Homélie pour le 7e Dimanche T.O. (A)

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C’est trop d’amour

Situation réelle vécue il y a à peine quelques semaines : « Maman, c’est trop d’amour. Je vais pleurer. » Réaction du petit Lii, sept ans, devant les marques de tendresse de sa mère lors d’une réception. Il se blottit alors tout contre elle et se mit à pleurer.

Jésus ne nous demande-t-il pas trop d’amour avec ses prescriptions souvent contraires à nos inclinations naturelles ? Pouvons-nous vraiment tendre l’autre joue, donner beaucoup plus que l’on nous demande, pardonner à nos ennemis, les aimer même, prier pour ceux qui nous persécutent ? N’est-ce pas nous demander trop d’amour ?

En méditant les paroles de Jésus, il m’est venu à l’esprit l’analogie suivante. Imaginons nos vies comme une grande et belle maison. Cette maison est le lieu de ce qui nous tient le plus à cœur, de ce qui fait la richesse de nos vies. Quand on y entre, la première pièce que l’on traverse est celle de la famille, la pièce de l’amour des proches, père, mère, frères et sœurs. Succède à cette pièce, celle de nos amours, de nos conjoints, de nos enfants, qui deviennent tout aussi importants que les membres de notre famille naturelle. Suivent d’autres pièces où se vivent les grandes amitiés, les rencontres avec des personnes marquantes, des maîtres à penser, des éducateurs, des témoins. Vient ensuite la pièce de notre vie de tous les jours, avec les collègues de travail, les voisins, les membres de nos communautés d’appartenance. Elle est belle cette maison et elle nous tient à cœur !

Mais, tout au fond de notre maison, là où on ne va plus, il y a une pièce qui ressemble à une chambre à débarras, où se retrouvent pêle-mêle les personnes que l’on ignore, celles qui nous déplaisent et celles que l’on déteste même, les personnes qui nous veulent du mal, les personnes qui nous ont blessés, celles qui se dressent en ennemis sur notre route, bref tous ceux et celles que l’on voudrait bien exclure de nos vies.

Cette pièce nous aimons bien la garder fermée à clé, ne pas y penser. Mais voilà que Jésus nous invite à ouvrir bien grand la porte, à faire la lumière, à faire nôtre son regard, et à voir avec son cœur les personnes qui s’y trouvent. Il nous invite même à en faire des prochains. C’est comme si Jésus nous disait qu’il y a, en nous, un lieu secret où le souci de l’autre, du proche comme du lointain, doit l’emporter sur nos préjugés, nos peurs, nos haines et nos rancœurs. C’est comme s’il nous disait : « Vous savez, vous êtes capables de beaucoup plus d’amour que vous ne le croyez ! »

Une première question qui se pose à nous en écoutant cet évangile, c’est nous demander si nous croyons que Jésus dit vrai, si nous faisons confiance à sa parole, sinon pas la peine de l’écouter ou même de croire en lui ? Mais si nous croyons qu’il a les paroles de la vie éternelle, pourquoi devrai-je être bon avec tous ces gens qui m’embêtent ? Jésus nous répond, comme il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs : « Il vous suffit de scruter les Écritures pour comprendre. » Écoutons l’invitation que Dieu fait au peuple d’Israël dans notre première lecture aujourd’hui. Il lui est dit : « Soyez saints, car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint. »

La parole de Dieu nous dit que nous sommes des êtres en devenir ; nos vies sont comme des chefs-d’œuvre en voie d’achèvement, une toile vivante sur laquelle Dieu inscrit son amour au fil des jours, avec des touches légères et délicates tel un peintre impressionniste. Nous sommes des saints et des saintes en devenir !

Cet appel peut nous paraître inatteignable, mais il est bon de savoir que dans la grande tradition d’Israël, quand il est question de la « sainteté » de Dieu, ce mot est synonyme avec le mot « amour ». Et parce que Dieu est amour il nous appelle à notre tour à devenir amour ! Mais comment y parvenir ?

