Veillée pascale 2017. Homélie du pape François

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Chers frères et sœurs,

1. Dans l’évangile de cette nuit lumineuse de la Vigile pascale, nous rencontrons d’abord les femmes qui se rendent au tombeau de Jésus avec les aromates pour oindre son corps (cf. Lc 24,1-3). Elles viennent pour accomplir un geste de compassion, d’affection, d’amour, un geste traditionnel envers une chère personne défunte, comme nous le faisons nous aussi. Elles avaient suivi Jésus, l’avaient écouté, s’étaient senties comprises dans leur dignité et l’avaient accompagné jusqu’à la fin, sur le Calvaire, et au moment de la déposition de la croix. Nous pouvons imaginer leurs sentiments tandis qu’elles vont au tombeau : une certaine tristesse, le chagrin parce que Jésus les avait quittées, il était mort, son histoire était terminée. Maintenant on revenait à la vie d’avant. Cependant en ces femmes persistait l’amour, et c’est l’amour envers Jésus qui les avait poussées à se rendre au tombeau. Mais à moment-là il se passe quelque chose de totalement inattendu, de nouveau, qui bouleverse leur cœur et leurs programmes et bouleversera leur vie : elles voient la pierre enlevée du tombeau, elles s’approchent, et ne trouvent pas le corps du Seigneur. C’est un fait qui les laisse hésitantes, perplexes, pleines de questions : « Que s’est-il passé ? », « Quel sens tout cela a-t-il ? » (cf. Lc 24,4). Cela ne nous arrive-t-il pas peut-être aussi à nous quand quelque chose de vraiment nouveau arrive dans la succession quotidienne des faits ? Nous nous arrêtons, nous ne comprenons pas, nous ne savons pas comment l’affronter. La nouveauté souvent nous fait peur, mais aussi la nouveauté que Dieu nous apporte, la nouveauté que Dieu nous demande. Nous sommes comme les Apôtres de l’Évangile : nous préférons souvent garder nos sécurités, nous arrêter sur une tombe, à une pensée pour un défunt, qui à la fin vit seulement dans le souvenir de l’histoire comme les grands personnages du passé. Nous avons peur des surprises de Dieu. Chers frères et sœurs, dans notre vie nous avons peur des surprises de Dieu ! Il nous surprend toujours ! Le Seigneur est ainsi.

Frères et sœurs, ne nous fermons pas à la nouveauté que Dieu veut apporter dans notre vie ! Ne sommes-nous pas souvent fatigués, déçus, tristes, ne sentons-nous pas le poids de nos péchés, ne pensons-nous pas que nous n’y arriverons pas ? Ne nous replions pas sur nous-mêmes, ne perdons pas confiance, ne nous résignons jamais : il n’y a pas de situations que Dieu ne puisse changer, il n’y a aucun péché qu’il ne puisse pardonner si nous nous ouvrons à Lui.

2. Mais revenons à l’Évangile, aux femmes et faisons un pas en avant. Elles trouvent la tombe vide, le corps de Jésus n’y est pas, quelque chose de nouveau est arrivé, mais tout cela ne dit encore rien de clair : cela suscite des interrogations, laisse perplexe, sans offrir de réponse. Et voici deux hommes en vêtement éclatant, qui disent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24,5-6). Ce qui était un simple geste, un fait, accompli bien sûr par amour – le fait de se rendre au tombeau –se transforme maintenant en évènement, en un fait qui change vraiment la vie. Rien ne demeure plus comme avant, non seulement dans la vie de ces femmes, mais aussi dans notre vie et dans l’histoire de notre humanité. Jésus n’est pas un mort, il est ressuscité, il est le Vivant ! Il n’est pas seulement revenu à la vie, mais il est la vie même, parce qu’il est le Fils de Dieu, qu’il est le Vivant (cf. Nb 14, 21-28, Dt 5,26, Jon 3,10) Jésus n’est plus dans le passé, mais il vit dans le présent et est projeté vers l’avenir, Jésus est l’« aujourd’hui » éternel de Dieu. Ainsi la nouveauté de Dieu se présente aux yeux des femmes, des disciples, de nous tous : la victoire sur le péché, sur le mal, sur la mort, sur tout ce qui pèse sur la vie et lui donne un visage moins humain. Et c’est un message qui est adressé à moi, à toi chère sœur et à toi cher frère. Combien de fois avons-nous besoin de ce que l’Amour nous dise : pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ? Les problèmes, les préoccupations de tous les jours nous poussent à nous replier sur nous-mêmes, dans la tristesse, dans l’amertume… et là, c’est la mort. Ne cherchons pas là Celui qui est vivant !

