« Il enseignait en homme qui a autorité » (Mc 1, 21-28)

Homélie pour le mardi 14 janvier 2020

En quittant le temps de Noël, nous entrons dans un nouveau cycle liturgique que j’aime bien appeler le temps de l’Église, où les Évangiles nous donnent de voir Jésus à l’œuvre dans son ministère de prédicateur et de guérisseur. Nous entrons à nouveau à l’école des disciples afin de poursuivre l’approfondissement de notre foi en Dieu dans notre suite du Christ.

Nous commençons ce temps « ordinaire » de la vie de l’Église avec l’évangéliste saint Marc qui va droit au but en écrivant son évangile : pas de grands discours théologiques en guise d’introduction, comme chez saint Jean, pas de récit de l’enfance comme chez Luc ou Matthieu. Non, l’objectif de Marc est énoncé dès le premier verset de son écrit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu. » Suit immédiatement le baptême de Jésus, et voilà le lecteur entraîné par Marc à la suite de Jésus dans son ministère de prédication et de guérison.

D’entrée de jeu, Marc veut nous donner de comprendre en quoi consiste cette irruption de Dieu dans l’histoire de l’humanité., lui qui nous envoie son Fils. Mais Marc le fait en tenant ses auditeurs en haleine tout au long de son récit, posant à plusieurs reprises la question suivante : mais qui donc est cet homme ? Qui est-il celui-là qui parle avec tant d’autorité, c’est-à-dire qui semble investit d’un pouvoir et d’une parole qui viennent d’ailleurs, parole tellement prégnante de vérité et de vie qu’elle peut même guérir les malades, libérer les possédés, ouvrir les cœurs les plus endurcis ?

Au seuil de cette nouvelle saison liturgique, nous sommes donc invités à nous laisser interroger à notre tour : « Mais qui donc est cet homme ? » Car tout au long de notre vie de croyants, tant les évènements, les épreuves, les contradicteurs ou encore l’habitude, nous obligent à nous resituer sans cesse devant ce mystère de notre foi et le défi que cela représente que de se tenir debout dans le monde avec le Christ comme maître et Seigneur.

Et si parfois notre foi ne se réduit qu’à une toute petite flamme vacillante, quand elle est aux prises avec ses doutes, ses fatigues ou même ses indifférences, nous avons cette assurance que le Christ a pour nous des paroles salutaires capables de nous relever et de nous guérir.

Yves Bériault, o.p.

 

Prière au Dieu caché

Parce que tu as aimé cette terre Seigneur, voilà qui me donne d’espérer quand je sens ma foi vacillante. À voir vivre tes enfants rieurs, comment ne pas sentir la tendresse de ton regard posé tout doucement sur chacun d’eux. Tu es là ! Je le crois. Et je devine ta joie, car c’est ma joie. Et je connais ta peine lorsqu’ils souffrent, car c’est la mienne, et elle ne peut venir que de Toi.

Et du plus profond de mon impuissance monte en moi cet appel à les consoler avec Toi ! À prendre avec Toi ce poids de douleur qui accable notre terre jusqu’à plus soif. Mais je te découvre plus pauvre que moi. Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance. Et ton amour n’en finit plus d’attendre les deux mains clouées sur le bois. Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix? Faut-il être entré dans ta gloire pour mesurer le poids infini de ta souffrance et trouver la force de l’assumer avec Toi?

Pourquoi te cacher derrière ce silence qui enveloppe l’univers comme si, sur le point de parler, tu retenais ton souffle, l’espace d’un instant. Un instant d’éternité où l’Homme attend les yeux tournés vers le ciel…

Pourtant, tout dans l’univers ne s’écrie-t-il pas: « Gloire! Des astres créés, aux rires des enfants, contemplez Celui qui vient! Celui qui Est! Contemplez! Il est là, aux portes du monde, et vous êtes chez Lui. L’univers est son jardin et l’Homme, un promeneur solitaire qui cherche son chemin. N’entendez-vous pas sa voix? »

Et l’Homme, reste-là, hébété au cœur du jardin, soûlé par le poids de sa vie, ne sachant plus où regarder quand tout, autour de lui, l’appelle vers Toi.

Nous aurais-tu donc créés aveugles ?

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le Baptême de Jésus (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 3, 13-17)

Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain
auprès de Jean,
pour être baptisé par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait :
« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi,
et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit :
« Laisse faire pour le moment,
car il convient
que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé,
il remonta de l’eau,
et voici que les cieux s’ouvrirent :
il vit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui je trouve ma joie. »

COMMENTAIRE

Depuis les tout premiers siècles de l’Église, la fête des Rois mages et le Baptême du Seigneur ont toujours été associés à son Épiphanie, c’est-à-dire à sa manifestation au monde, les mages représentant les nations païennes, et le baptême de Jésus marquant le début de son ministère public. 

Dans les quatre Évangiles, ce ministère commence lors de son baptême. Il y a donc là un évènement capital dans la vie de Jésus où à travers signes et symboles, les évangélistes nous dévoilent à la fois l’identité de Jésus ainsi que l’orientation fondamentale que va prendre sa mission parmi nous. On pourrait penser à un tableau impressionniste où les évangélistes nous présentent à leur manière cet évènement déterminant dans la vie de Jésus : il y a l’eau et la foule, la voix de Dieu et la colombe, Jean le Baptiste et ses disciples, et surtout, au milieu d’eux, la présence de Jésus.

Mais précisons d’entrée de jeu que ce baptême que reçoit Jésus n’est pas le baptême chrétien. Il s’agit d’une tout autre démarche de pénitence et de conversion qui n’est pas une coutume juive traditionnelle, mais un rituel qui serait propre à Jean Baptiste et qui survient alors qu’il y a une grande effervescence dans toute la Judée. 

Le contexte historique et social est le suivant. La voix du dernier prophète s’est éteinte 450 ans plus tôt avec la mort du prophète Malachie. Le pays est sans rois depuis près de six cents ans, constamment occupé par des envahisseurs païens, et le peuple se demande quand vont se réaliser les promesses de Dieu tant annoncées par les prophètes de lui envoyer un messie. Déjà, le prophète Isaïe semblait pousser un soupir d’impatience quand il s’exclamait : « Ah ! Si tu pouvais déchirer les cieux et descendre ». Si tu pouvais enfin venir nous sauver!

En réponse à cette attente survient Jean Baptiste. Certains se demandent si ce n’est pas lui le Messie, mais Jean annonce la venue d’un plus grand que lui. Et quand il le reconnaît en la personne de Jésus, il s’étonne de sa présence dans les eaux du Jourdain. Même lui est décontenancé par ce messie qui prend place parmi les pécheurs. La même question s’impose à nous : mais qu’est-ce que Jésus fait là et pourquoi se fait-il baptiser ? 

Pour comprendre, examinons la scène du baptême. Tout d’abord, il y a la voix de Dieu qui se fait entendre, et qui nous dévoile l’identité de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » Nous avons devant nous le Fils bien-aimé du Père, et sa présence parmi la foule qui se reconnaît pécheresse, nous révèle que le Fils de Dieu assume pleinement notre condition humaine ; il la prend sur lui avec son poids de péchés et de misères, et il marche avec nous, se faisant solidaire des hommes et des femmes en quête de pardon et de bonheur.

Lors de ce baptême, il y a aussi la colombe qui représente l’Esprit Saint. On pense ici à la colombe après le déluge ou encore à l’esprit du Seigneur qui planait sur les eaux, au moment de la création du monde. C’est l’heure de la nouvelle création qui a sonné où le Fils de Dieu nous donne déjà une preuve incroyable de son amour en se soumettant au baptême de Jean. Dans cette action de Jésus, s’exprime à la fois une fidélité entière et radicale à la volonté du Père, ainsi qu’une solidarité avec nous qui le conduira jusqu’à la mort. Et c’est ainsi que par ce baptême qu’il demande et reçoit, Jésus nous prend déjà sur ses épaules, tout comme il prendra sa croix. Celui qui était sans péché, prend déjà sur lui nos péchés et se fait baptiser.

Le baptême du Baptiste n’est toutefois qu’une préfiguration du baptême chrétien. Il sera transfiguré après la résurrection du Seigneur. Désormais, quand ce geste sera posé en Église, ce ne sera plus seulement une volonté de conversion qui sera manifestée, mais il deviendra une adhésion à la vie même du Ressuscité, une remise toute entière de nos vies entre les mains du Père, nous modelant peu à peu à sa ressemblance par le don de l’Esprit Saint.

Malheureusement, trop d’hommes et de femmes ignorent à quel point Dieu les aime et combien cet amour a le pouvoir de transfigurer leur vie. C’est pourquoi il nous faut porter sans cesse le souci et le désir d’annoncer la bonne nouvelle du salut en Jésus Christ.

Il ne s’agit pas de convertir pour faire nombre, pour se rassurer en n’étant pas les seuls à avoir la foi, ou nous réjouir parce que le jubé de notre église serait rempli! Non, il s’agit avant tout de partager avec d’autres le bonheur de croire en Dieu, et son envoyé Jésus Christ, de la même manière qu’on ne peut garder pour soi-même notre émerveillement devant un roman merveilleux, un film qui nous séduit, un coucher de soleil à couper souffle, ou une bonne nouvelle inattendue qui fait irruption dans nos vies. Oui ! Nous voulons alors annoncer cette bonne nouvelle!

