Homélie pour la fête de l’Ascension

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« Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

Actes 1, 6-11

Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »
07 Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
08 Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
09 Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.
10 Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs,
11 qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »
COMMENTAIRE

Comme j’ai trouvé touchante cette remarque que m’a faite une amie un jour, me disant que depuis qu’elle était petite, elle avait toujours trouvé que la fête de l’Ascension était une fête triste ! « Mais pourquoi ? », lui ai-je demandé ? « Parce que Jésus est parti », m’a-t-elle répondu. Jésus est parti ! Elle avait oublié ce que Jésus avait promis à ses disciples : « Et moi je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».

Il n’en reste pas moins que la fête de l’Ascension a quelque chose d’énigmatique, alors que Jésus semble se dérober aux yeux de ses disciples. Cette fête est parfois vécue comme le parent pauvre du cycle pascal, alors qu’elle est sans doute la fête qui exprime le mieux le sens de notre destinée humaine et la portée incroyable de la victoire du Christ pour nous. Car l’Ascension, avec le don de l’Esprit Saint, c’est l’achèvement du mystère de l’Incarnation, du pourquoi le Fils de Dieu est venu parmi nous.

D’ailleurs, Jésus a laissé des indices pour nous aider à comprendre l’extraordinaire mystère qui se joue sous nos yeux avec son Ascension. Rappelez-vous au matin de Pâques, Jésus ressuscité avait dit à Marie-Madeleine :« Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Déjà, Jésus avait dit à ses Apôtres avant sa passion : « Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. » (Jn 14, 2-3).

Ce départ est donc d’une importance capitale dans la mission de Jésus. Il doit retourner vers le Père, afin d’accomplir l’inimaginable, le jamais vu auparavant : « Personne, dit Jésus, n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux » (Jn 3, 13 ; cf. Ep 4, 8-10). Et devant les yeux de ses disciples, Jésus est « emporté au ciel ».

Tout cela, j’en conviens, n’est pas simple à comprendre. C’est pourquoi, pour entrebâiller la porte de ce mystère, il nous faut retourner loin loin dans le temps, en reprenant cette histoire première que nous raconte la Bible au sujet de nos origines et qui nous aide à comprendre pourquoi Dieu nous a envoyé son Fils. Il s’agit bien sûr d’un langage imagé, mais qui raconte une histoire vraie. Voici donc une petite catéchèse qui a l’ambition de résumer en quelques mots l’histoire du salut.

Il y avait une fois un jardin extraordinaire où vivaient nos premiers parents. Ils s’appelaient Adam et Ève. Ils vivaient dans une parfaite harmonie, ne formant qu’un seul coeur avec Dieu. Mais un jour, ils lui désobéir, ils voulurent devenir leur propre maître, et ils durent donc quitter ce jardin merveilleux où ils habitaient. La vie est alors devenue très difficile pour eux, ainsi que pour leurs descendants. Ils sont devenus mortels et le mal est entré dans le monde avec son cortège de guerres, de haine, de souffrances et de malheurs.

Dieu ne pouvait forcer ses enfants à l’aimer, mais il ne pouvait supporter non plus ce malheur dans lequel ils s’étaient eux-mêmes enfermés. C’est pourquoi il est venu à notre secours, afin de nous apprendre la vraie liberté, qui est de le connaître et de l’aimer. Mais l’apprentissage de l’amour est quelque chose qui prend beaucoup de temps. C’est pourquoi, comme un bon pédagogue, Dieu s’est choisi un peuple et il en a fait son messager. Il lui a enseigné comment vivre en enfant de Dieu en lui envoyant des prophètes, et il lui a fait cette promesse incroyable qu’un jour il viendrait lui-même sauver tous les humains et leur ouvrir à nouveau le chemin vers ce paradis perdu.

Cette promesse extraordinaire a commencé à se réaliser quand un ange fut envoyé à la jeune Marie de Nazareth, lui demandant si elle acceptait d’accueillir un enfant qui sauverait le monde. Marie a dit oui et Jésus est né. Le Fils de Dieu est venu parmi nous, nous offrant sa vie et l’eau vive de son amour.  En Jésus Christ, Dieu vient nous offrir la vie éternelle, qui est de vivre ensemble pour toujours dans le jardin de son amour. Mais il fallait que l’un d’entre nous nous ouvre le chemin qui mène vers ce jardin. C’est ce que Jésus est venu accomplir en donnant sa vie pour nous.

Cet acte d’amour est tellement grand, qu’il est plus fort que la haine, plus fort que la mort même, et c’est pourquoi au matin de Pâques la mort n’a pu retenir Jésus dans ses chaînes. Jésus ressuscite même avec son corps. Mais c’est un corps transformé, glorifié, parce qu’il appartient désormais au monde de Dieu. Et c’est avec ce corps que Jésus va monter au ciel vers son Père, où il va s’asseoir à sa droite, et où il va régner avec Lui. C’est la fête de l’Ascension, et ce mystère est très grand puisqu’il lève le voile sur cette vie qui nous attend nous aussi.

Tout comme nous sommes passés du ventre de notre mère à la vie sur la terre, un jour nous passerons du ventre de la terre à la vie en plénitude auprès de Dieu. Par son Ascension, Jésus vient achever la longue histoire de notre salut, qui est de nous ramener vers Dieu.

Par son Ascension, malgré son absence physique, Jésus se fait encore plus proche de nous. Non seulement nous envoie-t-il son Esprit afin de nous entraîner à sa suite, mais notre humanité, transfigurée, divinisée en lui, est appelée à vivre éternellement auprès de lui. Telle est notre destinée.

L’Ascension nous renvoie au mystère que nous affirmons dans notre Credo quand nous disons : « Je crois à la résurrection de la chair ». Car c’est avec ce corps, avec cette humanité qu’il a reçue de sa mère, que le Fils de Dieu retourne là d’où il était venu, et inaugure ainsi la destinée de tous les humains, notre destinée à chacun et chacune de nous, qui est de ressusciter un jour avec un corps glorifié, réalisant ainsi cette folle espérance du vieux Job qui disait dans son malheur : « Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. »

Voilà frères et sœurs, la bonne nouvelle que nous proclamons en ce dimanche de l’Ascension, bonne nouvelle qui trouvera son achèvement avec la fête de la Pentecôte. Amen.

Yves Bériault, o.p.