Accepte alors que Jésus Ressuscité entre dans ta vie, accueille-le comme ami, avec confiance : Lui est la vie ! Si jusqu’à présent tu as été loin de Lui, fais un petit pas : il t’accueillera à bras ouverts. Si tu es indifférent, accepte de risquer : tu ne seras pas déçu. S’il te semble difficile de le suivre, n’aies pas peur, fais-lui confiance, sois sûr que Lui, il est proche de toi, il est avec toi et te donnera la paix que tu cherches et la force pour vivre comme Lui le veut.

3. Il y a un dernier élément tout simple que je voudrais souligner dans l’Évangile de cette lumineuse Vigile pascale. Les femmes découvrent la nouveauté de Dieu : Jésus est ressuscité, il est le Vivant ! Mais devant le tombeau vide et les deux hommes en vêtement éclatant, leur première réaction est une réaction de crainte : « elles baissaient le visage vers le sol » ? note saint Luc ?, elles n’avaient pas non plus le courage de regarder. Mais quand elles entendent l’annonce de la Résurrection, elles l’accueillent avec foi. Et les deux hommes en vêtement éclatant introduisent un verbe fondamental : rappelez-vous. « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée… Et elles se rappelèrent ses paroles » (Lc 24,6.8). C’est donc l’invitation à faire mémoire de la rencontre avec Jésus, de ses paroles, de ses gestes, de sa vie ; et c’est vraiment le fait de se souvenir avec amour de l’expérience avec le Maître qui conduit les femmes à dépasser toute peur et à porter l’annonce de la Résurrection aux Apôtres et à tous les autres (cf. Lc 24,9). Faire mémoire de ce que Dieu a fait et fait pour moi, pour nous, faire mémoire du chemin parcouru ; et cela ouvre le cœur à l’espérance pour l’avenir. Apprenons à faire mémoire de ce que Dieu a fait dans notre vie.

En cette Nuit de lumière, invoquant l’intercession de la Vierge Marie, qui gardait chaque évènement dans son cœur (cf. Lc 2, 19.51), demandons que le Seigneur nous rende participants de sa Résurrection : qu’il nous ouvre à sa nouveauté qui transforme, aux surprises de Dieu qui sont si belles ; qu’il fasse de nous des hommes et des femmes capables de faire mémoire de ce lui accomplit dans notre histoire personnelle et dans celle du monde ; qu’il nous rende capables de le reconnaître comme le Vivant, vivant et agissant au milieu de nous ; qu’il nous enseigne chaque jour, chers frères et sœurs à ne pas chercher parmi les morts Celui qui est vivant. Amen.

Homélie de Saint Séraphim Tchitchagov pour la fête de Pâques

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Merci à Marie qui m’a communiqué ce très beau texte.

« Nous sommes pardonnés, sauvés et rachetés: le Christ est ressuscité ! Ces deux mots résument tout. Ils sont le fondement de notre foi, de notre espérance, de notre amour, de la vie chrétienne, de toute notre sagesse, de l’intelligence, de la Sainte Eglise, de la prière du coeur et de notre avenir. Ces deux paroles ont détruit tous les malheurs des hommes, la mort, le mal. Par elles nous sont donnés la vie, le bonheur et la liberté ! Quelle force merveilleuse ! Nous ne pouvons nous lasser de répéter: le Christ est ressuscité ! Nous ne l’aurons jamais entendu assez: le Christ est ressuscité !  »

Saint Séraphim Tchitchagov

Homélie pour le dimanche de Pâques (A)

