Billet du Japon : Les cloches de 2013

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Le frère Paul-Henri Girard, o.p., qui est au Japon depuis plus de soixante ans, nous livrera mensuellement sur ce blogue ses réflexions et ses expériences de missionnaire au pays du soleil levant.

Vous vous rendez compte: 2013. Un gros chiffre pour moi du moins qui suis arrivé en ce monde en 1928. Un monde qui a ses moments de joie et aussi d’angoisses.  Je missionne toujours à Tokyo. Et je me réjouis d’avoir entendu encore cette année les cloches qui annonçaient la nouvelle année. Vous avez peut-être la même chose au Québec avec l’émission télévisée : Bye Bye sur vos appareils. Mais je crois que la formule du Québec est passablement différente de celle de Tokyo. La première semble enveloppée de joie, de rire. La formule japonaise est sérieuse et tournée vers la méditation. Je m’explique.

Depuis plus de 30 ans, la télévision japonaise nous permet de vivre  les dernières 15 minutes de l’année dans le recueillement. La caméra se déplace vers 3 ou 4 temples bouddhistes à travers le pays pour nous faire entendre la cloche d’un temple de telle ville et nous inviter au recueillement, même à un moment de prière. Remerciements aux dieux et demandes de protection pour la nouvelle année qui va débuter. Les gens près de la grosse cloche se saluent discrètement, parlent à voix basse de ce que sera  cette nouvelle qui débutera dans quelques minutes.

Je souligne le fait suivant qui me semble intéressant. Il s’agit de la différence entre le son des cloches de l’Orient et celui des cloches de l’Occident. Je ne dis pas lequel est meilleur, je constate seulement. La cloche orientale est frappée de l’extérieur par une grosse poutre de bois, à intervalles de quelques secondes. Il faut donner le temps au cœur de saisir toutes les résonnances. Le son reste à l’intérieur de la cloche, mais il vibre assez fortement pour être entendu, d’autant qu’à ce moment-là le silence est observé. Donc, un son de cloche plutôt sourd, grave et solennel. Différent de celui de la cloche occidentale qui est frappée de l’intérieur par un marteau ou un grelot de métal. Le son est plus éclatant, plus joyeux peut-être.

Après le dernier coup de cloche,  j’ai introduit dans mon ordinateur un CD, celui de la messe du Premier de l’an. Tout commence par une volée de cloches. D’abord le bourdon puis graduellement les plus petites. Au moment des derniers tintements les moines de Solesmes entonnent l’Introît de la messe qui commence par les paroles du prophète Isaïe : Un enfant nous est né, un fils nous est donné. Son nom est Dieu de paix, Seigneur du bonheur. Paix et Bonheur :  les deux mots qui nourrirent le sujet de ma première homélie de l’année 2013.

1. Paix. J’ai débuté avec la première phrase de la lettre de Benoit 16 envoyée aux églises du monde entier quelques jours avant les Fêtes. « Réaliser la Paix c’est garder tous les échelons de notre vie de foi et en même temps la prospérité de nos travaux et de nos découvertes… » Tous, nous désirons cette paix qui, hélas, n’arrive jamais. Dieu ferait-il la sourde oreille ? Bien sûr qu’Il cherche à donner force et valeur à nos demandes. Or, la paix ne vient pas. Il semble dire : d’abord, cessez les bruits de vos fusils et des gadgets qui enterrent le cri de la conscience et du coeur. C’est juste. Si notre cœur n’est pas en paix, comment pouvons-nous travailler pour la paix du monde ? Si l’année 2013 apporte la paix, alors le bonheur suivra.

 2. Bonheur. J’ai ensuite rappelé ces petites perles que Jésus lança du haut de la  Montagne : Bienheureux les cœurs purs, bienheureux les artisans de paix, bienheureux ceux qui travaillent pour la justice, bienheureux, bienheureux, etc. Pas besoin de longs commentaires. Il suffit d‘approfondir notre désir d’être heureux et d‘accomplir ce désir aidé par la force qui nous est toujours assurée.

3. Marie, la nommée mère de Dieu, la nommée mère de tous les vivants, telle la nouvelle Ève. La messe du Premier de l’an célèbre la toute « Bienheureuse ». Marie après les paroles de l’ange Gabriel alla  visiter sa cousine Élisabeth. À la vue de Marie, Élisatbeth s’est écrié : bienheureuse celle qui a cru aux paroles de son Seigneur. » Et Marie  ajouta spontanément: « Oui, c’est vrai. Toutes les nations me diront bienheureuse, car le Seigneur a fait en moi et pour vous de grandes choses : Il nous accorde la venue du Messie.

 J’ai dit le tout en 10 minutes, d’une voix forte pour atteindre le fond de l’église. Tous ont droit à la même Parole entendue, célébrée, méditée, priée et chantée. Tel fut le début de ma première journée de l’année de grâce 2013.