Journal (3) Méditation

La Toussaint en Italie. Le 1 novembre 1999

Aujourd’hui, fête de la Toussaint, le train m’amène tout doucement à travers cette campagne italienne, vers la ville de Naples. Comme il est beau ce soleil qui inonde l’humidité du matin! Il diffuse sa lumière avec une incroyable douceur sur ces pâturages d’un vert tendre, où se mêlent à la fois les couleurs d’automne aux oliviers et aux vignes dégarnis. Un soleil sans violence que je peux contempler sans effort, comme un soleil d’éternité, enveloppant tout de sa lumière. Paix et joie. Quelle joie ! Comme si c’était déjà le ciel.

Et dans ma descente vers le Sud, je pense à tous ces saints et ces saintes qui ont buriné de leur vie l’histoire de notre frêle humanité. Qu’ils sont beaux ces témoins de l’amour d’un Dieu qui n’a cesse de nous chercher, qui n’a cesse de nous aimer. Je comprends mystérieusement combien Dieu a besoin de nous, Lui qui nous attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience. Sa hâte se lit dans cette gloire qui revêt le visage de ses saints et de ses saintes. Tout comme des miroirs lumineux, ils sont le reflet de l’amour infini de Dieu pour ses enfants. Et tant que nous sommes de ce temps, il cherchera toujours à travers les battements d’une vie d’homme à se faire proche de nous. Dieu veut avoir besoin de nous!

Il n’a de cesse de nous chercher et de se dire, un peu comme l’amant aux mots malhabiles qui ne rêve que de faire connaître à la bien-aimée le désir qui l’habite. Mon Dieu est un être de désir et comme je ressens l’appel de son chant ce matin. Le chant d’un éternel printemps au cœur de cet automne italien, en cette fête de tous les saints!

Journal de la Trappe (13)

(janvier 21) Je me suis réveillé ce matin à trois heures, sortant d’un rêve tout en joie, mais dont je ne me souviens pas du contenu. Mais c’est cette joie qui m’a réveillée. J’étais avec des gens et nous venions de vivre une journée extraordinaire, qui se terminait par une montée, comme un sommet et où je m’exclamais : « Quelle joie! Louons le Seigneur! » Et il ne s’agissait pas là d’une formule liturgique, mais d’un immense cri du cœur. C’est extraordinaire de se réveiller ainsi.Je suis resté couché, mais incapable de me rendormir, d’autant plus que mon levé habituel est à 3h45. J’ai donc poursuivi cette louange intérieure, rendant grâce au Seigneur pour cette joie de le connaître et de l’aimer autant, d’être transporté parfois par ce sentiment de sa présence qui m’habite ou du moins d’un grand amour pour lui. Je me suis rappelé alors, qu’au début de ma conversion, j’avais lu dans le livre d’Isaïe le passage suivant :

2:19 Pour eux, ils iront dans les cavernes des rochers et dans les fissures du sol, devant la Terreur de Yahvé, devant l’éclat de sa majesté, quand il se lèvera pour faire trembler la terre. 2:20 En ce jour-là, l’homme jettera aux taupes et aux chauves-souris ses faux dieux d’argent et ses faux dieux d’or, ceux qu’on lui a fabriqués pour qu’il les adore, 2:21 il s’en ira dans les crevasses des rochers et dans les fentes des falaises, devant la Terreur de Yahvé, devant l’éclat de sa majesté, quand il se lèvera pour faire trembler la terre.

Comme ces mots me parlaient alors. Non pas qu’ils n’aient plus de sens, mais mon expérience de foi me faisait éprouver, à la fois, une certaine fascination mêlée de crainte, devant cette éventuelle manifestation de Dieu à la fin des temps. Comme je prenais conscience de ma petitesse et de mon indignité devant la grandeur de Dieu!

Je vis beaucoup moins ces sentiments aujourd’hui. Dois-je le regretter? Je ne crois pas, car Dieu n’est pas quelqu’un dont j’ai peur, dont je crains la venue, bien que l’idée de sa grandeur me donne le vertige. Mais je vis plus en confiance je dirais. Il y a une plus grande paix dans cette relation qui n’en est plus à l’état de la nouveauté d’il y a 25 ans.

Dieu m’est un proche, une présence que j’aime, à qui je veux tout donner. Et je me sais aimé de lui. Je le sais bienveillant à mon endroit, patient, plein de miséricorde et de pardon. Il m’aime non seulement comme un père, mais parce qu’il est mon Père. Et lui et le Christ ne font qu’un.

Dieu fait signe dans nos vies. De mille et une manières. Mais nous sommes aveugles. Alors les jours passent, la vie s’écoule et nous ne voyons rien, nous n’entendons rien. Il est vrai sa présence n’est pas facile à déchiffrer, car elle demande une écoute toute enracinée dans l’attention et la prière, dans ce que j’appellerais le souci pour Dieu.