Homélie pour la fête de la Pentecôte

Le récit de la Pentecôte est fort impressionnant et n’est pas sans rappeler certaines scènes de l’Ancien Testament. Ainsi à la Pentecôte, c’est la tour de Babel qui est revisitée où, cette fois-ci, Dieu prend l’initiative d’unifier l’humanité autour d’un même langage, soit celui de l’Esprit Saint. À la Pentecôte, tous ces gens rassemblés à Jérusalem qui proviennent de régions diverses de la Méditerranée, parlant tous différentes langues, s’exclament en entendant les Apôtres : «Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.» 

Nous retrouvons aussi dans le récit de la Pentecôte une évocation de la remise des Tables de la Loi à Moïse. Surgissent alors, nuée, bruit assourdissant, vent de tempête, tout comme au mont Sinaï. Et si Moïse reçoit les Tables de la Loi comme signe de l’Alliance indéfectible entre Dieu et son peuple, à la Pentecôte, cette Alliance trouve son achèvement. Et se réalise alors la promesse solennelle de Dieu qui déclarait au livre de Jérémie : «Je mettrai ma loi au dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur.» C’est cela le souffle de la Pentecôte!

Ce qui doit donc attirer notre attention aujourd’hui, ce n’est pas tellement le merveilleux du récit, mais surtout la finalité du don de l’Esprit Saint, qui est que toutes les nations entendent parler des merveilles que Dieu le Père accomplit en ressuscitant son fils Jésus Christ d’entre les morts. 

Cette fête n’a certainement pas le même éclat pour nous aujourd’hui que pour les premiers témoins de la Pentecôte. Comme nous aurions besoin parfois nous aussi de signes tangibles et éclatants de la présence de Dieu en notre monde. Mais peut-être nous faut-il apprendre à ouvrir les yeux, surtout en cette période inédite d’une pandémie qui nous relie tous les uns aux autres sur cette planète, dans une solidarité faite de hasards et de circonstances. Il y a là, il me semble, un parallèle à faire avec la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint. Je m’explique.

Voyez-vous, un seul voyageur des Indes peut très bien apporter avec lui le virus de la Covid-19 en Afrique du Sud et le transmettre à tout un continent; tout comme un voyageur revenant du Mexique peut le transmettre à toute la région de l’Outaouais, et ainsi de suite. On le sait bien, ce virus ne connaît aucune frontière, il ne fait pas de distinction entre les personnes, groupes d’âge, races ou nationalités. Nul ne peut se dire à l’abri. Que l’on soit catholique, protestant ou orthodoxe, ne change rien à l’affaire; que l’on soit musulman, hindou ou bouddhiste, non plus. Nous sommes tous et toutes vulnérables, imbriqués dans une étrange solidarité dont on se passerait bien.

Maintenant, faut-il s’étonner, mais l’Esprit du Seigneur obéit à cette même logique de la contagion, mais à une différence près. Il faut vouloir l’attraper ce virus et le communiquer aux autres! Il nous faut vouloir être habités par le souffle de l’Esprit, que nous promet le Christ, afin de gouter à la transformation spirituelle qu’il vient opérer en nous! Ce don est toujours offert, même aux croyants de longue date. C’est un don qui se renouvelle et qui s’approfondit sans cesse dans nos vies. C’est là la promesse de la Pentecôte, où l’Esprit Saint ne cessera jamais de nous former et de nous enseigner! Mais pour cela, il nous faut l’invoquer. C’est pourquoi le répons du psaume aujourd’hui nous fait chanter : «Ô Seigneur, envoie ton esprit!»

L’Esprit Saint est comme ce vent dont parlait Jésus à Nicodème et dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va, et qui souffle à la fois sur les bons comme sur les méchants. Il est à l’œuvre partout dans notre monde, mais contrairement à la Covid, il nous faut vouloir l’attraper, être contaminés par lui, afin d’en vivre. C’est pourquoi, avec l’Église toute entière en ce dimanche de la Pentecôte, nous chantons et nous supplions : «Ô Seigneur, envoie ton esprit!» Nous prions afin que le mal n’ait jamais le dernier mot. Là où la haine domine, où la violence fait la loi, là où les enfants sont abusés, maltraités, assassinés; là où l’injustice et la loi du plus fort dominent. Nous supplions : «Ô Seigneur, envoie ton Esprit!» 

Mais une mise en garde est de mise ici. Il faut savoir qu’on ne peut invoquer impunément l’Esprit Saint. Car il trace alors pour nous des chemins de vie qui peuvent se révéler des plus exigeants. La suite du Christ est à ce prix, nous le savons trop bien. Et l’Esprit du Seigneur nous conduit dans une logique du don de soi, du sacrifice. Sacrifice! Mot qui n’a certainement pas la cote de nos jours, mais qui est bien réel, surtout quand il nous faut nous oublier et servir, quand il nous faut pardonner et vivre des réconciliations, quand il nous faut donner de nous-mêmes, alors qu’il serait beaucoup plus simple de tourner le dos. 

Car l’Esprit saint que nous envoie le Fils d’auprès du Père est non seulement un Esprit de sainteté, mais il est aussi un Esprit de vérité qui exige de nous que nous vivions en accord avec l’Évangile du Christ que le baptême a gravé en nos cœurs.

Frères et sœurs, avec la fête de la Pentecôte nous touchons à la clé de voûte de notre foi qui tient tout l’édifice de notre vie spirituelle. La Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui  fait de nous de véritable disciples du Christ, tout autant que les Apôtres. Il nous rend capables de le reconnaître comme Seigneur et Fils de Dieu. C’est l’Esprit Saint qui met dans notre bouche la parole de vérité et de réconciliation et qui nous donne de professer notre foi en ce Dieu Père, Fils et Esprit Saint. 

C’est lui enfin qui met en nous des langues de feu capables d’annoncer avec force et courage la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, car la présence de l’Esprit Saint en nos vies c’est la présence même du Christ ressuscité, présent à son Église et à chacun et chacune de nous jusqu’à la fin des temps! Voilà l’extraordinaire mystère que nous célébrons en ce jour.

Bonne fête de la Pentecôte!

fr. Yves Bériault, o.p.

Dominicain. Ordre des prêcheurs