Il n’y a pas de recette magique pour vivre ces exigences de l’Évangile que nous propose Jésus. Il faut simplement que notre désir de suivre le Christ l’emporte par-dessus tout ; que nos cœurs s’offrent sans cesse à Dieu et soient ouverts à sa grâce. C’est ce oui, que Dieu attend de nous et qui nous ouvre le chemin du véritable amour, par lequel nous pouvons alors habiter peu à peu toutes les pièces de notre demeure intérieure, et ainsi porter le souci de tous, les proches comme les lointains, les amis comme les ennemis.

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! », nous dit Jésus, car il n’y a pas de plus grand bonheur que ce chemin de vie. Et pour y parvenir, nous ne pouvons que reprendre la prière que faisait saint Augustin quand il disait à Dieu : « Donne ce que tu commandes, et alors commande ce que tu veux. » C’est-à-dire donne-moi la force de vivre tes exigences, et alors, demandes-moi tout ce que tu veux. Avec ton aide tout devient possible !

Que ce soit là notre prière en ce jour du Seigneur.

Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le 5e Dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 13-16)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

COMMENTAIRE

Voici l’homélie donnée le 5 février 2017 suite de la tuerie perpétrée à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017.

Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde », nous dit Jésus. Comme ces paroles sont lourdes de sens à la lumière des événements des jours récents où un linceul a recouvert notre ville.

Lundi soir dernier, j’étais présent à la vigile qui s’est tenue entre la mosquée de Québec et l’église Sainte-Foy. En voyant cette foule, je ne pouvais m’empêcher de penser à cette autre vigile à laquelle j’ai participé en 1989, alors que quatorze étudiantes venaient d’être assassinées à l’école Polytechnique de Montréal.

En me tenant au milieu de cette foule, je revivais les mêmes émotions qu’il y a vingt-sept ans :  des sentiments de tristesse, de colère, mais en plus cette fois-ci, des sentiments de gêne et de honte, car les victimes sont toutes musulmanes. Elles font partie de ces marginalisés de notre société, de ces minorités dont on se méfie, de ceux et celles dont on dit qu’ils ne sont pas « des nôtres », et qui pour toutes ces raisons, sont doublement victimes. D’où, tous ces discours, ces analyses et remises en question que nous avons pu entendre au cours de la semaine.

Il nous incombe à nous aussi, en tant que disciples du Christ, de nous situer face à une telle tragédie, afin d’analyser nos sentiments et nos réactions à la lumière de notre foi, et voir où celle-ci nous entraîne. Car si nous prenons au sérieux notre suite du Christ, il faut nous demander ce qu’il attend de nous face à un tel événement; à quoi nous invite l’évangile quant à l’accueil et l’intégration de tous ceux et celles qui nous viennent d’ailleurs, et qui souvent professent une foi différente de la nôtre.

Cette semaine a quand même été extraordinaire en terme de mouvements de solidarités et de prière, de mains tendues et d’ouvertures au dialogue.

Mais il ne faudrait pas trop nous illusionner avec tous ces beaux mots et ces belles intentions. Comme le veut le dicton : « Chassez le naturel et il revient au galop ». C’est pourquoi, afin de nous prémunir contre ce réflexe, il faut que chacun et chacune de nous se demande ce que le Christ attend de nous. Qu’est-ce qu’il nous dirait s’il était là aujourd’hui au milieu de nous ? Hé ! bien l’évangile vient de nous le faire entendre : « Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde ! »

Quand on voit Jésus sillonner les routes de la Palestine et de la Galilée, quand on se met à l’écoute de ses enseignements et de ses paraboles, comment ne pas reconnaître que l’évangile nous impose un devoir de rencontre et de dialogue avec le prochain. Faut-il le répéter : le cœur de l’évangile nous invite à faire preuve de charité fraternelle envers toute personne, d’où qu’elle soit, et qui qu’elle soit.

Le Concile Vatican II a bien insisté sur cette question, surtout en ce qui a trait à notre rapport avec les autres religions. C’est le pape Paul VI qui affirmait au moment du concile : « Tout homme est mon frère. » Alors qu’est-ce que nous faisons de lui ? Comment allons-nous envisager notre avenir commun à la lumière de cette tragédie qui frappe notre société ? « Vous êtes le sel de la terre, nous dit Jésus, vous êtes la lumière du monde ! »

À l’occasion d’un vigile afin de faire mémoire des victimes de la tuerie à la mosquée de Québec, une jeune femme a pris la parole, affirmant ce qui suit : « La haine ne tombe pas du ciel. Elle prend racine dans un environnement politique et social qui l’arrose. » Est-ce que par des paroles, des gestes ou des complicités, nous contribuons à ce climat malsain à l’endroit des immigrants, paroles qui peuvent marquer les personnes influençables, comme le jeune Alexandre, ou encore les jeunes esprits de nos enfants, ou sommes-nous plutôt des agents de changements, des artisans de paix ?

