Homélie pour le 19e Dimanche (A)

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Ce récit fait suite à la multiplication des pains alors que Jésus envoie ses disciples vers l’autre rive. Lui-même se retire dans la montagne pour prier. Ce double mouvement de Jésus et des disciples sert de prélude au miracle de la marche sur les eaux, où se joue devant nos yeux l’intime communion qui unit Jésus à ses disciples, malgré son absence apparente.

Cet évangile est une allégorie de la vie du disciple du Christ, où souvent notre foi est mise à l’épreuve, alors que nous crions vers Dieu. Du cœur de cette nuit se fait entendre la parole du Christ : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

Nous sommes sans cesse confrontés dans nos vies à des situations qui semblent sans issues, qui nous désespèrent ou qui nous révoltent, où les solutions nous échappent, où la peur nous empêche d’avancer, et où nous ne pouvons que crier comme le fait Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! »

Que ce soit la violence qui s’abat sur des innocents, la mort d’enfants, la maladie cruelle et sans issue, la souffrance, le deuil, le vieillissement, ou simplement la difficulté à assumer les défis de notre vie quotidienne… Toutes ces situations nous font mesurer combien nos vies sont fragiles et elles soulèvent inévitablement la question de notre confiance en Dieu. L’attitude de Pierre dans cet évangile en est une belle illustration. Fort de son courage, il avance sur les eaux à l’invitation de Jésus, mais dès qu’il détourne son regard du Maître, il commence à s’enfoncer. « Homme de peu de foi, lui dit Jésus, pourquoi as-tu douté ? »

L’évangile d’aujourd’hui nous offre une clé de lecture fondamentale pour affronter les défis et les épreuves dans la fragilité de nos existences, car nous le savons, ce monde est marqué par des échecs et des vents contraires, qui menacent à tout moment la quiétude de nos vies et celle de l’Église. Parfois, nous sommes en manque d’espérance, et c’est pourquoi il nous faut tourner notre regard vers le Christ.

Cette image de Jésus tendant la main à Pierre nous parle de notre condition de disciples, de cette amitié qui nous unit au Christ, de ce soutien indéfectible qu’il nous offre quand nous lui tendons la main. Car c’est pour aujourd’hui que le Christ nous dit : « Viens, n’aie pas peur ! » C’est à nous que s’adresse cette invitation pressante.

Voyez comment se termine le récit de Matthieu : alors que Jésus saisit la main de Pierre pour le sauver, le vent tombe et nous retrouvons Jésus au milieu de la barque avec ses disciples, car il ne les avait jamais vraiment quittés, ni des yeux ni du cœur, malgré son absence apparente au moment de sa prière solitaire. D’ailleurs, en obligeant ses disciples à traverser sans lui le lac de Tibériade, Jésus ne les préparait-il pas à vivre une confrontation avec les éléments où ils seraient privés de sa présence physique, mis à l’épreuve dans leur foi, tout en faisant l’expérience de sa proximité à leurs vies menacées ?

Le récit de Matthieu nous enseigne que Jésus est avec nous dans la barque de nos vies, nous invitant à avancer avec lui vers l’autre rive de nos engagements et de nos défis, même lorsqu’il fait nuit dans notre vie de foi, même lorsque l’Église ou nos œuvres, ou nos vies mêmes semblent s’enfoncer dans l’indifférence générale.

Cet évangile vient nous redire que nous sommes appelés à vivre dans la confiance, sûrs de l’amour de Dieu pour nous, cet amour qui est capable de nous guider à travers tous les obstacles de cette vie, au-delà de la mort même.

C’est pourquoi l’esprit du Christ continue à nous murmurer à l’oreille : « N’aie pas peur. » N’aie pas peur, même quand la mort semble inévitable, n’aie pas peur même quand tous tes repères te sont enlevés, n’aie pas peur, nous dit Jésus. Car la remise de nos vies entre ses mains nous donne de nous tenir debout malgré les épreuves et les vents contraires. Notre foi en Jésus Christ nous donne de communier à sa puissance de résurrection, alors qu’il nous conduit vers l’autre rive de nos vies où il nous attend.

En terminant, je laisse la parole à une correspondante parvenue au terme de sa vie et qui m’a partagé un jour comment Dieu lui venait en aide. Elle m’a écrit ce qui suit :

  • Dieu me vient en aide par la foi : Jésus toujours à mes côtés pour me soutenir et me redonner courage quand j’ai envie de baisser les bras.
  • Dieu me vient en aide par la charité : c’est elle qui me permet de servir et accompagner la fin de vie de mon époux de 86 ans atteint de la maladie d’Alzheimer, avec amour, après plus de 56 ans de vie commune.
  • Enfin, écrit-elle, Dieu me vient en aide par l’espérance : elle me fait espérer l’accueil miséricordieux de ce Dieu plein d’amour, auquel je crois, et où nous serons définitivement réunis dans la paix mon époux et moi.

Frères et sœurs, comme l’écrivait Jourdain de Saxe au sujet de saint Dominique, et dont c’était la fête hier, nous avons planté l’ancre de notre espérance au ciel avec le Christ, qui seul peut nous mener à bon port, car il est lui le Seigneur, et il tient précieusement nos vies entre ses mains. Telle est notre foi, et c’est cette foi qui nous rassemble en cette eucharistie, alors que nous célébrons la victoire de Jésus Christ sur la mort. Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

3 Réponses

  1. Comme il est bon de vous lire le Moine Ruminant, j’ai là ma dose de Spiritualité qui remplace largement toutes vitamines ou autre remontants lol.

  2. Merci de votre retour très attendu , cela m’a semblé long.
    Il y a une chose que vous n’évoquez pas dans cette homélie , c’est l’impossibilité d’accéder à l’Eucharistie ( ici par manque d’argent pour me déplacer, habitant la campagne ). Cela engendre un sentiment d’abandon , d’exclusion , de la table de Dieu en communion avec d’autres . C’est une souffrance -spirituelle- n’ayant aucun sens .Difficile d’y reconnaître  » c’est moi , n’aie pas peur » ( ah bon?), ou « homme de peu de foi » (ah bon ?) .Ajouté à toutes les souffrances humaines de tout un chacun, ça fait lourd .Je me vois bien mal « embarquée »…

  3. Merci d’avoir repris le partage de vos textes. Vous avez le don de nous pousser toujours plus vers l’avant, nous rappelant sans cesse que Jésus, Dieu-avec-nous, ne nous abandonne jamais malgré les apparences trompeuses. Merci encore.

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