Qui a jamais vu Dieu?

La grandeur de Dieu, ce qui le rend fascinant, c’est qu’il est un Dieu qui veut se faire connaître de nous et qui prend l’initiative. Comme si Dieu avait besoin de se faire connaître! Est-ce possible? Il nous est difficile de parler de Dieu comme d’un être de besoin, et sans doute le terme n’est-il pas juste, mais en même temps Dieu ne joue pas à « avoir besoin de nous ». Il ne fait pas semblant. Dieu ne triche pas. Ce que la Révélation nous apprend, du livre de la Genèse jusqu’au dernier livre de la Bible, c’est qu’il est dans la nature même de Dieu de créer et d’appeler sa création à participer à sa gloire. Quand Dieu donne, il ne donne pas à moitié. Quand Dieu appelle à la vie, c’est à une vie en plénitude qu’il appelle. C’est tout lui-même que Dieu donne quand il crée.

C’est Saint-Exupéry, dans son Petit Prince, qui fait dire au renard : l’on est responsable de ce que l’on apprivoise. Que dire alors lorsque l’on crée, lorsque l’on donne la vie à des créatures. Dieu s’intéresse passionnément à notre réalité. Il vient s’y insérer avec tout le respect et la tendresse de celui qui aime. Il nous invite, il n’impose pas, il invite avec une infinie discrétion à le connaître et à l’aimer. Et ceci va déterminer de manière bien singulière l’expérience du croire en Dieu et le sens de la promesse de mettre en nous son Esprit. Car la véritable expérience de foi est celle où l’on ne croit pas simplement en Dieu, où l’on ne fait pas que professer ou même défendre un Credo. La véritable expérience de foi que propose le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, est une invitation à l’aimer et à faire l’expérience de son amour.

Christ Pantocrathore

C’est pourquoi au coeur de notre histoire humaine survient l’événement Jésus-Christ et son achèvement, qui est le don de l’Esprit Saint. Dieu nous anime d’un mouvement et d’un désir qui sont en nous l’écho de son propre désir. L’Esprit Saint vient rendre possible en nous le rêve fou de Dieu pour nous, qui est de le connaître d’une manière nouvelle, telle que l’a connu Jésus, tel que le connaît le Fils de Dieu.

« Qui m’a vu a vu le Père », nous dit Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. La foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu, pour elle « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! » (Jacques de Bourbon-Busset). Dieu s’est fait voir. En Jésus, nous dit saint Jean, « nous avons contemplé sa gloire! »