Homélie pour le 30e Dimanche. T.O. Année A

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22, 34-40.

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant qu’il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,
et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve :
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.’
Voilà le grand, le premier commandement.
Et le second lui est semblable : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’
De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

COMMENTAIRE

J’aimerais partager avec vous une expérience personnelle qui m’a apporté un éclairage tout particulier au sujet de ce prochain que Jésus nous demande d’aimer comme nous-mêmes. Il s’agit d’une réflexion suite à une visite chez le dentiste.

Me voici donc dans la chaise. Tout est prêt : le ronron discret, mais menaçant de la technologie, la musique d’ambiance et le patient résigné que je suis. Contre mauvaise fortune bon cœur, dit le proverbe! Allons, courage! Lentement on incline ma chaise au point où je suis pratiquement couché à l’horizontale. Astuce de dentiste sans doute, j’aperçois au plafond une grande affiche sur laquelle on voit une flottille de petites embarcations entourant un grand voilier. Toutes convergent vers lui, le tout sur fond bleu de la mer. Me voilà fasciné par cette image.

J’aperçois alors le regard attentif de ma dentiste. Un regard soucieux et bienveillant penché sur moi. Un regard d’une extrême intelligence tout entier consacré à cette dent qu’il faut sauver à tout prix. Du grand voilier à ce regard, il y a là comme une allégorie de la présence de Dieu à ma vie. Une présence qui se manifeste à travers l’autre. Et voilà qui me relance sur cette grande question de la proximité au prochain qu’évoque Jésus dans son Évangile, ce prochain qu’il faut aimer comme soi-même.

L’autre est marqué de l’empreinte de Dieu. Non pas qu’il soit Dieu, mais il possède en partage ce qui marque l’être même de Dieu : intelligence, amour, compassion, liberté. Ces qualités Dieu en fait don à l’homme, au point où elles deviennent intimement liées à son être. En l’autre, je puis contempler quelque chose de Dieu. L’autre me devient précieux à cause de ce qu’il est, aimable pour ce qu’il est, car Dieu le rend digne d’amour, sujet de mon émerveillement. Tout comme l’on se saisit d’admiration devant la plus belle des fleurs. Comment l’expliquer? Sinon que la fleur est investie de beauté et que la beauté est la nourriture même de l’âme.

Il est vrai que la beauté n’est pas toujours évidente chez certaines personnes à cause de leur agir, de leurs blessures, ou de leurs violences. Et pourtant tous les humains nous sont donnés comme prochain. Voilà ce que Jésus nous rappelle dans l’évangile.

La foi chrétienne affirme que Dieu ne fait pas de distinction entre les personnes. Toutes sont appelées à le connaître et à l’aimer. Dieu n’est pas chiche et il n’a pas de préférés. Ou s’il en a, comme nous le voyons dans les évangiles, ce sont toujours ceux et celles qui sont les plus loin de lui. C’est ainsi que Jésus manifeste une attention toute particulière pour les plus pauvres, pour les exclus, pour ceux et celles que l’on considère comme perdus. Déjà au livre de l’Exode que nous avons entendu en première lecture, Dieu lui-même explique pourquoi il agit ainsi : « Car moi, dit-il, je suis compatissant. »

Par ailleurs, Jésus nous rappelle que tout dépend du premier commandement si nous voulons bien vivre le second qui lui est semblable soit aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. Sans trop réfléchir, on pourrait croire qu’aimer Dieu est plus facile qu’aimer le prochain, mais il suffit parfois que l’épreuve frappe à la porte pour que notre confiance en Dieu soit ébranlée, notre foi remise en question. Car aimer Dieu c’est de l’ordre du divin. C’est un don tout gratuit qu’il faut sans cesse demander.

Alors pourquoi est-il si difficile parfois d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit? Certaines personnes semblent être tombées dans l’eau bénite dès leur tendre enfance et la foi ne semble jamais leur avoir fait défaut. D’autres, au contraire, doivent chercher de manière plus laborieuse. Mais je ne doute pas que Dieu les attend ailleurs, tout en étant des plus présent à leur vie. Non pas que Dieu se refuse à certaines personnes, ce qui est une impossibilité en soi, mais parfois notre histoire personnelle peut nous avoir fait fermer la porte à cette visitation de Dieu. Mais Jésus nous fait cette promesse au livre de l’Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, Celui qui m’ouvrira, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Ailleurs dans les évangiles Jésus dira : « Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez ».

Nous le savons, la foi en Dieu est une richesse incomparable dans une vie, mais il est facile aussi de la perdre si l’on n’en prend pas soin. C’est pourquoi il nous faut toujours demander à Dieu la grâce de le connaître et de l’aimer de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, ainsi que la grâce d’aimer le prochain comme soi même. Car aimer Dieu et aimer le prochain comme soi-même, voilà l’essentiel de notre vie sur terre. C’est là le chemin du véritable bonheur. Il n’y en a pas d’autres !

À toutes les étapes de nos vies, que nous soyons nouvellement convertis, chrétiens de mère en fille, de père en fils, il nous faut toujours reprendre ce chemin de la prière confiante où nous demandons à Dieu de nous faire grandir dans notre foi. Car c’est ainsi que nous devenons peu à peu des familiers de Dieu, apprenant à nous accepter nous-mêmes, apprenant à nous aimer malgré nos limites et nos erreurs, apprenant à grandir dans l’amour du prochain comme nous-mêmes nous devons nous aimer, puisque nous sommes tous et toutes dignes de l’amour de Dieu. C’est là une dimension fondamentale de notre foi en Dieu que trop souvent nous oublions : nous aimer nous-mêmes.

Frères et sœurs, en nous rassemblant pour cette eucharistie nous faisons acte de foi, mais aussi nous demandons à Dieu de nous maintenir dans cette foi et de nous y faire grandir. Car on ne peut se donner la foi à soi-même, on ne peut que la désirer toujours, la demander, l’espérer humblement avec confiance quand elle nous échappe. Et toujours, Dieu qui est fidèle répondra ! Telle est notre foi en Lui. Amen.

Yves Bériault,o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

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