Homélie pour le 4e dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,1-12a. 
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

COMMENTAIRE

C’est Gandhi, guide spirituel hindou et homme politique des Indes au siècle dernier, qui écrivait au sujet des béatitudes : « À mesure qu’augmentait mon contact avec les vrais chrétiens, je vis que le Sermon sur la montagne était tout le christianisme pour qui veut vivre la vie chrétienne. C’est ce sermon qui m’a fait aimer Jésus, disait-il. » Les béatitudes sont l’un des textes les plus commentés des évangiles. Il s’agit de huit souhaits de Jésus à ses disciples, qui sont des chemins de bonheur qui mènent à la fois vers Dieu et le prochain, et qui sont sans doute les paroles de Jésus qui décrivent le mieux ce qu’est une vie transformée par l’Esprit Saint. Ces béatitudes, Jésus va les incarner tout au long de sa vie publique, et c’est pourquoi l’on peut dire des béatitudes qu’elles nous entraînent dans une « imitation de Jésus Christ ! »

Naturellement, les béatitudes sont un vaste sujet pour une homélie de quelques minutes, alors que Jésus nous présente des chemins inédits pour être heureux. Ce bonheur, Jésus l’énonce en huit sentences dans l’évangile de Matthieu. J’ai donc pensé les regrouper en trois catégories afin de nous aider à mieux comprendre l’esprit qui les anime. Trois préoccupations majeures sont au cœur des béatitudes : soit l’amour de Dieu, l’amour du prochain, et notre présence au monde à cause de cet amour.

Commençons par les béatitudes de l’amour de Dieu. Il y en a deux, et elles sont le fondement des six autres : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux et heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Ces deux béatitudes nous parlent avant tout de la vertu d’humilité, qui est de savoir que tout nous vient de Dieu et où l’âme s ‘offre à Dieu comme une terre d’accueil. À la source de cette humilité et de cet abandon, il y a une grande soif de Dieu. Ces deux béatitudes nous donnent de vivre dans la confiance et dans la paix, habités d’une joie que Dieu seul peut nous donner.

L’humilité est une grâce, une vertu qu’il faut sans cesse demander à Dieu, car elle est la porte de l’âme qui s’offre à Dieu. Elle correspond à ce désir de l’âme pour Dieu qui fait l’expérience qu’elle ne l’approchera jamais suffisamment, qu’Il lui échappera toujours, et qui devient ainsi d’autant plus consciente de sa condition pécheresse, de ce refus inné en elle de se donner totalement à Dieu.

L’humilité, c’est la béatitude de ceux et celles qui se savent pauvres, pauvres de Dieu, et c’est là une condition fondamentale pour s’ouvrir à la grâce, à l’amour de Dieu qu’on n’a jamais fini de chercher. Comment peut-il en être autrement quand il est question de Dieu ? C’est sainte Catherine de Sienne qui écrivait : « O Trinité éternelle ! vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! » (Oraisons 22, 10)

Le coeur pur lui désigne l’être profond de la personne qui s’offre entièrement à Dieu, et qui se veut totalement réceptive à son action. Il ne s’agit pas ici d’une perfection morale où l’on serait sans tache et sans défaut. Il s’agit plutôt d’une volonté d’accueil en notre coeur, puisque c’est en notre coeur que nous pouvons voir Dieu. « Heureux les coeurs purs ils verront Dieu. » Comment ne pas penser ici à la Vierge Marie, elle qui était d’une humilité transparente, seule capable d’accueillir le Fils de Dieu et de le laisser briller en elle. Marie est comme le vitrail de la présence de Dieu en notre monde et Jésus nous invite à aspirer à cette pureté, qui est un don et qu’il faut sans cesse demander.

Deuxièmement, il y a les béatitudes du prochain et de la miséricorde. Heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux les miséricordieux. Ces trois béatitudes décrivent comment le coeur du disciple est marqué par l’esprit de Jésus, soit la douceur, la miséricorde et les larmes.

Je me souviens de ce vieux moine à la trappe, tout courbé sous le poids des années. C’était lui « le frère clochard », le moine qui tous les jours sonnait la cloche pour appeler ses frères à la prière. À l’occasion de la fête du dominicain saint Thomas d’Aquin, le père abbé m’avait demandé de prêcher à la messe du jour, et j’avais commencé mon homélie, sourire en coin, en rappelant à ces moines ce que Thomas d’Aquin avait dit au sujet des moines et des dominicains.