C’est à la lumière de notre foi que nous pouvons trouver la force et la volonté de faire de nouveaux progrès sur ces questions. Nous ne pouvons nous enfermer dans une société qui va ériger des murs de séparation et exclure l’étranger, ou encore mépriser ceux et celles qui ne sont pas « des nôtres », comme nous en voyons trop d’exemples dans le monde ou même tout près de chez nous. C’est là un scénario qui ne peut mener qu’à des lendemains qui déchantent, à des tragédies comme celle que nous venons de connaître. Méfiance et intolérance ne font pas bon ménage avec la fraternité.

Quand j’étais petit, on se méfiait des Anglais, on chassait les témoins de Jéhovah de mon quartier, on n’aurait jamais frayé avec un protestant, Dieu nous en garde, et encore moins avec des personnes de races différentes. Mais les temps ont bien changé. Les mentalités et les frontières se sont ouvertes avec les voyages, les médias et l’immigration. Il suffit de regarder ce que vivent nos enfants, qui sont leurs meilleurs amis ou même leurs conjoints.

Lundi soir dernier à la vigile, j’étais vraiment impressionné par cette foule de plus de cinq mille personnes, composée en bonne partie de jeunes gens, et de jeunes familles avec leurs enfants, et je me disais : voilà l’avenir de notre ville, voilà l’avenir de notre monde. Car voyez-vous, l’Esprit Saint n’est pas chiche, il déploie ses dons avec générosité, partout sur la terre, chez toutes les personnes de bonne volonté, nous appelant tous et toutes à être lumière du monde et sel de la terre. Ce rêve devrait sans cesse habiter nos cœurs, et déjà il se réalise peu à peu dans les complicités discrètes de chaque jour, à l’ombre des amitiés qui naissent lors de tragédies comme celle de la mosquée, et qui deviennent l’occasion d’une main tendue, d’un sourire, d’un mot d’encouragement et de gestes de solidarité.

En terminant, voici une petite histoire pour ces temps de violence, qui s’entend comme une parabole évangélique et qui met en scène des chrétiens et des musulmans. C’est le Père Michel Morlet, prêtre et médecin, qui raconte ce qui suit, alors qu’il était en Éthiopie auprès des lépreux :

C’était dans les débuts de mon arrivée à Gambo, écrit-il, où il y a un petit village où l’on garde les lépreux trop mutilés pour retourner chez eux. Ils reçoivent un peu de nourriture chaque jour, et ils complètent avec leur jardin et leurs poules. Ils vivent pauvrement et ne mangent de la viande qu’aux grandes fêtes, soit musulmanes, soit chrétiennes. À Noël et à Pâques, on donnait une vache aux chrétiens. La même chose pour les musulmans à la fin du ramadan ou à la naissance du Prophète. Ils ne peuvent pas manger ensemble. Or vers la fin du ramadan, Mohamed, un musulman du village, accompagné des anciens, vint voir le Père italien chargé de la mission. Ce dernier lui demanda : « Tu viens déjà chercher ta vache ?

Mohamed lui répondit : « Non, on a discuté tous ensemble au village. Mes enfants vont rire et manger de la viande pendant que les enfants des chrétiens pleureront parce qu’ils n’en ont pas ; alors qu’à Noël, c’est le contraire. Comme on est tous les enfants du même Dieu, désormais, tu donneras à chaque fête. Tu nous donneras seulement un mouton. Comme cela, tu pourras pour le même prix en payer un autre aux chrétiens. Ainsi nos enfants riront et mangeront de la viande en même temps. »

En relisant cette histoire je me disais n’est-ce pas là l’esprit du festin du Royaume qu’annonce Jésus et dont l’eucharistie est le signe annonciateur, préfigurant ce jour où tous les enfants de Dieu seront réunis, tous ensemble, autour de la table du festin. Que ce soit là notre prière.