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Frères et soeurs, en ce matin de la résurrection, nous nous tenons éblouis devant un tombeau vide. Un tombeau à la porte grande ouverte, irradiant la lumière de Pâques. L’évangéliste Jean a cette phrase laconique au sujet du disciple bien-aimé qui se tient là avec nous : « Il vit et il crut ! ». Comme si ce tombeau vide était le dénouement logique de ce long compagnonnage avec Jésus ; un tombeau vide confirmant en quelque sorte la profondeur du mystère qui animait Jésus. C’est à ce regard de foi que nous sommes conviés ce matin.

« Il vit et il crut ! » Cet acte de foi du disciple bien-aimé est d’autant plus étonnant compte tenu de la fin tragique de Jésus. C’est le grand spirituel d’ici, Fernand Ouellette, qui écrivait :

« Les évangélistes, faut-il le redire, rapportaient une mort infamante de Jésus sur la croix qui ne pouvait qu’accabler, humilier tout disciple par sa forme d’échec impitoyable. Ce que tout écrivain fabulateur, mythologisant n’aurait jamais voulu imaginer. On n’invente pas Jésus Christ, il a trop d’exigence, et une croix trop lourde et râpeuse pour nos épaules. En somme, nos témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l’expansion du christianisme, s’ils n’avaient pas voulu témoigner particulièrement des faits et de la foi ardente qu’ils avaient en Jésus ressuscité, Messie et Seigneur, seule voie vers le Père. »

Aujourd’hui, deux mille ans plus tard et quelques poussières, c’est cette même foi qui nous nous rassemble et nous fait vivre. Un philosophe grec (Héraclite) disait un jour : « Si tu ne sais pas espérer, tu ne pourras jamais accueillir l’inespéré. »

En cette fête de Pâques, qui est la mère de toutes les fêtes, de toutes les attentes au cœur de la vie des hommes et des femmes de ce monde, nous proclamons que l’inespéré s’est fait chair, que le Fils du Père a habité parmi nous, et qu’il est lui le grand vainqueur de la mort. Tant qu’à nous qui sommes ses disciples, nous affirmons que nous avons reconnu sa présence au cœur de nos vies. Nous avons vus nous aussi et nous avons crus. La pierre qui retenait la vie a été roulée sur le côté. La vie qui était captive de la mort a été libérée de ses entraves, et Jésus est devenu notre éternel printemps.

Réjouissons-nous frères et sœurs ! Rendons grâce à Dieu en ce jour de Pâques ! Car Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Amen !

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Vendredi Saint

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« Les évangélistes, faut-il le redire, rapportaient une mort infamante de Jésus sur la croix qui ne pouvait qu’accabler, humilier tout disciple par sa forme d’échec impitoyable. Ce que tout écrivain fabulateur, mythologisant n’aurait jamais voulu imaginer. On n’invente pas Jésus Christ, il a trop d’exigence, et une croix trop lourde et râpeuse pour nos épaules. En somme, nos témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l’expansion du christianisme, s’ils n’avaient pas voulu témoigner particulièrement des faits et de la foi ardente qu’ils avaient en Jésus ressuscité, Messie et Seigneur, seule voie vers le Père.1 »

Frères et soeurs, c’est en communion avec toute l’Église universelle que nous proclamons en ce Vendredi Saint que « notre fierté c’est la croix du Christ ! » Cette croix, malgré sa laideur et la cruauté qu’elle évoque, est le lieu ultime que Dieu a choisi pour nous dire combien il nous aime.

Jésus a dit oui à la croix, il l’a acceptée courageusement, mais peut-on dire qu’il l’a recherchée ? « Père, si tu veux éloigner cette coupe de moi… » disait-il à Gethsémani. Et pourtant, ailleurs en saint Jean il dira à ses disciples : « Comme il me tarde de boire à cette coupe… »

Il n’y a pas de contradiction ici. Le oui de Jésus est un oui à l’épreuve de l’Amour, son amour pour nous et son amour pour le Père, où Jésus ne saurait s’esquiver, car il sait que ce don de lui-même ne peut que nous apporter la vie. Il est venu pour cette Heure, et c’est sur la croix qu’il va affronter le Mal dans ses derniers retranchements.