Il avait dit que les prédicateurs étaient faits pour prêcher et que les moines étaient faits pour pleurer ! Ce vieux moine, me croisant près de sa cloche quelques heures plus tard, m’attira à l’écart et me confia avec beaucoup d’émotions : « Vous avez bien raison mon père, il nous faut pleurer sur notre pauvre monde. »

« Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. » Ce moine avait touché là à l’esprit de cette béatitude, car ceux et celles qui pleurent ne peuvent regarder leurs frères et soeurs du monde avec indifférence, sans se soucier de leurs souffrances, ni les approcher sans être porteurs d’un grand amour pour eux, et ce, avec beaucoup de douceur et de compréhension. « Heureux les doux », nous dit Jésus, « heureux les miséricordieux », car vous portez avec moi mon amour pour le monde. Nous sommes ici dans l’ordre de la miséricorde.

Enfin, il y a les béatitudes au service de la paix et de la justice. Les béatitudes sont aussi une invitation à nous mobiliser, elles poussent à l’action, on ne peut rester passif quand le monde subit la violence, l’injustice, quand des barrières s’élèvent pour exclure ou opprimer, comme nous en sommes témoins ces jours-ci dans l’actualité politique. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Heureux les artisans de paix. Heureux êtes-vous si l’on vous persécute à cause de votre engagement en mon nom, car le Royaume de cieux est à vous, n’en doutez pas. Dieu est avec vous !

Frères et sœurs, les béatitudes sont une invitation au bonheur. Un bonheur dès maintenant, et aussi la promesse d’un bonheur à venir, lorsque nous déposerons ultimement nos vies entre les mains de Dieu. D’ici là, les béatitudes sont une invitation à agir, à nous compromettre, à donner des ailes à l’évangile, et à lui faire ainsi parcourir le monde. C’est cet esprit qui ressort de la traduction des béatitudes faite par André Chouraqui, écrivain et poète juif, qui a traduit la Bible à partir de sa culture juive. Écoutez bien comment il traduit le discours de Jésus sur les béatitudes :

EN MARCHE … LES HUMILIÉS DU SOUFFLE (pauvres de cœur)

EN MARCHE … LES AFFAMÉS ET ASSOIFFÉS DE JUSTICE ;

EN MARCHE … LES CŒURS PURS ;

EN MARCHE … LES HUMBLES (les doux) ;

EN MARCHE … LES MATRICIELS ; (les miséricordieux)

EN MARCHE… LES FAISEURS DE PAIX ;

EN MARCHE … LES ENDEUILLÉS ;

EN MARCHE…  LES PERSÉCUTÉS POUR LA JUSTICE.

En fait, l’esprit des béatitudes, c’est vouloir laisser s’imprimer en nous le visage du Christ, et accepter d’être les saints et les saintes que Jésus nous appelle à devenir dans le quotidien qui est le nôtre. Serons-nous des grands saints ? Cela importe peu. Ce qui importe, c’est de confier toute notre vie à Dieu, jour après jour, et ainsi nous laisser transformer par la vie de Jésus en nous. C’est ainsi que nous trouverons notre place dans l’une et l’autre de ces béatitudes qui, comme l’écrit le moine Christian de Chergé, « forment le toit du monde » et sont les conditions mêmes de son bonheur !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs.

Homélie pour le 3e dimanche. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,12-23.
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :
‘Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.’
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela.
Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

COMMENTAIRE

Chaque année, dans notre église, un événement unique est célébré le 24 décembre, soit la Crèche vivante, la messe familiale de Noël. Plusieurs parmi vous, connaissez déjà cette tradition, soit par votre participation à cette messe, ou encore parce que vous collaborez à l’organisation. Chaque année, ce sont près de cinq cents personnes qui y viennent, et les enfants bien sûr y sont très nombreux. Par ailleurs, un grand nombre de ces personnes nous sont inconnues, elles nous rendent visite une fois par année, et à leur manière ils font partie de nos fidèles réguliers !

Ils sont fidèles ! Ils sont là tous les ans et on peut vraiment voir leurs yeux briller de bonheur à l’occasion de cette messe de Noël. Ils sont « endimanchés », ils applaudissent à tout rompre dès qu’une occasion se présente. C’est un public bon enfant, qui aime bien rire avec les enfants, et qui se laisse séduire par le mystère que nous célébrons à travers notre mise en scène bien modeste du mystère de Noël. Tout comme les bergers, année après année, ils suivent l’étoile de Bethléem, et se retrouvent tout près de la crèche.

Pourquoi vous raconter tout cela ? C’est que je vois dans cette célébration, plus qu’à aucun autre moment de notre année liturgique, l’accomplissement de ce que nous dit la Parole de Dieu aujourd’hui, en écho à la prophétie d’Isaïe :   

Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.

Pour bien comprendre cette prophétie d’Isaïe, permettez-moi de présenter ici son contexte historique. Quand Isaïe fait cette prophétie, près de huit cents ans avant Jésus-Christ, le Royaume d’Israël est divisé en deux. Il y a eu rupture, guerres, et deux entités politiques s’affrontent : tout d’abord le Royaume d’Israël, au nord du pays, qui a la ville de Samarie comme capitale, et le Royaume de Juda, au sud qui a Jérusalem comme capitale. C’est Juda qui est le royaume légitime puisque ses rois sont de la descendance du roi David.

