route.

Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent et, le printemps venu, mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru en mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux même cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie.

Frères et soeurs, la  fête de Pâques est le lieu par excellence où les chrétiens et les chrétiennes enracinent leur espérance, au-delà des saisons  qui passent, au-delà des échecs apparents de l’Église, au-delà des déceptions et des découragements. L’Évangile de ce dimanche nous invite à passer de nos désillusions à une foi ferme et convaincue, à une foi persévérante. Nous espérons et nous croyons parce que Dieu le premier a cru en nous en nous donnant la vie. Nous espérons et nous croyons en Dieu parce que dans un élan d’amour sans égal, Il nous a donné son Fils unique en partage. Nous espérons  et nous croyons parce que Jésus a vaincu la mort et que sa vie s’offre à nous, sans cesse, comme un printemps toujours renouvelé. N’en sommes-nous pas les témoins?

Que le Ressuscité ouvre nos esprits et nos cœurs en cette eucharistie, comme il le fit autrefois pour ses disciples, pour que nous puissions aujourd’hui le reconnaître à la fraction du pain et dans le quotidien de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.

 

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