Jésus a dit oui à la croix, cette croix qui évoque la méchanceté des hommes, symbole de notre péché. C’est sur ce bois, que l’amour du Fils de l’Homme est livré jusqu’au bout, au point de saisir dans son offrande toute l’humanité, toutes les générations à venir qui mettraient leur foi en lui.

Oui, nous proclamons un Messie crucifié ! C’est là notre honte, parce que cette croix est l’expression de notre péché, et il faut en prendre toute la mesure en ces jours saints, mais c’est là aussi notre fierté, parce qu’elle est le lieu de notre relèvement. Comme le disait avec justesse le Père Congar, dominicain : « Ce n’est pas la souffrance de Jésus qui nous sauve; c’est l’amour avec lequel il a vécu cette souffrance; c’est tout autre chose.2»

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


  1. Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides,2002. p. 72
  2. Sesboüé, Bernard. Croire. Droguet et Ardant. 1999. p. 296

Homélie pour le Dimanche des Rameaux

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La liturgie de ce dimanche semble paradoxale : nous l’appelons le dimanche des Rameaux, évènement festif qui rappelle l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem; et nous l’appelons aussi Dimanche de la Passion du Seigneur, avec la croix comme destination finale. En une seule et unique liturgie, nous passons de la foule en liesse, à la mort de Jésus, de l’accueil triomphal de la foule, au spectacle insoutenable de sa crucifixion sous les cris de cette même foule.

À travers ces textes sacrés, c’est le drame de notre terre qui se joue sous nos yeux, alors que tous les jours les hommes et les femmes de ce monde sont sans cesse confrontés au mystère du mal, au cœur même de leurs joies et de leur soif de vivre, dans leur besoin fondamental d’aimer et d’être aimés. Tous sont atteints, dans leur chair ou dans leur coeur, soit par complicité, ou encore en tant que victimes de la haine et des guerres, qui n’épargnent ni les enfants ni les innocents.

Nous en avons été les témoins horrifiés ces jours-ci en Syrie, et ce n’est là que la pointe de l’iceberg de ce mépris de la vie humaine sur notre terre. La vie est souvent bafouée, nous le savons, et alors que la violence et les outrages se déchaînent contre Jésus, ce dimanche des Rameaux vient nous rappeler que le mal et le péché cherchent toujours à imposer leur loi dans nos vies. Qui va nous en libérer ?

À l’aube de cette Semaine Sainte, nos regards se tournent vers Jésus Christ, alors qu’il entre dans sa passion, et qu’en Église nous faisons mémoire de sa vie qui va jusqu’au bout d’elle-même, professant qu’il est le grand vainqueur de la mort, celui qui enlève le péché du monde.

Cela nous le proclamons à chacune de nos eucharisties, et à nouveau en cette Semaine Sainte, nous entrons avec Jésus dans son combat contre le mal, portant avec lui notre monde qui souffre, nous faisant solidaires de ses peines et de sa soif de bonheur, faisant nôtre sa douleur, qui est celle de Dieu lui-même.

Comme l’écrivait Catherine de Sienne : « Ce ne sont pas les clous qui retiennent Jésus sur la croix, mais l’amour. » La Semaine Sainte nous parle d’un Dieu qui nous aime à en mourir. Sachons donc cette semaine ouvrir nos cœurs au mystère du plus grand amour qui soit! Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 5e dimanche du carême (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11,1-45. 
En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;
quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »
Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

COMMENTAIRE

Il y a quelques années, on avait présenté au Grand théâtre de Québec les neuf symphonies de Beethoven sur une période de deux semaines ! Un véritable tour de force dont j’avais eu le privilège d’être le témoin. C’est à la suite de ces concerts que l’inspiration suivante m’était venue de comparer les évangiles à des symphonies, chacun de ces évangiles ayant son propre compositeur inspiré par Dieu, afin de nous parler de Dieu et de son action en son Fils Jésus Christ.