La prophétie d’Isaïe a pour objet le Royaume du Nord, cette région où habitent deux des douze tribus d’Israël, soit Zabulon et Nephtali, et cette région est appelée la Galilée des nations. Quand Isaïe annonce qu’une grande lumière va se lever sur le Royaume du nord, il reprend une formule qui était utilisée lors de l’intronisation d’un roi en Israël. L’on proclamait alors qu’une grande lumière s’était levée sur le pays. En reprenant cette formule dans sa prophétie pour le pays de Zabulon et de Nephtali, Isaïe annonce la venue d’un grand roi qui apportera la paix et qui réunifiera Juda et d’Israël, pour n’en faire qu’un seul pays. Voilà pour le contexte historique de notre prophétie.

Maintenant, l’évangéliste Matthieu va reprendre cette même prophétie d’Isaïe, mais pour désigner la venue du Messie en la personne de Jésus. Pour les premiers chrétiens, et pour nous aujourd’hui, Jésus est cette grande lumière qui s’est levée sur le monde !

Il est important de se rappeler que la Parole de Dieu dans la Bible est souvent comparée à une lumière. On dit d’elle qu’elle est une lumière sur notre route, une lampe sur nos pas, car nos vies sont faites d’ombre et de lumière, tant nos vies personnelles, qu’à cause de ce monde où nous vivons, sans cesse aux prises avec des conflits, des violences, et des bouleversements. Nous avons tous besoin de lumière pour nous guider dans ces nuits que nous traversons, et quand je contemple cette foule à Noël, j’ai le sentiment de toucher à cette soif de bonheur qui nous anime tous. Cette foule devient en quelque sorte comme un révélateur de qui nous sommes, de nos aspirations, de notre quête de sens.

Cette assemblée réunie autour de la crèche vivante, nous fait voir combien les parents aiment leurs enfants. Cette messe est comme une fête des familles et ces dernières sont touchées par le mystère de Noël, puisqu’elles reviennent année après année, alors que pour beaucoup d’entre elles ce sera peut-être leur seule présence à l’église pendant l’année.

Je revois cette maman avec qui j’échangeais avant Noël, et dont les enfants participaient pour la troisième année à la Crèche vivante, et qui me confiait qu’elle en avait eu les larmes aux yeux la première fois qu’elle était venue à cette messe. À sa manière, elle témoignait qu’elle était touchée par cette lumière du Christ qui se lève sur le monde et que nous célébrons à Noël. Et c’est une conviction chez moi : ils sont beaucoup plus nombreux que nous le croyons ceux et celles qui aspirent à cette lumière, à cette joie.

À travers mon ministère, lors de la préparation de baptêmes, de mariages et de funérailles, je suis sans cesse émerveillé par la bonté des personnes que je rencontre, des rêves qu’elles portent, de l’amour qui les anime, faisant preuve parfois d’une générosité qui m’épate. Je rencontre des personnes que l’on juge parfois comme étant loin de nous, parce qu’elles ne sont pas présentes à nos célébrations, des personnes qui pourtant nous ressemblent tellement. Vous-mêmes, tout comme moi, vous faites cette expérience. Pensez simplement à vos enfants, à certains de vos amis, à un voisin…

Frères et sœurs, n’en doutons pas, le Christ poursuit sa route en cette Galilée des nations qui s’étend maintenant aux dimensions du monde, et où il envoie ses disciples porter la bonne nouvelle que Jésus Christ, comme le chantait Zacharie, le père de Jean Baptiste, il est le soleil levant, l’astre d’en haut, qui vient illuminer de sa présence tous ceux et celles qui le cherchent et conduire leurs pas au chemin de la paix.

Alors, prions aujourd’hui pour tous les chercheurs de Dieu, pour ces familles qui nous visitent à tous les ans, prions aussi pour tous ces chrétiens et ces chrétiennes avec lesquels l’unité n’est pas encore accomplie, mais qui avec nous sont disciples du Christ.

Yves Bériault, o.p.

Épiphanie du Seigneur

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12.
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem
et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.’ »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

COMMENTAIRE

Je me souviens, alors que j’étais encore enfant, la fête de l’Épiphanie était le moment tant attendu où l’on pouvait enfin placer sous le sapin les personnages des trois Rois Mages dans la crèche, tout près du berceau de Jésus. On trouvait toujours que c’était un peu tard nous les enfants. Le sapin avait donné le meilleur de lui-même et il ne lui restait plus que quelques jours à orner le salon familial. La préparation de la crèche de Noël ressemblait à s’y méprendre à la préparation d’une pièce de théâtre, où nous placions nos différents personnages. Nous étions des enfants et les personnages des Rois Mages étaient sans doute les plus fascinants et les plus énigmatiques de la crèche avec leurs vêtements somptueux, avec leurs chameaux et leurs présents d’or, d’encens et de myrrhe. À travers eux, c’est la merveilleuse histoire de Noël qui se déroulait sous nos yeux et, imperceptiblement, notre foi d’enfant prenait peu à peu son envol à travers cette mise en scène annuelle de notre crèche familiale.

