Homélie pour le 3e dimanche T.O. Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,1-4.4,14-21.
Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole.
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi,
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région.
Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »

COMMENTAIRE

Imaginez une vieille maison à la campagne. Vous montez au grenier et il y a là le vieux coffre à souvenirs. Vous l’ouvrez et vous en faites l’inventaire. Photo de mariage de grand-père et grand-mère, photos des enfants, une généalogie, des lettres d’amour que grand-père et grand-mère s’écrivaient pendant leurs fiançailles, le sermon de leur mariage, quelques prières composées pour les grands moments de leur vie, un ancien bail, des souvenirs de voyages, cartes postales, photos de familles, les plans de la première maison, un voile de mariée, un poème offert par les enfants à l’occasion du cinquantième anniversaire de leur mariage. Vous découvrez dans ce coffre l’histoire d’un couple et d’une famille, c’est le coffre à trésor d’une belle histoire d’amour. Je me permets un exemple tout personnel. Il s’agit de la lettre de mon grand-père maternel en réponse à la demande de mon père d’épouser ma mère, lettre envoyée il y a maintenant 70 ans :

Saint-Gabriel de Gaspé, 29 mai 1946. Cher monsieur, je viens répondre à votre lettre me demandant la main de ma petite Annabelle. Ah oui, certainement je vous la donne, espérant qu’elle fera votre bonheur et en même temps le sien. Je sais que vous saurez la rendre heureuse. Je peux vous dire que je vous donne la perle de mes filles — elle a toujours été bien bonne pour nous ses parents. En la perdant, nous perdons beaucoup, ce n’est pas sans regret, mais que voulez-vous, c’est la vie. Et bien cher monsieur, nous espérons d’avoir l’honneur de vous connaître l’un de ces jours, vous serez le bienvenu en notre humble demeure.

Ce fut le début d’une belle histoire d’amour qui dura 56 ans. Nous aussi en Église nous vivons une très belle histoire d’amour, et notre coffre à souvenir c’est le livre de la Parole de Dieu, c’est la Bible. Il s’agit d’une bibliothèque composée de 73 livres et qui raconte la vie de nos ancêtres dans la foi. Il y a là des livres d’histoires, des poèmes, des prières, les plans de construction du Temple de Jérusalem, des paroles de Sagesse, les messages des prophètes, des contes, et surtout le témoignage de ceux et celles qui ont connu Jésus Christ. Ces textes sacrés sont sans cesse proclamés dans nos assemblées.

Comment ne pas évoquer ici une expérience analogue qui est rapportée au livre de Néhémie ? Vous avez remarqué l’émotion du peuple à l’écoute de la Parole de Dieu dans notre première lecture ? C’est qu’au retour d’Exil, le Temple est reconstruit, la cité sainte est restaurée et le peuple retrouve son identité tout d’abord en se rassemblant autour de la célébration de la parole.

Ce passage du livre de Néhémie vient nous rappeler combien la Parole de Dieu est centrale dans notre vie de foi. Elle est transformatrice, elle a le pouvoir non seulement de nous interpeller, mais aussi de convertir nos cœurs. Lors du concile Vatican II, les Pères conciliaires avaient beaucoup réfléchi au rôle de la Parole de Dieu dans l’assemblée liturgique, et ils avaient affirmé que lorsque la parole est proclamée, c’est le Christ lui-même qui en fait l’annonce. Cette affirmation repose sur deux aspects fondamentaux de la Parole de Dieu qui ont été mis en évidence lors de ce concile.

