Homélie pour la fête de la Toussaint

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »

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COMMENTAIRE

L’Halloween qui est fêtée ce weekend est l’envers de la Toussaint. C’est sa caricature, c’est le culte de l’horreur et de la mort. Sans que cela soit dit, cette fête cherche à exorciser nos peurs, surtout celle de la mort. Mais le plus tragique, c’est que c’est une fête qui est sans espérance, qui célèbre le côté le plus sombre de l’existence humaine. L’Halloween c’est l’antithèse d’une fête chrétienne.

Nous, ce que nous célébrons aujourd’hui c’est la fête de la Toussaint, la fête des disciples du Christ qui nous précèdent au ciel, et qu’on appelle des saints et saintes. Ils sont pour nous des exemples parce qu’ils ont pris au sérieux l’évangile, ils se sont mis à la suite du Christ avec passion et radicalité, ils n’ont pas eu peur de compromettre leur sécurité, leur bien-être, et même leur vie au nom de l’évangile. À l’inverse de l’Halloween, la Toussaint est une fête lumineuse, pleine d’espérance, qui nous invite à nous réjouir et à contempler le magnifique album de famille des saints et des saintes.

Qu’ils sont beaux ces témoins de l’amour, ces témoins d’un Dieu qui ne cesse de nous aimer malgré nos fragilités. À travers tous ces visages bien-aimés de l’Église, connus ou inconnus, Dieu nous révèle combien Il a besoin de nous, Lui qui nous attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience, qui ne désespère jamais de nous. Sa hâte à se faire connaître se lit dans cette gloire qui revêt le visage des saints et des saintes. Tout comme des miroirs lumineux, ils sont le reflet de l’amour infini de Dieu pour ses enfants. Et tant que nous sommes de ce temps, Dieu cherchera toujours, à travers les battements d’une vie humaine, à se faire proche de nous. Dieu veut avoir besoin de nous! Et il n’a de cesse de nous chercher et de se dire tout particulièrement à travers la vie des saints, à travers chacune de nos vies.

L’Église nous propose sans cesse des modèles de la suite du Christ à travers ceux et celles que l’on appelle les saints. Mais ils ne représentent que la fine pointe de tous ceux et celles qui leur ressemblent, et que l’histoire a gardés dans l’anonymat, mais qui aujourd’hui sont célébrés eux aussi.

Pourquoi fêter les saints? C’est le dominicain Fra Angelico, dans une fresque célèbre, qui représente les saints et les saintes au ciel, exécutant une danse mystique, où on les voit faire une ronde avec les anges au son des instruments de musique. La fête de la Toussaint nous donne de contempler cette réalité qui nous dépasse, et qui pourtant nous attend, et qu’on appelle la communion des saints.

Pourquoi fêter les saints? Tout d’abord pour rendre grâce à Dieu qui ne cesse de veiller sur notre monde en se communiquant à nous, en se disant à nous par l’entremise d’une vie humaine, reflet de son amour, de sa bonté et de sa miséricorde. Tels sont les saints et les saintes, nos amis.

Nous fêtons aussi la Toussaint pour nous rappeler notre vocation à nous tous, pour nous rappeler que le monde a toujours besoin de la présence d’hommes et de femmes qui portent dans leur vie la marque du Christ.

Depuis la résurrection, la suite de Jésus s’est traduite dans l’existence de millions et de millions de personnes, toutes aussi différentes les unes que les autres, et cette suite a pris le visage de ces personnes, car nous sommes le Corps du Christ, nous sommes le visage du Christ pour ce temps qui est le nôtre.

Chacun et chacune de nous ici sont appelés à incarner cette suite d’une manière unique, qui nous est propre. Notre suite du Christ sera originale, à notre couleur, où elle ne sera pas. Et chacun de nous a à écrire sa propre page d’évangile, sa propre histoire sainte. Cela n’est pas au-delà de nos forces, puisque Dieu lui-même nous y appelle, et nous en donne les moyens.

Être chrétien, être saint, c’est vivre l’Évangile là où la vie nous entraîne; c’est vivre l’Évangile dans nos choix de vie et nos engagements, pour le meilleur et pour le pire. La sainteté du quotidien, loin d’être excentrique, est tout simplement la synthèse des ressources et des talents que nous portons, marqués par l’empreinte de l’évangile, de notre foi au Christ et de son Esprit qui nous habite.

Le mot « sainteté » peut faire peur quand on considère comment il s’est traduit dans la vie de ceux et celles que l’on nous propose comme modèles de sainteté. Mais la sainteté dont je parle ici n’est pas surtout celle des cimes abruptes, où très peu de personnes s’aventurent, mais avant tout la sainteté quotidienne, pour tous, qui n’est pas moins héroïque quand c’est là que le Christ nous appelle.

C’est le moine Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine, assassiné avec six de ses frères trappistes, qui écrivait à l’occasion de la messe du Jeudi saint, un an avant sa mort : « Prendre un tablier comme Jésus, cela peut être aussi grave et solennel que le don de sa vie… Vice-versa, donner sa vie peut être aussi simple que de prendre un tablier », le tablier du service, le tablier du don de soi, généreux et sans calcul, parce que l’amour est à ce prix!

La fête de la Toussaint vient nous rappeler que le Seigneur nous entraîne à sa suite, soutenus par ces innombrables témoins qui nous précédent, et qui maintenant nous accompagnent de leur prière, afin que nous vivions nous aussi de l’esprit des béatitudes, afin qu’un jour nous participions nous aussi à cette danse mystique, à cette gloire éternelle où les saints et les saintes nous attendent avec le Christ :

Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils et filles de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.

Yves Bériault, o.p.

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