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour la présentation de Jésus au Temple

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On appelle traditionnellement la fête de la Présentation, la fête de la Chandeleur, ou fête des chandelles. À l’origine, c’était une fête païenne associée à la lumière et à la fécondité, où l’on demandait aux divinités de purifier les champs au moment où commençaient les semailles d’hiver. Au Ve siècle, la fête de la Chandeleur est reprise par l’Église qui la transforme en fête de la Présentation de Jésus au Temple, alors que l’Église orthodoxe l’appellera la fête de la Rencontre. Voilà pour la petite histoire.

Dans le récit évangélique aujourd’hui, les parents de Jésus, en conformité avec la loi juive, viennent consacrer leur premier-né en l’offrant à Dieu au Temple de Jérusalem. Nous sommes toujours ici dans la mouvance des récits entourant la naissance de Jésus. Après la venue des bergers et des mages à la crèche, la fête de la Présentation revêt elle aussi le caractère d’une épiphanie, d’une manifestation au monde. En fait, il s’agit de la première sortie publique de Jésus avec ses parents. Il est présenté au Temple de Jérusalem et Syméon reconnaît en lui la lumière qui vient éclairer les nations.

Pour entrer dans l’intelligence du récit de la présentation de Jésus au Temple, il est nécessaire de revenir aux récits de l’enfance, et surtout aux principaux acteurs de ces récits à qui l’ange Gabriel confie une mission et à qui il dévoile le sens du mystère qui va se déployer sous leurs yeux avec la venue de Jésus en notre monde. Remarquez bien les mots employés pour parler de cet enfant et qui nous dévoilent son identité.

Tout d’abord, il y a la Vierge Marie qui se voit confier par l’ange de porter en son sein le fils du Très-Haut. Immédiatement, elle se met en route et va chez sa cousine Élisabeth lorsqu’elle apprend que celle-ci est enceinte. Élisabeth en la voyant arriver l’appelle la mère de mon Seigneur et, au même moment, l’enfant dans son sein, Jean-Baptiste, tressaille de joie. Zacharie lui, l’époux d’Élisabeth, dira dans son cantique que Jésus est l’Astre d’en haut qui vient illuminer ceux et celles qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Quant à Joseph, l’époux de Marie, un songe lui apprend que l’enfant qu’elle porte a été engendré par l’Esprit Saint et qu’il sauvera son peuple de ses péchés.

Dès que l’action de Dieu se fait sentir dans ces récits de l’enfance, les personnages se mettent en mouvement. Visitation de l’Ange à Marie, à Joseph, à Zacharie. Visitation de Marie à Élisabeth. Visitation des bergers, des anges et des Mages à la crèche. Même les étoiles semblent se déplacer. Et voilà qu’avec l’évangile d’aujourd’hui, ce sont Marie et Joseph qui se mettent en route en direction du Temple, ce Temple que Jésus enfant appellera la maison de son Père.

Maintenant, deux nouveaux personnages interviennent dans le récit aujourd’hui. Il s’agit de deux vieillards : Syméon et Anne la prophétesse. Ce sont des justes qui, sous l’action de l’Esprit Saint, vont dévoiler l’identité de l’enfant Jésus, car comme le dit Syméon, leurs yeux ont vu le salut. Syméon et Anne, par leur âge vénérable, représentent à la fois la sagesse et la longue patience chargée d’espérance de l’Ancien Testament. Ils voient enfin venir à son terme le dévoilement de tout ce qui a été porté par les prophètes et le peuple d’Israël, soit la venue du Messie. Son heure est arrivée!

Le prophète Malachie, que nous avons entendu dans notre première lecture, avait déjà prophétisé ce qui suit au sujet du Messie : « Et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez ». C’est cette promesse de Dieu qui se réalise dans l’évangile aujourd’hui. Et voilà qu’il est porté au Temple par ses parents, « lumière pour éclairer les nations païennes et gloire de son peuple Israël », comme le chantera Syméon.