Toutefois, nous n’étions pas du tout conscients de l’intrigue qui se jouait autour de nos trois Rois Mages et de l’enfant Jésus. Que savions-nous en fait de la peur qui s’était emparée de Jérusalem quand les trois rois annoncèrent à Hérode la naissance du Messie; de l’inquiétude des élites religieuses, ou des sombres intentions du roi Hérode au sujet de ce nouveau-né? « Le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui », nous dit l’évangéliste.

L’histoire des mages, que nous appelons aussi des rois, est comme une parabole où le sens de leur histoire est beaucoup plus riche de sens qu’il ne semble à première vue. Derrière la joie extraordinaire qui est proclamée solennellement au monde à Noël, une terrible tragédie se met déjà en branle, et qui n’est pas représenté lorsque nous montons nos crèches de Noël à la maison ou dans nos églises.

Aussitôt que Jésus naît, sa vie est en danger, car, comme le chantait sa Marie sa mère dans son Magnificat, le Messie qui vient va disperser les superbes et renverser les puissants de leurs trônes. Pas étonnant qu’Hérode et tous les pouvoirs cruels et malveillants de ce monde s’opposent à lui et à son message de paix et de justice. Cet enfant est l’envoyé du Père qui vient nous aider à changer nos mentalités, nos façons de faire, en guérissant nos cœurs blessés. Il vient nous aider à remplacer l’égoïsme par l’amour, à surmonter le péché par la grâce et ainsi participer à sa victoire sur le mal. Aujourd’hui, nous célébrons la manifestation de cet amour de Dieu pour notre monde. C’est la fête de l’Épiphanie!

Épiphanie! Ce mot signifie pour nous la révélation de la gloire de Dieu sous une forme humaine. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous », nous dit l’évangéliste Jean. Son Incarnation est manifestée au monde par la venue de ces trois Rois Mages qui viennent des confins de l’Orient. Avec eux nous contemplons le mystère qui a été dévoilé à Bethléem, celui du Sauveur qui est né parmi nous. Les Rois Mages représentent toutes les nations de la terre qui cherchent dans la nuit une lumière pour les guider et qui la trouvent chez cet enfant couché dans une mangeoire. La venue des Mages à la crèche est comme l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qui proclamait : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »

Épiphanie! Une histoire qui fascine jeunes et vieux, mais qui n’est pas sans conséquence pour ceux et celles qui mettent leur foi en ce jeune enfant. Le récit évangélique que nous avons entendu aujourd’hui se termine ainsi : « Tombant à genoux, (les Rois Mages) ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

« Par un autre chemin », nous dit le récit. Suivre le Christ signifie s’engager dans une nouvelle direction, sur des chemins contraires aux Hérode de ce monde; il s’agit d’une suite marquée par l’Esprit de Jésus où l’on marche sur ses traces, dans ses pas à lui, où l’on devient comme lui.

Mais qu’ont fait les trois Rois Mages avant de partir par un autre chemin? Ils ont ouvert leurs trésors et les ont offerts à Jésus en hommage. Si nous tentons d’interpréter ce passage de manière spirituelle et symbolique, il signifie que si nous acceptons de nous laisser conduire sur des chemins nouveaux par l’Esprit du Seigneur, il nous faut tout d’abord offrir à Dieu notre trésor, ce que nous possédons de plus précieux.

Et quel est ce trésor que nous pouvons offrir à Dieu? La réponse est bien simple : c’est notre désir. Notre désir de faire le bien, de goûter le vrai bonheur; c’est notre désir de nous faire proches de Dieu et du prochain afin de devenir une personne meilleure. C’est là le plus beau trésor que nous puissions offrir à Dieu. En d’autres mots, ce désir c’est faire notre cette prière silencieuse du prêtre juste avant la communion où il demande à Dieu : « Fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi. » Voilà une belle résolution pour la nouvelle année!

Plusieurs d’entre vous ont sans doute reçu des cadeaux en ce temps des fêtes de la part de vos enfants et de vos petits enfants. Un cadeau est toujours quelque chose de très touchant, surtout lorsqu’il nous est donné par un enfant, parce que ce dernier, nous le savons, y met tout son coeur et toute son énergie. Il n’y alors rien de plus important pour lui. Et quand vous le recevez ce cadeau, il vous va droit au cœur, quelle que soit sa valeur matérielle, car c’est une manifestation de pure gratuité, d’amour vrai.