Un dictionnaire nous dirait d’une symphonie qu’il s’agit d’une longue pièce musicale pour un grand orchestre et qui est souvent constituée de plusieurs mouvements, tout aussi variés les uns que les autres. Dans une symphonie, il y a toujours un thème principal, soutenu par des thèmes sous-jacents qui viennent l’introduire, qui le laissent deviner, qui préparent son exécution, jusqu’à ce que la symphonie éclate et atteigne son apogée. C’est alors que le thème principal et les sous-thèmes s’unissent l’un à l’autre dans une extraordinaire explosion de sons et d’émotions. Et tout est dit et la salle éclate en bravos.

La liturgie du carême est ainsi conçue. Elle ressemble à s’y méprendre elle aussi à une symphonie, où de dimanche en dimanche, nous passons d’un mouvement à un autre, d’un évangile à un autre, alors que Jésus se révèle peu à peu, jusqu’à l’accomplissement final de sa mission.

Revenons sur le chemin parcouru jusqu’à maintenant en ce carême. Les récits évangéliques des quatre premiers dimanches nous ont amené sur le Mont de la Tentation avec Jésus, pour ensuite passer au Mont de la Transfiguration. Nous avons été témoins de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, ainsi que de la guérison de l’aveugle-né à la piscine de Siloé. Depuis le début du carême, la liturgie de la Parole s’est déroulée progressivement sur le mode d’une symphonie. Appelons-la : la Symphonie pascale, dans laquelle les sous-thèmes du désert, de la lumière, de la montagne et de l’eau nous ont préparés au mouvement symphonique de ce dimanche où nous sommes mis en présence du miracle de la résurrection de Lazare.

Il s’agit sans doute du miracle le plus spectaculaire de Jésus. Dans ce récit, dans ce mouvement l’on peut entendre clairement le thème sous-jacent à tout l’évangile, même s’il n’est pas encore joué à sa pleine mesure, dans son total déploiement. Mais ce que nous avons vu et entendu aujourd’hui prépare la finale de cette Symphonie pascale qui est la résurrection du Christ le matin de Pâques, et qui est en fait un véritable Hymne à la joie. Voyons maintenant d’un peu plus près ce qui se passe dans ce mouvement de notre symphonie aujourd’hui.

Remarquez comment Jésus prend son temps avant d’aller voir Lazare et ses deux sœurs. Ce n’est pas de l’indifférence de la part de Jésus. Au contraire, il sait ce qu’il fait et il ira voir Lazare en temps et lieu, à l’Heure de Dieu.

N’avons-nous pas tous et toutes un jour attendu cette Heure dans nos vies, convaincus que si Dieu avait été là, s’Il avait agi quand nous le lui avions demandé, les choses se seraient passées bien différemment. « Seigneur, si tu avais été ici. Mon frère ne serait pas mort. » Non seulement les miracles ne surviennent pas toujours quand nous les demandons, mais Dieu ne répond pas toujours comme nous le lui demandons. Les miracles dans nos vies, et ils existent, sont le plus souvent imperceptibles, comme la sève printanière dans les arbres en attente de leur floraison. Mais le plus grand miracle de tous, c’est combien Dieu tient à nous, combien il nous aime, nous promettant qu’en temps et lieu il va nous sauver et nous ramener à la vie, qu’il va ouvrir nos tombeaux.

Notre foi nous affirme que cela est vrai à cause de la résurrection de Jésus qui nous confirme qu’il est véritablement la Lumière du monde, qu’il est la Vie éternelle. Et c’est là le thème central de notre symphonie pascale que l’on entend de dimanche en dimanche, tout au long de ce Carême, et qui va se déployer et retentir solennellement le matin de Pâques, dans un formidable Allegro vivace !

Mais poursuivons notre réflexion. L’Évangile de ce dimanche nous présente l’un des sous-thèmes majeurs de la vie de Jésus, qui est d’une grande importance dans notre Symphonie pascale.