Nous comprenons maintenant pourquoi la liturgie de l’Église accorde une telle importance à cette fête et la place sous le signe de la lumière, car ce récit de la Présentation de Jésus au Temple est extraordinaire par son symbolisme, ainsi que par la richesse des personnages qui s’y retrouvent. Quand Syméon prend l’enfant dans ses bras, c’est tout l’Ancien Testament qui le saisit, qui le caresse et qui se réjouit. La première Alliance est parvenue au terme de sa course, elle reconnaît en Jésus le Messie tant attendu, et la prophétesse Anne, parvenue à 84 ans et comblée de joie, proclame à tous ceux et celles qui veulent l’entendre qui est véritablement cet enfant.

Frères et soeurs, il est bon de nous rappeler en cette fête, que nous sommes les héritiers de cette bonne nouvelle qui transforme la vie de quiconque la reçoit. Car en Jésus Christ, c’est l’éternelle jeunesse de Dieu qui s’offre à nous et à notre humanité à bout de souffle; et de ses bras étendus sur la croix, croix qu’anticipent déjà les paroles douloureuses de Syméon à la Vierge Marie, le Seigneur appelle tous les peuples à entrer dans son admirable lumière. La fête de la Présentation récapitule tout cela en quelque sorte, puisque c’est la fête de la Lumière venue en notre monde, Jésus Christ, Fils de Dieu !

fr. Yves Bériault, o.p.

Fête de la Présentation du Seigneur avec Marie-Noëlle Thabut

Gregorio Allegri: Miserere

The Choir of Claire College, Cambridge, Timothy Brown

Conférence : Sauver la beauté du monde

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La Faculté de théologie du Collège universitaire dominicain – Dominican University College vous invite aux conférences de l’année 2020 sur son campus d’Ottawa.

La conférence de Jean-Claude Guillebaud est présentée dans la foulée de la publication de son ouvrage intitulé Sauver la beauté du monde, paru en octobre 2019 aux Éditions de L’Iconoclaste.

Ayant passé sa vie à sillonner le monde, Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et conférencier bien connu, revient sur toutes les beautés glanées au fil de son existence : l’extrême émotion ressentie devant une peinture pariétale à Lascaux, devant une abbatiale du XIIe siècle, la parade amoureuse d’un oiseau, le basculement du ciel au-dessus de nos têtes… Si l’auteur révèle toute cette beauté, c’est pour nous rappeler à quel point elle est fragile. Il faut, à tout prix, la préserver. Conférence présentée en collaboration avec l’Institut de pastorale des Dominicains.

Le jeudi 13 février 2020 à 19 h 30
La salle 221 au Collège universitaire dominicain,
96, avenue Empress, Ottawa

Pour information :
Claude Auger
613-233-5696 poste 341
claude.auger@udominicaine.ca
http://www.dominicanu.ca/

 

Homélie pour le 3e Dimanche T.O. (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 4, 12-17)

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste,
il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth
et vint habiter à Capharnaüm,
ville située au bord de la mer de Galilée,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
 Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,
une lumière s’est levée.

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »

COMMENTAIRE

Chaque année, dans notre église, un événement unique est célébré le 24 décembre, soit la Crèche vivante, la messe familiale de Noël, et plusieurs des personnes qui y viennent nous sont inconnues. Elles nous rendent visite une fois par année, et à leur manière elles font partie de nos fidèles réguliers !

Ils sont fidèles ! Ils sont là tous les ans et on peut vraiment voir leurs yeux briller de bonheur à l’occasion de cette messe de Noël. Ils sont « endimanchés », ils applaudissent à tout rompre dès qu’une occasion se présente. C’est un public bon enfant, qui aime bien rire avec les enfants, et qui se laisse séduire par le mystère que nous célébrons à travers notre mise en scène bien modeste du mystère de Noël. Tout comme les bergers, année après année, ils suivent l’étoile de Bethléem, et se retrouvent tout près de la crèche.

Pourquoi vous raconter tout cela ? C’est que je vois dans cette célébration, plus qu’à aucun autre moment de notre année liturgique, l’accomplissement de ce que nous dit la Parole de Dieu aujourd’hui, en écho à la prophétie d’Isaïe :  

Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.

