Journal de la Trappe (11)

(janvier 19) Ce matin je suis allé faire une marche au levée du soleil. Une journée d’hiver extrêmement froide, avec un soleil éblouissant. Cela me rappelait ma campagne de Saint-Jacques de Montcalm. En contemplant ce levé de soleil, je me souvenais de cette belle nature qui m’entourait à Saint-Jacques et le souvenir me revenait aussi de ces levés de soleil qui comportaient alors, malgré leur beauté, comme un manque. Qui ressemblaient parfois à des « levés de solitude », n’ayant pas ce même éclat que je vois, maintenant que j’ai la foi. Je revivais ce souvenir en marchant ce matin dans l’aube glacée et je rendais grâce à Dieu. Par ailleurs, hier je crois avoir mis fin au combat qui m’habite depuis mon arrivée à la Trappe. Tous les matins je me lève à 3h45 pour l’office de Vigile et, malgré la fatigue, c’est toujours une très grande joie. Hier matin, j’étais particulièrement enthousiaste, heureux de pouvoir célébrer ainsi les louanges du Seigneur au milieu de la nuit. Plus l’office progressait, plus je touchais à mon désir de devenir moine. De mener, moi aussi, cette vie, au point où, je suis sortie de l’église après ma méditation, tout triste. Car je réalisais que je devrais sans doute entreprendre des démarches afin d’aller au bout de cet « appel intérieur ». J’étais triste, non pas à cause du choix, mais à cause du fait de devoir sans doute quitter l’Ordre des Prêcheurs, quitter mes frères, qui verraient mon départ comme un jugement porté sur leur vie, sur notre vie, et c’en serait un effectivement. Je pensais à mes parents, mes amis, les jeunes de l’université qui auraient peut-être l’impression que je les abandonne.

J’étais habité d’un grand tourment, que je portais dans la prière tout au long de la journée. Mais c’est au moment d’un temps d’oraison qu’une inspiration, une petite voix intérieure, m’amena à mieux cerner mon désir. En un mot : je goûte mon séjour à la Trappe à cause des temps de prière, naturellement, de la paix, du silence extraordinaire. Mais ce qui m’apporte le plus, c’est sans doute tout le temps que j’ai pour lire, réfléchir. Et la petite voix me disait : « une fois moine, combien de temps te restera-t-il pour lire, réfléchir, en dehors du travail régulier d’une journée de moine ». C’est alors que je réalisai que cette vie de Trappiste n’accordait pas tellement de place à ce type d’activité. La prière chorale, elle, occupe beaucoup de place, mais ce n’est pas cet aspect de mon séjour qui m’a séduit le plus.

Je découvris que je n’avais pas cette vocation particulière à la prière chorale sept fois par jour, bien que je m’y donne volontiers pendant mon séjour. Mais je ne suis ici que pour un mois, pas pour toute une vie. Tandis que l’aspect étude, qui me passionne, n’a pas vraiment une grande place ici. Je réalisai alors que là où je pouvais sans doute le mieux vivre cette dimension c’était chez les Dominicains. Il n’en tient qu’à moi de mieux organiser ma vie. En somme, mes doutes m’ont comme amenés à redécouvrir le cœur de ma vocation.

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