Quand nous aimons, il est normal de vouloir partager nos coups de cœur avec les autres. Et il n’y a pas plus grand coup de cœur que la présence de Dieu dans une vie, Lui qui de mille et une manières nous redit sans cesse : « Tu es ma fille bien-aimée, tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le samedi de l’Épiphanie

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean » (Jn 3, 22-30)

En ce temps-là,
Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ;
il y séjourna avec eux, et il baptisait.
Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim,
où l’eau était abondante.
On venait là pour se faire baptiser.
En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison.
Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif
au sujet des bains de purification.
Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
« Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain,
celui à qui tu as rendu témoignage,
le voilà qui baptise,
et tous vont à lui ! »
Jean répondit :
« Un homme ne peut rien s’attribuer,
sinon ce qui lui est donné du Ciel.
Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit :
Moi, je ne suis pas le Christ,
mais j’ai été envoyé devant lui.
Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ;
quant à l’ami de l’époux, il se tient là,
il entend la voix de l’époux,
et il en est tout joyeux.
Telle est ma joie : elle est parfaite.
Lui, il faut qu’il grandisse ;
et moi, que je diminue. »

COMMENTAIRE

Ce matin, à travers le témoignage de Jean Baptiste, nous sommes entraînés sur un chemin où il n’est pas toujours facile de nous engager, soit celui de l’humilité. C’est le dominicain Maître Eckhart qui affirme que «l’humilité s’enracine dans le fond le plus profond de Dieu ». Pour nous en convaincre, il nous suffit de regarder le Fils de Dieu dans son abaissement. Il n’y a pas plus humble que Dieu.

Jean le Baptiste s’inscrit tout à fait dans cet appel à l’humilité. Bien sûr, il est conscient de sa mission, de son devoir de héraut de la bonne nouvelle. Il a aussi des disciples, et ce, bien avant Jésus; on l’appelle même rabbi. Mais Jean Baptiste sait aussi reconnaître que c’est Dieu qui l’a appelé, et qui lui donne la force et la grâce d’accomplir sa mission. D’où cette affirmation si profonde que l’on retrouve dans sa bouche : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. »

Et c’est là que le mot « humilité » trouve tout son sens. Il s’agit d’une disposition du cœur qui nous fait nous tourner sans cesse vers Dieu, lui demandant sans cesse force et courage afin de réaliser ce qui nous est demandé, reconnaissant toujours en Dieu l’artisan de nos vies. Ainsi, nous nous offrons comme une terre en friche, présentant à Dieu tout ce que nous sommes, afin que ce potentiel d’amour qu’il a mis en nous puisse trouver son plein épanouissement.

Le témoignage de Jean Baptiste est une invitation à assumer pleinement la foi et la mission qui nous sont données, puisque nous sommes nous aussi les amis de l’Époux, ses intimes, ses plus proches, lui qui un jour nous a saisis, ne nous appelant plus serviteurs, mais amis !

« On ne saurait donc mieux clore le temps liturgique de Noël qu’en évoquant ce cortège nuptial qui nous entraîne avec le Christ au service de la vie. Car la vocation de Jean Baptiste ne s’est pas éteinte avec lui, elle se prolonge en chacun de nous. Il nous révèle comment travailler aux noces de Jésus avec l’humanité, et nous livre le secret de sa joie : Il faut qu’Il croisse et que moi je diminue (Jean 3.30). »

fr. Yves Bériault, o.p.

Homélie pour l’Épiphanie

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Je me souviens quand j’étais enfant, la préparation de la crèche de Noël ressemblait à s’y méprendre à une pièce de théâtre où nous placions soigneusement nos différents personnages, les Mages étant sans doute les plus fascinants avec leurs vêtements somptueux, leurs chameaux et leurs présents. À travers ces personnages, c’est la merveilleuse histoire de Noël qui se jouait sous nos yeux, alors que notre foi d’enfant prenait peu à peu son envol.

Nous n’avions aucune idée de l’intrigue qui se mettait en branle avec la naissance de Jésus. Que savions-nous de la peur qui s’était emparée de Jérusalem quand les mages annoncèrent la naissance du Messie; de l’inquiétude des élites religieuses ou des sombres intentions du roi Hérode à l’endroit de ce nouveau-né?

L’histoire de Noël est beaucoup plus grande et tragique que la simple représentation qu’en donnent nos crèches, car l’Enfant qui vient de naître vient disperser les superbes, comme le chante Marie sa mère, renverser les puissants de leurs trônes, prendre parti pour les humbles et les affamés. Pas étonnant que tous les Hérode et les pouvoirs malveillants de ce monde s’opposent à lui et à son Évangile, car le mystère de la Nativité se joue désormais aux dimensions du monde, et nous faisons tous et toutes partie des personnages de cette crèche universelle où le Christ nous attend.

C’est pourquoi en ce jour de l’Épiphanie, j’aimerais vous parler des mages d’aujourd’hui, dont nous faisons partie, mais plus particulièrement de ceux et celles qui cherchent encore l’étoile, ou qui n’ont pas toujours leur place dans la crèche, car il est important que nous prenions la mesure de cette réalité qui interpelle l’Église et nos communautés.

J’ai rencontré beaucoup de mages dans mon ministère comme dominicain, pas toujours des mages somptueux avec les bras remplis de cadeaux. Souvent des personnes blessées par la vie se présentant à nos églises avec leur baluchon de détresse et de misère : ex-prisonniers cherchant à refaire leur vie, familles de réfugiés ayant fuies leur pays, parents pleurant la mort d’un enfant, personnes rejetées, ou se sentant exclus, tel cet homme divorcé remarié, m’avouant qu’il se tenait derrière une des colonnes de l’église lors des messes, voulant se faire le plus discret possible par crainte de scandaliser les gens qui le connaissaient. C’est là une douleur qui l’habita toute sa vie.

Je pense aussi aux gens de la rue entrant timidement comme des intrus dans nos églises, se tenant dans les derniers bancs; je pense à des homosexuels que j’ai connus, vivant douloureusement le rejet par leurs parents, ou ce couple d’homosexuels voulant célébrer la mort de la mère de l’un des deux, puisque c’était ses dernières volontés, sinon ils ne seraient jamais venus à l’église, m’ont-ils confié, car ils ne croyaient pas qu’ils seraient les bienvenus. Voyez-vous, l’étable de Bethléem est trop souvent devenue un palais où il faut montrer patte blanche.

Mais il y a aussi des petits miracles dans nos communautés. Quand je suis arrivé dans une paroisse, il y avait cette personne transgenre, une personne des plus discrète, assidue aux célébrations quotidiennes de l’eucharistie, se nourrissant d’écrits de mystiques et de vie de saints, faisant parfois les lectures à la messe. Si la foi de cette personne semblait s’imposer à tous comme une évidence, la souffrance liée au rejet qu’elle vivait de la part de son entourage était néanmoins palpable, et certains membres de la communauté la soutenaient. Oui, il y a des mages qui viennent de très loin frapper à la porte de nos églises.

Une des rencontres les plus marquantes pour moi est sans doute celle avec une infirmière à la retraite, venant à moi en pleurs après la messe, me demandant si je lui permettais de venir à la messe même si elle n’avait pas la foi. Elle me disait : « Je ne sais pas pourquoi je viens ici, mais ça me fait du bien, j’aime écouter les chants, ça m’apaise. » Cette femme avait travaillé comme infirmière avec les drogués et les prostitués dans les bas-fonds d’un centre-ville pendant plusieurs années, hébergeant même parfois de ces personnes dans sa maison. Elle était allée au Nicaragua auprès des paysans les plus pauvres, pour ensuite se retrouver au Rwanda lors du génocide, y travaillant pendant plus de trois années. Un parcours humanitaire extraordinaire! Mais voilà, elle était en pleurs près de la crèche, se sentant abandonnée par ses enfants dans sa vieillesse, ne trouvant réconfort que dans une église.

Je pense parfois à elle et à toutes ces personnes avec beaucoup d’émotion, car elles nous entraînent sur un chemin de conversion si nous prenons le temps de les écouter. Elles nous évangélisent, car sans le savoir, elles sont toute proche du cœur de Dieu.

Vous l’aurez sans doute deviné, je vois dans l’Épiphanie une invitation à suivre l’étoile qui nous conduit vers les autres, surtout ceux et celles qui ont besoin d’être accueillis, écoutés et aimés. Car au plus profond de nos vies, il y a ce mystère d’amour que l’enfant de la crèche est venu déposer en nos cœurs; un don qu’il nous appelle à partager, tels des mages en route vers d’autres crèches où, sous le couvert de la misère du monde, Dieu nous attend.

Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour la fête de la Saint-Famille (A)

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L’on a toujours proposé la Sainte Famille comme un modèle pour les familles chrétiennes. Toutefois, à notre époque, la notion même de famille traverse une crise sans précédent, ou à tout le moins elle connaît des bouleversements qui en inquiètent plusieurs. Nous connaissons les bébés éprouvettes, les mères porteuses, demain l’on nous promet le clonage, les bébés sur mesures, à notre image et ressemblance, tandis que nous connaissons tous des familles où les parents sont divorcés, des familles reconstituées, des familles monoparentales, où des pères et des mères seules font preuve d’un courage extraordinaire pour éduquer leurs enfants, et nous connaissons aussi des familles où les parents sont du même sexe. 

Par ailleurs, plusieurs couples ne pouvant avoir d’enfants ou encore par souci d’aider les enfants les plus démunis de ce monde, se tournent vers l’adoption internationale, et ainsi des grands-parents se retrouvent avec un petit-fils coréen ou une petite fille haïtienne.  Ces changements font que le visage traditionnel de la famille s’est complètement transformé. Ces changements sont parfois porteurs de soucis et de souffrances, mais ils demandent surtout beaucoup d’amour. Est-ce que la traditionnelle Sainte Famille est encore en mesure de nous inspirer dans un ce nouveau contexte de société ?

Une chose est certaine, cette famille n’est pas conventionnelle. Tout d’abord, Joseph a dû cacher la grossesse de Marie avant le mariage en la prenant chez lui comme épouse. Ensuite, même si l’on a souvent évoqué la Sainte Famille pour encourager la natalité, il faut se rappeler qu’il s’agit d’une famille avec un enfant unique, ce qui est très proche de notre moyenne nationale au Québec. De plus, Joseph, le père de Jésus, n’est pas le géniteur de l’enfant, il est son père adoptif, tandis que Marie, la mère biologique, est encore vierge, puisque l’enfant est né d’une action miraculeuse de Dieu. Voilà la Sainte Famille ! 