Pour bien comprendre cette prophétie d’Isaïe, permettez-moi de présenter ici son contexte historique. Quand Isaïe fait cette prophétie, près de huit cents ans avant Jésus-Christ, le Royaume d’Israël est divisé en deux. Il y a eu rupture, guerres, et deux entités politiques s’affrontent : tout d’abord le Royaume d’Israël, au nord du pays, qui a la ville de Samarie comme capitale, et le Royaume de Juda, au sud qui a Jérusalem comme capitale. C’est Juda qui est le royaume légitime puisque ses rois sont de la descendance du roi David. 

La prophétie d’Isaïe a pour objet le Royaume du Nord, cette région où habitent deux des douze tribus d’Israël, soit Zabulon et Nephtali, et cette région est appelée la Galilée des nations. Quand Isaïe annonce qu’une grande lumière va se lever sur le Royaume du nord, il reprend une formule qui était utilisée lors de l’intronisation d’un roi en Israël. L’on proclamait alors qu’une grande lumière s’était levée sur le pays. En reprenant cette formule dans sa prophétie pour le pays de Zabulon et de Nephtali, Isaïe annonçait la venue d’un grand roi qui apporterait la paix et qui réunifierait Juda et d’Israël, pour n’en faire qu’un seul pays. Voilà pour le contexte historique de notre prophétie. 

Maintenant, l’évangéliste Matthieu va reprendre cette même prophétie d’Isaïe, mais pour désigner la venue du Messie en la personne de Jésus. Pour les premiers chrétiens, et pour nous aujourd’hui, Jésus est cette grande lumière qui s’est levée sur le monde !  

Il est important de se rappeler que la Parole de Dieu dans la Bible est souvent comparée à une lumière. On dit d’elle qu’elle est une lumière sur notre route, une lampe sur nos pas, car nos vies sont faites d’ombre et de lumière, tant nos vies personnelles que ce monde où nous vivons, sans cesse aux prises avec des conflits, des violences, et des bouleversements. Nous avons tous besoin de lumière pour nous guider dans ces nuits que nous traversons. Et quand je contemple cette foule à Noël, j’ai le sentiment de toucher à cette soif de bonheur qui nous anime tous. Cette foule devient en quelque sorte comme un révélateur de qui nous sommes, de nos aspirations, de notre quête de sens. 

Cette assemblée réunie autour de la crèche vivante, nous fait voir combien les parents aiment leurs enfants. Cette messe est comme une fête des familles et ces dernières sont touchées par le mystère de Noël, puisqu’elles reviennent année après année, alors que pour beaucoup d’entre elles ce sera peut-être leur seule présence à l’église pendant l’année.

Je revois cette maman avec qui j’échangeais avant Noël, et dont les enfants participaient pour la troisième année à la Crèche vivante, et qui me confiait qu’elle en avait eu les larmes aux yeux la première fois qu’elle était venue à cette messe. À sa manière, elle témoignait qu’elle était touchée par cette lumière du Christ qui se lève sur le monde et que nous célébrons à Noël. Et c’est là une conviction chez moi : ils sont beaucoup plus nombreux que nous le croyons ceux et celles qui aspirent à cette lumière, à cette joie.

À travers mon ministère, lors de la préparation de baptêmes, de mariages et de funérailles, je suis sans cesse émerveillé par la bonté des personnes que je rencontre, des rêves qu’elles portent, de l’amour qui les anime, faisant preuve parfois d’une générosité sans borne. Je rencontre des personnes que l’on juge parfois comme étant loin de nous, parce qu’elles ne sont pas présentes à nos célébrations, des personnes qui pourtant nous ressemblent tellement. Vous-mêmes, tout comme moi, vous faites cette expérience. Pensez simplement à vos enfants, à certains de vos amis, à un voisin

Frères et sœurs, n’en doutons pas, le Christ poursuit sa route en cette Galilée des nations qui s’étend maintenant aux dimensions du monde, et où il envoie ses disciples porter la bonne nouvelle de Jésus Christ, comme le chantait Zacharie, soleil levant, l’astre d’en haut, qui vient illuminer de sa présence tous ceux et celles qui le cherchent et conduire leurs pas au chemin de la paix.

Alors, prions aujourd’hui pour tous les chercheurs de Dieu, pour ces familles qui nous visitent à tous les ans, prions aussi pour tous ces chrétiens et ces chrétiennes avec lesquels l’unité n’est pas encore accomplie, mais qui avec nous sont disciples du Christ.

fr. Yves Bériault, o.p.