C’est ce que Dieu fait en nous donnant son Fils unique, afin que nous puissions réaliser à quel point Il nous aime et combien Il est prêt à tout nous donner. Rappelez-vous les paroles du Père au fils aîné dans la parabole de l’enfant prodigue : « Tout ce qui est à moi est à toi. » Ces paroles sont pour chacun et chacune de nous, et c’est cette promesse incroyable qui trouve son accomplissement avec la naissance du Messie, et qui est proclamée au monde entier lors de la venue des Rois Mages. C’est cela l’Épiphanie! La promesse de Dieu qui se fait chair, qui se fait l’un de nous et qui se donne à nous comme le plus incroyable des cadeaux.

Alors, comme les Rois Mages, adorons nous aussi l’enfant de la crèche. Il s’offre à nous désormais dans l’eucharistie, ce lieu privilégié de la manifestation du Fils de Dieu au monde. Offrons-nous à lui en cette fête de l’Épiphanie, offrons-Lui le meilleur de nous-mêmes, afin qu’Il puisse faire de nous, comme il est dit dans notre prière eucharistique, une éternelle offrande au Père. Ainsi, nous pourrons nous engager sans crainte sur les chemins imprévus de la vie avec cette assurance que l’Emmanuel marche avec nous et qu’avec lui nous serons vainqueurs. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour la solennité Sainte Marie Mère de Dieu 2016

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21.
En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

COMMENTAIRE

Je me souviens comme plusieurs d’entre vous sans doute de la traditionnelle bénédiction du Jour de l’An. À titre d’ainé de la famille, il me revenait d’aller voir mon père avec ma sœur et, en m’agenouillant, de lui demander de nous bénir pour la nouvelle année. Le malaise était palpable, tant de mon côté que chez mon père qui se prêtait néanmoins, avec beaucoup de solennité et une émotion à peine retenue, à ce geste qui pendant quelques secondes semblait entrebâiller une porte qui ouvrait sur le sacré, sur une présence secrète de Dieu au cœur de notre famille.

Les textes de la fête d’aujourd’hui parlent beaucoup de bénédiction. Et ce n’est pas un hasard si le début de la nouvelle année est marqué au plan liturgique par ce lien très fort entre la maternité de Marie de Nazareth et la bénédiction de Dieu sur nous.

Mais en quoi consiste une « bénédiction » ? Bénir est un mot latin qui vient de « bene dicere », et qui signifie « dire du bien ». Quand Dieu bénit, il dit du bien de nous. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’il nous aime. C’est cette émotion qui anime les parents lorsqu’ils bénissent leurs enfants. Ils ne voient alors en eux que ce qui est bon et ils souhaitent leur bonheur, ils bénissent à la fois leur présent et leur avenir. Que dire alors de la bénédiction de Dieu ! Quand Dieu dit du bien de nous, sa Parole agit en nous, elle nous transforme, elle nous fait du bien. Être « béni », c’est être dans la grâce de Dieu, c’est vivre en harmonie avec Lui.

Cela ne nous évitera pas pour autant les difficultés et les épreuves, nous le savons trop bien, mais celui ou celle qui vit dans la bénédiction de Dieu, traversera les épreuves de la vie en tenant la main de Dieu, sûr de sa présence.

Mais quel est le lien que fait la liturgie d’aujourd’hui entre son insistance sur la bénédiction qui vient de Dieu, et la fête de Sainte Marie Mère de Dieu ? Car l’affirmation est plus qu’audacieuse. Marie Mère de Dieu ! Comment cela est-il possible ? Comment en est-on venu à lui donner un tel titre de gloire ? N’est-ce pas insensé ? Comment Dieu peut-il avoir une mère ?

Ce titre « Sainte Marie Mère de Dieu » a été proclamé solennellement lors du grand Concile d’Éphèse en 431, et repris au Concile de Chalcédoine, vingt ans plus tard, afin d’affirmer la doctrine chrétienne concernant la divinité de Jésus. Certains remettaient en question l’affirmation que Jésus soit à la fois vrai Dieu et vrai homme. Une grave crise sévissait alors dans l’Église où certains remettaient en question la nature divine de Jésus.

La formule « Sainte Marie Mère de Dieu », a alors été énoncé non pas tant pour glorifier la Vierge Marie, que pour prendre acte d’un fait, pour affirmer la véritable nature de celui qu’elle a donné au monde : que Jésus Christ, tout en étant vrai homme, est vraiment Dieu.

