L’Église en question

C’est Jacques de Bourbon-Busset qui affirme que la foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu : pour elle l’Absolu s’est incarné et porte un visage, celui de Jésus-Christ ! Dans mon expérience de foi, j’ai été amené à reconnaître que ce Jésus annonçait vraiment le Dieu que je cherchais ou, plus justement, le Dieu qui me cherchait!

Pourtant, la partie n’était pas gagnée pour le jeune croyant que j’étais. Car pour vivre en chrétien il ne suffit pas de croire en Dieu, ni de croire que Jésus est le Fils de Dieu. Bien sûr, c’est déjà extraordinaire, mais la foi nous entraîne encore plus loin, sur des terrains encore plus exigeants, où la foi se vit dans la rencontre des autres. C’est comme l’amour, quoi. Pour vivre l’amour, il ne suffit pas d’y tomber, « de tomber en amour », mais il faut y rester ! C’est pourquoi l’expérience de la foi s’enracine dans le temps, dans la durée, dans la persévérance avec les autres.

Peu à peu, j’ai découvert que la foi chrétienne nous engage dans une longue suite de témoins, dans une communion qui traverse le temps et qui nous unit dans ce qu’on appelle l’Église, qui est l’assemblée des croyants et des croyantes en Jésus-Christ. Et cet aspect de la foi n’est pas facile à vivre, car souvent l’Église donne l’image d’un vaisseau amiral lourd et malhabile, avec son cortège de dogmes, de traditions, de structures d’autorité, de morale. Les événements de la semaine dernière entourant cette jeune brésilienne de neuf ans et sa mère ont été très révélateurs à cet égard.

Au début de ma démarche de foi, je puis dire que j’ai livré un combat avec l’Église, un combat qui refait surface encore aujourd’hui et qui transforme parfois le moine ruminant que je suis en un moine rugissant! Jeune adulte, l’Église me séduisait en même temps qu’elle me faisait peur. J’étais fasciné par son histoire, par ses récits héroïques d’hommes et de femmes donnant des témoignages de vie et d’engagements des plus impressionnants. Ces témoins m’ont profondément marqué et avec eux j’ai mieux compris la grandeur de cette vie en Église.

J’étais émerveillé aussi, et je le suis toujours, par l’universalité de l’Église. C’est toujours une fête pour moi de rencontrer des chrétiens et des chrétiennes venus d’ailleurs, portant en eux-mêmes cette même joie de croire au Christ que moi. Je trouve là une confirmation que la vie spirituelle dépasse les questions de langue, de culture, de races et de frontières; que Dieu se donne à tous, de la même manière que le soleil brille pour tout le monde où que l’on soit sur la planète.

Par ailleurs, dans mon expérience de l’Église, j’ai été surpris, parfois déçu, par son côté plus souvent humain que spirituel. J’ai connu à la fois des pasteurs et des évêques admirables, d’une simplicité et d’une sainteté désarmante. J’ai connu et je connais des chrétiens et des chrétiennes dont j’envie le don de soi et la générosité à toute épreuve. Et tout comme vous, j’ai été blessé, scandalisé parfois par les mesquineries qui peuvent exister entre chrétiens, par des comportements qui ne sont pas dignes de l’Évangile. Souvent, ceux qu’il faut bien appeler nos frères et sœurs dans la foi, d’ici ou d’ailleurs, nous font souffrir. Comme vous les scandales qui parfois ébranlent l’Église me blessent.

Je n’aime pas que l’on défigure le Christ, que les hommes, et encore moins ceux et celles qui se disent chrétiens, exploitent les pauvres et les opprimés; que des dictatures se revêtent de la bénédiction d’autorités ecclésiales dans certains pays; que des chrétiens et des chrétiennes prônent le racisme, la purification ethnique, qu’ils mènent des guerres de conquête… Et ce n’est que la pointe de l’iceberg des forces du mal avec lesquelles sans cesse l’Église est aux prises dans son combat pour faire triompher l’amour. Elle ne gagne pas toujours puisque ce sont des hommes et des femmes comme vous et moi qui la composent.

Bien sûr, il serait tentant de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, faire de l’Église un refuge de purs « comme nous », mais le Christ lui-même y a renoncé… C’est pourquoi en dépit de ses forces et de ses faiblesses, mon expérience de foi m’a amené à aimer l’Église, à voir au-delà des apparences et à avancer en eau profonde. Car j’aime cette communion des disciples du Christ qui, avec leurs forces et leurs pauvretés, veulent vivre de la bonne nouvelle de Jésus.

C’est le théologien Karl Rahner qui écrivait que Dieu, en son fils Jésus Christ, nous a donné son ultime parole et sa plus belle… Puissions-nous toujours entendre cette Parole et nous y attacher. C’est là l’unique mission de l’Église. Et sans cesse, elle a besoin qu’on le lui rappelle.

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