Quelle est la réaction de Jésus quand Marie, la sœur de Lazare, lui dit : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » L’Écriture nous dit que lorsque Jésus a vu pleurer Marie, ainsi que la foule qui l’accompagnait, il frémit intérieurement. Il demanda alors où l’on avait déposé le corps de Lazare et il pleura à son tour devant son tombeau. C’est là une des scènes les plus poignantes des évangiles, où la vie tout à coup semble s’arrêter. Tous les acteurs de ce récit semblent retenir leur souffle, attendant de voir ce que Jésus va faire, alors qu’il pleure.

« Voyez comme il aimait Lazare », se disent-ils entre eux. Et ce mouvement musical s’entend comme un émouvant Adagio. Ce sous-thème dans notre symphonie nous parle de l’humanité de Jésus qui réagit avec indignation et tristesse devant la mort de son ami Lazare.

Les passages où Jésus pleure dans les Évangiles sont les plus révélateurs quant à la nature de Dieu et de son amour pour nous, et nous n’avons pas souvent l’occasion de porter un regard aussi intime sur l’humanité de Jésus. Le miracle d’aujourd’hui évoque non seulement la résurrection du Christ et son pouvoir sur la mort, mais il nous dévoile aussi l’extraordinaire proximité de Jésus à chacune de nos vies.

Jésus pleure devant le tombeau de Lazare. Il va pleurer aussi sur la ville de Jérusalem, qui refuse de l’accueillir comme Sauveur. Il va pleurer et supplier au Jardin de Gethsémani devant la passion à venir, et il va pleurer sur la croix en intercédant pour nous auprès de son Père. Jusqu’à la fin, notre salut et notre bonheur seront la seule et unique passion de Jésus.

Si la mort semble l’emporter dans nos vies, nous savons désormais que l’amour de Dieu pour nous est plus fort que la mort. C’est là le message central de l’évangile d’aujourd’hui. Nous entendons le Christ le crier : « Lazare ! Sors de ton tombeau ! Tiens-toi debout ! Viens, n’aie pas peur, car je suis avec toi ! »

Avec ce miracle, notre Symphonie pascale n’est pas encore terminée, mais elle n’a jamais été aussi proche de son mouvement final, qui éclatera au matin de Pâques, confirmant ainsi les paroles de Jésus à Marthe, la sœur de Lazare :

« Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 4e dimanche du Carême (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 9,1-41. 
En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’ave z pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »

COMMENTAIRE

Ce récit de l’aveugle-né, un des chefs-d’œuvre de l’évangile de Jean, nous entraîne dans un parcours initiatique qui a pour enjeux la personne de Jésus. « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » À cette question des pharisiens à l’aveugle-né, nous sommes amenés à y répondre nous aussi. C’est d’ailleurs là la visée de tout l’évangile de saint Jean.

Des noces de Cana à l’histoire de la Samaritaine, de l’ami Lazare et ses sœurs Marthe et Marie, à Marie-Madeleine au tombeau, ainsi que l’apôtre Pierre et le disciple que Jésus aimait, ce même matin de Pâques, tout converge dans ces récits au dévoilement de l’identité de Jésus. Comme le souligne saint Jean à la fin de son évangile : tout cela a été écrit afin que « vous croyiez que Jésus est le Christ, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jn 20, 31).

Cette vie, elle est représentée de diverses manières chez saint Jean : elle se fait vin des noces à Cana avec celui qui est le véritable époux, la véritable vigne ; elle se fait eau vive avec la Samaritaine au puits de Jacob. Cette vie se fait aussi pain partagé pour la faim du monde au mont des béatitudes, elle se fait tablier de service à la dernière Cène, signe d’un amour qui va jusqu’au bout. Elle se fait bon pasteur et porte des brebis, parole faite chair pour la vie du monde !

Aujourd’hui dans l’évangile, cette vie qu’est Jésus se fait lumière pour l’aveugle-né à la piscine de Siloé. Un récit, qui par sa symbolique, évoque finement la création de l’homme modelé dans la glaise au début du monde, alors que Jésus, « avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle. »  Un récit de recréation nous donnant d’entendre comme en écho la voix de Dieu au moment de la naissance du monde alors qu’il ordonnait : « Que la lumière soit ! » Et que la lumière fût ! Mais alors que l’aveugle-né s’avance vers cette lumière qu’est le Christ, les chefs religieux, eux, s’enfoncent de plus en plus dans les ténèbres.