En cette fête de Sainte Marie, Mère de Dieu, nous sommes invités à contempler à la fois la bénédiction qui nous est donnée en Jésus Christ, l’Emmanuel, Dieu parmi nous, ainsi que celle qui a reçu une telle bénédiction de concevoir l’Homme-Dieu. Lorsque l’ange Gabriel a salué Marie, il lui a dit « Je te salue, pleine de grâce », c’est-à-dire comblée de la grâce de Dieu. Marie est par excellence celle sur qui le nom de Dieu a été prononcé. C’est pourquoi elle est bénie entre toutes les femme .

Élisabeth sa cousine dira de Marie : « Bienheureuse celle qui a cru ! » Avant d’être une maternité physique, ce qui se vit en Marie est une maternité spirituelle. Et c’est ainsi que saint Augustin dira de Marie : « Elle conçoit le Christ dans son cœur avant de le concevoir dans son sein, et c’est pourquoi, ajoute-t-il, qu’il est plus grand pour Marie d’avoir été disciple du Christ que d’avoir été mère du Christ.»

En honorant la maternité de Marie aujourd’hui, nos regards se portent à la fois sur elle en tant que modèle de foi, ainsi que sur l’extraordinaire mystère de sa maternité, qui est une bénédiction pour notre humanité, et que nous proclamons à nouveau en ce début d’année. Car Dieu s’est fait l’un des nôtres il y a deux mille ans, l’Absolu s’est incarné, il nous a bénis et comblé de sa présence.

Les Pères de l’Église, en accord avec toute la Tradition, ont vu en Marie la « figure de l’Église », celle qui nous précède, qui est là au tout début, porteuse d’un mystère qui la dépasse, en même temps qu’elle nous devance et nous entraine dans le mystère de la vie et la mort de Celui qui nous aima jusqu’au bout. La Vierge Marie est par excellence, « figure de l’Église », expression de son mystère le plus profond. Elle porte le Verbe de Dieu, elle est enceinte de la Parole de Dieu, et elle la donne au monde sans rien retenir pour elle-même.

C’est pourquoi Marie se retrouvera au cœur de l’assemblée des apôtres et des disciples à la Pentecôte. Elle poursuit sa tâche de Mère, car les disciples du Christ lui deviennent des fils et des filles qu’elle va accompagner à leur tour de sa foi et de sa prière maternelle. Sainte Marie mère de Dieu, mère de l’Église, mère des disciples !

En ce début d’année 2017, alors que la paix demeure toujours fragile en notre monde, nous nous confions à la miséricorde de Dieu. Nous invoquons sa bénédiction sur nous. Nous lui présentons nos familles, ceux et celles que nous aimons, nous lui confions notre monde dans sa quête de bonheur, nous prions pour les pays en guerre, nous prions pour tous les réfugiés, nous prions pour ceux et celles qui sont persécutés, pour ceux et celles qui souffrent et nous invoquons la prière de notre mère du ciel sur nous.

« Je vous salue Marie… »

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des Prêcheurs

 

Sting A Winter’s Night Live From Durham Cathedral2009

Homélie pour le jour de Noël

Il était une fois une crèche à Bethléem

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,1-18. 
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;
car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

COMMENTAIRE

À Noël, bien peu de personnes demeurent insensibles à ce que cette fête peut évoquer avec son cortège de souvenirs familiaux, ses chants, ses lumières, et son histoire fantastique qui semble sortir tout droit d’un conte pour enfants : il était une fois une crèche à Bethléem…

Cette fête, comme aucune autre dans nos sociétés, a ce pouvoir de réveiller chez les gens une aspiration à la joie et au bonheur, et ce, même chez les non-croyants, les plus distants de notre foi. Noël a le don de mettre le doigt sur cette quête intérieure qui habite tout être humain: une quête de sens et de vérité, la soif d’un bonheur durable.

Nous le savons, nous sommes sans cesse confrontés à la fragilité de nos existences, et à la fragilité de nos amours. Noël à travers l’enfant de la crèche évoque à la fois cette fragilité et représente en même temps l’aube d’une promesse inouïe qui se lève sur l’humanité. Tous les luminaires de cette fête qui décorent nos villes et nos villages ne sont en fait qu’un pâle reflet de ce soleil qui se lève sur notre monde, l’Emmanuel, Dieu avec nous. C’est Zacharie, le père de Jean Baptiste, qui le chante dans son cantique le Benedictus. Il dit de Jésus qu’il est venu « illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

Le commencement de l’évangile de saint Jean nous introduit au coeur même de ce mystère. C’est un texte très dense, magnifique! Il a la force d’un mouvement symphonique, grave et solennel, comme le début de la cinquième de Beethoven! Tout est dit ici par l’évangéliste Jean : « Au commencement était le Verbe… et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. »

Nous sommes loin du conte pour enfants, malgré tout le merveilleux de Noël. Cette bonne nouvelle dépasse l’entendement. Si nous avions eu a inventer une foi en Dieu de toute pièce, nous aurions sûrement opté pour quelque chose de plus simple et de plus raisonnable qu’un Dieu qui naît d’une vierge, dans une étable, pauvre parmi les pauvres, couché dans une mangeoire, pour ultimement finir ses jours couché sur une croix, abandonné de tous.

