Homélie pour le 6e Dimanche de Pâques (C)

La Paix qu’il nous donne!

« Levons-nous, partons d’ici ! » Cette petite phrase vient conclure – quelques lignes plus loin – le discours que Jésus achève aujourd’hui. Le Seigneur parle à des disciples qui sont bouleversés, effrayés, qui savent que leur maître est menacé, sur le point d’être arrêté et mis en procès. Jésus ne leur cache pas le danger dans lequel il se trouve. Déjà la trahison de Judas est en marche. On peut dire que le compte à rebours de la Passion est commencé. « Je m’en vais, leur dit Jésus, et je reviens vers vous ». Ces paroles sont à la fois mystérieuses et graves. Elles donnent l’allure d’un testament à ces consignes de dernières minutes que le Seigneur transmet aux disciples, d’où leur importance.

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous nous ferons une demeure. » Jésus s’adresse ainsi à tout le monde. « Si quelqu’un m’aime… » Chacun, chacune est sollicité pour une amitié avec le Seigneur, l’invitation à rien de moins qu’une histoire de cœur et d’intimité avec lui et avec le Père.

Sa parole, c’est ce qui nous restera de lui. La parole de Jésus qui est un ensemble d’appels à aimer, à vivre de miséricorde, dans l’humilité du service fraternel. Son commandement étant de nous aimer les uns les autres. 

Le testament de Jésus se continue et s’étend sur une promesse. La promesse de l’envoi d’un Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en son nom. L’Esprit qui va prolonger l’enseignement du Christ. Non pas pour un nouveau chapitre, mais pour protéger la mémoire de ce que Jésus nous a dit. Fidélité à l’Évangile pour l’approfondir et nous permettre de le mettre intégralement en pratique. 

Dernier élément que Jésus souligne, c’est la paix. La paix qu’il nous laisse, la paix qu’il nous donne. Qui n’est pas une tranquillité béate, l’absence de problèmes ni même de conflits; ce n’est pas un temps calme et serein chaque jour, ni non plus l’absence de trouble et de questionnement. La paix pour lui, c’est d’abord l’humble certitude de la foi, celle de l’abandon dans la confiance. Il nous partage cette paix qui l’habite, lui, puisqu’il s’abandonne résolument à la volonté du Père. C’est la paix dont il a le secret parce qu’il est le Fils bien-aimé, et qu’il est certain que le Père ne va jamais l’abandonner. « Je m’en vais, et je reviens vers vous. » Jésus sait qu’il va mourir et qu’il va ressusciter. Il a intimement la preuve que sa confiance dans le Père ne saurait être trahie ou déçue. Que cette paix soit pour nous le secret qui nous tient debout, qui nous garde en confiance, forts et en sécurité profonde! C’est là la paix des fils et filles du Père infiniment puissant et bienveillant qui est le nôtre.

Ces dernières paroles de Jésus doivent faire leur chemin en nous, dans les circonstances que nous vivons aujourd’hui, dans les temps troublés et souvent difficiles où nous sommes. Ne sommes-nous pas cette Église dont nous parlait le livre de l’Apocalypse. Cette Jérusalem nouvelle venue de chez Dieu, toute précieuse, toute belle et sainte, mais que nous savons menacée de toute part. Elle est habitée de lumière et de paix, cette Église qui a la capacité de régler ses problèmes, puisque l’Esprit lui est donné. Puisque l’amour et les dons de Dieu lui donnent les moyens d’aller de l’avant et de vivre maintenant le rêve de Dieu.

Faisons donc notre profit de l’enseignement du Seigneur. Laissons-nous rejoindre aujourd’hui, instruire par sa parole pour en vivre. Qu’elle soit notre paix, notre joie, notre assurance! « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » 

fr. Jacques Marcotte, o.p. Dominicain