La conversion

Quand l’Esprit fait un don, il l’enracine. Il nous fait passer dans le feu de son attraction puissante, en nous laissant pressentir, mais le mot est sûrement trop fort, la Lumière souveraine de la Trinité. Comme le pensait Joubert : « La lumière et le feu seront notre éternel partage : la lumière de Dieu, le feu de son amour ». Nous sommes tous destinés à la lumière et au feu. Appelés à devenir des êtres de lumière et de feu. En somme, la conversion nous fait changer de champ de gravitation. Conversio veut bien dire « action de se tourner». Prendre une autre direction. Être déraciné pour mieux être ré enraciné. Décoller d’un passé sans présence, des pièges du sommeil. Soumettre son âme aux repeints patients, dirait un peintre. Entrer dans l’attraction puissante de l’Astre unique… On a dit que la conversion religieuse est « une chute dans l’autre monde de l’amour». Ce n’est plus l’heure de tergiverser, c’est l’heure d’une réponse, d’un fiat profond, d’un début d’exode, d’un abandon, d’un don total : « Que Ta volonté soit faite! » C’est ce que Thérèse de Lisieux avait ressenti au moment de sa propre conversion. Elle avait retrouvé sa force et s’était donnée entièrement à Jésus Christ.

Il n’est plus question dès lors du danger de la conversion, mais du risque terrible de ne pas l’accepter, de ne pas correspondre au don de Dieu, c’est-à-dire au don de Celui qui par essence pardonne et se donne. « Si tu savais le don de Dieu » ». Fin du texte

Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 119-120

S’ouvrir au mystère

« Et si la perfection de l’oeil n’est pas dans sa propre géométrie,
mais dans la lumière qu’il voit et chaque objet qu’il montre.

Et la perfection de la main non pas dans ses doigts,
mais dans l’ouvrage qu’elle génère.

Pourquoi aussi la perfection de notre être
et de notre noyau substantiel
serait-elle toujours associée à l’opacité et à la résistance,
Et non pas l’adoration
et le désir et la préférence d’autre chose

et de livrer sa lie pour l’or
et de céder son temps pour l’éternité
et de se présenter à la transparence
et de se fendre enfin
et de s’ouvrir enfin
dans un état de dissolution ineffable? »

(Claudel, Paul. Le soulier de satin. Troisième journée. p. 331 . Édition Folio.)