Le pécheur et la sainteté

Parfois la vie spirituelle précède la vie morale. C’est ce que sainte Thérèse d’Avila affirmait au jeune Jean de la Croix, alors qu’il affirmait que l’on ne pouvait faire l’expérience de Dieu tant qu’on n’avait pas anéanti le péché dans notre vie. Thérèse lui répondit en lui donnant les exemples de la Samaritaine et de Marie, soeur de Lazare (la pécheresse au parfum). Elle aurait conclu son entretien avec Jean de la Croix en disant, “Seigneur délivrez-moi de ces saints qui font de tout de la contemplation”.

Voilà un enseignement solide qui est tout à fait en accord avec l’Évangile et qu’il nous faut nous rappeler fréquemment, car trop souvent nous croyons que nos fautes nous séparent irrémédiablement de Dieu, alors qu’elles devraient nous porter à nous rapprocher de Lui.

L’âme qui prend sa relation avec Dieu au sérieux ne pourra en rester à cette séparation, tout son être voudra se donner à nouveau à Celui qui est sa source vive. Pensons à la femme pécheresse qui lave les pieds de Jésus avec ses cheveux et qui y verse un parfum précieux. Jésus ne dira-t-il pas à son sujet : « parce qu’elle a beaucoup aimé, il lui fût beaucoup pardonné. »

Nous mésestimons parfois la force de l’amour qui est en nous et qui a sa source dans le Dieu Infini. Nous tombons alors dans ce piège subtil et terrible qui nous convainc que Dieu ne saurait jamais nous pardonner, que nous sommes indignes de son amour. Cette culpabilité risque alors de nous entraîner comme un poids, nous éloignant de plus en plus de Dieu.

C’est pourquoi il ne faut pas attendre d’être blanc comme neige avant de prendre la route qui mène au coeur de Dieu. Il accompagne déjà chacun de nos pas, chaque jour de notre vie, même ceux qui nous éloignent de Lui, car il est le Dieu qui ne saurait se détourner de nous, puisque son amour trouve son achèvement dans le pardon.

Un proverbe juif dit ceci : « Ne te mésestime pas, car Dieu lui ne te mésestime pas. »