Mais le Verbe s’est fait chair, proclame l’évangéliste Jean, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire!

C’est à cette contemplation du mystère de Dieu, qui se fait l’un de nous, tout petit parmi nous, que nous sommes invités en cette fête, chantant avec les anges : Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime!

La fête de Noël nous donne de contempler le mystère de l’incarnation, c’est-à-dire Dieu qui se fait homme. C’est une nouvelle incroyable! Mais pourquoi se donne-t-il ainsi à nous? Pourquoi se fait-il connaître dans un tel abandon, dans une telle impuissance? On en reste tout étonné, bouche bée, comme Joseph et Marie, comme les bergers.

C’est le théologien Jean Galot qui écrit : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes. » Et, j’ajouterais qu’il s’attache à nous afin que nous devenions solidaires du mystère qui l’habite, afin que nous lui devenions semblables, et qu’ainsi nous nous attachions à nos frères et sœurs en humanité, comme le Christ l’a fait et continue de le faire. C’est là la contrepartie de cette fête de l’incarnation. Dieu se fait l’un des nôtres afin que tous et toutes soient des nôtres, où qu’ils soient sur cette terre.

En terminant, j’aimerais vous partager cette réflexion toute personnelle au sujet de ce que l’on appelle le Noël des marchands, fruit d’une société  de consommation à outrance, où les pauvres sont souvent mis à l’écart sans ménagement. Mais il ne faudrait pas oublier que ce Noël des marchands, est marqué profondément par le christianisme. Il ne faudrait pas le renier trop facilement et l’envoyer coucher à l’étable.

Ce Noël sécularisé, celui que nous connaissons tous, est souvent un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre et le don de soi. Quoi qu’il en paraisse, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes.

En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église ce matin.

Un Sauveur nous est né et il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans la nuit de ce monde.

Alors, pourquoi ne pas faire de ce Noël 2016 un véritable Noël de marchands, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux et celles qui ont faim, ouvrant nos cœurs à la réconciliation et au partage, nous faisant proche de tous ceux et celles qui connaissent l’exil et qui sont en recherche d’une terre d’accueil.

Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable de la fête de Noël. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se doivent d’être habités de sa générosité à Lui, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous! C’est Dieu-avec-nous et pour tout le monde : l’Emmanuel! Le Verbe fait chair!

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le 4e dimanche de l’Avent (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,18-24.
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

COMMENTAIRE

Au livre d’Isaïe, celui que la longue tradition de l’Église appelle le cinquième évangéliste, nous avons entendu cette promesse extraordinaire faite au roi Achaz qui règne dans Jérusalem menacée par l’ennemi : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). »

Ce passage énigmatique du premier Testament a fait couler beaucoup d’encre. Est-il possible que près de huit cents ans avant Jésus-Christ on ait déjà annoncé sa mystérieuse naissance, alors même que la notion de Messie n’était pas encore apparue dans la tradition d’Israël? Aucune explication historique de ce passage n’est tout à fait satisfaisante pour les exégètes quant à sa signification à l’époque d’Isaïe. Mais les premières générations chrétiennes ont vite fait d’en saisir le sens à la lumière de l’avènement du Christ. Benoît XVI écrit : « Ce signe de Dieu chez Isaïe n’est pas offert pour une situation politique déterminée, mais concerne l’humanité et son histoire dans son ensemble[1] ». Et c’est ainsi qu’une Parole de l’an 733 avant Jésus-Christ, dévoile tout son sens et sa richesse avec la venue du Messie. Dieu est venu parmi nous et il a pris chair de la Vierge Marie.

C’est ce grand mystère qui est annoncé en songe à Joseph, l’époux de Marie. L’Ange du Seigneur lui annonce que « l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit Saint », et qu’il vient sauver son peuple de ses péchés.

L’évangéliste Matthieu nous fait contempler le mystère d’un couple humble et caché qui a pourtant changé le cours de l’histoire. À travers son récit, Dieu nous redit que l’avenir appartient aux pauvres de Dieu, c’est-à-dire à ceux et celles qui se laissent façonner par Lui, qui l’accueillent dans le secret de leur coeur, et qui en font leur plus grande richesse, leur plus beau trésor. Dans le premier Testament on les appelait les justes ; dans le Nouveau Testament ils ont pour nom les fidèles.

Joseph, l’époux promis à Marie, n’a pas d’âge et il a tous les âges. Aucun indice dans les évangiles ne nous permet de lui en donner un. Quant à Marie, puisqu’elle est promise en mariage, on sait qu’habituellement cet engagement était pris par les parents de la mariée, alors que la jeune fille avait environ quinze ans. Donc, une toute jeune fille que cette Marie de Nazareth, et l’on est encore fragile à quinze ans.

