« Et vous, où étiez-vous ? »

Monique, une fidèle lectrice de ce blogue, m’a écrit pour me partager ce qu’elle a ressentie à lecture de mon voyage au pays d’Etty Hillesum. Elle m’a parlé de ses souvenirs de l’après-guerre en Europe et m’a demandé à la fin de son courriel : Et vous, vous étiez où durant ces années là ? Voici ce que je lui ai répondu :

Adolf Eichmann

Adolf Eichmann

Quant à moi, je suis né deux ans après la guerre. Mon père a passé quatre ans en Angleterre, dans l’armée de terre, et mon enfance a été marquée par les souvenirs de guerre de mon père et, surtout, les reportages qui sortaient dans les années 50 au sujet de cette guerre et des camps d’extermination. Le monde découvrait alors avec horreur cette réalité. Ainsi, je n’avais que douze ans et pourtant je me souviens de l’enlèvement à Buenos Aires d’Adolf Eichmann, l’un des bourreaux du IIIe Reich, et qui fut jugé et pendu à Jérusalem en 1960.

Il est certain que nous ne vivons pas les souvenirs de cette guerre en Amérique comme peuvent les vivre les Européens. Un océan nous sépare de ce que fut cette période cruelle; de plus, nous n’avons pas connu les combats sur notre territoire. Néanmoins, la Shoah sera toujours pour moi comme le lieu ultime où l’homme est appelé à s’interroger sur les forces du mal qui l’habite. C’est pourquoi mon intérêt pour cette période est comme un devoir de mémoire et de solidarité envers et avec les persécutés. À travers les ombres et les lumières de cette période, c’est un peu le mystère de l’homme qui se laisse saisir, je crois, et, par le fait même, un peu du mystère de Dieu. C’est pourquoi Etty Hillesum me semble être une figure tellement importante pour comprendre un peu cette époque, comprendre comment l’on peut préserver sa dignité humaine, lorsque confronté au mal. Comme le souligne Sylvie Germaine dans son livre Etty Hillesum :

« Non seulement la prière d’Etty Hillesum ne réclame rien (sinon la force de persévérer et de s’épandre plus amplement) mais elle consent à tout ce qui est et advient. « Il y a place pour tout dans une vie, écrira Etty dans son journal, pour la foi en Dieu et pour une mort lamentable. » (I, p. 136.) Elle ne demande jamais de comptes à Dieu, estimant même que c’est l’inverse, que les milliers, millions de crimes commis ne sont pas imputables à Dieu, mais aux hommes – à la folie humaine. »

« Elle va plus loin encore dans le retournement de la responsabilité du mal : elle ne se contente pas d’en innocenter Dieu, elle le considère comme étant la première victime du déferlement de haine et de violence qui sévit autour d’elle… Dieu gît dans les fossés de l’Histoire embrasée par la guerre, « à demi mort » dans les ruines de l’amour. À demi mort de trahison, de violences subies, et également d’oubli, d’indifférence, d’abandon. La guerre ne ravage et ne rase pas seulement les villes, les champs, les forêts, les villages, mais surtout les peuples, et jusqu’aux cœurs des survivants. »

Face à cette haine et cette violence qui déferlent autour d’elle, Etty choisira le parti de Dieu et celui du prochain, qu’il soit ami ou ennemi. Elle écrira : « Comme elle est grande la détresse intérieure de tes créatures terrestres, mon Dieu. Je te remercie d’avoir fait venir à moi tant de gens avec toute leur détresse. » (I, p. 195.)

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