« Comment fait-on pour entendre la voix de Dieu? » (19e dimanche. Année C)

« Comment fait-on pour entendre la voix de Dieu? » Voilà la question que me posait la petite Mia, six ans, accompagnée de sa mère, alors qu’elle tenait un cornet de crème glacée dans sa main. Les deux s’étaient approchées de moi alors que j’étais dans le jardin du couvent de Québec, et la maman m’avait tout simplement dit : « Ma fille aurait une question à vous poser. » Cette question m’habite depuis cette rencontre il y a quelques semaines. C’est comme si un ange m’était apparu afin de me demander de répondre à cette question pour moi-même, comme s’il me disait : « Devant les responsabilités qui sont les tiennes, comment vas-tu t’y prendre pour entendre la voix de Dieu? »

L’auteur de la lettre aux Hébreux affirme que « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » Cette affirmation est très forte, car il est question ici de posséder et de connaître l’objet même de notre foi. 

Cette possession, c’est goûter à la présence de Dieu en nos vies, même si on ne le voit pas. Les comparaisons sont toujours boiteuses, mais l’on pourrait évoquer ici la communion avec l’être aimé, parti pour un long voyage, mais dont le souvenir et l’affection nous habitent toujours, malgré l’absence. Il s’agit d’une présence vivante en nous.

Mystérieusement, la foi en Dieu nous donne de posséder ce que l’on espère, une espérance qui trouvera sa pleine réalisation dans la vie éternelle, mais qui déjà nous fait vivre. Il est question ici de relation à un autre, de communion. L’auteur de la lettre aux Hébreux affirme que cette communion d’amour avec Dieu nous le fait connaître et nous fait entrer dans une vie « conversante » avec lui, une vie de dialogue avec lui.

Frères et sœurs, je crois que Dieu nous parle à travers tous les événements de nos vies, qu’il nous parle dans la prière, dans les sacrements, à travers les complicités et les amitiés que nous tissons entre nous, dans les demandes de discernement lors des grandes décisions de nos vies. Dieu nous parle aussi beaucoup à travers les souffrances et les violences de notre monde qui blessent son amour et doivent éveiller notre indignation ! 

Je crois que Dieu remet sans cesse son amour entre nos mains et que c’est cet amour qui nous inspire, qui nous guide et qui nous donne de nous dépasser au nom de cet amour, qui nous donne de revêtir le tablier de service qu’évoque l’Évangile aujourd’hui.

Frères et sœurs, je crois avec l’Église que Dieu nous appelle à une vie plus grande que nous, et qu’il nous appelle à poursuivre avec lui ce périple d’une naissance à ce monde vers un ailleurs qu’on appelle la vie éternelle. Et pourtant, je n’ai pas la foi parce que je tiens à tout prix à vivre éternellement. Parfois une vie éternelle, ça peut paraître bien long ! Mais il s’agit d’une promesse du Christ lui-même, où nos vies sont appelées à se déployer pleinement avec lui après la mort. Et c’est ainsi que Jésus fait cette promesse extraordinaire à ses disciples qui l’auront servi fidèlement. Il leur promet de les faire assoir à sa table et de les servir lui-même quand il reviendra. 

Frères et sœurs, cette promesse trouve déjà son accomplissement quand le Christ nous rassemble autour de son eucharistie, un avant-goût des biens qu’il nous donnera dans le monde à venir.

Yves Bériault, o.p. Dominicain.