Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques

doubtingthomas

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
les disciples qui rentraient d’Emmaüs
racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons
ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux
à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore,
lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte,
ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous bouleversés ?
Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !
Touchez-moi, regardez :
un esprit n’a pas de chair ni d’os
comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole,
il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire,
et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit :
« Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara :
« Voici les paroles que je vous ai dites
quand j’étais encore avec vous :
“Il faut que s’accomplisse
tout ce qui a été écrit à mon sujet
dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit :
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait,
qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom,
pour le pardon des péchés, à toutes les nations,
en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

COMMENTAIRE

Les Églises orientales, catholiques et orthodoxes appellent ce dimanche, le dimanche de Thomas. Elles veulent ainsi souligner que l’attitude de l’apôtre incrédule est parfois la nôtre. Ce qui n’empêcha pas cet apôtre de grandir dans sa foi, avec l’aide du Christ, car c’est ce même Thomas qui donnera à Jésus le titre le plus éloquent de tout l’évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Voilà qui est encourageant pour nous! Malgré les doutes et les difficultés que nous pouvons parfois éprouver dans notre vie de foi, Dieu est toujours avec nous et il nous aide sans cesse dans notre découverte de qui il est et de sa présence au coeur de nos vies. C’est ce que Jésus fait avec ses disciples après sa résurrection. Bien qu’ils l’aient abandonné, il n’a pas eu honte de ses apôtres. Au contraire, il se manifesta à eux, les appelant à passer des ténèbres de la peur à son admirable lumière, les invitant à entrer dans sa Pâque!

Chaque année, à l’occasion du Triduum pascal, nos couvents dominicains un peu partout dans le monde, célèbrent l’Office des ténèbres, le Jeudi, Vendredi et Samedi saint. Il s’agit de la prière des psaumes, entrecoupés de lectures bibliques et spirituelles, célébrée le matin, et qui a pour but de nous associer à la passion du Christ. Après l’un de nos offices, j’ai fait la rencontre d’une jeune femme. Elle tenait à nous exprimer son bonheur d’avoir pu prier avec nous. Elle m’avouait avoir même pleuré pendant le beau Cantique de Zacharie, quand nous chantons au sujet du Christ, qu’il est venu illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix.

Elle était belle à voir cette jeune mère de six enfants, convertis depuis maintenant quatorze années. Elle s’exclama tout à coup, emportée par son enthousiasme : « Je ne comprends pas que des gens ne croient pas en Dieu ». Et elle se ravisa, se rappelant qu’elle-même avait jadis été loin de Dieu, et elle ajouta : « Pourquoi moi? Pourquoi nous? Je ne comprends pas. C’est une grâce, dit-elle, c’est un don. Jamais je ne voudrais perdre ce don et comme j’aimerais le partager. » Elle était là avec son conjoint, rayonnante, comme un ange m’annonçant la bonne nouvelle de Pâques. C’est à cette joie toute pascale que nous invite la Parole de Dieu en ce dimanche, alors que le Christ ressuscité se tient au milieu de ses apôtres, au milieu de notre assemblée, et qu’il nous offre sa paix.

Par ailleurs, il est important de rappeler que ce deuxième dimanche de Pâques est aussi le dimanche de la Divine Miséricorde. Cette fête a tout d’abord été célébrée en 1985, dans l’Archidiocèse de Cracovie, pour ensuite se répandre partout en Pologne. Jean Paul II, qui a été évêque de Cracovie, institua cette fête pour l’Église universelle, le 30 avril de l’an 2000, jour de la canonisation de sainte Faustine, religieuse polonaise qui a vécu de 1905 à 1938.

43296167Le Christ lui avait confié dans une révélation : « La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. » Dans le journal de soeur Faustine se trouve aussi cette parole de Jésus : « L’humanité ne connaîtra pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde. »

Comme en écho à cette invitation pressante du Seigneur, en ce dimanche au Vatican, le pape François va décréter la tenue d’une Année Sainte extraordinaire consacrée à la miséricorde. La miséricorde est l’un des axes majeurs de son pontificat, et le pape François a surpris tout le monde en prenant cette initiative.

Ce thème était cher aussi au saint Pape Jean-Paul II. Il disait de la miséricorde qu’elle était la réponse chrétienne face au mal, qu’elle était la limite imposée au mal par Dieu. Jean-Paul II a écrit que l’histoire de l’humanité « est le théâtre de la coexistence du bien et du mal », où la limite au mal sera toujours « constituée par le bien, le bien divin et le bien humain. » Nous et Dieu, comme acteurs de premier plan dans ce drame universel.

Ce bien face au mal, c’est la miséricorde qui a sa source en Dieu, et qui se déploie à travers le mystère pascal où l’homme est arraché au péché et à la mort par le Christ. « Il pourrait sembler que le mal fût plus puissant que tout bien », dit Jean-Paul II, lui qui a connu cette époque terrible où l’humanité était aux prises avec les deux idéologies et les deux oppressions, nazie et communiste. Mais il affirme qu’il y a une limite divine qui est imposée au mal, c’est le salut que nous apporte le Christ. En lui, « le mal est radicalement vaincu par le bien, la haine par l’amour, la mort par la résurrection. »

Ce qui nous est demandé, en tant que disciples du Christ, c’est de correspondre à ce bien et à cette miséricorde. C’est de nous plonger dans la bonté de Dieu, comme nous y invite sainte Faustine, et ainsi être vainqueurs du mal, malgré les défaites apparentes, en nous laissant saisir par la victoire du Christ ressuscité.

C’est à cette conversion que nous sommes appelés avec l’apôtre Thomas, alors que Jésus l’invite à toucher les plaies de sa passion dans son corps glorifié. Benoît XVI exprime cela de manière magnifique dans une homélie pour le deuxième dimanche de Pâques :

« Le Seigneur a apporté avec lui ses blessures dans l’éternité, dit-il. C’est un Dieu blessé; il s’est laissé blesser par l’amour pour nous. Et comme Thomas, nous pouvons nous aussi toucher ses blessures dans l’histoire de notre temps! […] Et ses blessures constituent pour nous un devoir de nous laisser blesser à notre tour pour lui! » C’est-à-dire en devenant des témoins de sa Divine Miséricorde. En donnant nos vies comme lui, en aimant comme lui.

Benoît XVI achevait son homélie en citant cette prière de Jean-Paul II que je vous propose en ce Dimanche de la Miséricorde :

Dieu, Père miséricordieux,
qui as révélé Ton amour dans ton Fils Jésus Christ,
et l’as répandu sur nous dans l’Esprit Saint Consolateur,
nous Te confions aujourd’hui
le destin du monde et de chaque homme, chaque femme.

Penche-toi sur nos péchés, guéris notre faiblesse, vaincs tout mal,
fais que tous les habitants de la terre fassent l’expérience de ta miséricorde,
afin qu’en Toi, Dieu Un et Trine, ils trouvent toujours la source de l’espérance.

Père éternel,
par la douloureuse Passion et la Résurrection de ton Fils,
accorde-nous ta miséricorde, ainsi qu’au monde entier! Amen.

Yves Bériault, o.p.

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