Homélie pour le 14e Dimanche T.O. Année A

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Livre de Zacharie 9, 9-10.
Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse.
Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11,25-30.
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

COMMENTAIRE

Alors que les dirigeants du G20 arrivaient à Hambourg ce weekend dans leurs limousines blindées, entourés de leur garde rapprochée, les empereurs et les rois des temps anciens entraient dans une ville assis sur de superbes chevaux, signes de leur pouvoir et de leur force militaire. Le messie qu’annonce le prophète Zacharie se présente lui à Jérusalem monté sur un âne. Spectacle à première vue risible si l’on ne sait pas que cette image d’un roi sauveur sur un âne est avant tout un puissant symbole de paix. Le roi qui va sauver Israël se présente comme un roi pacifique et Jésus fera sienne cette entrée à Jérusalem le Dimanche des rameaux.

À la suite de la prophétie de Zacharie, l’évangile de Matthieu nous invite à repenser à la fois la présence de l’Église au monde, ainsi que les représentations que nous nous faisons de la présence de Dieu au cœur de nos vies. Nous le savons trop bien, Jésus est venu parmi nous comme un pauvre, sillonnant villes et villages de la Galilée et de la Judée, objet de moqueries et de menaces, vivant comme un mendiant, quémandant sans cesse notre amour avec toute la douceur de celui qui aime d’une patience infinie : « Pierre, m’aimes-tu ? »

Quand on découvre la foi en Dieu, et c’est particulièrement remarquable chez les nouveaux convertis, il se vit alors chez la personne qui en est l’objet une certaine exaltation, une joie difficile à contenir devant la grandeur de la découverte de Dieu, comme si ces personnes passaient de la nuit à la pleine lumière du jour, tel un aveugle recouvrant la vue. Cette joie profonde n’est pas que passagère, mais ce qu’il l’est c’est de croire que Dieu viendra enlever tous les obstacles sur notre route, que nos prières insistantes nous apporteront éventuellement tout ce que nous demandons. C’est là l’enfance de la vie spirituelle. Et parfois, le réveil est brutal.

Certains auront alors le sentiment que Dieu les abandonne, mais sa présence à nos vies n’est pas celle d’un roi triomphant et puissant. Cette présence est plutôt de l’ordre de la brise légère, une présence aimante des plus discrète nous donnant la force d’aller de l’avant comme le font les parents qui encouragent leur enfant qui apprend à marcher. Sans la présence des parents, l’enfant n’apprendrait jamais à marcher, mais ces derniers ne pourront jamais marcher à sa place.

Jésus agit ainsi avec nous et c’est pourquoi il nous propose de prendre son joug. Le joug est cet attelage de bois que l’on met sur deux bêtes qui travaillent aux champs, une bête plus forte étant habituellement jumelée à une bête plus faible, l’une entraînant l’autre. Cette image où nous portons le joug de Jésus sur nos épaules est aussi interpellante que celle de l’âne sur lequel est assis ce roi pacifique, car ce que nous propose Jésus c’est de nous attacher à lui ! Jésus invite tous ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leur existence à se mettre à son école, à oeuvrer avec lui car lui il est doux et humble de coeur, et il ne saurait faire peser son autorité sur ceux et celles qui s’en remettent à lui. Sa toute-puissance est celle de l’amour et il ne demande qu’à se faire proche de nous, remettant son amour entre nos mains et nous tirant vers l’avant par la puissance de sa vie de ressuscité. Et c’est ainsi que se joue le grand mystère de la présence de l’Église au monde, humble servante des aspirations profondes de l’humanité.

C’est Alexandre Men, prêtre orthodoxe assassiné en 1990 en Russie, qui écrivait au sujet du christianisme : « Au fil de son histoire, le christianisme peut traverser les crises les plus pénibles, se trouver au bord de l’extermination, de la disparition physique ou spirituelle, mais à chaque fois il renaît. Non pas parce qu’il est dirigé par des personnes exceptionnelles – ce sont des pécheurs comme tout le monde – mais parce que le Christ lui-même a dit : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Le Seigneur n’a pas dit : « Je vous laisse tel ou tel texte, que vous pouvez suivre aveuglément. » […] Il n’a rien laissé de tel, mais il s’est laissé lui-même, lui seul. » Nous invitant à labourer cette terre avec lui, à participer aux semailles du monde nouveau, assurés que son joug est facile à porter et son fardeau léger, mettant notre confiance dans les paroles du Christ qui nous promet le véritable repos pour notre âme. Que ce soit là notre joie !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Une Réponse

  1. Claire, concise, touchant le coeur.
    Que rêver de mieux pour une homélie?
    Ah, si certains de nos braves curés et évêques pouvaient prendre quelques cours chez vous, nous serions tous gagnants. Notre foi et notre pratique seraient encouragées.
    Nous avons chez nous, des amateurs de longs sermons, dont on sort en soufflant de soulagement parce qu’ils ont enfin pris fin.

    Le choix de la photo est épatant qui relève si bien ce contraste entre les « grands de ce monde » et le « roi sauveur ». On n’a pas bien avancé depuis les temps bibliques…

    Un de vos frères dominicains, Philippe Lefebvre, écrit dans son commentaire du même évangile : « Ce qui nous unit au Christ sans peser d’aucun poids sur nos épaules a un nom dans le Nouveau Testament : c’est l’Esprit saint ! Voilà le fardeau léger, le joug qui facilite notre vie ; il établit entre le Christ et chacun de ceux qui l’approchent une communion que rien ne peut briser. »
    Et vous écrivez  » cette présence est plutôt de l’ordre de la brise légère ». Cette présence, osons le dire, est la brise légère, le souffle de l’Esprit.

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