Mystère d’Amour : notre Joie!
« Soyez toujours dans la joie! » écrivait S. Paul aux Thessaloniciens. « Rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » Le 3e dimanche de l’Avent, le dimanche de la joie! Les mots nous le disent. La liturgie multiplie les invitations à nous laisser emporter dans une joie toute spirituelle : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; je le redis : soyez dans la joie. Le Seigneur est proche! » (Philippiens 4, 4-5) C’était l’antienne d’ouverture!
Mais, avons-nous bien raison de nous réjouir? En avons-nous le droit? Compte tenu de tout ce qui se passe dans le monde, ne nous faudrait-il pas plutôt fermer la porte à la joie? Nous interdire toute réjouissance? Tenir nos cœurs et nos pensées dans la grave et le sérieux, et laisser la tristesse envahir le champ de notre conscience, tellement il y a de quoi être fâchés et déçus à voir ainsi aller les choses? Par-delà nos inquiétudes, nos peines et malheurs personnels, il y a le malheur et les souffrances de tant de gens autour de nous! Il y a l’appauvrissement généralisé, les effets dévastateurs de la guerre en Ukraine, en Palestine et ailleurs. Les changements climatiques nous inquiètent. Nous, les croyants, nous constatons une désaffection pour le religieux et la foi dans nos familles, chez nos amis, dans la société ambiante. Nous avons perdu nos repères et nos traditions! Est-ce que tout cela n’engendre pas assez de tristesse pour nous soustraire à toute joie même spirituelle? Que nous faudra-t-il croire pour surmonter tant de raisons d’être tristes, pour retrouver l’authentique joie, le droit de célébrer et de vivre la joie de notre foi?
D’abord, il faut nous rappeler que la joie qui nous est offerte nous vient de Dieu lui-même. Il nous a livré en ses prophètes et dans l’Évangile un message de vie, de consolation et de paix, qui est à la source de notre joie. Cette joie chrétienne, la joie de l’Évangile, elle est communion à la joie de Dieu lui-même. Une joie qui vient de source, qui n’est pas incompatible avec la tristesse et la compassion ressenties devant ceux et celles qui souffrent.
Il en est comme de la joie de l’amitié entre deux personnes. En supposant qu’elle soit authentique et forte, nous savons qu’elle se manifeste alors même que l’épreuve touche l’une ou l’autre des personnes en cause. La communion et le partage, qui se vivent alors, viennent renforcer et augmenter la joie profonde de cette amitié.
Ainsi en est-il pour notre joie spirituelle. Nous n’avons certes pas le droit d’être naïfs ou insensibles. Dieu dans le Christ s’est montré compatissant et d’une extrême sensibilité à nos douleurs. Il ne s’est pas tenu dans une tour d’ivoire. Il est allé partout. Nous aussi, nous avons les deux pieds dans un monde en souffrance et en désarroi. Nous souffrons en compassion active pour tous ces gens, sans perdre la joie de notre amour, la joie de notre communion avec Dieu. Nous sommes amoureusement solidaires d’une humanité que Dieu aime et qu’il veut sauver de la mort.
Dans le processus d’achèvement de la création où nous sommes tous engagés, le témoignage de notre joie apporte un encouragement précieux, essentiel. Il ouvre à tous une fenêtre sur plus grand que nous. Dieu nous tend la main pour une réponse de foi. Il a pour tous un regard de paix qui invite à l’espérance. Il nous ouvre son cœur en appel de notre amour. Il vient sans cesse frapper à notre porte Celui qui le premier nous a aimés. Sans mérite de notre part nous sommes conviés, comme les bergers de Bethléem, à témoigner de la venue de Dieu dans notre monde. Cette présence divine, humblement, a pris chair de notre chair. Elle a tout changé de notre condition humaine. Elle nous vaut une joie réelle et profonde. Désormais nous ne sommes plus seuls. Il est avec nous, notre Créateur et notre Sauveur, la source infinie du bonheur et de la Joie.
Jacques Marcotte, O.P.
Québec, QC
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