Tout d’abord, notre Dieu parle. La Parole de Dieu est avant tout un fait d’expérience dans la Bible. Dieu parle à des personnes privilégiées. L’on songe ici à Abraham, à Moïse, aux divers prophètes. Ensuite, à la charnière de l’A.T. et du N.T., il y a Marie, les Apôtres, saint Paul, et si l’on fait un saut dans le temps, il y a nous tous ici rassemblés. La manière dont Dieu s’adresse à nous peut varier, bien sûr, elle est adaptée à chacun et chacune de nous, selon nos missions personnelles. Dans la Bible l’on nous rapporte que Dieu s’est adressé à des personnes par des visions et des songes, par une inspiration intérieure, ou encore de bouche-à-bouche comme avec Moïse. Mais une chose est certaine, tous les amis de Dieu, qu’ils soient prophètes, mystiques ou simples croyants, ont conscience que Dieu leur parle dans le secret de leur cœur, qu’il les guide mystérieusement et qu’il leur parle avant tout par sa Parole. Mais pourquoi Dieu parle-t-il ?

Si notre Dieu parle, c’est qu’il veut se faire connaître. N’est-ce pas là l’expérience fondamentale de tout parent avec son enfant ? S’il cherche à lui apprendre à parler, bien que ce soit là une nécessité de la vie, le père et la mère qui encouragent l’enfant à balbutier ses premiers mots souhaitent surtout entendre de sa bouche les mots les plus beaux au monde : maman, papa ! Dans la reconnaissance du parent par l’enfant est ancrée la nature même de l’expérience de la famille où l’enfant apprend à se situer dans un réseau de vie et de relations, et devient ainsi pleinement humain, dans la mesure où il reconnaît ses parents non seulement comme des êtres différents de lui, comme des personnes, mais aussi comme étant ceux qui lui ont donné la vie, et par qui passe sa croissance physique, affective, morale et spirituelle.

Si l’enfant au début de sa vie est essentiellement un être de besoin, dépendant de ses parents, il apprend peu à peu à les aimer pour eux-mêmes. Il devient un être de désir, non plus seulement de besoin, qui, une fois adulte, recherchera surtout chez ses parents leur amitié et leur affection. Et cet enfant un jour, quand ses parents seront vieux, s’il parvient à une véritable maturité humaine, il pourra même devenir un parent pour ses parents et veiller sur eux dans leurs besoins, dans leur vieillesse.

Sans être du même ordre, notre relation à Dieu n’est pas tellement différente. Dieu aussi veut se faire connaître de nous, et nous entraîner dans ce mouvement d’une connaissance réciproque, où nous apprenons à l’aimer tout simplement pour qui il est, et non plus pour ce qu’il peut nous accorder. C’est pourquoi Dieu veut que nous l’appelions Abba, Père, car cette vie humaine qui est la nôtre s’enracine dans la sienne, elle vient de lui et va vers lui. Dieu nous parle donc pour se faire connaître, pour que grandisse entre lui et nous, l’amour et la communion, et que nous puissions ainsi atteindre notre pleine stature d’enfants de Dieu, créés à son image, capables de veiller à fois sur le prochain et sur Dieu lui-même. Oui, veiller sur Dieu. N’avons-nous pas la garde de Dieu en ce monde, lui qui s’est remis entre nos mains en son Fils Jésus ?

Pour la tradition judéo-chrétienne, la Parole de Dieu a pour centre la personne du Christ. C’est par Lui, Parole créatrice du Père, que tout a été fait. Et ce Fils entre pleinement dans l’histoire humaine en revêtant notre chair, se faisant solidaire de nous. C’est cette genèse de l’histoire du salut que nous raconte la Bible, car elle ne se réduit pas à un ensemble de textes à lire et à méditer, mais la Bible c’est avant tout une Personne venant à notre rencontre, « à pas de brise légère comme Dieu se promenant au crépuscule dans le jardin de l’Éden, à la recherche de l’homme…[1] » C’est lui qui vient au-devant de nous chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée dans nos assemblées.

C’est pourquoi il nous faut demander à Dieu de faire de nous de véritables auditeurs de la parole, afin de nous laisser trouver par lui lorsqu’elle est proclamée ! Amen.

Yves Bériault, o.p.

__________________________________

[1] Sylvie Germain, op. cit. p. 9, dans MAURICE ZUNDEL, de Bernard de Boissière et France-Marie Chauvelot, Presses de la renaissance, Paris, 2004, 460 p.

 

 

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