L’on peut à la fois retrouver en elle les valeurs familiales les plus traditionnelles, à cause de la sainteté même de Jésus et de ses parents, et en même temps l’originalité de cette famille a de quoi étonner les familles les plus diversifiées que nous connaissions. C’est pourquoi le point de convergence le plus significatif entre ces parents inquiets, que sont Joseph et Marie, et nous-mêmes en tant que parents ou membres d’une famille, est que notre histoire personnelle et familiale est aussi une histoire sainte. Chacun des membres de nos familles, qu’ils soient croyants ou non, est engagé dans une recherche de bonheur et d’absolu. 

Parfois ces recherches nous inquiètent et nous blessent. Elles sont parfois même destructrices, mais dans chacune de nos histoires, quelle qu’elle soit, Dieu y est présent, et sans cesse il nous invite à nous approcher du mystère de la crèche, afin qu’il devienne notre propre mystère, c.-à-d. que nous acceptions nous aussi, comme Marie et Joseph, d’accueillir le Messie dans nos vies, afin qu’il trouve un accueil chez nous, et ainsi qu’il puisse nous transformer et nous enrichir, nous aidant à devenir ce que nous sommes, des enfants de Dieu ! C’est tout cela le mystère de Noël.

Marie et Joseph ont dû cheminer péniblement afin de se rapprocher du mystère de leur fils Jésus. Ils n’ont pas toujours compris ni toujours cherché au bon endroit. Ils n’ont pas saisi tout de suite ce que Jésus voulait leur dire quand il disait qu’il devait être dans la maison de son Père.

On connaît peu de choses de Joseph, mais sans doute, comme Marie, gardait-il dans son cœur tout ce qui pouvait lui échapper quant à la destinée de son fils Jésus. Et en ce sens, Marie et Joseph sont des modèles de foi confiante, des cœurs dociles, s’en remettant entièrement à Dieu, même devant l’inexplicable, même devant les menaces d’un Hérode sanguinaire, ou encore l’exil forcé en Égypte, souffrant parfois de ne pas comprendre où les entraînait cet enfant qui leur avait été miraculeusement confié. Ne devait-il pas se dire parfois, tout comme nous : « Mon Dieu, qu’attends-tu de nous ? »

Frères et sœurs, c’est à nous maintenant de prendre chez nous cet enfant et de le laisser grandir « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » 

C’est pourquoi, en ce temps de Noël, la Sainte Famille se présente à nous et nous invite à franchir le seuil de sa maison, à nous laisser saisir par son mystère qui nous renvoie à notre propre mystère, et qui est d’accueillir Jésus dans nos vies et dans nos familles, au cœur même de nos pauvretés, de nos doutes et de nos épreuves, car n’en doutons pas, notre histoire personnelle est aussi une histoire sacrée que l’Emmanuel vient habiter de sa présence. Et c’est ainsi que cette histoire d’amour de la Sainte Famille, l’histoire la plus extraordinaire que la terre ait jamais connue, se poursuit tout au long du temps de l’Église. Amen.

Yves Bériault, o.p.

La famille chrétienne devant la crèche

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Ce qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on aborde le thème de Noël et de la famille, c’est évidemment celui de la Sainte Famille. Comment cette scène de la crèche de Noël n’évoquerait-elle pas chez les familles chrétiennes une résonance certaine quant à l’expérience de foi qu’elles vivent et son lien avec ce qu’a vécu la Sainte Famille.Spontanément, ce sont les aspects suivants qui me viennent à l’esprit pour alimenter une réflexion chrétienne sur ce thème :

1- la famille comme oeuvre de création
2- la famille comme lieu d’accueil
3- la famille comme lieu de mission

Quand on considère le mystère de l’Incarnation, on contemple tout d’abord l’oeuvre de Dieu. Dieu aime et il est source de tout amour. Par définition, l’amour est fécond puisqu’il vient de Dieu. L’amour est plein de vie et engendre la vie chez ceux et celles qu’il touche. Dieu croit en la vie, puisqu’il est vie, et en nous envoyant son Fils, il vient racheter cette vie afin de la mener à sa plénitude et à sa destination originelle, soit la communion pleine et entière de l’humanité avec son Dieu.

De toute éternité, l’humanité est appelée à la divinisation, et la famille participe éminemment à cette oeuvre, car c’est par elle que naissent les enfants de Dieu. En ce sens, le couple est créateur, mais son oeuvre de création il la tient de Dieu. Il suffit de contempler Marie et Joseph pour mieux saisir le sens de cette affirmation. Leur vocation, vient de Dieu, elle est avant tout un oui à Dieu. Sans ce oui, Dieu ne peut agir, mais c’est l’initiative de Dieu qui fait de ce couple un participant à son oeuvre qui vient parfaire sa création et la mener à son accomplissement.

La famille est aussi une oeuvre d’accueil, car la vie humaine est le lieu privilégié où Dieu se manifeste. Comme le dit la Lettre aux Hébreux:  » N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges «  (Hé. 13, 1-2). Marie et Joseph ne connaissaient sans doute pas toute la grandeur du mystère qui se déroulait dans leur vie. Ne les voit-on pas s’inquiéter quand Jésus disparaît au Temple ou lorsqu’il commence à prêcher. Et pourtant, Marie porte tout cela dans son coeur et médite sur ces choses. Ce n’est qu’après la résurrection que tout deviendra clair. Il y a un mystère d’accueil dans la vie de foi, accueil des personnes et des événements. Ce mystère est tout particulièrement à l’oeuvre dans la famille, qui est une communauté d’accueil pour les vies qui lui sont confiées. Des vies livrées à l’amour de Dieu ayant chacune son appel propre, son mystère, chacune étant un reflet de l’amour de Dieu pour les hommes et les femmes de ce monde.

C’est autour des deux pôles mentionnés précédemment, que la famille va se définir comme lieu de mission pour le chrétien et la chrétienne qui s’y engagent. Car la participation à la mission créatrice de Dieu et l’accueil de la vie ne sont pas que des attitudes passives, mais elles entraînent aussi un agir qui va entraîner toute la famille. La famille va devenir ce lieu où doit grandir l’enfant de la crèche afin de devenir cette présence du Christ Ressuscité au monde. Le mystère de la présence de l’enfant de la crèche dans une famille doit nécessairement ouvrir sur le mystère pascal et ce mystère est un mystère de don de soi.

C’est dans la famille que les vertus chrétiennes seront nourries et entretenues par l’exemple des parents, par une vie de prière soutenue, et par une vie en Église réelle et engagée. Le terreau familial deviendra ainsi le lieu de croissance des vertus évangéliques, dont se nourriront les enfants, car elles leur auront été communiquées par les parents, tout comme les enfants sont allaités par le lait maternel. La famille deviendra ainsi une Église familiale ayant en son centre Jésus ressuscité.

La famille qui se rassemble autour de la crèche exprime déjà sa volonté d’entrer dans ce mystère, puisque l’enfant de la crèche est l’expression achevée du  » Dieu avec nous « , Dieu qui se remet entre nos mains,  » Dieu avec nous  » en se faisant l’un des nôtres, en prenant sur lui nos joies et nos peines. L’enfant de la crèche nous ramène à l’aurore de ce mystère de l’amour de Dieu pour nous, et en même temps la crèche est une fenêtre grande ouverte sur l’avenir. Elle nous entraîne au coeur du mystère pascal où brillent les premières lueurs de l’éternité.

Puisse ce Noël vous rapprocher les uns des autres, et de celui qui s’est fait le plus petit des tout petits enfants pour nous.

frère Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le jour de Noël

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Les textes bibliques que nous proclamons en ce jour sont tellement évocateur en ce sens : « Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu », nous dit le prophète Isaïe ; et dans la lettre aux Hébreux : « En ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils »; et que dire de cette déclaration inoubliable de l’évangéliste Jean : « et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »

Aujourd’hui, sur tous les continents, l’événement est souligné. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes pour nous. Mais un enfant dans un berceau c’est toujours plus séduisant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres ; où la bonne nouvelle qui est célébrée en ce jour semble complètement perdue de vue.

Ainsi, pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a « le vin triste ».

Il y a bien sûr le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu, un Dieu qui prend sur lui notre humanité afin de la conduire à son plein épanouissement. Mais même dans ce Noël, il y en a aussi qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Ce Noël, quoiqu’on en dise, c’est un peu le Noël pour tous, le Noël démocratisé, le Noël des centres d’achats qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux, et à l’occasion, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint quand même l’être humain dans ses aspirations les plus profondes. Il ne faudrait pas oublier que le Noël des marchands, dernier-né des manifestations de la fête de Noël, est néanmoins marqué profondément par la naissance de Jésus à Bethléem. Il ne faudrait pas renier trop facilement ce Noël et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé que nous connaissons trop bien, reste néanmoins dans les familles et entre amis, un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre, le don de soi.

Quoiqu’il en semble, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve sans le savoir près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église aujourd’hui ?

Quant à nous, frères et soeurs, nous proclamons qu’un Sauveur nous est né et qu’il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans les nuits de ce monde. Car le secret de Noël le voici : c’est celui d’un Dieu qui se confie à nous tel un nouveau-né fragile, blotti entre nos mains, et dont on a désormais la garde et la responsabilité. Tout ce qu’il nous demande, c’est qu’on le laisse grandir et s’épanouir au coeur même de nos vies, nous entraînant à faire de sa fête, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux qui ont faim, faim véritable, faim d’amitié, faim de reconnaissance ; ouvrant nos cœurs à la justice, à la réconciliation et au partage.

Car n’est-ce pas là une des conséquences inévitables de la fête de Noël ? Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu ne doivent-ils pas se laisser habiter de sa générosité à Lui et se laisser revêtir de son amour, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu ! C’est Dieu qui se donne à nous et qui donne tout de lui-même : l’Emmanuel ! Dieu fait chair ! Dieu parmi nous !

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Voici la demeure de Dieu parmi les hommes

La prière de Chœur dans la ville est une action de grâce avec l’ange Gabriel et un éblouissement d’admiration pour la jeune mère de Dieu. Les mots et l’harmonisation du frère André Gouzes, dominicain, porte jusqu’au ciel notre reconnaissance pour Marie, la terre de la Promesse, la mère de l’Emmanuel. C’est un magnifique poème de foi et d’espérance qui retentit dans l’église des dominicains de Lille, près de la crèche et dans notre cœur : « Tu es Marie, le paradis nouveau ! En toi le soleil a établi sa demeure. » Pour recevoir les chants et les méditations de Avent dans la ville, inscrivez-vous gratuitement: http://bit.ly/2Y6A0Xk

Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,18-24.
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

COMMENTAIRE

Au livre d’Isaïe, celui que la longue tradition de l’Église appelle le cinquième évangéliste, nous avons entendu cette promesse extraordinaire faite au roi Achaz qui règne dans Jérusalem menacée par l’ennemi : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). »

Ce passage énigmatique du premier Testament a fait couler beaucoup d’encre. Est-il possible que près de huit cents ans avant Jésus-Christ on ait déjà annoncé sa mystérieuse naissance, alors même que la notion de Messie n’était pas encore apparue dans la tradition d’Israël? Aucune explication historique de ce passage n’est tout à fait satisfaisante pour les exégètes quant à sa signification à l’époque d’Isaïe. Mais les premières générations chrétiennes ont vite fait d’en saisir le sens à la lumière de l’avènement du Christ. Benoît XVI écrit : « Ce signe de Dieu chez Isaïe n’est pas offert pour une situation politique déterminée, mais concerne l’humanité et son histoire dans son ensemble[1] ». Et c’est ainsi qu’une Parole de l’an 733 avant Jésus-Christ, dévoile tout son sens et sa richesse avec la venue du Messie. Dieu est venu parmi nous et il a pris chair de la Vierge Marie.

C’est ce grand mystère qui est annoncé en songe à Joseph, l’époux de Marie. L’Ange du Seigneur lui annonce que « l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit Saint », et qu’il vient sauver son peuple de ses péchés.

L’évangéliste Matthieu nous fait contempler le mystère d’un couple humble et caché qui a pourtant changé le cours de l’histoire. À travers son récit, Dieu nous redit que l’avenir appartient aux pauvres de Dieu, c’est-à-dire à ceux et celles qui se laissent façonner par Lui, qui l’accueillent dans le secret de leur coeur, et qui en font leur plus grande richesse, leur plus beau trésor. Dans le premier Testament on les appelait les justes ; dans le Nouveau Testament ils ont pour nom les fidèles.

Joseph, l’époux promis à Marie, n’a pas d’âge et il a tous les âges. Aucun indice dans les évangiles ne nous permet de lui en donner un. Quant à Marie, puisqu’elle est promise en mariage, on sait qu’habituellement cet engagement était pris par les parents de la mariée, alors que la jeune fille avait environ quinze ans. Donc, une toute jeune fille que cette Marie de Nazareth, et l’on est encore fragile à quinze ans.

Bien qu’engagés l’un à l’autre, ils ne vivent pas encore ensemble et pourtant la voilà enceinte. Comment peut-elle affirmer que l’enfant qu’elle porte vient de Dieu et, de plus, que cet enfant va sauver son peuple ? C’est insensé. Mieux vaut la répudier en secret, se dit Joseph, car il est un homme bon, il cherche néanmoins à lui épargner la honte. Mais un songe vient changer le cours de sa vie. Nous connaissons tous cette belle histoire qui se transmet siècle après siècle, de génération en génération dans une foule d’écrits, de poèmes et de chansons.

En voici un exemple. J’entendais ces jours-ci un cantique de Noël traditionnel du XVe siècle, appelé le cantique du cerisier (The Cherry Tree Carol). Voici la belle histoire qui est racontée. Marie et Joseph sont en route pour le recensement à Bethléem. Marie, voyant un cerisier, demande à Joseph d’aller lui chercher des cerises. Joseph, qui n’a pas encore accepté ni compris ce qui se passe en Marie, lui répond en colère : « Pourquoi ne demandes-tu pas au père de ton enfant de te donner des cerises ? » Soudain, la voix de l’enfant se fait entendre dans le sein de Marie et commande à l’arbre de donner de ses fruits à sa mère. Le cerisier se penche alors vers elle et lui touche la main pour lui offrir de ses fruits. Et Joseph, conclut le cantique, épousa la Vierge Marie, la Reine de Galilée !

C’est le mystère de Noël qui se joue sous nos yeux chaque année ; un mystère enrobé de merveilleux, comme un conte trop beau pour être vrai. Et pourtant… chaque année, nous avons besoin de réentendre la belle histoire de Marie et de Joseph, de nous laisser toucher au cœur à nouveau, tellement cette histoire est incroyable. C’est l’histoire de notre foi, où nous est dévoilé le mystère de l’Église.

En Joseph, nous avons l’image du croyant. Comme lui, chacun et chacune de nous est appelé à accueillir la promesse de Dieu dans sa vie.

La jeune Marie symbolise l’Église, la jeune fiancée, en qui habite un grand mystère d’amour et à travers lequel Dieu veut se donne sans cesse au monde.

L’Ange du Seigneur, c’est Dieu lui-même, qui invite le croyant à prendre l’Église chez lui, à l’aimer de tout son coeur, sans nécessairement tout comprendre. « Fais confiance », nous dit l’Ange. « Sois une femme de foi ; sois un homme de foi. N’aie pas peur de prendre chez toi cette Église pour laquelle l’enfant de la crèche donnera sa vie. »

Car voici la Bonne Nouvelle : l’Église est grosse de Dieu ! Elle est enceinte de Dieu. Elle le porte en elle et, en même temps, elle le propose sans cesse à travers la Parole de Dieu, à travers les sacrements, sa vie de prière, sa vie missionnaire, son engagement pour les plus pauvres, son souci quotidien pour le monde. Et tout cela ne peut se réaliser qu’à travers vous et moi. L’amour qui sera annoncé et chanté par les anges la nuit de Noël, c’est à nous qu’il est confié, comme il fut confié à Marie et à Joseph.

Au début, Joseph ne comprend pas ce que vit sa jeune épouse. Comment est-ce possible ? Mais il avance dans la foi, car l’Ange l’y invite, et Joseph fait confiance. C’est à cette confiance que nous sommes invités à quelques jours de la fête de Noël. Sommes-nous prêts à faire confiance à Dieu dans nos vies ? À tout lui remettre ? À jouer notre vie sur lui ? N’est-ce pas là la plus belle et la plus grande des aventures où Dieu ne saurait nous décevoir. C’est ce qu’ont fait Joseph et Marie. Ils ont joué leur vie sur une promesse de Dieu.

Comme pour Joseph, la voix de l’Ange nous invite à avancer dans la foi. « N’aie pas peur d’accueillir chez toi ce mystère. » Parce que nous sommes tous appelés à être porteurs de Dieu. Nous portons enfoui au cœur de nos vies, la vie même du Fils de Dieu incarné, qui veut se donner au monde à travers nous.

Comme l’écrit saint Paul aux chrétiens de Rome, « nous les fidèles qui sommes, par appel de Dieu, le peuple saint », nous sommes invités à veiller sur le mystère de Noël, comme sur un trésor des plus précieux, comme on veille sur un enfant dans son berceau. Que ce soit notre joie !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


 

[1] Ratzinger, Joseph (Benoît XVI). L’enfance de Jésus, Flammarion, 2012, p. 76. 189 p.

Homélie pour le 2e Dimanche de l’Avent (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,1-12.
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.’
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

COMMENTAIRE

Quand Jean Baptiste fait son apparition dans le désert de Judée, cela fait plus de quatre-cents ans que la voix des prophètes s’est éteinte en Israël et l’on attend toujours le Messie. Cette attente est surtout présente chez ceux et celles qu’on appelle «les pauvres de Yahvé», qui à l’image de la Vierge Marie sont fidèles et confiants dans leur attente. Et leur persévérance n’a pas été déçue, car les temps sont accomplis alors que survient Jean Baptiste, celui dont Isaïe avait prophétisé la venue et dont la mission serait d’annoncer les temps nouveaux : la venue du Messie.

Jean Baptiste est la voix de celui qui crie dans le désert, ce désert de la condition humaine que Dieu lui-même vient habiter en son Fils Jésus, qui annonce un règne de justice et de paix, qui répand son Esprit sur toute chair, et qui nous presse de vivre de sa vie et de nous engager à ses côtés, afin d’être porteurs de sa passion pour le monde.

Le prophète Isaïe, contemplant cet avenir où doit se manifester le Messie, nous parle avec des images bucoliques d’une création restaurée dans sa paix et son harmonie initiales, telle qu’elle était au début du monde. C’est le paradis retrouvé où le loup habite avec l’agneau, le léopard se couche près du chevreau, le veau et le lionceau sont nourris ensemble! Elles sont belles et évocatrices ces images du prophète, et pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres quand on contemple l’état de notre monde et les défis qui sont les nôtres..

Le moine Christian de Chergé, prieur d’un monastère trappiste en Algérie, assassiné avec six de ses frères, rapporte l’anecdote suivante alors qu’il était en pèlerinage à Jérusalem, et qu’il se trouvait près du mur des Lamentations. Un Juif orthodoxe en le voyant voulut le provoquer en lui lançant cette boutade : «Et puis, lui demanda-t-il, est-ce que le lion mange de l’herbe?» Il aurait pu tout aussi bien lui demander : «Et est-ce que le loup habite avec l’agneau?»

Vous aurez compris que cet homme voulait contredire l’affirmation des chrétiens selon laquelle Jésus est le Messie. Car s’il l’était vraiment, selon ce Juif orthodoxe, les prophéties d’Isaïe se seraient réalisées depuis longtemps, et l’on verrait le lion manger de l’herbe avec le bœuf, le loup habiter avec l’agneau.

Il y a là, bien sûr, un certain fondamentalisme qui s’exprime, mais la question mérite d’être posée, car sans cesse notre espérance et notre foi sont mises à l’épreuve, contredites par les conflits et les violences qui affligent notre monde. Tant de guerres et tant d’injustices qui nous laissent désemparés devant les déserts de l’aventure humaine, où l’amour n’est pas toujours aimé, où la justice et la paix se font douloureusement attendre, alors que nous aimerions tellement que le Christ, le Prince de la Paix, affirme sa royauté et sa toute-puissance.

Il est donc légitime d’entendre les sarcasmes de nos contemporains et de se demander avec eux si le monde a vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem. Est-ce que la venue du Christ a véritablement transformé la face de notre terre?

Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde si Jésus n’était pas venu, mais une chose est indéniable, la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude de femmes et d’hommes depuis la venue du Christ. Ils ont pris sur eux-mêmes, au nom de l’évangile et de leur foi, de transformer cette terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde, partout où ils vivaient, et souvent jusqu’à donner leur vie.

On pourrait nommer ici les grandes figures de l’Église, ces saints et ces saintes qui nous sont si chers, mais je pense aussi à tous ces chrétiens anonymes qui se consacrent tous les jours au service des plus pauvres et des malades, qui luttent pour la justice et la dignité humaine. Je pense à toutes ces mères et à tous ces pères qui initient leurs enfants aux valeurs de l’évangile, leur apprenant la grandeur du don de soi et du partage, l’importance d’être bon, d’être juste, d’être droit. Je pense à tous ces consacrés, à tous ces prêtres, à tous ces religieux et religieuses qui ont voué leur vie au Christ, et qui, souvent, bien humblement, se mettent au service des plus pauvres dans les lieux les plus reculés de la terre.

Des germes de paix et de justice sont nés dans le sillage de ces millions de témoins à travers les siècles, et ce, jusqu’à ce jour. Ils ont cru à la venue du Fils de Dieu en notre monde, ils ont accueilli son Esprit de sainteté et, par leur vie engagée, ils ont préparé la route du Seigneur, comme nous y invite Jean Baptiste aujourd’hui. Ils n’ont pas eu peur des jours sombres et des lendemains qui déchantent, car ils savaient bien qu’ils n’étaient pas seuls dans leur combat. C’est à cette espérance que le temps de l’Avent nous convie.

«Convertissez-vous!», nous dit Jean Baptiste. Conformez votre vie à cette espérance qui est capable de soulever le monde, et qui a pour nom Jésus Christ. Car le Christ, par le don de son esprit, vient établir son Royaume de paix et de justice, en suscitant des relations nouvelles entre les personnes, transformant les cœurs les plus endurcis en cœurs aimants et miséricordieux. Jésus est ce Messie et ce roi pacifique qu’annonçaient les prophètes, et chaque fois qu’un cœur s’ouvre à lui et tend la main au prochain, on peut alors voir le loup habiter avec l’agneau, le léopard coucher près du chevreau, et le lion manger de l’herbe avec le bœuf. Et c’est ainsi que se réalise la prophétie d’Isaïe.

Frères et sœurs, la Parole de Dieu ne nous propose pas une espérance à la petite semaine, une espérance facile et béate. Elle est profonde comme la mer cette espérance, à l’image de la connaissance du Seigneur qui nous est promise par le prophète Isaïe. Cette espérance est de tous les combats, de toutes les luttes, et c’est elle qui nous rend capables de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de changer nos cœurs, de recommencer quand tout s’écroule.

C’est cette espérance têtue et obstinée que nous demandons au Seigneur de renouveler en nous en ce temps de l’Avent, afin qu’il nous trouve fidèles et en tenues de service quand il viendra. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Méditation pour le temps de l’Avent

Pas étonnant, dit Dieu,
que notre histoire soit tissée de rendez-vous manqués!

Vous m’attendez dans la toute-puissance
et je vous espère dans la fragilité d’une naissance!

Vous me cherchez dans les étoiles du ciel
et je vous rencontre dans les visages qui peuplent la Terre!

Vous me rangez au vestiaire des idées reçues
et je viens à vous dans la fraîcheur de la grâce!

Vous me voulez comme une réponse
et je me tiens dans le bruissement de vos questions!

Vous m’espérez comme pain
et je creuse en vous la faim!

Vous me façonnez à votre image
et je vous surprends dans le dénuement d’un regard d’enfant!

Mais, dit Dieu, sous le pavé de vos errances,
un Avent de tendresse se prépare
où je vous attends comme la nuit attend le jour…

Francine Carrillo (Pasteur à Genève)

Concert le 12 décembre à SJB

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Homélie pour la fête du Christ-Roi – Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 23, 35-43. 

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

COMMENTAIRE

Aujourd’hui, dernier dimanche de l’année liturgique, nous fêtons le Christ, Roi de l’Univers. Cette fête est assez récente puisqu’elle fut instituée en 1925 par Pie XI à l’occasion de l’Année sainte. Toutefois, la question de la royauté du Christ remonte à l’époque même de Jésus. Rappelez-vous : Jésus doit se cacher parce que la foule veut s’emparer de lui et le proclamer roi. Pilate lui-même va demander à Jésus : « Es-tu le roi des Juifs? » Et sur la croix, il fera inscrire : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ».

L’Église aujourd’hui célèbre la royauté du Christ, mais il faut toutefois en préciser la nature, car Jésus n’est pas un roi comme les autres. Mais avant de nous arrêter à la fête elle-même, il est bon de nous rappeler en quoi consiste une année liturgique, puisque nous arrivons au terme de celle-ci avec ce dimanche.

L’année liturgique, c’est l’ensemble des dimanches où nous nous rassemblons en Église, au nom de notre foi en Jésus-Christ, afin de célébrer l’eucharistie, écoutant et méditant la Parole de Dieu, approfondissant l’extraordinaire mystère de notre foi à travers un cycle qui revient année après année.

En fait, l’année liturgique se déploie sur un cycle de trois années, que l’on appelle les années A, B et C. Pourquoi trois années ? C’est que l’Église veut proclamer tous les évangiles dans sa célébration dominicale, et il faut donc y mettre le temps. Nous avons donc un cycle de trois ans où chacune des années est consacrée à un évangéliste différent : soit Matthieu pour l’année A, Marc pour l’année B et Luc pour l’année C. Quant à l’évangile de Jean, il se retrouve à l’intérieur de chacune de ces trois années, surtout lors des grandes fêtes.

Il est bon de savoir que l’année liturgique ne coïncide pas avec l’année civile. Elle commence toujours quatre dimanches avant Noël avec le temps de l’Avent qui nous prépare à la fête de la Nativité de Jésus. De là, nous allons vers la fête des Rois, suivie de la Présentation de Jésus au Temple. Quelques semaines plus tard viendra le Carême, qui lui nous prépare à la fête de Pâques, qui est suivie d’une période de 50 jours, que l’on appelle le temps pascal, où l’on célèbre l’Ascension, et enfin la Pentecôte. Entre ces périodes fastes de la liturgie se vit le temps de l’Église, que l’on appelle le temps ordinaire, et qui se termine avec la fête d’aujourd’hui.

Maintenant, qu’est-ce que l’Église veut affirmer en cette fête du Christ-Roi? Et bien cette fête constitue en quelque sorte un Credo, une affirmation de notre foi au Christ au terme de chaque année liturgique.

Tout en proclamant un messie crucifié, comme l’affirme saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, nous croyons que Jésus a été fait Seigneur et que tout le monde visible et invisible lui est soumis. Nous l’acclamons comme Roi de l’univers, mais nous croyons que le seul royaume qu’il soit venu établir sur terre est celui de l’amour. Les Évangiles sont sans équivoque à ce sujet. Jésus est roi, mais son palais est une étable; son trône, une croix; son armée, tous ceux et celles qui veulent vivre de l’esprit des béatitudes.

Notre roi est le plus humble des hommes que la terre ait jamais porté. Il se présente comme celui qui frappe à la porte, il attend et il promet à la personne qui lui ouvrira de s’asseoir à sa table et de prendre le repas avec elle, de partager son intimité, de lui donner d’entrer dans son amour. Notre Seigneur est un roi qui vient quémander notre amour, et qui jamais ne s’impose à nous. Vraiment, sa royauté n’est pas de ce monde.

Nous croyons qu’il y a deux mille ans « l’Absolu s’est incarné et qu’il porte un visage, le visage de Jésus-Christ![1] » Nous croyons qu’il est le Seigneur des vivants et des morts, alors qu’il se présente à nous en disant : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert! » En Jésus nous découvrons que « l’humilité est vraiment l’aspect le plus radical de l’amour[2] », puisque le Fils de Dieu a revêtu l’habit du serviteur, et qu’il a donné sa vie pour nous.

Le voilà, frères et sœurs, ce Roi que nous proclamons en ce dimanche. Il est le Seigneur de l’Univers et pourtant il vient vers nous avec douceur et humilité, non pas pour dominer nos vies, mais pour les transformer de l’intérieur, et pour nous inviter à transformer le monde avec lui, avec le seul pouvoir qu’il connaisse, celui de l’amour, de la paix et de la miséricorde. En fait, le Fils de Dieu est venu pour se remettre entre nos mains, afin qu’il devienne notre bien le plus précieux et que nous le partagions avec tous nos frères et soeurs en humanité.

Une personne m’a dit un jour qu’elle était étonnée du choix du texte évangélique pour cette fête du Christ-Roi. Pourquoi la croix? L’évangile d’aujourd’hui vient nous rappeler que nous proclamons un Messie crucifié. Paradoxalement, c’est là notre honte, parce que cette Croix est l’expression même de notre péché, mais elle est aussi notre fierté, parce qu’elle est le lieu de notre relèvement.

La liturgie nous invite en cette fête à nous rappeler combien il est important de contempler Jésus en croix, car c’est là que se déploie toute la puissance de sa royauté. On peut passer toute sa vie à prier le Seigneur sans l’avoir vraiment contemplé sur sa Croix; je veux dire le contempler de ce regard qui va jusqu’au fond de sa blessure. Il faut prendre le temps de s’arrêter au pied de la Croix, de s’y agenouiller, afin de contempler Jésus dans son offrande au Père, et de réaliser combien nous sommes aimés.

La contemplation de la Croix en ce dimanche nous donne de comprendre combien nous sommes présents dans la prière du Christ en Croix. Nous sommes crucifiés avec lui, offerts par lui comme son bien le plus précieux : « Père, ceux que tu m’as donnés je te les offre, et je m’offre avec eux, pour eux. »

C’est sur la Croix que Jésus nous saisit dans son mystère d’amour, pour ne plus faire qu’un avec nous. Il est là à cause de nous, mais il est là surtout pour nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour l’éternité à notre pauvre humanité blessée qu’il est venu racheter. Tel est notre Roi.

Comme elle est belle cette Croix quand c’est Jésus qui la recouvre de sa présence, puisque c’est la vie même qui est clouée au cœur de la mort. Notre humanité peut enfin refleurir. Jésus est vainqueur ! Voilà le Christ-Roi que nous contemplons en ce dimanche et que nous annonçons au monde. Voilà la beauté du mystère de l’Église, Corps du Christ, à jamais crucifié avec lui dans l’offrande de sa vie, pour le salut du monde.

Simone Weil, cette philosophe juive qui s’est beaucoup rapprochée du Christ à la fin de sa vie, et qui est décédée en 1943, a cette réflexion magnifique au sujet de la Croix. Elle écrit ceci : « Le don le plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’Évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire. » (Lettre du 16 avril 1942).

Frères et sœurs, terminons notre année liturgique avec la prière du larron repenti au Christ, Roi de l’Univers : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Souviens-toi de nous. Amen.

Yves Bériault, o.p.


[1] Jacques de Bourbon-Busset.

[2] Jean Varillon. L’humilité de Dieu, p. 64.

 

Homélie pour le 33e Dimanche. Année C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21,5-19.
En ce temps-là, comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume.
Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel. »
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devantdes rois et des gouverneurs, à cause de mon nom.
Cela vous amènera à rendre témoignage.
Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

COMMENTAIRE

Les textes de ce dimanche nous présentent des scènes de catastrophes terrifiantes à l’échelle planétaire. Ce sont là sans doute les passages les plus énigmatiques et les plus troublants de la Bible. Mais il est bon de se rappeler qu’il s’agit d’un style littéraire appelé apocalyptique, d’où le nom bien connu d’apocalypse. Ce type de récit était fort populaire dans les cultures du Moyen-Orient. Jésus et le prophète Malachie s’en inspirent afin de livrer leur message.

D’ailleurs, tout au cours de l’histoire des derniers millénaires, des mouvements apocalyptiques sont apparus prédisant une fin du monde imminente. Que ce soit les mouvements prédisant la fin du monde à la fin du premier millénaire, Nostradamus au Moyen-Âge, ou encore les Témoins de Jéhovah au XXe siècle. Aucune époque n’a échappé à cette angoisse qui s’enracine dans notre finitude humaine, dans la peur de la mort, mais aussi dans la crainte de Dieu et de son jugement.

Que veulent nous dire alors ces textes que nous venons d’entendre ? Précisons tout d’abord qu’en rester à l’annonce d’une fin du monde dans les paroles de Jésus ou du prophète Malachie, c’est déformer le sens de leur message qui, paradoxalement, est avant tout un message d’espérance. Jésus et le prophète Malachie ne nous parlent pas de fin du monde, ils nous parlent de la fin d’un monde, où Dieu va se manifester et sauver son peuple.

Dans l’évangile, les paroles de Jésus semblent tourner nos regards vers un avenir encore lointain où tout sera détruit. Mais il est important de souligner que le style littéraire apocalyptique ne signifie pas « destruction », mais « dévoilement », « révélation ». Ce qui est annoncé par Jésus, c’est un monde nouveau, un monde non seulement pour demain, mais pour aujourd’hui même. C’est pourquoi les certitudes des hommes avec leur superbe et leur sentiment de puissance en sont ébranlées, comme si le ciel se décrochait, car c’est le règne de Dieu qui se manifeste, le seul qui soit éternel.

Jésus nous donc invite à cette ferme espérance, qui n’est pas un banal espoir, mais à cette conviction inébranlable que Dieu est avec nous, en ce monde fragile et menacé, ce monde aux prises avec ses guerres et ses catastrophes, ses violences, ses populations qui gémissent et ses saisons qui se dérèglent. Dieu est avec nous.

Mais il ne s’agit pas là d’une invitation à la passivité. Sans cesse le Christ se tient à notre porte et il frappe. Il nous invite à lui ouvrir et à marcher avec lui, parce que l’espérance chrétienne n’est pas seulement tournée vers l’avenir, mais elle est avant tout pour ce présent qui nous est donné. Et l’évangile nous rappelle sans cesse que c’est moins l’homme qui se tourne vers Dieu et qui espère, que Dieu lui-même qui se tourne vers nous et qui espère, puisque c’est lui qui a espéré le premier en nous donnant la vie et en nous donnant son Fils.

C’est pourquoi, comme le dit le théologien Karl Rahner, il confie « au monde sa dernière parole, la plus belle et la plus profonde en son Fils fait chair. Cette parole nous dit : je t’aime ô monde, homme et femme. Je suis là. Je pleure vos larmes. Je suis votre joie. N’ayez pas peur. Quand vous ne savez pas comment allez plus loin, je suis avec vous. Je suis dans vos angoisses, parce que je les ai souffertes moi aussi. Je suis dans vos besoins et dans votre mort, parce qu’aujourd’hui j’ai commencé à vivre et à mourir avec vous. Je suis votre vie. Et je vous le promets : la vie vous attend vous aussi. Pour vous aussi, les portes vont s’ouvrir. »

Bien sûr, on nous demandera où elle est cette présence du Christ dans la vie de tous les jours. Où est-il ton Dieu ? Mais comme le dit le renard au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »  La victoire du Christ peut sembler dérisoire à l’œil nu, et pourtant notre foi nous donne de le reconnaitre, de deviner les signes de sa présence, de le savoir tout proche de nous, d’être à l’œuvre dans le monde comme le levain dans la pâte, d’être cette présence secrète dans tous les gestes d’amour et de solidarité. Car notre espérance s’enracine tout d’abord dans le présent, fort de cette présence du Ressuscité au cœur de notre foi.

Alors, la fin du monde est-elle pour bientôt ? Nous n’en savons rien et ce n’est pas là la question qui importe. Il faut plutôt se demander ce que nous faisons de notre monde alors que le Christ est à notre porte. « Ne vous laissez pas égarer », nous exhorte Jésus, restez ferme dans votre foi, ne cessez pas d’espérer, nous dit-il. Je me souviens du témoignage d’un chrétien de Mosul en Iraq, ville qui était occupée par l’État islamique. Ce chrétien faisait le commentaire suivant au sujet de la situation des chrétiens de sa ville : « Nous sommes confiants dans le Seigneur, disait-il. Il continue de nous murmurer à l’oreille : N’aie pas peur. » N’aie pas peur, même quand la mort semble inévitable, n’aie pas peur même quand tous tes repères te sont enlevés, n’aie pas peur, nous dit Jésus.

Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à regarder au-delà de nos fatigues et de nos défaites, au-delà de la maladie et de la mort même, car il vient le jour du Seigneur, ne le voyez-vous pas dans cette foi qui nous anime, cette espérance qui nous fait vivre, cette charité qui enflamme le cœur et lui donne envie de tout donner. Oui, il vient le jour du Seigneur et il est déjà commencé, depuis que l’Absolu s’est incarné et a pris un visage, celui de Jésus Christ notre Seigneur!

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 32e Dimanche. Année C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 20, 27.34-38)

En ce temps-là,
quelques sadducéens
– ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection –
s’approchèrent de Jésus
et l’interrogèrent.
Jésus leur répondit :
« Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
Mais ceux qui ont été jugés dignes
d’avoir part au monde à venir
et à la résurrection d’entre les morts
ne prennent ni femme ni mari,
car ils ne peuvent plus mourir :
ils sont semblables aux anges,
ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
Que les morts ressuscitent,
Moïse lui-même le fait comprendre
dans le récit du buisson ardent,
quand il appelle le Seigneur
le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Tous, en effet, vivent pour lui. »

COMMENTAIRE

Fondamentalement, la Parole de Dieu nous raconte toujours la même histoire, soit l’histoire d’un Dieu qui nous aime à en mourir, et qui veut nous voir vivre éternellement avec lui. C’est ainsi qu’il nous prend sans cesse par la main afin de nous accompagner dans notre découverte du sens de cette vie qu’il nous a donnée.

Notre histoire ressemble un peu à celle de cette femme sourde, muette et aveugle qui devint écrivaine, et qui raconte un évènement de son enfance des plus inspirant, qui peut nous éclairer quant à la manière dont Dieu se révèle à nous. Cette femme s’appelle Helen Keller, une Américaine, et elle raconte dans son autobiographie, alors qu’elle était enfant, comment son institutrice l’avait éveillée à la vie en s’assoyant avec elle un jour près d’un puits. Voici ce qu’elle raconte :

Helen_KellerA.jpg« Nous descendîmes le sentier qui menait au puits, attirés par le parfum épandu dans l’air ambiant par le chèvrefeuille qui formait un dôme au-dessus du puits. Quelqu’un était précisément occupé à tirer de l’eau, et mon institutrice me plaça la main sous le jet du seau qu’on vidait. Tandis que je goûtais la sensation de cette eau fraîche, Miss Sullivan traça dans ma main restée libre le mot eau, d’abord lentement, puis plus vite. Je restais immobile, toute mon attention concentrée sur les mouvements de ses doigts. Soudain, il me vint un souvenir imprécis comme de quelque chose depuis longtemps oublié et, d’un seul coup, le mystère du langage me fut révélé. Je savais maintenant, que e-a-u désignait ce quelque chose de frais qui coulait dans ma main. Ce mot avait une vie, il faisait la lumière dans mon esprit qu’il libérait en l’emplissant de joie et d’espérance. Il me restait bien des obstacles à franchir, il est vrai, mais j’étais pénétrée de cette conviction qu’avec le temps j’y parviendrais.[1] »

Nous aussi, il nous reste bien des obstacles à franchir avant de tout comprendre du mystère de nos vies. C’est un travail d’enfantement qui s’opère en nous, où progressivement le mystère du langage de Dieu se dévoile à nos cœurs et à nos intelligences. Comme cette femme sourde, muette et aveugle, Dieu nous prend par la main afin de nous aider à comprendre quelle est notre destinée et combien nous sommes aimés. C’est ce que Jésus tente de faire à nouveau dans l’évangile de ce jour.

On le voit confronté à des opposants, des sadducéens, qui remettent en question la résurrection des morts, l’existence d’une vie éternelle. Pourtant ces hommes croient en Dieu, mais ce qu’il faut savoir c’est que la tradition hébraïque a mis des siècles avant de voir apparaitre dans ses écrits sacrés la possibilité d’une survie après la mort. Jusque-là, pour le Juif fidèle, la foi en Dieu était uniquement pour cette vie. L’on croyait en Dieu afin que la vie ici-bas soit pleinement vécue, dans la santé, dans l’abondance, avec une grande descendance. Tel était le sens de la vie : une vie bénie et comblée de jours, mais sans lendemain.

En Israël, c’est à l’époque de la révolte contre l’occupant grec, au IIe siècle avant Jésus Christ, qu’apparait à travers le livre des Martyrs d’Israël, une première affirmation de la résurrection des morts. Face à la persécution, ces martyrs entrevoient la mort comme un passage vers une vie nouvelle, une vie transfigurée. On peut bien leur arracher la vie corporelle, mais pour eux, le Dieu créateur est aussi celui qui ressuscite.

Ce que les fidèles de la Bible découvrent à travers ses récits et son histoire, c’est que la vie vient de Dieu et il peut la susciter où il veut. Que ce soit dans le désert de l’Exode, dans les maladies du corps et de l’âme, dans la stérilité, et même après la mort. C’est là le témoignage que donne Jésus à travers sa vie et son ministère, alors qu’il affirmera que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants.

L’évangile de ce dimanche vient à point nommé en ce mois de novembre, appelé le mois des morts. Nous sommes particulièrement invités pendant ce mois à honorer nos défunts, à prier pour eux, à leur rendre visite au cimetière. C’est là une tradition très ancienne dans l’Église. Nous avons toujours eu beaucoup de respect pour nos défunts, car nous les savons en chemin vers les demeures éternelles. Ils nous y précèdent et ils nous y accompagnent. C’est là un grand mystère qui se dresse devant nous que celui de la mort. Nous le savons, la mort en elle-même est un mal, mais Jésus nous invite à porter nos regards au-delà de la mort, car le Dieu fidèle ne saurait nous abandonner. La mort ne saurait avoir le dernier mot.

La résurrection du Christ n’est pas seulement le dénouement heureux de son histoire personnelle : elle est le premier matin de la victoire de l’humanité sur la mort ; le premier-né est entré dans la vie qui ne finit pas. La mort n’est plus un mur, elle est une porte… et nous nous y engouffrons derrière lui.[2] » Comme l’affirme Jésus dans l’évangile de ce dimanche, « nous sommes héritiers de la résurrection », et toute sa vie ne vise qu’à nous amener à cet accomplissement.

Aujourd’hui, comme hier, tout comme cette femme sourde, muette et aveugle, Jésus nous prend par la main et chaque jour il trace sur nos vies et dans nos cœurs, les signes de sa présence afin de nous donner de goûter cette vie nouvelle qui est déjà commencée. Telle est la fidélité de Dieu à notre endroit.

C’est cette fidélité que nous célébrons en ce dimanche et pour laquelle nous rendons grâce avec tous ceux et celles qui nous ont précédés dans les demeures éternelles. Amen.

Fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

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[1] KELLER, Hellen. Sourde, muette, aveugle. Paris, Petite Bibliothèque Payot. 2001.

[2] Marie Noëlle Thabut. Commentaire de 1 Corinthiens 15, 12-20.

Le papillon d’automne

automne

Ce matin, attiré par le soleil d’automne
et le coloris extraordinaire de cette saison en mon pays,
j’ai pris mes souliers de marche en direction de la montagne.

L’air sentait bon, feu de bois et feuilles séchées,
le tout emporté dans l’air frais du matin.

Derniers sursauts d’une saison
sur le point de céder la place
aux brises qui apportent le froid.

Sur ma route, j’ai croisé un papillon,
événement rarissime pour la saison.
Surpris, je l’ai vu s’élever soudainement devant moi,
avec une vigueur inhabituelle pour un papillon.

Il se débattait dans l’air frais du matin,
comme aspiré par cette lumière d’or réfléchie par les feuilles,
ou plutôt comme inspiré par cette lumière,
car il semblait danser avec l’énergie de celui qui sait
que le temps est compté.

Un petit papillon d’automne,
signe d’espérance et de détermination
sur la route d’un marcheur solitaire.

A sa manière, sans le savoir,
il me parlait de la suite du Christ

Saisi par la lumière du Christ ressuscité,
plus éblouissant qu’un milliard de soleils d’automne,
nous allons de-ci de-là,
emportés par le souffle de l’Esprit,
au gré des événements et des saisons.

Les jours qui passent,
lorsqu’ils baignent dans cette lumière,
ne font que raviver la foi de ceux qui croient,
car le temps est court et la moisson est grande, très grande !
Tant de défis à relever, tant d’amour à donner et à recevoir.

Il nous faut donc devenir papillon d’automne
sur tous ces chemins de par le monde
où se trouvent des promeneurs solitaires
qui cherchent un sens à la vie
au fil des saisons qui passent.

Voilà où nous entraîne l’admirable lumière du Christ :
au cœur de la vie !
Apprends donc à danser ta foi,
là où le souffle de l’Esprit te conduit.

Il n’y a pas de plus belle saison
dans la vie de celui qui croit au Fils de Dieu !

Yves Bériault, o.p.

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Homélie pour le 31e Dimanche. Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 19,1-10.
En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

COMMENTAIRE

Ce récit pose avec acuité la question de la conversion. Dans l’évangile nous voyons un homme du nom de Zachée qui s’interroge au sujet de Jésus, et une chose semble évidente, il ne cherche pas simplement à voir Jésus, tel un spectateur qui contemplerait un défilé traversant la ville.

Si Zachée monte dans le sycomore, c’est qu’il veut en connaître davantage au sujet de ce Jésus. À n’en pas douter, il est fasciné par sa personne. La réputation de Jésus l’a sûrement précédé dans cette petite ville de Jéricho et, à n’en pas douter, il a la réputation d’un homme de Dieu, d’un prophète. Voyez la foule qui l’acclame ! De plus, Zachée a sûrement entendu parler du bon accueil que Jésus fait aux pécheurs et aux publicains, lui qui en est un. Un profond désir de changement semble l’animer, et Zachée semble se dire : « Et si c’était vrai qu’il fait bon accueil aux gens comme moi ! » Et le voilà qui monte dans le sycomore.

Nous, chrétiens et chrétiennes, quand nous parlons d’évangélisation, nous souhaitons avant tout faire connaître Jésus, donner le goût à tous ceux et celles qui ne le connaissent pas encore de monter dans le sycomore afin de mieux le voir et ainsi l’accueillir dans leur maison. Car nous le voyons bien dans notre récit, qui que nous soyons, Jésus n’éprouve aucune gêne, aucune aversion à entrer chez qui que ce soit, même chez les pécheurs les plus endurcis. Il s’invite surtout chez eux, car Jésus nous révèle que Dieu sait voir au-delà de nos péchés, et qu’il nous donne son Fils afin, qu’avec lui, nous menions le bon combat contre le mal. C’est pourquoi dans notre première lecture, il est dit au livre de la Sagesse : « Tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent. »

Au cœur de ce récit de la conversion de Zachée, il est bien sûr question du péché. Sûrement que les passages de nos eucharisties où il est question du péché ne vous laissent pas indifférents. Parfois, n’avons-nous pas l’impression que l’on parle trop du péché en Église, comme une obsession qui nous caractériserait ? Et il est juste de dire que ce danger existe et qu’il est souvent lié à une conception d’un Dieu juge et sévère. Que l’on pense aux personnes qui vivent constamment dans le scrupule, ayant toujours peur d’offenser Dieu.

Par ailleurs, on ne peut minimiser la présence du mal en notre monde. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. En ce moment, l’attention des médias est surtout dirigée vers le Moyen-Orient et les atrocités que l’on y commet. Demain, ce sera l’Afrique, l’Europe, l’Asie, ou dans les Amériques. La présence du mal est universelle et c’est pourquoi nos prières eucharistiques insistent autant sur le mal et le péché, car le Christ est venu combattre à nos côtés, nous appelant tout d’abord à éradiquer ce mal en nous-mêmes. C’est ainsi que l’on retrouve les formules suivantes bien connues dans nos eucharisties :

Ainsi, il est dit au moment de la consécration : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. »

Dans la prière du Notre Père, nous disons à la fin : « Délivre du mal », et le prêtre enchaine en disant : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché. » Pourquoi insister autant : c’est que le mal est intimement lié à nos péchés, à nos manquements, à nos violences, à nos injustices et nous avons besoin d’en être libérés pour être fidèles à notre vocation de fils et de filles de Dieu.

C’est pourquoi lors de la prière pour la paix, nous disons au Seigneur Jésus Christ, « ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église. » Et nous insistons au moment de l’Agneau de Dieu en disant : « Seigneur Jésus toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous. » Et enfin, au moment de communier, en réponse à la proclamation du prêtre qui nous dit, montrant le pain consacré : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », nous répondons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dit seulement une parole et je serai guéri. » Et le Christ vient alors prendre son repas avec nous. C’est la communion !

Comme nous pouvons le constater, les notions de mal et de péché occupent une place importante dans nos eucharisties, et l’histoire de Zachée peut nous aider à comprendre pourquoi, parce que cette histoire illustre à merveille ce que la rencontre du Christ peut provoquer dans une vie.

Tout d’abord, Zachée se met en route, il grimpe dans le sycomore, il veut mieux voir Jésus, mieux le connaître, et Jésus ne le déçoit pas, bien au contraire, il répond à son attente en s’invitant chez lui. Mais pour cela, il faut redescendre du sycomore, comme le fait Zachée, et répondre à la demande insistante de Jésus qui veut prendre son repas avec nous, et nous introduire ainsi dans l’intimité de son amour. L’on assiste alors à un revirement inattendu chez ce publicain, cet homme détesté de ses concitoyens. À la surprise générale, il reconnaît ses fautes, il prend conscience de son péché en présence de Jésus, et il s’engage à réparer tous les torts commis.

Remarquez que la liste de ces torts se rapporte uniquement au prochain : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, dit Zachée, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Sa générosité au contact de Jésus semble tout à coup sans borne !

C’est que la conversion nous tourne non seulement vers Dieu, mais elle est aussi de l’ordre d’une grâce fraternelle, où le prochain est enfin reconnu pour qui il est. Nous le voyons alors avec les yeux mêmes de Jésus quand il dit de Zachée qu’il est lui aussi un fils d’Abraham. Cette amitié avec le Christ, comme Zachée en fait l’expérience, nous amène alors à poser ce même regard de bienveillance et de miséricorde sur les autres. C’est là la grâce de la conversion. C’est se tourner vers celui à qui nous disons dans l’eucharistie : « Toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous. »

Frères et sœurs, se convertir, c’est prendre une autre direction, c’est se laisser déraciner pour être mieux ré-enraciné dans l’amour. Et elle est de tous les jours la conversion. C’est ce qui fait dire à Jésus, chaque fois que nous nous approchons de lui et que nous entrons dans cette dynamique du pardon et de la réconciliation : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour ta (cette) maison ! Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Que ce soit là notre joie et notre consolation.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 30e Dimanche. Année C

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 9-14)

En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

COMMENTAIRE

Quand nous considérons l’assurance de Paul devant la mort et que l’on entend l’évangile de ce jour, qui nous parle de la prière du pharisien et du publicain au Temple, l’on peut se demander s’il n’y a pas de la prétention à se tenir devant Dieu avec assurance. Après tout, Dieu n’est-il pas comparé à un juge ? Le jugement de Dieu dont il est question dans la bible ne devrait-il pas nous jeter dans l’effroi au moment de la mort ? Pourtant, c’est une attitude tout à fait contraire que l’on retrouve chez l’Apôtre Paul.

Peut-être est-ce notre compréhension des mots juge et justice qui nous amènent à déformer le visage de Dieu, à méconnaître le véritable sens de sa miséricorde. Dans l’Ancien Testament, lorsque l’on dit de Dieu qu’il est juge, l’on signifie par là qu’il est un modèle d’intégrité de qui découle toute justice. Les Juges en Israël, et ensuite les Rois, auront pour principale fonction de faire triompher la justice de Dieu, lui qui prend le parti de la veuve et de l’orphelin, du pauvre et du réfugié. Ben Sirac le Sage le dit clairement : Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute l’opprimé, ne méprise pas l’orphelin, ni la veuve. Il accueille celui qui sert Dieu de tout son cœur, il se prononce en faveur des justes.

Le psaume 33, comme en écho à ce texte, vient nous rappeler que le Seigneur regarde les justes. Il écoute, il est attentif, il entend, il délivre. Il est proche, il sauve, il rachète. Tout ce qui est requis pour que le Seigneur agisse de la sorte à notre endroit c’est d’avoir besoin de lui, de chercher en lui notre refuge, d’avoir le cœur brisé, de regretter ses fautes, d’être conscient de sa misère. Somme toute, pour entrer dans la miséricorde de Dieu, pour bénéficier de sa justice, pour devenir juste, il faut entrer dans la dynamique de celui qui reconnaît que tout vient de Dieu et que sans lui nous ne sommes rien.

Il faut savoir se reconnaître pécheur comme le publicain pour entrer dans le Royaume. Non pas que Dieu veuille notre humiliation. Au contraire, il veut nous élever, nous grandir à la mesure de ses rêves sur nous. Mais pour cela, il faut avoir le cœur ouvert, il faut laisser naître en nous le désir de devenir ce à quoi Dieu nous appelle.

Dieu, comme le dit Jésus du publicain, nous justifie. C’est-à-dire qu’il nous rend justes, il nous donne la grâce de participer à l’œuvre qu’il accomplit en son Fils, lui le seul Juste. Il nous rend capables de porter son amour et de le donner au monde. Mais pour cela, il faut, comme le publicain, se tenir devant lui pauvre et entièrement abandonné, les mains ouvertes, prêts à tout recevoir de lui.

Le pharisien, lui, se tient devant Dieu le cœur suffisant, plein de lui-même. Étant incapable de s’ouvrir à la vérité de la prière du publicain, il ne peut donc pas accueillir la grâce de Dieu. D’ailleurs, comment la prière du pharisien pourrait-elle être une véritable prière puisqu’il méprise son frère ? C’est l’évangéliste Luc qui l’affirme au début de la présentation de cette parabole lorsqu’il dit : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres ».

Ainsi donc, différents motifs peuvent nous faire nous tenir avec assurance devant Dieu. L’assurance devant Dieu peut soit être le résultat de l’orgueil ou de l’inconscience. Ou bien elle peut être la conséquence d’une vie toute entière remise entre les mains de Dieu, où, seulement là, peu se vivre l’expérience de la miséricordieuse fidélité de Dieu, l’expérience de Dieu qui m’accorde sa grâce et me justifie. C’est là le sens profond de l’expérience spirituelle d’un Paul. Et c’est cela que le pharisien n’a pas compris dans l’évangile d’aujourd’hui.

Attendre tout de Dieu, comme le publicain, c’est comprendre que Dieu veut opérer en nous une transformation qui n’a rien à voir avec une pratique légaliste de la foi. Bien sûr, c’est parfois déroutant de comprendre Dieu. Après tout, qui est ce Dieu qui accorde autant d’importance aux pauvres, aux petits, aux « losers » de notre société ? Qui est ce Dieu qui, en Jésus-Christ, préfère la fréquentation des pécheurs, des voleurs, des prostitués, aux prétendus justes des castes religieuses ?

Dieu se révèle à nous en tant que Père, un père qui nous aime. Nous ne pouvons le voir, mais pour tenter de comprendre qui il est, il importe de saisir ce qu’il fait en nous. Pour comprendre l’action de Dieu en nous, j’aime bien la comparer à ces merveilles de la technologie bio-médicale où des personnes afin de sauver un membre de leur famille ou un ami, vont donner de leur sang ou de la moelle osseuse ou un rein à la personne aimée. Ces personnes aiment tellement l’autre qu’elles sont prêtes à donner une partie d’elle-même afin de sauver l’autre. Dieu lui, il a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils, son Unique. Il a voulu transplanter en nous sa vie. C’est cela le don de la grâce. Dieu nous aime tellement qu’il veut mettre en nous un cœur neuf pour aimer comme lui, des yeux neufs pour voir l’autre dans toute sa réalité d’enfant de Dieu, des oreilles neuves pour entendre les besoins de notre monde.

Le croyant, la croyante qui se reçoit ainsi de Dieu est alors capable de porter l’amour de Dieu jusqu’au bout du monde. Il est justifié par Dieu, porteur de sa justice et de son amour. Il sait qu’en dépit de sa fragilité, Dieu est avec lui et l’accompagne tous les jours de sa vie. C’est pourquoi, tout en reconnaissant ses fragilités et ses limites, il n’a pas peur de se tenir en présence de Dieu.

Humblement, il sait se tenir debout au cœur du mystère de sa pauvreté tout en s’en remettant entièrement à Dieu. La prière devient alors le lieu de la rencontre de Dieu avec l’homme racheté. C’est le secret de la prière du publicain ou d’un Paul.

Yves Bériault o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Conférence sur l’avenir des chrétiens en Irak

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Après 16 ans de guerre y-a-t-il un avenir pour les chrétiens en Irak? Telle est la question à laquelle cherchera à répondre notre conférencier invité, Mgr Najeeb Michaeel o.p., archevêque Chaldéen de Mosul, Irak, qui a échappé in extremis à l’invasion de l’État islamique de 2014 et a réussi à sauver toute une collection d’anciens manuscrits religieux d’une destruction certaine. En la salle 221 du Collège universitaire dominicain, 96, avenue Empress, Ottawa, le  jeudi le 7 novembre à 19h30. Bienvenue à tous et à toutes !