Savoir enraciner son espérance

Une animatrice à la télévision française nous a bien fait rire ici au Québec, lorsque parlant du froid qui s’abattait sur la France, avec un – 4 Celsius, elle avait parlé d’un « froid Arctique! »

Actuellement, nous connaissons une vague de froid exceptionnelle un peu partout au Canada. Le thermomètre indiquait – 32 Celsius la nuit dernière à notre couvent! Notre hiver est long, très long même, comme une longue traversée de désert, et il y a là des leçons à retenir pour nous chrétiens.

Imperceptiblement, la vie se fraie un chemin au coeur du long hiver que connaît l’église d’ici. Il nous faut retenir la leçon des saisons et de l’histoire afin de mieux enraciner notre espérance. L’hiver est trompeur.

Il y a plusieurs années, une communauté chrétienne à laquelle j’appartenais, avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles en plein mois de janvier, les ramenant de leur « hôtel refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux. Le père, devant le regard insistant de sa femme, osa enfin me questionner. Il me demanda ce qui avait bien pu arriver aux arbres pour qu’ils soient tous morts, dénudés de leurs feuilles. Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient tous leurs feuilles en automne pour s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous poursuivîmes notre route jusqu’à l’Annonciation.

Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent, et l’été venu mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux-mêmes cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie! Chaque année maintenant ils entendent eux aussi cet appel des saisons qui leur dit : osez espérer !

Le printemps

C’est dimanche. Première journée de soleil. Premier ciel bleu sans nuages depuis plusieurs semaines, des semaines interminables qui m’ont parues des mois. Aujourd’hui une foule bigarrée et joyeuse a envahi les rues et les parcs d’un seul élan, poussant les enfants rieurs au-devant, à travers un cortège de chiens et de poussettes. C’est comme si toute la population de Québec sortait de ses quartiers d’hiver afin de fêter la victoire de la lumière et d’un printemps que rien ne peut plus arrêter maintenant.Il faut dire que nous avons ici à Québec près d’un mètre de neige encore devant les maisons et dans les parcs. Mais le tout a commencé à fondre à une vitesse vertigineuse et nous savons que le printemps va déferler sur les restes de l’hiver vaincu, avec une force impitoyable, faisant se gonfler et déborder ruisseaux et rivières, et faisant éclater les arbres de nos forêts en milliards de feuilles aux milles teintes d’un vert tendre et unique.

Dans mon pays, nous vivons vraiment au rythme des saisons, chacune ayant sa marque distinctive et son attrait. Mais l’hiver est sans doute la saison la plus mal-aimée, malgré tout le bien qu’on en dit dans nos poèmes et nos chansons. Nous l’aimons, mais comme il ne sait plus se retirer quand l’heure est venue, il devient insupportable. Il dure et il dure trop longtemps… Allez fout l’camp!! Et sans rancune, car l’heure est au printemps.

Ce n’est pas sans raison que la fête Pâques trouve sa place au coeur du printemps, qui est la plus courte de nos saisons en ce pays qui est le mien. Comme le dit une hymne de l’Office des lectures:

« En prenant chair de notre chair,
Dieu transformait tous nos déserts
En Terre d’immortels printemps. »

Puisse-t-il en faire autant avec nos longs hivers.