Bien qu’engagés l’un à l’autre, ils ne vivent pas encore ensemble et pourtant la voilà enceinte. Comment peut-elle affirmer que l’enfant qu’elle porte vient de Dieu et, de plus, que cet enfant va sauver son peuple ? C’est insensé. Mieux vaut la répudier en secret, se dit Joseph, car il est un homme bon, il cherche néanmoins à lui épargner la honte. Mais un songe vient changer le cours de sa vie. Nous connaissons tous cette belle histoire qui se transmet siècle après siècle, de génération en génération dans une foule d’écrits, de poèmes et de chansons.

En voici un exemple. J’entendais ces jours-ci un cantique de Noël traditionnel du XVe siècle, appelé le cantique du cerisier (The Cherry Tree Carol). Voici la belle histoire qui est racontée. Marie et Joseph sont en route pour le recensement à Bethléem. Marie, voyant un cerisier, demande à Joseph d’aller lui chercher des cerises. Joseph, qui n’a pas encore accepté ni compris ce qui se passe en Marie, lui répond en colère : « Pourquoi ne demandes-tu pas au père de ton enfant de te donner des cerises ? » Soudain, la voix de l’enfant se fait entendre dans le sein de Marie et commande à l’arbre de donner de ses fruits à sa mère. Le cerisier se penche alors vers elle et lui touche la main pour lui offrir de ses fruits. Et Joseph, conclut le cantique, épousa la Vierge Marie, la Reine de Galilée !

C’est le mystère de Noël qui se joue sous nos yeux chaque année ; un mystère enrobé de merveilleux, comme un conte trop beau pour être vrai. Et pourtant… chaque année, nous avons besoin de réentendre la belle histoire de Marie et de Joseph, de nous laisser toucher au cœur à nouveau, tellement cette histoire est incroyable. C’est l’histoire de notre foi, où nous est dévoilé le mystère de l’Église.

En Joseph, nous avons l’image du croyant. Comme lui, chacun et chacune de nous est appelé à accueillir la promesse de Dieu dans sa vie.

La jeune Marie symbolise l’Église, la jeune fiancée, en qui habite un grand mystère d’amour et à travers lequel Dieu veut se donne sans cesse au monde.

L’Ange du Seigneur, c’est Dieu lui-même, qui invite le croyant à prendre l’Église chez lui, à l’aimer de tout son coeur, sans nécessairement tout comprendre. « Fais confiance », nous dit l’Ange. « Sois une femme de foi ; sois un homme de foi. N’aie pas peur de prendre chez toi cette Église pour laquelle l’enfant de la crèche donnera sa vie. »

Car voici la Bonne Nouvelle : l’Église est grosse de Dieu ! Elle est enceinte de Dieu. Elle le porte en elle et, en même temps, elle le propose sans cesse à travers la Parole de Dieu, à travers les sacrements, sa vie de prière, sa vie missionnaire, son engagement pour les plus pauvres, son souci quotidien pour le monde. Et tout cela ne peut se réaliser qu’à travers vous et moi. L’amour qui sera annoncé et chanté par les anges la nuit de Noël, c’est à nous qu’il est confié, comme il fut confié à Marie et à Joseph.

Au début, Joseph ne comprend pas ce que vit sa jeune épouse. Comment est-ce possible ? Mais il avance dans la foi, car l’Ange l’y invite, et Joseph fait confiance. C’est à cette confiance que nous sommes invités à quelques jours de la fête de Noël. Sommes-nous prêts à faire confiance à Dieu dans nos vies ? À tout lui remettre ? À jouer notre vie sur lui ? N’est-ce pas là la plus belle et la plus grande des aventures où Dieu ne saurait nous décevoir. C’est ce qu’ont fait Joseph et Marie. Ils ont joué leur vie sur une promesse de Dieu.

Comme pour Joseph, la voix de l’Ange nous invite à avancer dans la foi. « N’aie pas peur d’accueillir chez toi ce mystère. » Parce que nous sommes tous appelés à être porteurs de Dieu. Nous portons enfoui au cœur de nos vies, la vie même du Fils de Dieu incarné, qui veut se donner au monde à travers nous.

Comme l’écrit saint Paul aux chrétiens de Rome, « nous les fidèles qui sommes, par appel de Dieu, le peuple saint », nous sommes invités à veiller sur le mystère de Noël, comme sur un trésor des plus précieux, comme on veille sur un enfant dans son berceau. Que ce soit notre joie !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


[1] Ratzinger, Joseph (Benoît XVI). L’enfance de Jésus, Flammarion, 2012, p. 76. 189 p.