Cet évangile nous raconte le cheminement d’un homme qui, au départ, ignore tout de Jésus, mais dont la prise de position à son endroit devient de plus en plus audacieuse et assumée au fil du récit. Au début, il n’est que le bénéficiaire passif d’une guérison incroyable, mais ses échanges avec ceux qui l’entourent et l’opposition qu’il rencontre, l’amènent à ouvrir son esprit et son cœur à cet événement qu’il vient de vivre et à découvrir peu à peu l’identité de celui qui l’a tiré de sa nuit. Peu à peu la conclusion s’impose d’elle-même à l’aveugle-né. Jésus ne peut que venir de Dieu. Et quand ce dernier lui demande :

« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
« Et qui est-il, Seigneur,
pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
« Tu le vois,
et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
« Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterna devant lui.

Étonnement, le personnage le plus effacé de cette page d’évangile, c’est Jésus lui-même. Pourtant tout au long du récit sa présence est palpable, il n’est question que de lui et de son miracle le jour du sabbat. Nous assistons alors un chassé-croisé entre Jésus, les pharisiens, les disciples, l’aveugle-né, ses voisins et ses parents, comme si toute la ville de Jérusalem était en émoi devant la guérison extraordinaire de cet homme.

Il est important de rappeler ici que saint Jean débute son évangile en affirmant que « le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. » Il reprend ce thème avec l’histoire de l’aveugle-né, où Jésus, devant cet homme qui ne lui a rien demandé, le tire de sa nuit . Le récit le dit bien, cet homme est un aveugle de naissance et son état décrit la situation de toute personne qui naît sur cette terre.

Qui peut prétendre connaître le sens des choses et de la vie en naissant ? C’est un long cheminement d’humanisation que nous entreprenons en venant au monde, alors que nos yeux sont appelés à s’ouvrir peu à peu au grand mystère de ce monde, au sens de nos vies et de notre destinée.

Nous sommes tous et toutes des aveugles de naissance, et certaines personnes le demeurent toute leur vie. Mais à nous qui avons croisé les pas de Jésus, il nous est demandé à nouveau aujourd’hui : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »

C’est ce mouvement de guérison en notre faveur qui s’est opéré avec la venue du Christ en notre monde, quand, au terme de sa vie, Jésus s’enfonça dans la nuit sombre de da passion, afin que nous puissions vivre de sa vie, illuminés de la joie pascale. L’histoire de l’aveugle-né nous fait entrer par sa symbolique dans la dynamique baptismale, alors que le baptisé doit professer sa foi comme le fait l’aveugle-né en se prosternant devant Jésus : « Je crois Seigneur. » Lors de son baptême, le nouveau baptisé ayant affirmé sa foi au Dieu Père, Fils et Esprit Saint, se voit alors remettre un cierge, allumé au cierge pascal, symbole du Christ ressuscité, alors qu’un très vieux chant baptismal, que saint Paul rappelle au Éphésiens, lui dit : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. »

La caractéristique la plus profonde de la foi chrétienne, comme le rappelait le pape Benoît XVI, « est son ouverture sur un être personnel. La foi chrétienne est plus qu’une option pour un principe spirituel du monde. Le chrétien ne dit pas : “Je crois en quelque chose”, mais “je crois en Toi”. Cette foi est rencontre avec l’homme Jésus, et elle découvre dans une telle rencontre que le sens du monde est une personne. »

Jésus devient alors la présence de l’éternel lui-même dans le monde. Dans sa vie, dans le don de lui-même pour l’humanité, il se révèle comme une présence, une présence sous la forme de l’amour et du pardon, capable d’illuminer nos vies et ainsi ouvrir nos yeux à la profondeur de cet amour qui nous habite et qui ne demande qu’à se déployer en nous et autour de nous.

« Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »

fr.Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs